La Salette (1846)

La Salette

L’apparition du 19 septembre 1846

            Dans la beauté et la simplicité des alpages au-dessus de Corps, deux bergers, Mélanie Calvat (quatorze ans) et Maximin Giraud (onze ans), eurent une apparition unique, le 19 septembre 1846.

            La Vierge Marie apparait, assise là même où les enfants avaient réalisé avec des fleurs et des pierres ce qu’ils appelaient le jardin du paradis…

            Mélanie était une jeune fille silencieuse et très pieuse. On lui avait confié Maximin qui était jugé trop turbulent ailleurs… Dès l’âge de trois ans, Mélanie voulait mourir sur une croix pour effacer les péchés des méchants afin qu’ils aillent au Paradis (ce qui agaçait sa maman…). Elle aimait la solitude et un mystérieux petit frère, l’enfant Jésus, lui apparaissait, et l’enseignait… Très jeune, elle participait aux souffrances de la Passion de Jésus, sans que son entourage ne s’en étonne[1].

 

            Les apparitions de la Salette commencent par un message silencieux : 

  • Marie pleure sur le péché par lequel le monde s’autodétruit.
  • Elle porte des chaînes et un crucifix sur sa poitrine, entouré d’un marteau (pour clouer Jésus) et d’une pince (pour descendre Jésus de la croix), ce qui symbolise aussi nos péchés (qui crucifient Jésus) et nos conversions…
  • Elle porte des vêtements qui ressemblent à ceux des paysannes des montagnes. Elle est couronnée avec des fleurs merveilleuses.

 

            Lors de son apparition, la Vierge Marie a confié à Maximin et Mélanie ensemble un Message à destination de "tout son peuple". L’Evêque de Grenoble l’a authentifié par mandement le 19 septembre 1851.

 

            « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle.

            Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de la prier sans cesse. Pour vous autres, vous n’en faites pas cas ! Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres. (a)

            Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. C’est ça qui appesantit tant le bras de mon Fils. Et aussi, ceux qui mènent les charrettes ne savent pas jurer sans mettre le nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils.  

            Si la récolte se gâte, ce n’est rien qu’à cause de vous autres. Je vous l’avais fait voir l’an dernier par les pommes de terre, vous n’en avez pas fait cas. C’est au contraire : quand vous en trouviez des pommes de terre gâtées, vous juriez, vous mettiez le nom de mon Fils au milieu. Elles vont continuer, et cette année, pour la Noël, il n’y en aura plus. (Jusqu’ici la Belle Dame a parlé en français. Elle prévient une question de Mélanie et termine son discours en patois) Vous ne comprenez pas, mes enfants ! Je vais vous le dire autrement. Si la récolte se gâte...Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront et ce qui viendra tombera tout en poussière quand on le battra.

            Il viendra une grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de 7 ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront. Les autres feront pénitence par la famine. Les noix deviendront vides, les raisins pourriront. (A ce moment Mélanie voit que la Belle Dame dit quelques mots à Maximin, mais elle n’entend pas. Puis c’est au tour de Maximin de comprendre qu’elle dit quelques mots à Mélanie qu’il n’entend pas non plus. Puis elle poursuit.)

            S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé et les pommes de terre seront ensemencées par les terres.

            Faites-vous bien votre prière, mes enfants ?

- Pas guère, Madame.

- Ah ! Mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin, ne diriez-vous qu’un Pater et un Ave Maria quand vous ne pourrez pas mieux faire. Et quand vous pourrez mieux faire, il faut en dire davantage.

            L’été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la Messe. Les autres travaillent le dimanche tout l’été, et l’hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la Messe que pour se moquer de la religion.

            Le Carême, ils vont à la boucherie, comme les chiens.

- N’avez-vous jamais vu du blé gâté, mes enfants ?

- Non Madame !

- Mais vous, Maximin, mon enfant, vous devez bien en avoir vu une fois, au Coin, avec votre père. Le maître du champ dit à votre père de venir voir son blé gâté. Vous y êtes allés. Votre père prit deux ou trois épis dans sa main, les froissa et ils tombèrent tous en poussière. En vous en retournant, quand vous n’étiez plus qu’à une demi-heure de Corps, votre père vous donna un morceau de pain en vous disant : "Tiens, mon petit, mange encore du pain cette année, car je ne sais pas qui va en manger l’an qui vient si le blé continue comme ça".

- Ah ! Oui, Madame. Je m’en rappelle à présent. Je ne m’en rappelais pas tout à l’heure.

- Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple !

Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple !" »

            Elle donne aussi un secret aux deux enfants.

 

Quelques observations sur le message de la Salette

  • L’intercession

A la Salette, Marie parle de « retenir le bras de son fils ». Il semble qu’il faille comprendre que son Fils soit dans la position d’intercession et qu’il ait besoin du soutien de notre prière aussi, comme Aaron et Hur soutenaient les bras de Moise lorsqu’il intercédait pour son peuple. C’est pourquoi Notre Dame de la Salette dit qu’elle intercède et que nous n’en faisons aucun cas, alors que nous devrions intercéder avec elle.

« Lorsque Moïse tenait ses mains levées, Israël l’emportait, et quand il les laissait retomber, Amaleq l’emportait.

Comme les mains de Moïse s’alourdissaient, ils prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s’assit dessus tandis qu’Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre.

Ainsi ses mains restèrent-elles fermes jusqu’au coucher du soleil. » (Exode17, 11-12)

 

  • Les commandements.

            Notre Dame de la Salette souligne les premiers commandements du Décalogue :

« Dieu prononça toutes ces paroles, et dit:

Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. […]

Tu ne prononceras pas le nom du Seigneur ton Dieu à faux, car le Seigneur ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom à faux.

Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage; mais le septième jour est un sabbat pour le Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour, c’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a consacré. » (Exode 20, 1.2.7-11)

 

  • L’annonce d’une famine

A La Salette, Notre Dame annonce une famine.

Dans la Bible, Dieu permet parfois un charisme prophétique. Dans les Actes des Apôtres, nous lisons : « L’un d’eux nommé Agabus, se leva et, sous l’action de l’Esprit, se mit à annoncer qu’il y aurait une grande famine dans tout l’univers. C’est celle qui se produisit sous Claude » (Actes 11, 28). Cette annonce permit à saint Paul et aux disciples d’organiser une collecte.

 

  • Le péché et le mal

            A La Salette, la famine est présentée comme conséquence du péché. Dans la Bible, la souffrance est souvent la conséquence du péché, ou bien elle est un avertissement de Dieu pour changer de route, c’est ce que nous lisons par exemple : « Aussi, moi je vous ai refusé la pluie… deux, trois villes allaient en titubant vers une autre pour boire de l’eau sans pouvoir se désaltérer ; et vous n’êtes pas revenus à moi ! Oracle du Seigneur… vos figuiers et vos oliviers, la sauterelle les a dévorés ; et vous n’êtes par revenus à moi ! » (Amos 4,7-9)

 

            Attention, la souffrance n’est pas toujours liée au péché, par exemple la Bible nous montre que Job était innocent alors qu’il avait tout perdu, ou encore, le serviteur souffrant (Isaïe 42-53) a beaucoup souffert, mais il offrait sa vie pour la multitude.

 

Le Secret de la Salette

            Le Secret de la Salette a connu plusieurs versions, dont la dernière a été publiée en 1879 avec l’imprimatur de Mgr Zola, évêque de Lecce en Italie :

  1. Les plans sont mêlés. Comme dans le discours de Mt 24 où Jésus parle à la fois de la fin du temple de Jérusalem et de la fin du monde, Mélanie parle aussi bien de son époque et de Pie IX que de l’avenir et du temps de l’antéchrist.

 

  1. Sa vision lui montre quelque chose de concret mais elle ne parvient pas toujours à dater ce qu’elle voit de manière nette. Dans la rédaction longue de 1878, elle ne donne plus de datations, mais elle signale les années 1864 et 1865 comme des années très graves au plan de l’action satanique (c’est effectivement la période de floraison du spiritisme). En 1851, elle avait écrit que tout sera accompli (la fin du monde) avant « deux fois 50 ans », en 1853, elle écrit « avant deux fois 40 ans ». Cette tentative de dater ce qu’elle voit est une imprudence enfantine qu’elle ne reproduit plus en 1878. L’évangile nous dit aussi que seul le Père connaît le jour et l’heure (Mt 24, 36), et l’histoire de Jonas nous apprend que les conversions peuvent infléchir l’histoire.

 

  1. S’il fallait résumer en quelques mots ce que voit Mélanie :
  • Pour la France : Une critique de Napoléon III. L’apostasie. La destruction de Paris puis de Marseille. Un retour à la foi. Et de nouveaux « rois » chrétiens (une vision que Mélanie commentera en 1890 en disant « que nous ayons la république ou un roi cela doit nous être égal pourvu que cette république ou ce roi marche dans la justice, dans la vérité, dans la sainte crainte de Dieu »[2].
  • Pour l’Eglise : le relâchement de la foi, les apostasies, une parole très sévère : « les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté ». La persécution, un pape inattendu (Jean-Paul II ?).
  • Un appel : « J’adresse un pressant appel à la terre ; j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes ; j’appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit ; enfin, j’appelle les Apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l’humilité, dans le mépris et le silence, dans l’oraison et dans la mortification, dans la chasteté et dans l’union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu’ils sortent et vienne éclairer la terre. Allez et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous en vous pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheurs. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et l’honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous petit nombre qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins. »
  • Pour le monde et la fin du monde : des famines et des guerres, mais aussi des signes et des prodiges trompeurs (cf. Mt 24, 24) : les faux prophètes avant l’Antéchrist. L’Antichrist à Rome. Et enfin, la chute de l’Antéchrist (cf. La chute de Babylone en Ap 18). Un temps de paix et de rayonnement universel de l’Eglise. Puis, de nouveau, le péché et la fin du monde.

 

            Le temps de paix et de rayonnement universel de l’Eglise pourrait correspondre au temps de la Venue glorieuse du Christ, que dans son explication biblique saint Irénée distingue de la Fin du monde[3]. C’est un temps où le Christ règne, et qui s’achève par une ultime tentation de l’humanité avant d’entrer dans l’éternité.

 

 

 

[1] L’enfance de Mélanie, Bergère de la Salette, Écrit par elle-même le 30 novembre 1900, Document remis par l’abbé Combe, directeur spirituel, à Léon Bloy. Edition Téqui, Paris 1969

[2] Pour servir à l’histoire réelle de La Salette, textes présentés par l’Association des enfants de N.-D. de La Salette et de St L.-M. de Montfort, quatre volumes, volume IV, Montsûrs, Résiac, 1978, p. 231. Cité par René Laurentin, Michel Corteville, Découverte du secret de La Salette, au-delà des polémiques, la vérité sur l’apparition et ses voyants, Fayard, Paris 2002, p. 151

[3] Cf. Françoise Breynaert, La Venue glorieuse du Christ, Salvator 2017.

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