La rue du Bac à Paris : La médaille miraculeuse

La rue du Bac à Paris : La médaille miraculeuse

            Au 140 rue du Bac à Paris, la chapelle privée, appartenant aux sœurs de la charité fondées par saint Vincent de Paul, est devenue un haut lieu de pèlerinage. Bien que les apparitions à sainte Catherine Labouré n’aient jamais été « reconnues », la liturgie de l’Eglise en fait officiellement mention le 27 novembre, et la chapelle est reconnue en tant que lieu de culte. Marie y révèle son cœur plein d’amour et de bénédictions, son cœur douloureux et uni à celui au cœur de Jésus...

           

            Catherine Labouré est née dans une famille de fermiers. Au décès de sa mère, elle est placée chez une tante, avec l’une de ses sœurs. Puis les deux enfants reviennent. La grande sœur, Marie-Louise, part chez les sœurs de la Charité, encouragée par Catherine, qui, du haut de ses douze ans, lui assure qu’elle la remplacera bien pour tenir la ferme. A 18 ans, Catherine désire aussi entrer dans la vie religieuse, mais son père s’y oppose. Son grand frère perd sa jeune épouse, Catherine doit aller l’aider à Paris, et son père espère bien qu’elle y sera demandée en mariage. Mais Catherine tient bon. A 24 ans, enfin, elle peut entrer chez les sœurs de la charité, le 21 avril 1830…

 

La nuit du 18 au 19 juillet 1830

            A peine trois mois après son arrivée dans la communauté, Catherine Labouré se laisse guider à 11heure et demie du soir par un mystérieux enfant vers la chapelle. La Sainte Vierge l’y attend... « Là, il s’est passé un moment, le plus doux de ma vie. Il me serait impossible de dire ce que j’éprouvais. ».  Cette première apparition de Marie, dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, dure jusqu’à deux heures du matin. Le cœur plein d’amour de la Vierge Marie s’y révèle. Le cœur immaculé de Marie, cœur compatissant et puissant, cœur étroitement uni au cœur eucharistique de Jésus...

            La Sainte Vierge désigne de la main l’autel où repose le tabernacle et dit:

« Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France : le trône sera renversé, le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes.

Mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur. Elles seront répandues sur les grands et les petits... »

            Dans ce message, nous remarquons tout de suite l’union de Marie à Jésus. De sa main, Marie a désigné l’autel et le tabernacle c’est-à-dire la présence eucharistique de Jésus. Par ses paroles, elle nous invite à venir au pied de l’autel. C’est de là, c’est-à-dire de Jésus, que viennent les grâces, c’est lui la source des grâces, comme il a dit à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié   et il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn 4, 10)

 

            Approfondissons ce premier message donné dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830.

            Oui, les temps sont très mauvais : l’essor de la science produit une industrialisation mais les conditions de travail des ouvriers sont très éprouvantes pour un salaire de misère, les obligeant à mener de nombreuses luttes pour obtenir une législation meilleure. A la Salette, le 19 septembre 1846, Marie demandera le respect du dimanche, un point particulièrement sensible pour la condition ouvrière de ce temps-là. A la rue du Bac, dans cette « nuit » du prolétariat, Marie s’adresse à une jeune femme qui désire se consacrer au soulagement de la misère des pauvres...

            Les temps sont aussi très mauvais par la culture anti-christique qui se développe, nous y reviendrons plus en détail.

            Le message de Marie comporte une prédiction qui s’est réalisée rapidement : « le trône sera renversé ». Et cela fut une surprise. En effet, le 5 juillet 1830 a lieu la prise d’Alger qui redonne du lustre à la royauté. Puis, les seules journées du 27, 28, 29 juillet 1830, appelées les trois glorieuses, suffisent pour que le Parlement destitue Charles X et lui substitue le duc d’Orléans (Louis-Philippe).

            La suite du message « le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes » ne semble pas pouvoir se limiter au contexte de 1830. En effet, on ne peut pas dire qu’à cette époque « le monde entier » soit « renversé par des malheurs de toutes sortes ». On peut cependant penser aux deux guerres mondiales du XX° siècle, au goulag, etc. Il faut aussi savoir que les prédictions chrétiennes ne sont jamais un destin écrit d’avance, ce sont des avertissements pour nous inviter à la prière et à la conversion (comme dans la Bible, Ninive avertie par Jonas, ne fut finalement pas détruite).

            Message sombre donné au cœur de la nuit. Message qui nous parle du cœur douloureux de Marie. Sa souffrance, bientôt représentée par un cœur transpercé, n’est pas seulement celle de jadis, quand Marie a entendu la prophétie de Siméon (Lc 2, 35) où quand elle a vu mourir son fils en croix (Jn 19). Son cœur souffre pour nous qui sommes là aujourd’hui. Son cœur souffre parce que les temps où nous vivons « sont très mauvais ». Marie souffre comme une mère souffre pour ses enfants pris dans la tourmente. Et Marie désigne l’autel, l’autel où le sacrifice rédempteur de Jésus est rendu présent à chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. Marie n’est pas Dieu, elle n’est pas le Sauveur, mais elle le désigne. Jésus souffre avec nous et pour nous : sa souffrance divino-humaine est une reconstruction du bien, une victoire de l’amour sur le mal.

 

            Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, le message de la Vierge Marie à Catherine Labouré contenait aussi ces mots concernant la communauté dans laquelle Catherine est entrée :

« Mon enfant, j’aime à répandre les grâces sur la Communauté en particulier. Je l’aime beaucoup, heureusement.

[Et pourtant] j’ai de la peine. Il y a de grands abus sur la régularité. Les règles ne sont pas observées. Il y a un grand relâchement dans les deux Communautés. Dites-le à celui qui est chargé de vous, quoiqu’il ne soit pas supérieur. Il sera chargé d’une manière particulière de la Communauté. Il doit faire tout son possible pour remettre la Règle en vigueur. Dites-lui de ma part, qu’il veille sur les mauvaises lectures, les pertes de temps, et les visites.

Lorsque la Règle sera remise en vigueur, il y aura une Communauté qui viendra se réunir à la vôtre. Ce n’est pas l’habitude. Mais je l’aime... Dites qu’on la reçoive. Dieu les bénira, et elles y jouiront d’une grande paix. La communauté jouira d’une grande paix. Elle deviendra grande. »

            De fait, à l’époque, dans la communauté, les repères vacillaient. Le choix des tissus ou des souliers, ou encore les cornettes démesurées, indiquaient que l’on s’écartait du souci des pauvres. Cependant, il n’a pas dû être facile pour Catherine Labouré, alors novice, d’évoquer ce relâchement en transmettant un tel message. Elle le fit pourtant.

            C’est en 1850, que se réalisera la prédiction. En fait, il y aura non pas une mais deux Communautés qui entreront dans la famille de saint Vincent : celle des Soeurs de la Charité, fondée par Élisabeth-Ann Seton, puis celle des Sœurs de Charité d’Autriche, fondée par Léopoldine de Brandis.

 

            Ceci nous montre combien la vie religieuse est chère au cœur de Marie : elle « l’aime ». Elle en parle dans la nuit du 18 au 19 juillet, comme pour suggérer que ces communautés doivent briller comme dans des étoiles dans la nuit du monde.

 

Le 27 novembre 1830

            Le 27 novembre 1830, la Sainte Vierge apparaît de nouveau à Catherine dans la chapelle. Cette fois, c’est à 17 h 30, pendant l’oraison des novices, sous le tableau de saint Joseph (à l’emplacement actuel de la Vierge au globe).

            En choisissant cet emplacement pour apparaître, Marie suggère que son cœur, uni au cœur de Jésus présent dans le tabernacle, est tout autant uni au cœur très chaste de son époux, Joseph. 

            Il est compréhensible que Marie nous invite à aimer saint Joseph quand les temps sont « très mauvais ». Souvenons-nous de l’évangile, quand Hérode voulut massacrer Jésus avec les enfants de Bethléem, c’est à la garde de Joseph, prudent et sage, que Dieu s’est confié. Et Joseph « se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte » (Mt 2, 14). 

            Certes, il ne s’agit pas ici d’une apparition de Joseph, mais c’est un discret jalon qui souligne son importance. En pleine cohérence avec les apparitions de saint Joseph en France (Cotignac, 1660), en Pologne (Kalisz, 1670), en Irlande (Knock, 1879), au Portugal (Fatima 1917), au Brésil (Itapiranga, depuis 1994)... Rappelons aussi que le pape François a consacré le Vatican à saint Michel et à saint Joseph le 5 juillet 2013.

 

            Observons encore ce que voit Catherine.  

            D’abord elle voit comme deux tableaux vivants qui passent, en fondu enchaîné, et dans lesquels la Sainte Vierge se tient debout sur le demi-globe terrestre, ses pieds écrasant le serpent.

 

  • Dans le 1° tableau, la Vierge porte dans ses mains un petit globe doré surmonté d’une croix qu’elle élève vers le ciel. Catherine entend:

« Cette boule représente le monde entier, la France et chaque personne en particulier.»

 

  • Dans le 2° tableau, il sort de ses mains ouvertes, dont les doigts portent des anneaux de pierreries, des rayons d’un éclat ravissant. Catherine entend au même instant une voix qui dit :

« Ces rayons sont le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent ».

 

Puis un ovale se forme autour de l’apparition et Catherine voit s’inscrire en demi-cercle cette invocation en lettres d’or:

« O Marie conçue sans péché priez pour nous qui avons recours à vous ».

 

Alors une voix se fait entendre:

« Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle. Les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces ».

 

  • Enfin le tableau se retourne et Catherine voit le revers de la médaille: en haut une croix surmonte l’initiale de Marie, en bas deux cœurs, l’un couronné d’épines, l’autre transpercé d’un glaive.

           

            Nous reviendrons en détail sur cette grande vision.             Retenons pour l’instant que Marie apparait debout sur un globe, les pieds posés sur un serpent (symbole de Satan) et portant dans sa main un autre globe surmonté d’une croix, symbole du monde sauvé par le Christ. Cette vision correspond à la promesse biblique de la Genèse, après le péché originel, quand Dieu dit au Tentateur : « Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre sa descendance et la tienne. Elle t’écrasera la tête, tandis que tu la mordras au talon. » (Gn 3, 14-15). Promesse qui, comme les pères de l’Eglise l’ont toujours enseignée, est accomplie en Jésus et Marie.

            Or, nous l’avons peut-être oublié, dans la France de 1830, Satan est partout applaudi... Par exemple, John Milton (1608-1674) magnifie la rébellion de l’ange déchu. Matthew Gregory Lewis (1775-1818) en fait le pilier d’une puissante dramaturgie. Lord Byron (1788-1824) dépeint Satan comme le défenseur de la justice et de la liberté ! Applaudi à l’opéra, célébré par les poètes, réhabilité dans les romans, loué dans les illustrés, Satan est au sommet de sa popularité ! Avec cela, le spiritisme se développe (Allan Kardec, etc.). Et, nous le savons bien, notre époque prolonge et amplifie ce que le XIX° avait semé : salons de la voyance, intellectuels admirant Judas, groupes musicaux anti-christiques, festivals de l’enfer, etc.

            Dans ce contexte qui va du XIX° siècle à nos jours, la vision du 27 novembre 1830 à la rue du Bac, prend donc un relief impressionnant !

            Sans penser à ces gens qui applaudissent aussi directement Satan, il faut savoir qu’au XIX° siècle, dans la mouvance de la révolution française avec ses cultes de la raison ou de la nature, Georges Sand, Victor Hugo, Emile Zola voient poindre l’avènement d’une foi nouvelle ; Auguste Comte ira jusqu’à instaurer « la religion de l’humanité », mais tout cela sans le Christ rédempteur, sans Jésus né de Marie, sans sa croix, sans son Eucharistie.

            La réfutation de l’existence de Dieu trouve ses lettres de noblesses avec Engels, Hegel, Feuerbach, Schopenhauer, Karl Marx (1818-1883), et Nietzche (1844-1900) qui a entrevu les ombres terrifiantes du nihilisme : Nietzche promet la venue d’un âge tragique avec une longue suite de démolitions, de destructions et de ruines.

            L’Eglise réagit, mais elle est jugée dépassée... Le siècle suivant se chargera pourtant de démontrer le bien-fondé de la plupart de ces dénonciations. Le nationalisme, le scientisme et le communisme amèneront chacun leur cortège de folie et de drames.

            Dans ce contexte aussi, la vision du 27 novembre 1830 à la rue du Bac, prend un relief impressionnant !

 

            Méditons encore cette vision. Sur la médaille demandée par l’apparition, on voit donc ainsi Marie qui écrase le serpent. Elle est dispensatrice des grâces : des rayons sortent des anneaux de ses doigts. Et on lit l’inscription « O Marie conçue sans péché priez pour nous qui avons recours vous », comme dans la vision où ces mots étaient écrits en lettre d’or.

            La Vierge Marie est immaculée, elle a toujours été victorieuse sur Satan, elle est engagée elle-même dans le combat spirituel contre le mal et nous aide dans ce combat.

             La Vierge Marie est immaculée dès sa conception. De ce privilège qui lui vient déjà des mérites de la Passion de son Fils Jésus, le Christ, découle sa toute-puissance d’intercession qu’elle exerce pour ceux qui la prient.

            A travers la médaille, et bien avant la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par le Pape Pie IX le 8 Décembre 1854, sainte Catherine a répandu l’invocation « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous », et elle a fortement contribué à remédier aux maux qui menaçaient et qui menacent encore l’humanité.

           

            Approfondissons un autre aspect de la vision du 27 novembre 1930.

            Nous sommes à la veille du premier dimanche de l’Avent, autrement dit, au seuil de l’année liturgique par laquelle le chrétien s’unit au Christ dans tous ses mystères.

            Catherine remarque que Marie porte à chaque main quinze anneaux (trois à chaque doigt) resplendissants et ornés de pierreries magnifiques, dont certaines présentent peu ou pas d’éclat :

« C’est le symbole des grâces que je répands sur ceux qui me le demandent, et les pierreries d’où il ne sort pas de rayons, ce sont les grâces que l’on oublie de me demander », lui-dit-elle.

            Marie obtient de Dieu, pour nous, toutes ces grâces que symbolisent les rayons de lumière qui irradient de tes mains ouvertes, à la seule condition que nous osions les demander, avec la confiance, la hardiesse, la simplicité d’un enfant. Et c’est ainsi que Marie nous mène vers son divin Fils.

            L’apparition ne demande pas explicitement le Rosaire comme elle le fera par exemple à Fatima. Certains se contenteront de porter la médaille et de dire l’invocation. Mais le nombre des anneaux, trois sur chaque doigt, évoque sans aucun doute les quinze mystères du rosaire. En effet, dans le passé, le rosaire ne comportait que 15 mystères, et souvent on disait le rosaire sur un dizainier, un anneau recouvert de dix grains pour compter les Ave Maria.

            Ce détail de l’apparition serait donc l’indication discrète, un peu secrète, que la meilleure façon de demander les grâces, c’est de prier le rosaire, c’est-à-dire de contempler la vie du Christ avec Marie, de faire nos demandes au Christ avec Marie, de nous laisser transfigurer par le Christ, et d’annoncer le Christ avec Marie.

 

            Le revers de la médaille doit aussi être expliqué en lien avec la vision de la Vierge au globe qui a précédé la vision de la médaille.

            Sur le revers de la médaille, on voit que l’orfèvre a fait un M et une grande croix. Mais dans la vision de sainte Catherine, la lettre M est surmontée d’une petite croix. La ligne transversale à la base de la croix y indique la terre, et correspond à la vision préliminaire où Marie tient dans sa main « le globe surmonté d’une petite croix ». Ce globe doré surmonté d’une petite croix signifie l’humanité rachetée et glorifiée, la couleur doré dit la gloire, et la petite croix rappelle le sacrifice rédempteur. De même, la barre et la croix signifient le monde sauvé par le Christ rédempteur.

            Le « M » est l’initiale de Marie, la croix est la Croix du Christ. Les deux signes enlacés montrent le rapport indissoluble qui lie le Christ à sa très sainte Mère.

            Toujours sur le revers de la médaille, en bas, nous voyons deux cœurs, l’un entouré d’une couronne d’épines, l’autre transpercé d’un glaive.

            Le cœur couronné d’épines est le Cœur de Jésus.

            Le cœur percé d’un glaive est le Cœur de Marie, sa Mère.

            L’association des deux cœurs sur la même ligne - celui de Marie (transpercé) et celui de Jésus (couronné d’épines) - exprime le degré extraordinaire de l’unité de la mère avec son Fils, unis « par un lien étroit et indissoluble » (Vatican II, Lumen gentium 53).

 

            La présence des douze étoiles sur le revers de la médaille n’a été demandé ni par Catherine Labouré ni par son père spirituel, le père Aladel. C’est un ajout de l’orfèvre. La femme de l’Apocalypse est couronnée de douze étoiles (Ap 12). On peut y voir aussi le symbole de l’Eglise qui a atteint le but : l’union au Christ lumière.

 

La dernière apparition, la vie cachée de Catherine, la diffusion de la médaille...

            Au mois de décembre 1830, pendant l’oraison, Catherine entend de nouveau un froufrou, cette fois derrière l’autel. Le même tableau de la médaille se présente auprès du tabernacle, un peu en arrière.

« Ces rayons sont le symbole des grâces que la Sainte Vierge obtient aux personnes qui lui demandent...Vous ne me verrez plus ».

            C’est la fin des apparitions. Catherine fait part à son confesseur, le Père Aladel, des requêtes de la Sainte Vierge. Il l’accueille fort mal, lui interdit d’y penser. Cela se comprend étant donné que la mentalité du XIX° siècle est très opposée au surnaturel qu’elle qualifie d’obscurantisme. Cependant, pour Catherine, le choc est rude.

 

            Le 30 janvier 1831, Catherine prend l’habit. Le lendemain, elle part à l’hospice d’Enghien, à Reuilly (à l’Est de Paris), dans un quartier de misère où elle sera chargée du jardin et des bêtes, et où elle servira les vieillards et les pauvres, pendant 46 ans, incognito.

            Elle ne bénéficie plus de messages célestes. Une anecdote montre bien ce retour à la vie ordinaire : un jour, Catherine avait fait creuser la terre, à Reuilly, au lendemain de la Commune, pour découvrir à 1,50 m de profondeur « une pierre plate », et de quoi « faire bâtir une chapelle » ou plutôt « une église ». On avait fouillé, on n’avait rien trouvé : « Vous êtes dans l’erreur », avait conclu sœur Dufès. Catherine se rendit à l’évidence : « Eh bien, ma sœur, je me suis trompée. Je croyais avoir dit vrai. Je suis bien aise qu’on connaisse la vérité. »

            Cette vie simple et ordinaire est encore un message : sur la terre, Marie n’a-t-elle pas vécu elle aussi une vie presqu’incognito, à Nazareth ? Sainte Thérèse de Lisieux n’observait-elle pas que Marie de Nazareth avait eu une vie toute ordinaire ?

 

            Cependant, quand éclate à Paris, en février 1832, une terrible épidémie de choléra, qui va faire plus de 20.000 morts, les sœurs commencent à distribuer les premières médailles. Les guérisons se multiplient, comme les protections et les conversions. C’est un raz-de-marée. Le peuple de Paris appelle la médaille « miraculeuse ».

            Du vivant de sainte Catherine Labouré, la médaille atteint un milliard d’exemplaire !

 

            En 1958, quand Catherine entendit parler des apparitions de Lourdes, elle dit aussitôt : « C’est la même ! » On observe facilement en effet la ressemblance entre l’invocation donnée à la rue du Bac - « ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous » -, et la révélation de Lourdes  - « Je suis l’immaculée conception ». Dans la pensée de Catherine Labouré, la Vierge avait dû apparaître si loin parce que la chapelle communautaire des sœurs, qui était déjà trop petite pour les nombreuses sœurs et les 500 novices, n’était pas encore ouverte au public (contrairement à la demande de Marie.) En réalité, comme nous allons le voir bientôt, le message de Lourdes comporte beaucoup d’éléments nouveaux.

 

La venue du pape Jean-Paul II et sa prière de consécration

            Le 31 mai 1980, le pape Jean-Paul II est venu dans la chapelle de la « Médaille Miraculeuse ». Il y renouvela son « Totus tuus » (sa consécration à Dieu par Marie) et il fit cette prière que nous pouvons reprendre aujourd’hui :

« Nous te consacrons nos forces et notre disponibilité pour servir le dessein du salut opéré par ton Fils. Nous te prions pour que, grâce à l’Esprit Saint, la foi s’approfondisse et s’affermisse dans tout le peuple chrétien, pour que la communion l’emporte sur tous les germes de division, pour que l’espérance soit ravivée chez ceux qui se découragent.

Nous te prions spécialement pour ce peuple de France, pour l’Eglise qui est en France, pour ses Pasteurs, pour les âmes consacrées, pour les pères et mères de familles, pour les enfants et les jeunes, pour les hommes et les femmes du troisième âge.

Nous te prions pour ceux qui souffrent d’une détresse particulière, physique ou morale, qui connaissent la tentation d’infidélité, qui sont ébranlés par le doute dans un climat d’incroyance, pour ceux aussi qui subissent la persécution à cause de leur foi.

Nous te confions l’apostolat des laïcs, le ministère des prêtres, le témoignage des religieuses. Nous te prions pour que l’appel de la vocation sacerdotale et religieuse soit largement entendu et suivi, pour la gloire de Dieu et la vitalité de l’Eglise en ce pays, et celle des pays qui attendent toujours une entraide missionnaire. 

Nous te recommandons particulièrement la multitude des Filles de la Charité, dont la Maison Mère est établie en ce lieu et qui, dans l’esprit de leur fondateur saint Vincent de Paul et de sainte Louise de Marillac sont si promptes à servir l’Eglise et les pauvres dans tous les milieux et dans tous les pays. Nous te prions pour celles qui habitent cette Maison et qui accueillent, au cœur de cette capitale fiévreuse, tous les pèlerins qui savent le prix du silence et de la prière.»

 

 

 

 

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