Kibeho : Notre Dame des sept douleurs.

Kibeho : Notre Dame des sept douleurs.

            Les apparitions de Kibeho au Rwanda ont commencé le 28 novembre 1981, au cœur de la région des grands lacs en Afrique, dans une école secondaire de filles, avec un pensionnat. Alphonsine Mumureke,  puis Marie Claire Mukangango et Nathalie Mukamazimpaka  - ont transmis de la part de leur céleste visiteuse des prières et des chants. Le 15 août 1982, en pleine fête de l’Assomption, elles ont transmis une vision effroyable qui fut ensuite reconnue comme ayant été l’avertissement du génocide de 1994. Les voyantes ont ensuite pratiqué des pénitences assez exceptionnelles à travers lesquelles nous voyons vivre leur consécration à Marie. L’apparition a aussi instauré aussi un rite d’eau pour bénir les pèlerins et faire croître en eux la grâce divine (comme l’eau fait croître les fleurs !)

            Beaucoup de gens ont fait de très longs pèlerinages à pied, et peu à peu se sont organisés des pèlerinages en autobus depuis la capitale, Butaré. 

            Une rwandaise raconte : « Lorsque mon frère Damascène est revenu de son premier pèlerinage, il s’est tout de suite joint à la légion de Marie et a commencé à rendre visite aux gens âgés et aux malades de notre région. Aimable était le plus généreux de son temps et passait des heures à m’aider dans mes travaux scolaires. »[1]

            Survivante du génocide, cette rwandaise raconte : « J’ai combattu la haine qui remplissait mon cœur au cours de cette période et j’ai dû lutter âprement pour conserver ma foi en Dieu. […] Si ma famille était anéantie, elle était dans les bras de la Sainte Mère qui continuait depuis Kibeho de me dire que j’étais aimée. Elle me disait de m’accrocher à ma foi. […] Mon cœur avait soif de Dieu. Marie a étanché cette soif et cela a été ma grâce salvatrice. La sainte Vierge m’avait donné la force dont j’avais besoin pour prier Dieu, et Il m’a trouvée. Le lien d’amour que j’ai forgé avec Lui dans les semaines et les mois qui ont suivi m’a soutenue au cours des 15 dernières années, m’éloignant des terribles souffrances de ces jours tragiques pour retrouver la joie et la paix. »[2]

           

            Le 29 juin 2001, Mgr Misago a donné le jugement définitif, et positif, sur les apparitions de Kibeho. De nos jours, le sanctuaire s’agrandit et devient un lieu de réconciliation.

Mère du Verbe

            Lorsque le 28 novembre 1981, la bienheureuse Vierge Marie est apparue pour la première fois à Alphonsine dans le réfectoire de l’école des filles de Kibeho, et ensuite également aux deux autres voyantes, elle s’est manifestées à elles sous le vocable Nyina wa Jambo c’est-à-dire Mère du Verbe, ce qui qui synonyme de Umubyeyi w’Imana c’est-à-dire Mère de Dieu, comme elle l’a elle-même indiqué[3]. La langue rwandaise est une langue riche et nuancée, elle vaut la peine d’être observée.

            Mère du Verbe (Nyina wa Jambo). Dans la mentalité rwandaise, par le mot Nyina « sa Mère », l’apparition souligne une grâce de bonheur et de vie. Par le mot « Verbe » (La Parole), elle désigne Jésus, vrai Dieu vrai homme, deuxième personne de la Trinité. Il se peut aussi que par cette désignation, Marie veuille rappeler l’identité rationnelle du Dieu vivant.    Mère de Dieu (Umubyeyi w’Imana). Ici, le mot Umubyeyi peut désigner la mère qui a donné naissance ou toute femme ayant rendu un grand service à l’enfant en l’allaitant ou en l’éduquant. Le mot Imana signifie Dieu avec l’idée de se montrer favorable, miséricordieux[4].

            « Mère du Verbe » et « Mère de Dieu », sont deux appellations équivalentes, comme l’apparition l’a elle-même indiqué[5], elles correspondent aussi aux différents modes d’expression que l’on trouve dans les Evangiles. Il est bon de rappeler à cette occasion que « Jésus se conçoit lui-même comme la Torah, comme la Parole de Dieu en personne. Le majestueux prologue de l’Evangile de Jean – "Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu" ne dit rien d’autre que ce qu’affirme Jésus dans le sermon sur la montagne et dans les Evangiles synoptiques. »[6]

Le chapelet des 7 douleurs

            Le chapelet des Sept Douleurs de la Vierge Marie fait partie des dévotions mariales relativement anciennes dans l’Ordre des Servites de Marie. « Il y eut un temps où même au Rwanda ce chapelet était connu, mais uniquement dans un cercle de Sœurs Benebikira avant les années 1960 : il fut introduit par Mama Terez Kamugisha, la première supérieure générale rwandaise de cette congrégation. Mais depuis la fin de son mandat, ce chapelet très mal connu et surtout très mal accepté par les sœurs, est tombé vite dans l’oubli. C’est la voyante Marie Claire Mukangango qui en parle de nouveau comme un message livré par la Vierge Marie à Kibeho. »[7] De plus, l’apparition apporta quelques spécificités à cette prière traditionnelle.  Voici donc la structure du Chapelet des Sept Douleurs selon la spécificité de Kibeho[8].

            Le chapelet des Sept Douleurs devrait commencer par une prière :

« Mon Dieu, je t’offre ce Chapelet des Sept Douleurs pour ta sainte gloire et pour honorer ta Sainte Mère en méditant et en partageant sa douleur avec Elle. Je t’en supplie, donne-moi de regretter les péchés que j’ai commis, aide-moi à être doux et humble comme je le dois, afin de pouvoir obtenir toutes les indulgences qu’il contient »

 

            Marie demande ensuite de prononcer les paroles de l’acte de contrition pour nos péchés devant Dieu :

« Seigneur, j’ai le regret de tous les péchés que j’ai commis contre Toi, car ils me jettent dans le désaccord avec Toi et ils me séparent de Toi alors que Tu me tiens en vie et que Tu viens à mon secours infiniment ; et je les regrette infiniment car ce sont eux qui ont fait tuer Jésus-Christ, ton Fils que tu aimes. Père, sauve-moi d’eux, je ne veux pas les répéter, je veux être à Toi, Amen. »

 

            On récite ensuite trois fois le « Je vous salue Marie » et la supplication « Mère de Miséricorde, rappelez-nous tous les jours la Passion de Jésus. »

            La douleur de Marie est annoncée, on récite un Notre Père, sept fois le « Je vous salue Marie » et ensuite la supplication : « Mère de Miséricorde, rappelez-nous tous les jours la Passion de Jésus. » 

  1. Le vieillard Siméon annonce à Marie que son fils sera en butte à la contradiction. (Lc 2,25-35)
  2. Le massacre à Bethléem et la fuite en Égypte, la souffrance de l’exil. (Mt 2,13-15)
  3. La disparition de Jésus à douze ans. (Lc 2,41-52)
  4. Marie voit son fils chargé de la croix. (Lc 23,27)
  5. Marie debout au pied de la Croix. (Jn 19,25-27)
  6. Marie reçoit le corps inanimé de son Fils. (Jn 19,38-40)
  7. Marie au tombeau de Jésus. (Jn 19,41-42)

 

            Après la septième douleur, on récite la prière de conclusion :

« Reine de Martyrs, ton âme a été éprouvée dans un océan de douleurs ; je t’en supplie, en souvenir des larmes que Tu as versées pendant ce mystère, daigne m’obtenir et à tous les pécheurs une entière contrition »

Et trois fois :

« Cœur profondément et Immaculé de la Vierge Marie, priez pour nous qui avons recours à vous ».

 

            Durant les apparitions du 31 mai 1982, Marie a demandé que ce chapelet soit récité particulièrement les jours suivants[9] :

  • Les mardis en souvenir des premières apparitions (2 mars 1982)
  • Les vendredis
  • Durant le carême,
  • La veille des fêtes de Jésus qui nous rappellent sa passion, en particulier le 14 et 15 septembre.

 

            La Vierge a révélé que, « pour que cette prière ait de la valeur, la personne qui la prie doit compatir avec Marie, entrer dans ses douleurs et également souffrir. »  Par exemple, concernant la première douleur, les paroles de Siméon lors de la présentation de Jésus au temple, « il faut transférer cette situation sur sa propre vie et imaginer que quelqu’un va arriver et dira que ton cœur sera transpercé par une épée sans raison, que ton enfant sera tué. La Mère douloureuse a avoué qu’ "à ce moment, mon cœur s’est déchiré en deux. J’ai senti comme une épée le transpercer"[10][…] ».

 

            S’il est bien récité dans l’intention d’adorer le Sauveur, il possède des propriétés pédagogiques suscitant dans le cœur le dégoût des péchés qui, chaque fois, crucifient Jésus à nouveau. La personne méditant ce chapelet est encouragée à faire des actes  de pénitence, et les joignant ensuite intérieurement au mystère de la Croix de Jésus, s’unissant à ses souffrances et aux douleurs de sa Mère. Ce chapelet est un remède pour les maux de notre époque se caractérisant par la négation du péché, et, lié à cela, l’absence de regret et de besoin de conversion[11].

 

            Au moment de la reconnaissance des apparitions, Mgr Misago demanda « que le Chapelet des Sept Douleurs soit inclus dans les dévotions à promouvoir au sanctuaire de Kibeho et partout ailleurs.»[12]         

 

Prières transmises par la Marie à Kibeho.

            Au cours des apparitions, la Mère du Verbe a également enseigné personnellement de nombreuses prières aux voyantes. Certaines d’entre elles sont devenues très rapidement des chants religieux[13] :

 

« Mère du Verbe »

Mère du Verbe, Marie

Tu es aussi notre Mère, Marie

Dispensatrice des grâces, Marie

Tu nous as comblés de tes dons, Marie

[…]

Viens toi-même me fortifier, Marie

Donne-moi la patience dans l’épreuve, Marie.

J’ai fait de tout ce que je possède un balluchon, Marie

Et je me suis jeté dans tes bras, Marie

Que tu sois vraiment louée, Marie

Que tu sois vraiment aimée, Marie

Qu’on aime à te supplier, Marie

Que tu sois vraiment louée, Marie

 

L’enfant de Marie

L’enfant de Marie ne se sépare jamais de la Croix.

L’enfant de Marie garde beaucoup de paroles dans son cœur jusqu’à la mort.

L’enfant de Marie ne dit pas de vaines paroles.

L’enfant de Marie porte sa Croix dans la joie.

L’enfant de Marie sait patienter dans l’épreuve.

L’enfant de Marie sait la vanité des choses de ce monde.

 

Dieu m’a créé

Dieu qui m’as créé et qui es toujours à mes côtés

Nous vivrons ensemble éternellement dans le Royaume.

Mère de Dieu et notre Mère

Nous vivrons ensemble éternellement dans le Royaume.

Viens vite Mère au secours de ce monde,

Donne-lui la paix pour toujours.

Vous tous, accourez vers moi,

je suis le vrai chemin vers Jésus.

Celui qui me supplie est heureux

Nous vivrons ensemble éternellement dans le Royaume.

 

La Vierge Marie est vraiment Vierge

La Vierge Marie est vraiment Vierge

Je demanderai son secours le jour et la nuit

Je demanderai son secours dans les malheurs

Je demanderai son secours à chaque instant.

Reçois mes souffrances

Reçois toutes les actions

Reçois tous mes travaux

Reçois toutes mes paroles

Reçois tous mes désirs

Reçois toutes mes larmes

Reçois toutes les aspirations du monde entier

Qui connaît la Mère des pauvres, la Mère du Verbe, la Vierge Marie ?

 

Marie montre sa désapprobation des dévotions inacceptables

            Durant l’apparition du 6 décembre 1981, Alphonsine a demandé à la Vierge de bénir des chapelets que de nombreuses personnes lui avaient confiés à cet effet. Elle a présenté ces objets religieux les uns après les autres, récitant en même temps différentes prières, et la Vierge, en disant Amen ou Alléluia, étendait la main pour les toucher et les bénir. Toutefois, lorsque le propriétaire du chapelet était quelqu’un de très éloigné de Dieu, l’élève était incapable de réciter la prière l’accompagnant, alors Marie faisait un geste de désapprobation.  Avec le temps, la jeune fille a modifié la procédure du rite de bénédiction, tenant dans ses mains les chapelets restants. Les chapelets des personnes ayant besoin d’une conversion glissaient des mains de la voyante et tombaient sur le sol. Il s’agissait de signes compris personnellement par les personnes intéressés, et étaient un appel pour elles au repentir.[14]

 

            De cela, il faut rapprocher la mode africaine selon laquelle les gens portent des chapelets comme d’autres portent des colliers ou autres gadgets, à la manière d’un vernis de religiosité superficielle. Un des aumôniers militaires a même uni une croix sur la veste, un pistolet à la hanche et une kalachnikov dans la main[15]. Cette coutume était également présente lors des massacres de 1994 et les bourreaux suivaient cette coutume en tuant avec un chapelet à la main ou autour du cou.  Un des meurtriers, à qui l’on demandait pourquoi il portait un chapelet, s’est exprimé ainsi : "pour que la Vierge Marie m’aide à découvrir les ennemis cachés"[16].

            Par le signe des chapelets qui tombent, la Dame de Kibeho transmettait un message aux propriétaires de tous ces objets de dévotions inacceptables, afin qu’ils commencent par la pénitence, l’amour de la prière et la conversion authentique[17].

 

            Avant de parler du prétendu insuccès de l’évangélisation au Rwanda (depuis presqu’un siècle), il faut se souvenir de la leçon de Jésus dans la parabole de l’ivraie: les ouvriers apostoliques sèment le bon grain, et l’ennemi (Satan), sème l’ivraie, qui pousse avec le bon grain jusqu’au jugement de Dieu (Mt 13, 24-40).

            Jésus a aussi enseigné, dans la parabole du semeur (Mt 13, 1-9 ; 18-23) que l’évangile est annoncée comme la semence est répandue pareillement sur les épines, le sol pierreux ou sur la bonne terre.

            L’Ecriture sainte rappelle aussi le mystère d’impiété (2Th 2, 1-2).

            Ces enseignements du Nouveau Testament trouvent une illustration particulière dans les évènements tragiques de 1994, mais ils concernent toute l’histoire de l’Eglise et le monde entier. De la sorte, le fait choquant du génocide et de la guerre fratricide de 1994 constitue un avertissement et « une leçon pour tout le monde, et pas seulement pour les Rwandais »[18].

 

La foi et l’incroyance

            « La foi et l’incroyance viendront sans qu’on s’en aperçoive. »

            Commentant cette partie du message, la Déclaration affirme cependant que c’est « l’une des paroles mystérieuses dites plusieurs fois par la Vierge à Alphonsine » [19].

            Dans la langue des apparitions, le mot « amayeri », traduit par « sans qu’on s’en aperçoive » signifie ruse, astuce, et aussi subtilité, sagacité[20].

            « On peut penser que la Dame du Verbe attire l’attention sur toutes les menaces existant pour les hommes qui, par diverses astuces dans leur praxis de vie, modifient l’Evangile, risquant de se rapprocher d’un bord d’apparence innocente, d’où il suffit de tomber dans abîme absorbant nos vies. Les Pères de l’Eglise et les théologiens médiévaux estimaient que sans valeurs éthiques fondamentales, il est impossible d’arriver à Celui dont la Bible dit qu’Il est Amour. » [21]

            « Parole mystérieuse », selon la Déclaration, une analyse plus large n’est pas possible. 

Ce qui nous est utile, c’est de chercher à fortifier notre foi, et pour cela, les moyens sont connus. Il faut prier et éviter le péché, prier à plusieurs ensemble, réciter en particulier le Credo, se consacrer à Dieu par Marie, prier l’Esprit Saint, invoquer aussi saint Michel et saint Joseph, lire la Bible, fréquenter les sacrements…

            Et on peut sans doute rapprocher ce message de la demande « Priez sans relâche pour l’Eglise, car de grandes tribulations l’attendent » (15 août 1983 et 28 novembre 1983).

 

Les larmes de la mère des douleurs

            Voici le témoignage de la voyante Nathalie[22] :

            Le 4 juillet 1983, Nathalie dialogue avec Marie, qui lui explique :

« Quand un enfant est perdu, souvent il n’en sait rien, il ne ressent rien. Ce sont ses parents qui sont inquiets, qui sont tristes à cause de leur enfant. Vous aussi, vous avec du chagrin à cause de ce que nous sommes devenus. »

  Un peu plus tard, le 15 septembre 1983, Marie lui est apparue très attristée et a dit :

« Je souffre parce que vous continuez à endurcir vos cœurs. Je souffre parce que beaucoup de personnes épousent les vices plutôt que les vertus. Je suis souffrante parce que vous ne respectez plus les commandements de Dieu. Je souffre de votre hypocrisie, je souffre parce qu’il n’y a plus d’amour parmi les gens. »

            Le 29 octobre 1983, interprétant les douleurs de Marie, Nathalie a prononcé des paroles de reproche envers les pécheurs :

« Ce qui vous fait souffrir, c’est qu’un jour viendra où nous voudrons suivre ce que vous nous dites, à savoir vous aimer, vous servir, vous obéir et faire votre volonté, mais ce sera trop tard. »

 

            Nous pouvons interpréter les larmes de Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise.

            Dans le mystère de l’Eglise, « Les larmes de Marie sont le témoignage de sa présence dans l’histoire du Salut, elles sont les larmes de souffrance et de compassion cordiale d’une Mère pour ses enfants, que menace le mal spirituel ou physique.

Les larmes de Marie sont également des larmes de prière : la prière d’une Mère qui donne force à toute autre prière, et qui porte aussi les demandes de ceux qui ne prient pas. »[23]

            Dans le mystère du Christ, « Ses larmes sont aussi la révélation de la présence et de la proximité du Père miséricordieux, la participation dans les larmes du Christ.

Ce ne sont pas seulement des larmes de douleur, ce sont aussi des larmes d’espoir, qui adoucissent la dureté des cœurs et les ouvrent à la rencontre avec le Christ rédempteur. »[24]

 

Le gouffre

            Dans le voyage mystique d’Alphonsine, le 20 mars 1982, Alphonse voit un endroit très effrayant. Elle a rencontré là des personnes au visage particulièrement triste et sombre, qui donnaient l’impression de se disputer sans cesse. « Il s’agit de ceux qui souffriront éternellement et n’obtiendront pas le pardon. »[25] La mention « éternellement » désigne les fins dernières (l’enfer).

            Par la suite, l’apparition évoque aussi une autre réalité, tout-à-fait terrestre. La Vierge Marie demande à Nathalie le 6 juillet 1982 : « Tu dois contribuer au salut de beaucoup d’hommes tombés dans le gouffre. Je te charge de les retirer de là en collaborant avec moi. »[26] Il ne s’agit pas ici de l’enfer, mais du gouffre des malheurs terrestres. Et dans le voyage mystique de Nathalie le 30 octobre 1982, la zone qui s’appelle « lieu de punition », réservé pour les gens « qui ne veulent rien entendre » [27] ne signifie pas l’enfer[28].

            Le 15 août 1982, Marie a dit à Alphonsine qu’elle avait été déçue par les gens qu’Elle était venue sauver, et qui avaient refusé son aide. Elle a avoué avec douleur, que beaucoup d’entre eux voudront écouter le message de Kibeho, mais il sera trop tard, parce qu’ils n’auront plus rien à sauver. Son apparition s’est terminée par un appel à la conversion : « Repentez-vous, sinon… » Marie n’a pas terminé cette phrase[29]… Et l’apparition a fait voir, contre toute attente, les conséquences terrestres du manque de conversion par la vision macabre et effrayante du sang et des cadavres comme conséquence temporelle.

            Il y a là un message pour le Rwanda et pour le monde entier :

            Au moment du génocide,  où, en l’espace de 100 jours, plus d’un million de vies humaines innocentes ont péri, le gouffre annoncé a été perceptible.

            Or, ce gouffre avait une cause spirituelle et il était fondée sur une fausse doctrine, sur « une sotériologie laïque », c’est-à-dire sur le refus d’être sauvé "d’en haut" par le Christ rédempteur, et sur l’illusion d’être sauvé par soi : la machine de mort a été actionnée par le gouvernement dit des "Abatabazi" (un titre éloquent qui signifie "Sauveurs") ![30]

            Le désir d’un groupe d’hommes de se présenter comme les « sauveurs » (mais sans Jésus, évidemment), n’est pas un désir propre aux Abatabazi du Rwanda en 1994… Nous trouvons de tels désirs dans beaucoup de groupes humains et dans le monde entier…

C’est pourquoi les messages de Kibeho sont « une leçon pour tout le monde, et pas seulement pour les Rwandais »[31].

 

            Le 29 octobre 1983, Nathalie a répété les paroles de son dialogue avec la Dame de Kibeho : « Marie, vous ne cessez d’intercéder pour nous tous les jours et vous avez dû faire ce voyage pour venir nous avertir, en nous montrant le vrai chemin à suivre qui nous libère du péché, un chemin qui nous délivre du gouffre creusé pour nous. » [32]

 

Le 15 août 1982 et la prière de Marie-Claire

            Le 15 août 1982 à Kibeho, tout le monde s’attendait à une journée festive, (l’Assomption), mais les voyantes Alphonsine, Nathalie et Marie Claire se sont présentées pendant l’apparition dans une terrible angoisse. « Pratiquement jusqu’au lendemain, il a été très difficile de les approcher et de leur parler calmement à cause de leurs pleurs et tremblements. Ce n’est que le lendemain que les jeunes filles, interrogées par le prêtre, ont avoué qu’elles avaient vu la Vierge pleurant – le Père Gabriel a supposé qu’elles ont utilisé peut-être même l’expression qu’elle était presque en colère, faisant tout, par son message poignant, pour avertir les gens de ne pas progresser vers une catastrophe ».[33]

 

            C’est alors que Marie Claire Mukangango a commencé à chanceler, car elle s’est retrouvée dans une vision extatique au milieu d’un buisson couvert de nombreuses épines. Elle a essayé d’en sortir, mais comme elle a vu que c’était impossible, elle s’est mise à pleurer. Elle a répété les paroles de la consécration à Marie :

« Mère, Je me donne à Toi, c’est Toi qui sais le sens de tout cela. »

Elle a répété :

« Fais ce que Tu veux de moi, mais aie pitié de ce monde.

Fais ce que Tu veux de moi, aie pitié de ce monde.

Fais ce que Tu veux de moi, aie pitié de ce monde.

Fais ce que Tu veux de moi, mais que ce monde soit sauvé.

Fais ce que Tu veux de moi, mais que ce monde ait la paix.

Fais ce que Tu veux de moi, mais aie pitié de toux ceux qui ne Te connaissent pas, donne-leur de Te connaître.

Fais ce que Tu veux de moi, mais pardonne à ceux qui parlent mal de ton Fils. Que tous Le servent. »

           

            Marie Claire se trouvait mystiquement complètement dans les épines. Après une septième chute dans les épines, elle s’est mise à crier en avouant qu’elle priait pour tous les incroyants. Marie lui a dit que « c’est pour cela que tu es tombée dans les ronces sept fois, pour que je puisse adoucir leur cœur endurci. » [34]

 

 

 

Les sacrifices et les prières de Nathalie

            Mieux qu’un enseignement théorique, les sacrifices et les prières de Nathalie Mukamazimpaka nous enseignent sur le sens chrétien de la souffrance, et nous disent quelque chose sur notre coopération à la rédemption, à l’école de Marie.

            Nathalie a expérimenté une maladie des yeux, des maux de tête, la jaunisse…[35]

            Elle avait été la seule à Gisizi à avoir réussi l’examen d’Etat clôturant l’école primaire, et la première, da s l’histoire de sa famille, à avoir commencé l’école secondaire. Et cette élève douée, ambitieuse et studieuse a été invitée à renoncer à l’école, par amour, donc aussi par expiation[36].

            Les valeurs africaines sont celle d’une civilisation de relation, où, même dans un passé récent, le fait d’être à l’extérieur du groupe équivalait à une condamnation à mort. La position de la personne s’exprime par sa présence dans une communauté. A Nathalie, il fut demandé de rester à Kibeho, loin de sa famille. Cette solitude représentait le naufrage de l’héritage dans lequel elle était née, avait grandi et se sentait en sécurité[37]. Ce sacrifice ne représente pas un reniement des valeurs de la « civilisation de relation », mais un dépassement pour une liberté intérieure plus grande au service d’une mission intercommunautaire et universelle.

            Le 6 juillet 1982, Nathalie a reçu de Marie un programme de prières nocturnes, afin qu’elle se mortifie et prie pour le Salut du monde dans le froid, la pluie fréquente, la menace d’un animal sauvage… Ces sorties ont duré environ un an, jusqu’à environ juillet 1983, une fois par semaine en moyenne[38]. (Alphonsine aussi a dû pratiquer des prières nocturnes). C’est une rude école de prière et de confiance, c’est aussi un trésor spirituel pour tout le peuple rwandais qui dix ans plus tard traversera bien des frayeurs…

            Nathalie a pratiqué un jeûne durant deux semaines : du 16 février 1983 jusqu’au 2 mars 1983, sans manger ni boire, à l’exception  d’un tiers de verre d’eau par jour à partir du 26 février jusqu’au 2 mars. « En parlant de son jeûne, Nathalie a dit "J’avais beaucoup de plaies dans la bouche et dans la gorge, ma voix ne sortait pas comme d’habitude, et je prenais une goutte d’eau bénite [provenant des apparitions à Kibeho et gardée dans une statuette] de Notre Dame de Lourdes". […] Après huit jours de jeûne, elle a également eu une vision de Satan, qui lui a rendu visite sous la forme d’un jeune homme venant avec un plateau plein de bananes, une omelette et un gâteau. Il lui a dit : "je t’amène de la nourriture car tu vas mourir avant de terminer ta mission". Nathalie lui a lancé de l’eau bénite en disant "sois vaincu par la Vierge Marie". Il a alors disparu avec tout ce qu’il avait amené.»[39] A la fin du jeûne, certaines personnes se déclarant voyants ont avoué des fantasmes et mensonges et ont demandé pardon[40].

            Le 26 mars 1983, la Vierge Marie demande aussi à Nathalie de prier pour les âmes du purgatoire. Nathalie fait remarquer qu’elle a déjà tellement d’intentions pour les vivants… La Vierge explique que cette prière pour les âmes du purgatoire, bien qu’elle soit plus difficile, était nécessaire aussi, et que les âmes du purgatoire attendait son aide[41].

 

Le chemin de la vie, le champ de fleurs (Kibeho) 1° avril 1983

            Le 1° avril 1983, c’était la nuit du Vendredi Saint, Nathalie Mukamazimpaka, dans un voyage mystique, a visité trois régions mystérieuses.  Ce voyage nous enseigne sur la croissance humaine et sur la liberté de chacun de nous. Aucun déterminisme. C’est à chacun de choisir le chemin de la lumière :

« Le premier endroit était complètement sombre et isolé, et on ne pouvait rien voir, pas même Marie. Plus tard, la Vierge a expliqué qu’il s’agissait de la période de la vie de la voyante avant sa naissance. C’était un espace dépourvu de lumière, plein d’ignorance au sujet de toute connaissance terrestre et céleste.

La région suivante, où il y avait très peu de lumière, la voyante a vu Marie, mais elle ne pouvait lui parler ; il s’agissait cette fois de sa vie après la naissance, lorsque Nathalie a commencé à choisir entre le bien et le mal, et à chercher des explications aux problèmes qu’elle ne comprenait pas.

Et enfin, la troisième région, - belle, éclairée et très agréable, c’est celle vers laquelle elle aspire et qui est encore devant elle. Quiconque accomplira la volonté de Marie pourra entrer dans cette région exceptionnelle de la vie.

Ensuite, Nathalie a vu un beau champ couvert de différentes fleurs blanches, rouges, jaunes, grandes et petites. Au milieu de ce champ poussait un grand arbre, qui dominait toutes les fleurs. Marie a expliqué que cet arbre nourrit toutes les fleurs qui poussent là. C’est l’image de Jésus, et tous ceux qui sont enracinés en Lui et sont dans un vrai contact avec Lui, sont en bonne condition.

La Mère de Dieu a également souligné que dans toutes ces visions, les fleurs symbolisent les gens et sont de couleurs différentes, ce qui signifie des personnes différentes. Chaque homme a sa propre voie, et sa propre Croix à porter. Elle dit à la voyante qu’elle doit aimer la voie que Marie lui a tracée, car ce chemin la conduira vers le champ de fleurs, afin qu’elle devienne l’une d’elles. »[42]

 

            Et c’est sur cette belle image que nous achevons notre présentation des apparitions de Kibeho…

 

 

 


[1] Immaculée ILIBAGIZA, Notre Dame de Kibeho, D.G diffusion (France), 2010, p. 129

[2] Immaculée ILIBAGIZA, Ibid., p. 217-218

[3] A. MISAGO, Déclaration de l’évêque de Gikongoro portant jugement définitif sur les faits dits ‘apparitions de Kibeho’, (Gikongori, 29 juin 2001), p. 15

[4] Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 126-139

[5] A. MISAGO, Déclaration de l’évêque de Gikongoro portant jugement définitif sur les faits dits ‘apparitions de Kibeho’, (Gikongori, 29 juin 2001), p. 15

[6] JOSEPH RATZINGER, BENOIT XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 133

[7] Extraits de la Déclaration de l’évêque du lieu, Mgr Augustin MISAGO, lue le 29 Juin 2001 dans la cathédrale de Gikongoro.

[8] Extraits de : Père Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibého. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 368 – L’auteur cite N. Mukamazimpaka.

[9] G. GETREY, Kibeho ou la face cachée de la tragédie Rwandaise, Paris 1998

[10] A. MISAGO, Les apparitions de Kibeho au Rwanda, Kinshasa 1991, p. 338

[11] Père Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibého. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 366, à partir d’une interview d’Alphonsine.

[12] Extraits de la Déclaration de l’évêque du lieu, Mgr Augustin MISAGO, lue le 29 Juin 2001 dans la cathédrale de Gikongoro.

[13] Andrzej JAKACKI, SAC, Ibid.,, p. 329-330

 

[14] Extraits de : A. MISAGO, Les apparitions de Kibeho au Rwanda, Kinshasa 1991, p. 33-34

[15] P. ERNY, Rwanda 1994. Clés pour comprendre le calvaire d’un peuple, Paris 1994, p. 128

[16] Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 259-260

[17] Cf.  A. MISAGO, Ibid., p. 34

[18] Interview d’Alphonsine MUMUREKE par A. Dzieduszycka, Abidjan 2006, p. 1. Citée par Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 278

[19] Déclaration § 1.2. - 4°. Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 455

[20] Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 297

[21] Andrzej JAKACKI, SAC, Ibid., p. 297

[22] Andrzej JAKACKI, SAC, Ibid., p. 286-287

[23] Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 235-236

[24] Andrzej JAKACKI, Ibid., p. 236

[25] A. MISAGO, Les apparitions de Kibeho au Rwanda, Kinshasa 1991, p. 101

[26] Paroles prononcées le 6 juillet 1982. Citées dans : A. MISAGO, Ibid., p. 47

[27] A. MISAGO, Ibid., p. 195

[28] A. MISAGO, Ibid., p. 196

[29]  A. MISAGO, Ibid., p. 382

[30] Cf. L’Eglise et la société rwandaise face au génocide et aux massacres. Dix ans ap

rès. Actes du colloque. Ed. A. Gasana. Kigali 2004.

[31] Interview d’Alphonsine MUMUREKE par A. Dzieduszycka, Abidjan 2006, p. 1. Citée par Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 278

[32]  A. MISAGO, Les apparitions de Kibeho au Rwanda, Kinshasa 1991, p. 387

[33] Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 288-289

[34] Extraits de : G. MAINDRON, Des apparitions à Kibeho. Annonce de Marie au cœur de l’Afrique, Kigali 1935, p. 119-121

[35] Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibého. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 82

[36] Père Andrzej JAKACKI, SAC, Ibid., p. 315

[37] Père Andrzej JAKACKI, SAC, Ibid., p. 315-316

[38] Cf.  A. MISAGO, Les apparitions de Kibeho au Rwanda, Kinshasa 1991, p. 183-184

[39] Notes de N. Mukamazimpaka, p. 12.

[40] Père Andrzej JAKACKI, SAC, Ibid., p. 94

[41] Cf.  A. MISAGO, Les apparitions de Kibeho au Rwanda, Kinshasa 1991, p. 412

[42] G. GETREY, Kibeho ou la face cachée de la tragédie Rwandaise, Paris 1998, p. 198-200, résumé par Andrzej JAKACKI, SAC, Apparitions de la « Mère du Verbe » à Kibeho. Pallotti-Presse, Kigali 2013, p. 90

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