Amsterdam : Notre Dame de tous les peuples, devant la croix.

Amsterdam : Notre Dame de tous les peuples, devant la croix.

            Le 25 mars 1945, en la fête de l’Annonciation, la Vierge Marie apparaît à une femme toute simple, Ida Peerdeman (†1996), qui habite à Amsterdam avec ses sœurs. C’est la première de 56 apparitions qui vont se succéder par intermittence, entre 1945 et 1959. L’évêque diocésain a reconnu le caractère surnaturel des messages de la Dame de tous les Peuples le 31 mai 2002[1].

            Bien avant d’énoncer la demande d’un dogme auquel correspond une image et une prière, les messages expriment la tendre sollicitude de Marie envers les hommes, envers tous les hommes, les foules anonymes, les pauvres, les habitants des contrées lointaines, les hommes d’autres religions.  Ils touchent les gens en ces temps de mondialisation et de « melting pot » généralisé. Ce sont des messages d’espérance. Le simple titre « Notre Dame de tous les peuples » semble répondre à l’aspiration profonde des cœurs : le désir d’une unité du genre humain fondée sur la miséricorde, en vue d’un amour partagé jusque dans l’au-delà de la vie éternelle.

           

Faire place aux pauvres, cesser la corruption

            En 2013, le pape François nous dit : « Je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. »[2]  Il  réaffirme aussi la doctrine sociale de Benoit XVI « Caritatis in veritate », justice, partage, changement de l’organisation du commerce, et il insiste. « Ma parole n’est pas celle d’un ennemi ni d’un opposant. Seul m’intéresse de faire en sorte que ceux qui sont esclaves d’une mentalité individualiste, indifférente et égoïste puissent se libérer de ces chaînes si indignes, et adoptent un style de vie et de pensée plus humain, plus noble, plus fécond, qui confère dignité à leur passage sur cette terre. »[3]

         Les messages d’Amsterdam semblent l’avoir devancé :

 

  • 3 janvier 1946 : La Dame demande : « Équité, justice, où sont-elles donc ? »

 

  • 7 mai 1949 : une vision symbolique.

Une grotte. Par terre, un peu de paille. Un enfant y est déposé. Alors, de toutes parts, des gens surviennent. La Dame dit : « Des gens ordinaires. Les moindres de miens ». Elle précise : « Il n’y a plus de place pour eux… des foules entières… Les moindres des Miens. » Soudain cette grotte se transforme en une église, en d’interminables rangées d’églises. Dans cette église il y a de la paille et, sur la paille, un enfant. La Dame m’emmène. Nous longeons toutes les églises. Elle me désigne les bancs. Ils sont vides. Elle dit :

« Vois-tu l’erreur ? Le vide… »

[Vient ensuite une vision de la guerre froide contre la Russie, puis ce message :]

« Maintenant, partageons. Tel était l’Esprit qu’ils n’ont pas compris ».

 

            Au terme de la vision, la parole « Maintenant, partageons. Tel était l’Esprit qu’ils n’ont pas compris » suggère que le partage est nécessaire à la fois pour mettre fin à la guerre froide et pour remplir les Eglises.

 

  • 16 décembre 1949 :

Accompagnant une vision du pape : « Insister davantage sur les droits sociaux, l’équité et la charité. »

 

  • 15 août 1950 :

L’église de Saint Pierre surgit. La Dame dit : « Sais-tu bien quelle est ta puissance ? Mais connais-tu la doctrine ? Et la Dame écrit ce mot : Encycliques ». Elle dit : « Cela est bien. Mets-les donc à exécution ! Fais-les ruisseler à droite, à gauche, vers le haut, vers le bas. Le sais-tu (elle ferme le poing) que cette puissance a tant de pouvoir ? »

 

  • 11 octobre 1953 :

« Marie, la Dame de tous les Peuples, est envoyée aujourd’hui pour mettre en garde une fois de plus le monde, l’Église de Rome et tous les peuples contre la corruption, les calamités et la guerre. Le monde vit dans la corruption. Il y aura d’autres calamités. Les peuples vivent encore en guerre. »

 

Amsterdam : les femmes, les hommes, la famille…

            Les messages d’Amsterdam résonnent fortement aujourd’hui, alors que le divorce est un fléau général, les lois LGBT sont imposées aux peuples et l’idéologie du gender est enseignée dans les écoles…

 

  • 16 novembre 1950

« L’Allemagne doit commencer à ramener l’unité, chacun chez soi dans sa propre maison. Les enfants doivent de nouveau ne faire qu’un avec leur père et leur mère. Qu’ils s’agenouillent ensemble et prient le chapelet ! »

 

  • 10 décembre 1950

« La Dame semble ensuite former deux rangées de personnes. À sa droite, je vois des hommes, à sa gauche, des femmes. Elle désigne alors la rangée de femmes et prend un air apitoyé. Pleine de pitié, elle secoue la tête et dit, comme si elle s’adressait aux femmes :

« Savez-vous encore quelle est votre tâche ? Écoutez bien : tant vaut la femme, tant vaut l’homme ! Vous, femmes, donnez l’exemple. Retournez à la femme en vous. »

Elle regarde ensuite la rangée d’hommes et dit :

« J’ai une question à vous poser, à vous, les hommes : où sont les soldats pour le Christ ? C’est tout ce que j’ai à vous dire. »

           

            Ces messages, chaleureux et brefs, mettent en lumière la doctrine sociale de l’Eglise concernant la famille comme cellule fondamentale de la société. Ils contiennent aussi une indication sur la différence et la complémentarité homme/femme que la société contemporaine efface au profit de la très néfaste théorie du gender.

           

            Ceci peut être rapproché du fait que lors de la première apparition (25 mars 1945), la voyante remarque : « elle avait un air très féminin » ; et demandant à l’apparition son nom, elle entend : « Ils m’appelleront “la Dame”, “Mère”. »

            Le terme hollandais « Vrouwe » par lequel l’apparition se désigne peut être traduit autant par « Dame » que par « Femme », titre sous lequel Jésus s’adresse à sa mère aux noces de Cana (Jn 2) et du haut de la Croix (Jn 19, 25-27).

           

La modernité. Les idéologies. La franc-maçonnerie

            Observons ces trois extraits de message :

 

  • 29 août 1945 :

« La formation des ecclésiastiques doit être modifiée. » Et je vois passer de jeunes prêtres qui défilent en rang. « Une formation plus moderne, mieux adaptée à ce temps-ci ». La Dame ajoute en insistant sur ces mots : « … mais dans le bon sens, avec le bon Esprit ». Et je vois autour de ma main, tenue serrée, voler une colombe. De la colombe une lumière rayonne. La Dame montrant le pape s’écrie : « Des vues larges, plus sociales. Il faut en arriver là. Diverses tendances penchent vers un bon socialisme. C’est bien, mais à condition que ce soit fait sous la direction de l’Eglise. »

 

  • 7 octobre 1945 (fête de Notre Dame du Rosaire) :

« Je vois, sous la Croix, des croix gammées. Elles tombent. Puis viennent des étoiles ; elles s’éclipsent. Il y a des faucilles ; il y a des marteaux. Et tout cela tombe sous la Croix. »

 

  • 16 décembre 1949 :

Je vois maintenant une coupole entourée d’un mur ayant la forme qu’elle vient de tracer. Je m’aperçois soudain que c’est la coupole de la basilique Saint-Pierre. Tout autour, un mince ruisseau coule, délimité par une mince bande noire. La Dame porte mon attention sur tout ça et reprend : « C’est le centre. » Elle fait alors aller et venir son doigt très lentement et avec insistance puis elle reprend : « Veillez à ce que cela reste le centre ! Les esprits du monde sont en train de détruire ce centre. Je vous aiderai. ». […]

Je vois maintenant un triangle tracé au-dessus de l’Allemagne. La Dame dit : « L’esprit du triangle essaie de s’infiltrer sous une autre forme. Les personnes sont bonnes, mais elles sont tiraillées de tous côtés et ne voient plus d’issue. Pauvre Allemagne ! Elles vont être et elles sont victimes de l’autre grand. »

 

  • 20 mars 1953 :

« Votre ennemi est aux aguets. Église de Rome, saisis ta chance. L’humanisme moderne, le réalisme, le socialisme et le communisme, ce sont eux qui exercent leur emprise sur le monde. » Je vois alors le monde avec tous ces groupes humains et une énorme main qui, pour ainsi dire, s’en empare. La Dame dit : « Écoutez la Dame qui veut être votre Mère. Peuples, priez afin que votre offrande soit agréable au Seigneur. Peuples, priez afin que le vrai, le Saint Esprit vienne. Peuples, priez afin que la Dame de tous les Peuples soit votre Avocate. »

 

            Ces messages d’Amsterdam font allusion au monde contemporain et veulent que l’Eglise s’y adresse, et pour cela que la formation des ecclésiastiques soit plus moderne.

            Ces messages évoquent le socialisme jugé "bon" à condition que ce soit fait sous la direction de l’Eglise, donc à l’inverse du matérialisme athée et du marxisme de l’idéologie communiste (symbole de la faucille et du marteau qui tombent sous la Croix), les messages parlent aussi de l’idéologie nazie (vision des croix gammées qui tombent sous la vraie Croix), et de la franc-maçonnerie[4] (l’esprit du triangle).

            A travers ces messages Notre Dame demande, lorsqu’on avance dans la modernité, de le faire « dans le bon sens, avec le bon esprit », et de prier pour que le « vrai, le Saint Esprit vienne ».

            Ceci pourrait être mis en relation avec l’une des premières homélies du pape François (messe de semaine, à sainte Marthe) :

« Nous prenons un peu d’ici, nous prenons un peu des valeurs de cette culture... Ils veulent passer cette loi ? Allons-y avec cette loi. Ils veulent prendre cette voie ? Nous élargissons un peu la route. A la fin, ce n’est pas un vrai progressisme. C’est un progressisme adolescent : comme des adolescents qui veulent avoir tout avec enthousiasme, et à la fin ? On dérape.” [...]

La liberté dans l’Esprit Saint nous rend libre de le discernement continuel de la volonté de Dieu pour aller de l’avant sur cette route, sans se retourner en arrière et sans déraper hors du chemin »[5]

 

Amsterdam : Rosaire et Chemin de croix

            Le partage et la lutte contre la corruption demandés par Notre Dame de tous les peuples ne sont pas durables sans un enracinement dans la prière. Avant d’enseigner une nouvelle prière, les messages d’Amsterdam encouragent le Rosaire et le Chemin de Croix, autrement dit les grandes prières chrétiennes, deux prières qui méditent la vie du Christ, deux prières ont habité le cœur de Marie qui « méditait tout cela dans son cœur » (Lc 2, 19. 51).

 

  • 25 mars 1945, première apparition :

Elle montre le rosaire et dit :

« C’est grâce à ceci. Persévérez ! »

« La prière doit être propagée ».

(La guerre en Hollande cesse le 5 mai 1945).

 

  • 7 octobre 1945 (fête de Notre Dame du Rosaire) :

« Je vois, sous la Croix, des croix gammées. Elles tombent. Puis viennent des étoiles ; elles s’éclipsent. Il y a des faucilles ; il y a des marteaux. Et tout cela tombe sous la Croix. » […] Et soudain, la Dame est là ; je la vois. Elle est debout. Elle tient le Rosaire. « Il faut persévérer dans la prière. Le monde entier doit prier. » Elle désigne la croix et dit : « Il faudra bien que le monde y revienne, grands et petits, pauvres et riches ; mais que cela coûtera de peine… »

 

  • 31 mai 1956 :

« Peuples, par votre Chemin de croix, vous aussi, vous montez vers le Père. Par votre Chemin de croix, vous aussi, vous montez vers le Fils. Or, en cela, vous serez aidés par le Saint Esprit. »

 

            Dans ce message, le mot « Peuples » concerne les peuples chrétiens, puisqu’il présuppose que les « peuples » comprennent que Dieu est Trinité, Père, Fils, Esprit Saint et « montent » par la foi, dans une ascension d’amour.

            Il est possible aussi que dans ce message, le mot « peuple » inclue des hommes qui, à travers leur souffrance, se laissent attirer par Jésus en Croix, et, en faisant de leur vie un « chemin de croix » ils sont en préparation « vers » le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

            Pour les uns comme pour les autres, il y a « une aide » du Saint Esprit. Cette aide est donnée en plénitude pour les baptisés, mais de même que l’Esprit Saint est déjà présent dans l’Ancien Testament pour guider vers le Christ, de même il est exact de penser que l’Esprit Saint aide tous les peuples[6].

 

L’Eucharistie dans les messages de la Dame de tous les peuples

            L’Eucharistie est très présente dans les messages de la Dame de tous les peuples.

 

  • Le 21 avril 1945 :

            C’est la deuxième apparition, la voyante voit l’église, l’autel. Au loin passe une procession : la procession du Miracle, à Amsterdam.

            Expliquons brièvement : Amsterdam est appelée la « cité du miracle » en référence au miracle eucharistique qui s’est produit en l’an 1345. Une procession annuelle avait lieu jusqu’à ce que triomphe la réforme protestante.

 

  • 25 janvier 1951 :

« On promulguera, il faudra promulguer un décret afin que les gens n’aient plus besoin d’être à jeun pour communier. Il y a tellement de gens qui, une fois à l’église, ressentent un besoin prodigieux d’aller à la table et qui en sont écartés parce qu’ils ne sont pas restés à jeun. »

 

  • Le 31 mai 1957

Le 31 mai 1957, à l’église saint Thomas, pendant le chapelet et plus précisément la prière du Credo, la conception virginale est littéralement sous le projecteur de la lumière céleste.

« Alors qu’on prononçait les mots "conçu de l’Esprit Saint", j’ai vu tout à coup la lumière apparaître près de l’autel de la Sainte Vierge. Lentement, très lentement, la lumière est passée de l’autel de la Sainte Vierge à la chapelle en passant par l’autel majeur, par l’autel de Saint-Joseph. »

 

            La virginité de Marie a été vécue avec la sainteté de Joseph, dont « l’amour d’homme a été renouvelé par l’Esprit Saint » comme nous dit Jean-Paul II :

« Joseph fit ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse ; ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint (Mt 1, 20). Ne faut-il pas conclure, devant ces expressions, que son amour d’homme est, lui aussi, régénéré par l’Esprit-Saint? »[7]

 

            La Virginité de Marie a rapport à l’Eucharistie parce que tous les sacrements dépendent de l’Incarnation du Verbe, « conçu de la Vierge Marie ».

           

            Le message du 31 mai 1957 continue ainsi :

« Et vous, tous les peuples, laissez les mains de la Dame vous conduire au Seigneur, vous conduire à vos sacrements ! […] Je reviendrai en privé pour l’Église et les prêtres au temps que fixera le Seigneur. Dis-lui que le célibat est en danger de l’intérieur. Mais le Saint-Père le maintiendra en dépit de tout. »

 

Avec ce commentaire qu’Ida donne un peu plus tard :

« Il faut que je vous dise encore ceci. Quand la Dame dit "Seigneur Jésus-Christ", c’est tellement beau… elle penche alors la tête avec une telle simplicité et une telle ferveur, je puis dire, et de même quand elle parle du "Seigneur". On est profondément ému quand on voit ça. Et on a l’impression que "le Seigneur", c’est quelque chose de formidable, de puissant. Comme la Dame est humble quand elle parle de Lui ! […] La dernière partie aussi était si belle. Lorsqu’elle a parlé du petit morceau de pain etc., mon Père, il aurait fallu que les prêtres voient ça. Quel dommage ! J’ai à présent une estime folle pour eux. Non pas que je n’en avais pas avant, vous savez, mais vous me comprenez. Ce que vous devez être heureux, d’être prêtre. N’en ayez jamais de regret ! Le sacrifice en vaut la peine. »[8]

 

  • 18/19 février 1958

« Le Seigneur Jésus-Christ vous a laissé le grand mystère, le grand miracle de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute : Il s’est donné Lui-Même » « Non, peuples, pas une idée, non, peuples, -entendez ce qu’Il a proclamé – pas une idée, non ! Mais LUI-MEME, sous la forme d’un petit morceau de pain, sous la forme du vin »

 

  • 31 mai 1959, dernier message :

            La dernière vision de la voyante d’Amsterdam unit l’Eucharistie, la Trinité, et la nouvelle Pentecôte sur le monde. Sous la forme d’une colombe, l’Esprit Saint est donné comme à travers l’Eucharistie. Ida entend : « Celui qui Me mange et Me boit, prend en soi la vie éternelle et reçoit le vrai Esprit ! » (31 mai 1959)

Quelques malentendus sur les messages d’Amsterdam

            Il n’y aura pas un temps de l’Esprit Saint séparé du Père et du Fils :

            Il ne faut pas isoler : « Parce que le Fils est venu par la volonté du Père et que c’est l’Esprit, à présent, qui doit venir dans le monde. Et je viens afin que l’on prie pour cela. » (4 mars 1951). Il ne faut pas non plus isoler : « Elle vient annoncer le Saint Esprit. C’est seulement maintenant que le Saint Esprit va venir sur cette terre.» (31 mai 1955)

            Il faut lire la suite du message qui continue en disant : « Peuples, ne vous en laissez pas conter par de faux prophètes ! N’écoutez que Lui, Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit. Car le même Père est le même Fils. Le même Père et Fils est le même Saint Esprit. [...] Implorez le Père, le Fils, le Saint Esprit, afin qu’il protège Son peuple, afin qu’il reforme l’unité de Son peuple. » (31 mai 1955)

            Ces expressions traduisent sans ambiguïté le dogme trinitaire en insistant sur l’unité de l’ESSENCE divine (le même Père et Fils EST le même Saint Esprit). Une fois écartée le soupçon d’une hérésie Joachimiste (un temps de l’Esprit Saint séparé du Père et du Fils), il s’agit, comme le dit le site officiel des apparitions, de l’espérance d’ « un nouveau "miracle de Cana" (cf. Jn 2,5), où la Vierge Marie touche le cœur de Son Fils et obtient en notre époque tragique, une venue toute particulière de l’Esprit-Saint. Telle est la porte qui s’ouvre sur une nouvelle évangélisation et un véritable œcuménisme en ce troisième millénaire. »[9]

           

            Celle qui apparait est Marie de Nazareth, glorifiée en son assomption :

            L’expression « La dame de tous les peuples, qui fut un jour Marie », contenue dans la prière reçue le 11 février 1951, choquait plusieurs personnes. En décembre 2006, « par égard pour ceux qui ne comprendraient pas le sens de ces paroles », la congrégation de la doctrine de la foi demande que soient insérés à leur place : « La dame de tous les peuples, la bienheureuse Vierge Marie »[10], de sorte que la prière puisse continuer à être largement diffusée.

            Certaines personnes ont soupçonné que l’expression « qui fut un jour Marie » oriente dans le sens non-chrétien d’une ré-incarnation. Or, en observant l’ensemble des messages, c’est tout à fait impossible. Nous donnons deux arguments.

            Premièrement, le jour où est donnée la prière, le 11 février 1951, l’apparition commence par se présenter avec ces mots : « Je suis la Dame, MARIE, Mère de tous les peuples ». Autrement dit, l’apparition ne dit pas qu’elle n’est plus Marie, et encore moins que Marie se serait réincarnée en une autre Dame !

            Deuxièmement, l’idée de réincarnation fait partie de systèmes religieux qui n’ont pas la foi en Dieu Créateur. Or, les messages d’Amsterdam rappellent le dogme de la Création :

« L’amour est à même de sauver ce monde désemparé. Ramène tous les peuples à leur Créateur. Apprends-leur combien il est simple de voir le Créateur.» (31 décembre 1951)

 

L’Esprit Saint et le temps du Christ Roi des rois

            Le temps du Christ Roi des rois semble annoncé par trois expressions : « Christum Regnum » (29 mars 1946), SEUL ROI (31 mai 1951), « Règne de Dieu » (31 mai 1956).

 

  • 29 mars 1946 :           

« La religion devra mener un dur combat. On la veut anéantir[11]. Ce sera avec tant de raffinement que personne, ou presque, ne s’en apercevra. Je mets en garde.’ Son visage est grave. Elle désigne le calice et dit : ‘Christum regnum’ ». 

           

            On peut comprendre que le raffinement du combat spirituel par lequel on voudra anéantir la religion chrétienne consistera à déformer la foi en l’Eucharistie et dans le sacrifice rédempteur (le calice), ou, pour le dire autrement, à déformer la nature du règne du Christ. La Dame désigne le calice en disant ‘Christum regnum’, c’est-à-dire ‘Règne du Christ’.

            Certains imaginent un règne de Dieu sans le calice du sang du Christ rédempteur[12]. Une menace d’anéantissement de la religion chrétienne de ce type explique parfaitement bien que l’apparition veuille y répondre en désignant le calice eucharistique et en disant « Christum Regnum ».

 

  • 31 mai 1951 :

« [Le Père et le Fils] veulent envoyer le Saint et Véritable Esprit. Lui seul peut apporter la paix [...] Et maintenant, je m’adresse aux hommes de ce monde et je dis : Hommes, c’est de vous que doit venir la force et la volonté de conduire le monde vers le SEUL ROI de ce monde, le Seigneur Jésus-Christ. »

 

            L’adjectif « SEUL », rappelle peut-être discrètement l’institution de la fête liturgique du Christ Roi[13] et la condamnation des livres de Maurras par Pie XI[14].

            Le règne du Christ est décrit dans les Evangiles, notamment à travers de nombreuses paraboles du royaume de Dieu, et saint Paul résume en disant : le règne de Dieu est « la justice, la paix et la joie, dans le Saint-Esprit. » (Rm 14, 17)

            Dans le livre de l’Apocalypse, les mentions du Christ « roi » se situent juste avant (Ap 17, 14) et juste après (Ap 19, 15-16)  la « chute de Babylone », autrement dit dans le combat d’intense combat spirituel qui précède la « fin ».

            Cependant, il est rigoureusement impossible de préciser si le règne annoncé par la Dame de tous les peuples concerne notre génération, les derniers temps, ou la Fin du monde.

            Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut interpréter de manière spirituelle la « lutte » : l’épée est celle du Verbe (Ap 19, 15), tout comme le pape est un « lutteur » dont la puissance réside dans les encycliques. Cette lutte va confondre ceux « qui prétendent remplacer cette croix par d’autres croix » (3 janvier 1946). Le vainqueur est le Verbe, c’est-à-dire l’Agneau (Ap 5, 6… Ap 22, 3).

           

            Un troisième message évoque le règne de Dieu : « Et il y aura la paix, la Paix véritable. Peuples, cette Paix véritable, c’est le REGNE DE DIEU, et il est plus proche que jamais. Comprenez bien ces paroles » (31 mai 1956)

           

Un 5° dogme 

            Les apparitions d’Amsterdam demandent un 5° dogme marial.

 

  • 31 mai 1951 :

Voici de nouveau la Dame. Elle dit : « Je me tiens là et je viens te dire que je veux être Marie, la Dame de tous les Peuples. Regarde bien. Je me tiens devant la croix du Rédempteur. Ma tête, mes mains et mes pieds pareils à ceux de l’être humain, pareils à ceux du Fils de l’Homme ; mon corps ressortit à la nature de l’Esprit. Mes pieds sont solidement posés sur le sol parce que le Père et le Fils veut en ce temps ci m’envoyer en ce monde en qualité de COREDEMPTRICE, MEDIATRICE ET AVOCATE. Et tel sera l’objet du nouveau et dernier dogme marial. L’image doit précéder le dogme. Le dogme sera fortement contesté mais il sera promulgué. J’ai insisté sur ces choses afin de les définir clairement ; j’y reviens encore une fois pour que tu puisses toi-même les faire passer à ton directeur et aux théologiens. »

 

  • 4 avril 1954 :

« Parce que Marie est Corédemptrice, elle est aussi Médiatrice, elle est aussi Avocate. Pas seulement parce qu’elle est la Mère du Seigneur Jésus-Christ, mais – fais bien attention – parce qu’elle est l’Immaculée Conception. […] Car, étant l’Immaculée Conception, elle est de ce fait la Corédemptrice, Médiatrice et Avocate. Ces trois notions n’en faisant qu’une. »

 

            Les titres marials « médiatrice » et « avocate » remontent aux premiers siècles de l’Eglise. La doctrine de la coopération de Marie à la rédemption a été amplement développée (sans utiliser le titre raccourci « corédemptrice ») par le concile Vatican II dans la constitution dogmatique Lumen gentium chapitre VIII. Le pape Jean-Paul II a de nouveau développé la doctrine de la médiation de Marie et de sa coopération au Christ rédempteur dans son encyclique Redemptoris Mater (la Mère du Rédempteur).

            Dans la perspective modeste qui est la nôtre, nous pouvons simplement remarquer qu’il n’y aurait pas de consécration à Jésus-Christ « par » Marie s’il n’y avait pas d’abord eu la doctrine de Marie « médiatrice ».

 

31 mai 1959, le dernier message, magnifique synthèse

            Le dernier message est stupéfiant de beauté. Ida voit d’abord Marie. Marie est couronnée, ce qui, d’après un autre message, évoque le 5° dogme[15]. Puis la Dame s’estompe devant l’Eucharistie. Marie s’efface devant son Fils. Son rôle de mère est de nous donner Jésus. Marie corédemptrice, médiatrice, avocate est ici visuellement représentée de manière subordonnée au Fils, comme toute la doctrine de l’Eglise l’a toujours précisé.

            La vision de l’hostie eucharistique s’ouvre sur une vision trinitaire extrêmement lumineuse et glorieuse.

            La voyante voit nettement la différence entre la gloire de Dieu et celle de la Dame qui réapparait à la fin : « on aurait dit que la Dame était dans l’ombre du Seigneur. » Marie ne prend jamais la place de Jésus, ni de l’Esprit Saint.

            Le calice déverse un flot épais de sang qui coule abondamment et longtemps sur la terre : en effet, depuis 2000 ans, par son Eucharistie, c’est son sang que Jésus donne à l’humanité, le sang de sa Passion d’amour, avec cependant aussi toute l’horreur des souffrances de la Passion. Voilà pourquoi l’endurcissement dans le péché est si grave, c’est une ingratitude : « Faites Lui réparation ! » dit l’Apparition avant la vision de l’hostie et du calice. Après la vision du calice, Ida voit le Seigneur, d’une inexprimable grandeur, avec la marque des plaies aux pieds et aux mains.

            C’est à partir de la vision de l’Eucharistie qu’advient la vision trinitaire, sans que le Père ne soit véritablement visible. Ida voit un seul Etre, mais elle comprend qu’ils sont deux. Ce qui évoque la parole de Jésus à Philippe pendant la dernière Cène : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 8). Puis, venant d’Eux, elle voit la colombe, l’Esprit Saint.

            La vision montre la venue de l’Esprit Saint sur la terre, dans une lumière indicible, et d’une manière indissociable du don de l’Eucharistie (pensons à l’Epiclèse sur l’assemblée pendant la Messe). Ida donne cette description : « Une Colombe ; rapide comme l’éclair, elle a piqué vers en bas, vers le globe. Une lumière ineffable précédait la Colombe et un formidable faisceau de lumière la suivait. »

            L’apparition dit combien l’Eucharistie nous incorpore à la vie trinitaire, à la vraie vie, à la vie éternelle… « Celui qui Me mange et Me boit, prend en soi la vie éternelle et reçoit le vrai Esprit ! »

            En suivant l’ordre de la vision, nous voyons donc Marie couronnée (par le 5° dogme), qui nous conduit, par la voie de la pénitence, à l’Eucharistie, et, par l’Eucharistie, à la Trinité.

           

Les apparitions d’Amsterdam, brève synthèse…

            Les apparitions d’Amsterdam font retentir un appel à la prière du Rosaire et à la prière devant la Croix, une invitation à vivre intensément de l’Eucharistie, et un appel à aimer l’Eglise (l’Eglise catholique romaine, mais aussi l’unité des Eglises autour du pape).  

            Le Rosaire et la Croix, la Trinité et l’attention au pape sont des thèmes fréquents dans d’autres apparitions. On note aussi la reprise du titre « Immaculée conception » donné à Lourdes.

            Sans aucun doute, il y a une nouveauté dans la manière dont ces thèmes sont articulés ensemble dans une vision cohérente. Attentive aux pauvres, Marie veut aussi s’adresser au théologien, comme pour rappeler que l’unité de la foi et son enseignement systématique et organique sont importants pour les temps modernes.

            De plus, Marie veut ouvrir notre cœur aux dimensions du monde, et rendre chacun de nous attentif à sa responsabilité sociale : elle fait une mise en garde concernant le danger des idéologies, et lance un vigoureux appel à l’équité et au partage. Elle veut nous y aider, elle veut être notre mère, et elle se présente comme corédemptrice, médiatrice et avocate : sur tous les peuples, elle veut attirer l’Esprit Saint.

 

 

 

 


[1] http://www.devrouwevanallevolkeren.nl/devrouwe/french/introduction.htm

[2] Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, § 198

[3] Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, § 208

[4] Peu connues, les apparitions de Quito en Equateur, entre 1588 et 1634 avaient déjà parlé de la franc-maçonnerie et de son projet de destruction de la famille. Père Manuel Sousa Pereira, Vie admirable de la Mère Mariana de Jesus Torres, éditions Resiac, Montsûrs, 2012. (Traduit de l’espagnol)

[5] Extraits de : Pape François, Homélie du 6 juin 2013 à sainte Marthe, http://it.radiovaticana.va/Articolo.asp?c=700694

[6] Cf. JEAN-PAUL II, Encyclique Redemptoris missio, n. 28.

[7] JEAN-PAUL II, Redemptoris Custos, § 19-20
 

[8] Lettre que la voyante, IDA PEERDEMAN, écrivit le 2 juin 1957 à son directeur spirituel, à propos du message du 31 mai 1957

[9] Extrait de la brochure „ENTSTEHUNG BOTSCHAFTEN BEDEUTUNG" / ("ORIGINE, MESSAGES, SIGNIFICATION"), Fondation La Dame de tous les Peuples, 2002.

[11] Un tel message a eu des précédents plus ou moins équivalents : A Quito, en Equateur, le 2 février 1634 : l’apparition annonce une obscurité momentanée : diverses hérésies se répandront, les communautés seront désertés, l’impureté règnera, la franc-maçonnerie tentera de détruire la famille. Cependant, après cela, par la venue des trois archanges saint Michel, saint Raphaël et saint Gabriel, l’atmosphère sera purifiée. Cf. Père Manuel Sousa Pereira, Vie admirable de la Mère Mariana de Jesus Torres, éditions Resiac, Montsûrs, 2012. (Traduit de l’espagnol)

[12] Lire à ce sujet : Edouard-Marie GALLEZ, Le messie et son prophète, Editions de Paris 2012, tome I et II.

[13] Pie XI, Encyclique Quas Primas, instaurant la fête du Christ-Roi, 11 décembre 1925

[14] Le pape PIE XI dans son allocution consistoriale du 20 décembre 1926 interdit aux catholiques la propagande de l’Action française.

[15] « Occupez-vous du dernier dogme, le couronnement de la Mère du Seigneur Jésus-Christ, Corédemptrice, Médiatrice et Avocate. » (11 octobre 1953)

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