Marie mère de miséricorde

Table des matières

Introduction : L’expérience du péché et de l’amour du Père 

L'Annonciation chantée comme miséricorde 

Marie, nouvelle Eve, défait les noeuds (St Irénée) 

Le pardon de Marie au calvaire 

La miséricorde de Marie 

Mère de miséricorde et avocate 

Le regard de la Vierge (Bernanos) 

Après des expériences avilissantes (sexe, drogue etc.) 

Marie, la Splendeur de la Vérité, et la Divine miséricorde (Jean Paul II) 

Supérieurs violents, subordonnés désobéissants...

Pardonner comme on porte dans les bras un enfant 

Fioretti sur la miséricorde de Marie 

Prière à Marie, reine de miséricorde (A. de Liguori) 

L’humilité de Marie, un manteau qui réchauffe 

Le nom de Marie est plein de douceur divine 

Le nom de Marie rend chaste 

Le pécheur sort de la damnation par l’amour 

Les propos de Marthe Robin sur la miséricorde de Jésus 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

e des matières

Introduction : L’expérience du péché et de l’amour du Père 

L'Annonciation chantée comme miséricorde 

Marie, nouvelle Eve, défait les noeuds (St Irénée) 

Le pardon de Marie au calvaire 

La miséricorde de Marie 

Mère de miséricorde et avocate 

Le regard de la Vierge (Bernanos) 

Après des expériences avilissantes (sexe, drogue etc.) 

Marie, la Splendeur de la Vérité, et la Divine miséricorde (Jean Paul II) 

Supérieurs violents, subordonnés désobéissants...

Pardonner comme on porte dans les bras un enfant 

Fioretti sur la miséricorde de Marie 

Prière à Marie, reine de miséricorde (A. de Liguori) 

L’humilité de Marie, un manteau qui réchauffe 

Le nom de Marie est plein de douceur divine 

Le nom de Marie rend chaste 

Le pécheur sort de la damnation par l’amour 

Les propos de Marthe Robin sur la miséricorde de Jésus 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des matières

Introduction : L’expérience du péché et de l’amour du Père 

L'Annonciation chantée comme miséricorde 

Marie, nouvelle Eve, défait les noeuds (St Irénée) 

Le pardon de Marie au calvaire 

La miséricorde de Marie 

Mère de miséricorde et avocate 

Le regard de la Vierge (Bernanos) 

Après des expériences avilissantes (sexe, drogue etc.) 

Marie, la Splendeur de la Vérité, et la Divine miséricorde (Jean Paul II) 

Supérieurs violents, subordonnés désobéissants...

Pardonner comme on porte dans les bras un enfant 

Fioretti sur la miséricorde de Marie 

Prière à Marie, reine de miséricorde (A. de Liguori) 

L’humilité de Marie, un manteau qui réchauffe 

Le nom de Marie est plein de douceur divine 

Le nom de Marie rend chaste 

Le pécheur sort de la damnation par l’amour 

Les propos de Marthe Robin sur la miséricorde de Jésus 

 

Introduction : L’expérience du péché et de l’amour du Père

Nous sommes tous pécheurs.

« A maintes reprises nous commettons des écarts, tous sans exception » (Jacques 3,2).

Le péché nous rend superficiel, nous fait porter des masques, il nous abîme.

 

Le péché suppose une révélation.

            On se sait pécheur par le regard d'un autre. Tant qu'on se regarde dans le miroir, on se trouve beau. David a péché, mais c'est Nathan qui le lui révèle (2 Sam 11-12).

            On peut faire un examen de conscience avec le décalogue, qu’il faut bien situer : dans le livre du Deutéronome (Dt 5), il est entouré de promesses de bonheur, dans le livre de l’Exode, il s’inscrit dans une dynamique de sanctification par la présence de Dieu dans son sanctuaire, au milieu de son peuple (Ex 20). Dans les deux cas, le décalogue commence par une parole sur l’amour de Dieu qui libère, avant d’indiquer les commandements relatifs à Dieu (ne pas capter par la magie et l’occultisme ce que Dieu veut donner ; ne pas être hypocrite ; respecter le jour du Seigneur), viennent ensuite les préceptes relatifs au prochain que saint Paul résume en ces termes : « le précepte : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule: Tu aimeras ton prochain comme toi-même »  (Rm 13,9).

 

Le contraire du péché, c'est la foi en l'amour de Dieu.

On se reconnaît pécheur en se sachant aimé de Dieu. Dieu nous aime. La parabole de Luc 15 montre Dieu comme un homme âgé qui court vers son fils (c'est très étonnant, en Orient un homme âgé ne court pas).

 

Dieu a soif de nous sortir du péché.

« Et toi, fils d'homme, dis à la maison d'Israël: Vous répétez ces paroles: "Nos crimes et nos péchés pèsent sur nous; c'est à cause d'eux que nous dépérissons. Comment pourrions-nous vivre?" Dis-leur: "Par ma vie, oracle du Seigneur Dieu, je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais à la conversion du méchant qui change de conduite pour avoir la vie. Convertissez-vous, revenez de votre voie mauvaise. Pourquoi mourir, maison d'Israël?" » (Ezéchiel 33, 10-11)

 

« C'est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur. Là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du val d'Akor une porte d'espérance. Là, elle répondra comme aux jours de sa jeunesse, comme au jour où elle montait du pays d'Egypte. [...] Je te fiancerai à moi pour toujours; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras le Seigneur. » (Osée 2, 16-22)

 

N'oublions pas que Dieu a semé le bon grain dans notre cœur.

« Alors le Seigneur Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant. » (Genèse 2, 7)

Nous avons été créés par le souffle divin. Dieu a semé le bon grain en nous : « Maître, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ? » (Mt 13, 27)

 

Dieu ne nous a jamais maudit, il a seulement maudit le serpent (Gn 3, 14) et le sol (Gn 3, 17).

Dieu espère en moi. Dieu nous a béni (Gn 1, 22). Contemplons donc la patience de Dieu (Mt 13, 30) : il nous prend là où nous sommes arrivés.

 

Jésus a tant de tendresse pour les pécheurs, nous lui avons tant coûté, il est toujours disposé à nous pardonner...

 

L'amour de Dieu a quatre effets :

-       Nous devenons amis de Jésus.

-       Nous devenons missionnaires : le secret des missionnaires c'est qu'ils nous aimaient pour que nous connaissions l'amour de Dieu.

-       Cet amour nous établit finalement dans la confiance.

-       Cet amour me guérit de tout péché.

 

L'Annonciation chantée comme miséricorde

            Entrons maintenant dans la dimension mariale de la miséricorde. Tout d’abord, ayons conscience combien l’Incarnation du Fils de Dieu est un acte de la divine miséricorde, et combien la Vierge Marie y collabore d’une manière très spéciale.

            Pour cette méditation, plongeons-nous dans nos racines.

 

            En Occident. Voici par exemple comment la liturgie gallicane, au 7ème - 8ème siècle, chante l'Incarnation comme miséricorde divine[1] :

« [Collecte] :

O Dieu, qui es riche de miséricorde, qui nous as fait revivre dans le Christ ton Fils, nous qui étions morts à cause de nos péchés. Celui qui a tout créé assume la forme de Serviteur ; et celui qui demeurait dans la divinité, il fut engendré dans la chair ; il était enveloppé de langes celui qui il est adoré dans les cieux ; il fut déposé dans une crèche celui qui régnait dans les cieux. Regarde-nous favorablement quand nous invoquons ta majesté et, à cause de la charité ineffable de ta miséricorde, donne-nous, à nous qui exultons à cause de la naissance de ton Fils, né de la Vierge et régénéré par l'Esprit Saint, d'obéir aux préceptes par lesquels il nous donna les enseignements du salut...

 

[Préface :]

Il est vraiment digne, juste, convenable et salutaire de te rendre grâce, o Seigneur, Père saint, Tout-Puissant et Dieu éternel, parce que aujourd'hui notre Seigneur Jésus Christ a daigné visiter le monde. Par miséricorde il est descendu du ciel en procédant du sanctuaire d'un corps virginal. Les anges ont chanté Gloire au plus haut des cieux, lorsque l'humanité du Sauveur a resplendi. Toute la troupe des anges se mit à exulter, parce que la terre accueillit le roi éternel. La bienheureuse Marie est devenue un précieux temple qui porte le Seigneur des Seigneurs. Elle engendra en effet une vie illustre en remède à nos délits, pour que fût repoussée la mort amère. Ces entrailles en effet ne connurent pas la faute humaine, et méritèrent de porter Dieu. Il est né dans le monde celui qui vit toujours et vit dans le ciel, Jésus Christ, ton Fils et notre Seigneur... »

 

Cette liturgie a inspiré les saints de son époque, notamment saint Idelphonse de Tolède, 617-667 :

« Si je cherche la mère, elle est aussi vierge ; si je cherche la Vierge, elle est aussi mère; si je cherche le fils, il est fils de la Vierge; et si je cherche l'intégrité, elle est chez sa mère entièrement.

O Dieu, auteur de tous les prodiges, o Dieu de toutes les créatures, o Dieu créateur de l'univers, o Dieu, origine de toutes les merveilles ! Avec tous tes miracles, avec toutes tes grandeurs, avec toute ta puissance, tu as accompli ce prodige, cette œuvre, ce résultat : tu as ouvert les trésors de ta miséricorde, tu as donné la preuve de ta mystérieuse pitié, tu as ouvert les richesses de ton pardon, tu as fait couler les fleuves de ta clémence pour mon salut et pour le salut du monde, pour ma rédemption et pour la rédemption du monde, pour ma justification et pour la justification du monde, pour ma libération et pour la libération du monde ! »[2]

 

            L’Eglise d’Orient, elle aussi, chante l’Incarnation comme une réconciliation entre Dieu est l’humanité.

            Saint Germain naquit à Anaplous (Grèce) dans la deuxième moitié du XII° siècle. Il fut patriarche de Constantinople de 1222 à 1240. Une tradition manuscrite lui attribue ce discours sur l'Annonciation :  

 

« "Réjouis-toi pleine de grâce, le Seigneur est avec toi !" (Lc 1, 28). Maintenant Dieu se réconcilie avec les hommes. Il a dit dans un certain endroit aux Israélites: "Vos iniquités s'interposèrent entre moi et vous" (cf. Isaïe 59, 2). Mais quand Il te trouva, toi qui es une demeure digne de sa gloire, Il défit l'ancienne séparation, et il devint présent avec toi, et par toi, avec tous ceux qui ont en commun avec toi la nature humaine.

Ne dis pas, o toute pure: "Comment cela adviendra-t-il, puisque je ne connais pas d'homme?" (Lc 1, 34). Cela sera, de fait, parce que tu ne connais pas d'homme. C'est pourquoi, en toi, qui es un Livre intact, le Verbe subsistant du Père sera écrit, parce que tu n'es pas susceptible d'encre de communion d'homme. D'une terre vierge, au commencement Dieu modela avec ses mains Adam : mais maintenant Celui qui a façonné Adam naît de toi comme nouvel Adam, pour faire se relever l'ancien Adam qui languit et pour remodeler celui qui s'est dissous. »[3]

 

La liturgie latine actuelle continue de faire goûter la miséricorde de Dieu lorsqu'elle célèbre l'Incarnation :

            « Que cette communion, Seigneur notre Dieu, nous fasse mieux connaître ta miséricorde, pour qu'en célébrant avec foi la mémoire de la Vierge Marie, Mère de ton Fils, nous trouvions un gage de notre salut dans le mystère du Verbe incarné. Lui qui règne avec toi pour les siècles des siècles. »

(Prière après la communion, messe votive de la Vierge Marie à l'Annonciation du Seigneur)[4].

 

Marie, nouvelle Eve, défait les noeuds (St Irénée)

            Par son adhésion complète à la divine volonté, Marie défait les nœuds… En accueillant le Salut, est définie "cause de salut" pour ceux à qui Ève avait causé la mort. Marie sait défaire les nœuds de la désobéissance et de la mort. Voici ce que dit saint Irénée :

 

« Car, de même qu’Ève, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge – car ils étaient nus tous les deux dans le paradis et n’en avaient point honte (Gn 2,25), parce que, créés peu auparavant, ils n’avaient pas de notion de la procréation : il leur fallait d’abord grandir, et seulement ensuite se multiplier (Gn 1,28) – de même donc qu’Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut (cf. He 5,9) pour elle-même et pour tout le genre humain.

C’est pour cette raison que la Loi donne à celle qui est fiancée à un homme, bien qu’elle soit encore vierge, le nom d’épouse de celui qui l’a prise pour fiancée (Dt 22,23-24), signifiant de la sorte le retournement qui s’opère de Marie à Ève.

Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud. »[5] 

 

Le pardon de Marie au calvaire

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala » (Jn 19, 25).

 

Raniero Cantalamessa[6] commente :

 

Marie était là comme "sa mère".

Marie n’était pas seule ; elle était une de ses femmes : oui, mais Marie était là comme « sa mère» : ce qui change tout et la place dans une situation toute différente.

Il m’est arrivé d’assister parfois à des funérailles de jeunes. Le pense en particulier à un jeune homme. Plusieurs femmes suivaient le cortège funèbre. Toutes vêtues de noir. Toutes pleuraient. Elles semblaient toutes pareilles. Parmi elles cependant une restait différente, une à laquelle tous pensaient, la mère. Elle était veuve et n’avait que ce fils. Elle regardait le cercueil, on voyait ses lèvres répéter sans cesse le nom de son fils. Quand, au moment du Sanctus, les fidèles se mirent à proclamer : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu de l’univers », elle aussi sans peut-être s’en rendre compte, se mit à murmurer : Saint, Saint, Saint… À ce moment j’ai alors pensé à Marie au pied de la croix.

 

Il lui fut demandé de pardonner.

A Marie il fut demandé un geste tellement plus difficile : pardonner. Quand elle entendit son Fils prier : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Elle comprit ce que le Père céleste attendait d’elle : qu’elle reprenne en son cœur ces mêmes paroles : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ». Elle les dit. Elle pardonna.

 

 Mère de la miséricorde

Benoît XVI dit en quelques mots : « L'Immaculée reflète la miséricorde du Père. Conçue sans péché, elle fut capable de pardonner également ceux qui abandonnèrent et blessèrent son Fils au pied de la croix. » (Benoît XVI, Lettre aux évêques d'Espagne, 19 mai 05)

 

            Jean-Paul II avait développé plus longuement en disant :

«          « Misericordias Domini in aeternum cantabo », « Je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur » (Ps 89,2, Ps 88).

            Dans ce chant pascal de l'Eglise, résonnent dans la plénitude de leur contenu prophétique les paroles prononcées par Marie durant sa visite à Elisabeth, l'épouse de Zacharie: "Sa miséricorde s'étend de génération en génération" (Lc 1,50).

Dès l'instant de l'incarnation, ces paroles ouvrent une nouvelle perspective de l'histoire du salut. Après la résurrection du Christ, cette perspective nouvelle devient historique et acquiert en même temps un sens eschatologique.

            Depuis ce moment se succèdent toujours en nombre croissant de nouvelles générations d'hommes dans l'immense famille humaine, et se succèdent aussi de nouvelles générations du peuple de Dieu, marquées du signe de la croix et de la résurrection, et "marquées d'un sceau" (2Co 1,21-22), celui du mystère pascal du Christ, révélation absolue de cette miséricorde que Marie proclamait sur le seuil de la maison de sa cousine: "Sa miséricorde s'étend de génération en génération" (Lc 1,50).

 

            Marie est aussi celle qui, d'une manière particulière et exceptionnelle - plus qu'aucune autre - a expérimenté la miséricorde, et en même temps - toujours d'une manière exceptionnelle - a rendu possible par le sacrifice du coeur sa propre participation à la révélation de la miséricorde divine. Ce sacrifice est étroitement lié à la croix de son Fils, au pied de laquelle elle devait se trouver sur le Calvaire.

 

            Le sacrifice de Marie est une participation spécifique à la révélation de la miséricorde, c'est-à-dire de la fidélité absolue de Dieu à son amour, à l'alliance qu'il a voulue de toute éternité et qu'il a conclue dans le temps avec l'homme, avec le peuple, avec l'humanité; il est la participation à la révélation qui s'est accomplie définitivement à travers la croix.

Personne n'a expérimenté autant que la Mère du Crucifié le mystère de la croix, la rencontre bouleversante de la justice divine transcendante avec l'amour: ce "baiser" donné par la miséricorde à la justice (Ps 85,11 (Ps 84).

            Personne autant qu'elle, Marie, n'a accueilli aussi profondément dans son coeur ce mystère: mystère divin de la rédemption, qui se réalisa sur le Calvaire par la mort de son Fils, accompagnée du sacrifice de son coeur de mère, de son "fiat" définitif.

            Marie est donc celle qui connaît le plus à fond le mystère de la miséricorde divine. Elle en sait le prix, et sait combien il est grand.

 

            Marie, préparée à découvrir la miséricorde à laquelle tous participent (Lc 1, 50)

            En ce sens, nous l'appelons aussi Mère de la miséricorde: Notre-Dame de miséricorde, ou Mère de la divine miséricorde; en chacun de ces titres, il y a une signification théologique profonde, parce qu'ils expriment la préparation particulière de son âme, de toute sa personne, qui la rend capable de découvrir, d'abord à travers les événements complexes d'Israël puis à travers ceux qui concernent tout homme et toute l'humanité, cette miséricorde à laquelle tous participent "de génération en génération" (Lc 1,50), selon l'éternel dessein de la Très Sainte Trinité.

 

            Cependant, ces titres que nous décernons à la Mère de Dieu parlent surtout d'elle comme de la Mère du Crucifié et du Ressuscité; comme de celle qui, ayant expérimenté la miséricorde d'une manière exceptionnelle, "mérite" dans la même mesure cette miséricorde tout au long de son existence terrestre, et particulièrement au pied de la croix de son Fils, enfin ils nous parlent d'elle comme de celle qui, par sa participation cachée mais en même temps incomparable à la tâche messianique de son Fils, a été appelée d'une manière spéciale à rendre proche des hommes cet amour qu'il était venu révéler: amour qui trouve sa manifestation la plus concrète à l'égard de ceux qui souffrent, des pauvres, des prisonniers, des aveugles, des opprimés et des pécheurs, ainsi que le dit le Christ avec les termes de la prophétie d'Isaïe, d'abord dans la synagogue de Nazareth (Lc 4,18), puis en réponse aux envoyés de Jean-Baptiste (Lc 7,22).

 

            A cet amour "miséricordieux", qui se manifeste surtout au contact du mal physique et moral, le coeur de celle qui fut la Mère du Crucifié et du Ressuscité participait d'une manière unique et exceptionnelle - Marie y participait.

            Et cet amour ne cesse pas, en elle et grâce à elle, de se révéler dans l'histoire de l'Eglise et de l'humanité. Cette révélation est particulièrement fructueuse, car, chez la Mère de Dieu, elle se fonde sur le tact particulier de son coeur maternel, sur sa sensibilité particulière, sur sa capacité particulière de rejoindre tous ceux qui acceptent plus facilement l'amour miséricordieux de la part d'une mère.

            C'est là un des grands et vivifiants mystères chrétiens, mystère très intimement lié à celui de l'incarnation.

            "A partir du consentement qu'elle apporta par sa foi au jour de l'Annonciation et qu'elle maintint sans hésitation sous la croix - nous dit le Concile Vatican II -, cette maternité de Marie dans l'économie de la grâce se continue sans interruption jusqu'à l'accession de tous les élus à la gloire éternelle.

En effet, après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s'interrompt pas: par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel.

Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n'est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu'à ce qu'ils parviennent à la patrie bienheureuse" (Vatican II, LG 62). »[7]

 

La miséricorde de Marie

 

L'enseignement de l'Eglise orthodoxe s'exprime ainsi dans la liturgie :

« Vous êtes vraiment, ô Souveraine, une Source d'eau vive. Vous purifiez les maladies des âmes et des corps, vous guérissez tous les maux par votre seul contact, Vous qui versez le Christ, lequel est l'eau du salut. » (Liturgie grecque, tropaire de l'Orthros)

 

Saint Bernard s’exprime ainsi :

« La miséricorde, nous l'étreignons avec plus de tendresse (que les autres vertus de Marie], nous nous en souvenons plus souvent, nous l'appelons avec plus de fréquence.

C'est elle, en effet, qui obtint que le monde entier fût restauré, qui arraché par ses prières le salut de tous les hommes.

Il est bien évident qu'elle était en souci pour le genre humain, celle à qui il fut dit : « Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce » (Lc 1, 30), celle précisément que tu cherchais.

 

Qui donc pourra de ta miséricorde, ô bénie, mesurer la longueur et la largeur, la sublimité et la profondeur ?

Sa longueur, jusqu'à la fin du monde, se porte au secours de tous ceux qui l'invoquent [ceux qui invoquent Dieu (Lc 1, 50)] ; sa largeur enveloppe le globe terrestre au point que, de ta miséricorde à toi aussi, la terre est toute remplie. Ainsi encore sa sublimité a provoqué la renaissance de la cité céleste et sa profondeur a obtenu le rachat de ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. [...]

Désormais c'est à ta bienveillance de manifester au monde cette grâce que tu as trouvé auprès de Dieu en obtenant par tes saintes prières le pardon aux coupables, la santé aux malades, la fermeté aux cœurs lâches, l'apaisement aux affligés, secours et délivrance à ceux qui sont en péril. »[8]

 

Mère de miséricorde et avocate

Parce qu'elle connaît la matière dont nous sommes faits

« Nous exultons donc et nous nous réjouissons en elle, parce que, dans les cieux, Marie est la fidèle avocate de nous tous.

Tandis que son Fils est le médiateur entre Dieu et les hommes, elle est la médiatrice entre le Fils et les hommes.

Et, comme il convient à la Mère de la miséricorde, elle est pour nous toute miséricorde ; elle sait plaindre les faiblesses humaines parce qu'elle connaît la matière dont nous sommes faits. Et elle ne cesse jamais d'intercéder pour nous auprès de son Fils. »[9]

 

Réjouissons-nous, ne désespérons jamais !

« Réjouissons-nous ainsi de tout cœur du fait qu'elle soit puissante, pleine de pitié et notre fidèle avocate.

Elle ne refuse son aide à personne de ceux qui le lui demandent convenablement; et pour personne elle n'intercède en vain auprès de son Fils.

Réjouissons-nous, je le répète, à cause d'elle et vénérons-la avec respect et avec de dignes éloges, de concert avec les saints anges ; adressons nos supplications en présence de tous les habitants du ciel.

 

Mais quels doivent être ces respects avec lesquels pouvons honorer dignement une si sublime maîtresse ? Sûrement, l'honneur qui lui est le plus agréable consiste à imiter sa vie très sainte, aimer ce qu'elle a aussi aimé et éviter ce qu'elle a évité. Marie apprécie énormément une chasteté parfaite, grâce à laquelle elle même est apparue gracieuse aux yeux du Très-haut...

 

Quand bien même nos infirmités (spirituelles) seraient terribles, ne nous désespérons jamais de sa miséricorde, pourvu que nous sachions reconnaître à sa présence notre faute et demander avec un cœur contrit son intervention. Nous verrons sans aucun doute descendre sur nous son aide, parce que ses miséricordes sont nombreuses, spécialement vers ceux qui l'invoquent.

 

Béni soit Dieu dans la multitude de ses miséricordes ! Lui qui dans les cieux a établi pour nous une avocate aussi puissante, aussi miséricordieuse et aussi familière de sa majesté. »[10]

 

"Nous implorons l'intercession de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, à la suite et en l'honneur de laquelle a été fondée notre religion du Mont-Carmel"[3].

Le regard de la Vierge (Bernanos)

Un jeune curé est récemment arrivé à Ambricourt. Mais sa simplicité fait jaillir le feu de la grâce, « comme une torche », partout où il passe. Il dérange. Les puissants du canton font le projet de demander sa mutation.

C'est alors que le curé de Torcy rend visite au jeune prêtre, l'encourage de diverses manières, et lui dit :

 

« Notre pauvre espèce ne vaut pas cher, mais l'enfance émeut toujours ses entrailles, l'ignorance des petits lui fait baisser les yeux - ses yeux qui savent le bien et le mal, ses yeux qui ont vu tant de choses !

Mais ce n'est que l'ignorance, après tout.

La Vierge était l'innocence. [...]

Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n'est pas tout à fait celui de l'indulgence - car l'indulgence ne va pas sans quelque expérience amère - mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d'on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue et, bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. » [1]

 

Bernanos suggère que le regard de la Vierge Marie inspire le regard du jeune prêtre sur ses paroissiens, et amène l'heure de la grâce, fut-elle une heure de douloureuse vérité.

Voici un exemple. Sulpice Mitonnet est un jeune qui participe au tout petit cercle d'étude organisée par le curé, il s'est proposé pour réparer le plancher du presbytère. Or ce jeune a des habitudes abominables que le village connaît, mais le curé ne le comprendra que lorsque le comte le lui dira. Le curé rentre au presbytère d'Ambricourt où Sulpice Mitonnet remplace adroitement quelques planches vermoulues du plancher :

 

« J'ai ouvert la porte de la salle. Occupé à raboter ses planches, il ne pouvait ni me voir ni m'entendre. Il s'est pourtant retourné brusquement, nos regards se sont croisés. J'ai lu dans le sien la surprise, puis l'attention, puis le mensonge. Non pas tel ou tel mensonge, mais la volonté de mensonge. Cela faisait comme une eau trouble, une boue. Et enfin, je le fixais toujours, la chose n'a duré qu'un instant, quelques secondes peut-être, je ne sais - la vraie couleur du regard m'est apparue de nouveau, sous cette lie. Cela ne peut se décrire, Sa bouche s'est mise à trembler. Il a ramassé ses outils, les a soigneusement roulés dans un morceau de toile, et il est sorti sans un mot. » [2]

 

Bernanos suggère que le regard de la Vierge est un secret entre elle et lui, un secret de compassion, un secret qui délivre et donne une autre dimension.

Le curé d'Ambricourt a l'habitude de rendre visite à ses paroissiens, chez eux. Mais les fermes sont éloignées les unes des autres et le climat est éprouvant. En chemin, il vacille d'épuisement. Et il voit « la créature sublime »... il regarde les mains d'abord, puis le visage :

 

« Je craignais en levant les paupières d'apercevoir le visage devant lequel tout genou fléchit. Je l'ai vu [...] Elle était l'innocence. J'ai alors compris certaines paroles de monsieur le curé qui m'avaient parues obscures »[3].

 

Ce regard de la Vierge, c'est ce qu'il cherchait quand il priait si difficilement. Et à cet instant, c'est un peu comme la rencontre entre Jésus et sa mère, sur le chemin de croix où Jésus est tombé. Le jeune curé tombera quelques minutes plus tard, vomissant son sang (il a un cancer de l'estomac).

 

Ce regard de la Vierge, il en a aura encore tant besoin, pour surmonter le regard des gens, ces gens qu'il sent si supérieur, lui qui n'est même pas fils d'agriculteur, mais fils d'ouvriers agricoles, ces gens qui veulent déjà sa mutation...

 

« On ne vient pas facilement à bout de cette peur irraisonnée, enfantine, qui me fait me retourner brusquement lorsque je sens sur moi le regard d'un passant. Mon cœur saute dans ma poitrine, et ne recommence à respirer qu'après avoir entendu le bonjour qui répond au mien. Quand il arrive, je ne l'espérais déjà plus. La curiosité se détourne de moi, pourtant. On m'a jugé, que demander de plus ? »[4]

 

Bernanos suggère encore cet invisible regard qui habite le jeune prêtre, quand peu de temps après, tenant son chapelet à l'heure de sa mort, le jeune curé murmure :

 

«... tout est grâce ».[5]

 

[1] Georges BERNANOS, Journal d'un curé de campagne (Plon 1936), éditions « Le livre de poche », Paris 1966, p. 182

[2] p. 107

[3] p. 186

[4] p. 194

[5] p. 254

 

 

 

 

Après des expériences avilissantes (sexe, drogue etc.)

 

Certains d'entre vous nous écrivent :

« J'ai eu une conduite sexuelle avilissante ». « Je me suis drogué, ma santé mentale est détériorée, il m'arrive d'être agressif envers mon entourage ». « Priez pour moi ». « Aidez-moi ».

 

Marie est « Notre Dame de l'espérance ».

A Lourdes, Marie demande de prier « pour les pécheurs », tout simplement parce qu'elle les aime et qu'elle sait qu'il est possible à chacun de venir à la lumière.

 

« Il est donc vrai... les plus grands pécheurs ont en eux ce qui fait les plus grands saints. Qui sait s'ils ne le deviendront pas un jour ? »

(Bienheureux Père Lataste (1832-1869),

fondateur des Dominicaines de Béthanie[1])

 

Chaque personne est unique, chaque itinéraire est unique. Chaque personne a besoin de se nourrir pour pouvoir avancer sur le chemin qui mène à Dieu, c'est le chemin de la vie, c'est le chemin de la joie.

 

Pourquoi ne pas prier chaque jour cette prière simple (et l'afficher chez soi ?) :

"ô Marie, détournez-moi toujours du mal et faites que je persévère dans le bien."

 

En bas de cette page, te sont proposés des liens vers d'autres pages de ce site :

Ces propositions sont présentées en 3 sitemap :

- selon l'image du cheminement, ce sont 3 pistes...

- selon l'image de la nourriture, ce sont 3 bons petits plats !

En voici une présentation globale :

 

1) Une dynamique de vérité, en particulier concernant la vie sexuelle.

Avoir des idées claires sur le bien et le mal, les commandements du Seigneur.

Avoir des idées claires sur l'homme et la femme, le corps et l'amour, la maternité et la paternité,

 

2) Une dynamique de consolation, de pardon, d’espérance.

Le Christ pardonne. Marie est « la mère de miséricorde ».

 

3) Prier et recevoir l'Esprit Saint.

L'Esprit Saint donne la paix, la joie, l'amour et la maîtrise de soi.

Il faut donc prier et recevoir l'Esprit Saint. La veille de sa Passion, Jésus nous l'a promis.

Or l'Esprit Saint est d'une manière très particulière associé à la Vierge Marie...

 


[1] Cet ordre a établit une communion de miséricorde entre des femmes sorties de prisons (souvent pour infanticide) ou issues de la prostitution et qui vivent la même règle, avec le même habit, dans la discrétion. Lire :http://dominicainesdebethanie.org/spip.php?rubrique27


Françoise Breynaert

Marie, la Splendeur de la Vérité, et la Divine miséricorde (Jean Paul II)

Dans sa lettre encyclique « La Splendeur de la Vérité » (Veritatis Splendor 1993), Jean Paul II commence par rappeler que le Christ révèle l'homme à l'homme.

Puis il explique que la vie morale repose sur la liberté et la raison humaines mais que c'est une erreur de croire que la morale humaine serait totalement autonome, sans référence au Créateur.

L'homme n'est pas à la merci des idéologies, dans un vide de sens moral. La conscience est un sanctuaire où Dieu parle à la raison humaine et lui donne la capacité de juger ce qui est bien.

On ne peut pas laisser penser qu'un homme resterait bon par un choix fondamental alors qu'il commet des actes mauvais, en des matières graves et délibérément, car le corps (donc les actes) est animé par son esprit immortel et c'est l'âme qui donne la forme au corps (et aux actes).

On ne pas non plus juger de la moralité uniquement en considérant les conséquences de l'acte.

L'acte a une valeur intrinsèque.

On ne doit pas abroger la doctrine du péché mortel (qui porte sur une matière grave, avec pleine conscience et liberté).

Le martyr signifie qu'il y a un bien absolu pour lequel il vaut la peine de mourir et un mal éternel qui ne devient jamais un bien.

La vie morale est libératrice car elle correspond à la nature humaine telle qu'elle a été créée. C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libéré (Ga 5, 1).

A la fin de l'encyclique, comme un sommet qui éclaire tout l'enseignement offert, Jean Paul II parle de Marie mère de miséricorde :

 

Marie est Mère de Miséricorde parce que Jésus Christ, son Fils, est envoyé par le Père pour être la révélation de la Miséricorde de Dieu (Jn 3,16-18). Il est venu non pour condamner, mais pour pardonner, pour faire usage de la miséricorde (Mt 9,13). Et la plus grande miséricorde, c'est, pour lui, d'être au milieu de nous et de nous adresser son appel à venir à Lui et à Le reconnaître [...]

Cette miséricorde atteint sa plénitude par le don de l'Esprit, qui engendre la vie nouvelle et l'appelle. Si nombreux et si grands que soient les obstacles semés par la faiblesse et le péché de l'homme, l'Esprit, qui renouvelle la face de la terre Ps 104,30, rend possible le miracle du parfait accomplissement du bien. »

(Jean Paul II, Veritatis Splendor 118)

 

Parfois, dans les discussions sur les problèmes nouveaux et complexes en matière morale, il peut sembler que la morale chrétienne soit en elle-même trop difficile, trop ardue à comprendre et presque impossible à mettre en pratique. C'est faux, car, pour l'exprimer avec la simplicité du langage évangélique, elle consiste à suivre le Christ, à s'abandonner à Lui, à se laisser transformer et renouveler par sa grâce et par sa miséricorde qui nous rejoignent dans la vie de communion de son Eglise.

(Jean Paul II, Veritatis Splendor 119)

 

Marie est Mère de Miséricorde également parce que c'est à elle que Jésus confie son Eglise et l'humanité entière. Au pied de la Croix, lorsqu'elle accueille Jean comme son fils, lorsqu'elle demande, avec le Christ, le pardon du Père pour ceux qui ne savent pas ce qu'ils font Lc 23,34, Marie, en parfaite docilité à l'Esprit, fait l'expérience de la richesse et de l'universalité de l'amour de Dieu, qui dilate son coeur et la rend capable d'embrasser le genre humain tout entier. Elle devient ainsi la Mère de tous et de chacun d'entre nous, Mère qui nous obtient la Miséricorde divine.

 

Marie est un signe lumineux et un exemple attirant de vie morale  [...] et elle mérite le titre de "Trône de la Sagesse" .

Marie partage notre condition humaine, mais dans une transparence totale à la grâce de Dieu. N'ayant pas connu le péché, elle est en mesure de compatir à toute faiblesse. Elle comprend l'homme pécheur et elle l'aime d'un amour maternel.

Voilà pourquoi elle est du côté de la vérité et partage le fardeau de l'Eglise dans son rappel des exigences morales à tous et en tout temps. Pour la même raison, elle n'accepte pas que l'homme pécheur soit trompé par quiconque prétendrait l'aimer en justifiant son péché, car elle sait qu'ainsi le sacrifice du Christ, son Fils, serait rendu inutile.

Aucun acquittement, fût-il prononcé par des doctrines philosophiques ou théologiques complaisantes*, ne peut rendre l'homme véritablement heureux : seules la Croix et la gloire du Christ ressuscité peuvent pacifier sa conscience et sauver sa vie.

 

Ô Marie, Mère de Miséricorde, veille sur tous,

afin que la Croix du Christ ne soit pas rendue vaine,

que l'homme ne s'égare pas hors du sentier du bien,

qu'il ne perde pas la conscience du péché,

qu'il grandisse dans l'espérance en Dieu, "riche en miséricorde" (Ep 2,4),

qu'il accomplisse librement les oeuvres bonnes préparées d'avance par Dieu (Ep 2,10)

et qu'il soit ainsi, par toute sa vie, " à la louange de sa gloire " (Ep 1,12)

 

(Jean Paul II, Encyclique Veritatis Splendor 120)

 

Synthèse F. Breynaert

 

 

Supérieurs violents, subordonnés désobéissants...

Si une adversité te frappe, dis-toi : « Le Seigneur voit mon cœur, et si cela lui est agréable, tout ira bien, et pour moi, et pour les autres » et ainsi ton âme sera toujours en paix.

(Saint Silouane, p. 290)

 

Question : comment celui qui remplit une charge peut-il garder la paix quand ses subordonnés sont désobéissants ?

C'est dur et douloureux pour lui. Pour garder la paix, il doit se souvenir que, même si ses hommes se sont pas obéissants, le Seigneur les aime malgré tout, qu'Il est mort dans les souffrances pour leur salut, et qu'il faut donc prier pour eux avec ardeur.

Alors le Seigneur donnera la prière à celui qui prie ; tu sauras par expérience comment l'esprit de celui qui prie s'approche de Dieu avec confiance et amour, et, bien que tu sois un homme pécheur, le Seigneur te donnera de goûter les fruits de la prière.

Si tu prends l'habitude de prier ainsi pour tes subordonnés, ton âme connaîtra une profonde paix et un grand amour.

 

Question : comment un subordonné peut-il garder la paix de l'âme s'il a pour supérieur un homme violent et méchant ?

Un homme coléreux endure lui-même une grande souffrance provoquée par un esprit mauvais. Il subit ce tourment à cause de son orgueil ; le subordonné, quel qu'il soit, doit le savoir et prier pour l'âme malade de son supérieur.

Le Seigneur voyant sa patience, lui accordera - au subordonné - le pardon de ses péchés et la prière incessante. C'est une grande œuvre devant Dieu que de prier pour ceux qui nous offensent et qui nous font souffrir.

En retour, le Seigneur te donnera sa grâce, tu connaîtras le Seigneur par le Saint Esprit et tu supporteras avec joie toutes les afflictions à cause de Lui.

Le Seigneur te donnera d'aimer le monde entier ; tu désireras ardemment le bien pour tous les hommes et tu prieras pour tous comme pour toi-même.

(Saint Silouane, p. 294)

 


St Silouane († 1938)

Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, moine du mont Athos,

Vie - Doctrine - Ecrits - Edition Présence, Belley, 1982.

Pardonner comme on porte dans les bras un enfant

« Supportez-vous les uns les autres avec charité » (Ép 4,2).

C'est bien la loi même du Christ (Ga 6,2).

Lorsqu'en mon frère je perçois quelque chose d'incorrigible, par suite de difficultés ou d'infirmités physiques ou morales, pourquoi ne pas le supporter avec patience, pourquoi ne pas l'en consoler de tout cœur, selon la parole de l'Écriture : « Leurs enfants seront portés sur les bras et consolés sur les genoux » (Is 66,12) ?

Serait-ce qu'elle me manque cette charité qui supporte tout, qui est patiente pour soutenir, indulgente pour aimer ? (cf. 1Co 13,7).

Telle est en tous cas la loi du Christ.

Dans sa Passion, il a « vraiment pris sur lui nos souffrances », et, dans sa miséricorde, «s'est chargé de nos douleurs » (Is 53,4), aimant ceux qu'il portait, portant ceux qu'il aimait.

Celui qui, au contraire, se montre agressif envers son frère en difficulté, celui qui tend un piège à sa faiblesse, quelle qu'elle soit, se soumet manifestement à la loi du diable et l'accomplit. 

Soyons donc mutuellement compatissants et pleins d'amour fraternel, supportons les faiblesses et poursuivons les vices...

 

 

Isaac de l'Étoile (XII° siècle),

moine cistercien

Sermon 31 : PL 194,1792-1793

Fioretti sur la miséricorde de Marie

Catherine Simon de Longpré naquit à Saint Sauveur le Vicomte en France, mais elle est surtout honorée au Québec. A 11 ans, elle rencontre saint Jean Eudes et elle entre alors quelque temps plus tard chez les augustines hospitalières de la Miséricorde. Elle prend alors le nom religieux de Marie-Catherine de Saint Augustin. 
En 1647, elle répond à l'appel de Dieu pour aller dans la Nouvelle-France où elle donne toute sa mesure auprès des malades. Elle devient économe puis maîtresse des novices de sa congrégation au Québec, où elle rejoint la maison du Père le 8 mai 1668.

 

On lit dans la vie de soeur Catherine de Saint-Augustin qu’au même endroit où vivait cette servante de Dieu se trouvait une femme nommée Marie, laquelle, après une jeunesse passée dans le vice, s’obstinait, jusque dans la vieillesse, à poursuivre le cours de ses désordres ; tellement que, chassée du pays par ses concitoyens, elle fut réduite à se réfugier dans une grotte, loin de toute habitation.

 C’est là que, tombant d’avance en pourriture, elle finit par mourir sans sacrements, abandonnée de tous. On l’enfouit en plein champs, comme on aurait fait d’un vil animal.

 Or sœur Catherine avait coutume de recommander à Dieu avec une grande ferveur les âmes de tous ceux qui entraient dans leur éternité ; mais pour cette misérable vieille femme, quand elle apprit sa triste fin, elle ne songea pas à prier. Comme tout le monde, elle la tenait pour damnée. Quatre ans s’étaient écoulés, quand un jour elle vit apparaître une âme du purgatoire qui lui dit :

  • Sœur Catherine, que je suis donc malheureuse ! Vous recommandez à Dieu les âmes de tous ceux qui meurent, et il n’y a que mon âme dont vous n’avez pas eu pitié !

– Et qui êtes-vous ? Demande la servante de Dieu.

– Je suis, répond l’apparition, cette pauvre Marie qui mourut dans la grotte.

– Eh ! quoi ! vous êtes sauvée ? s’écrit alors Sœur Catherine.

– Oui, je suis sauvée par la miséricorde de la sainte Vierge.

– Et comment cela ?

– Quand je me vis sur le point de mourir, me voyant si chargée de péchés et privée de tout secours, je me tournai vers la mère de Dieu, et je lui dis : O Notre-Dame ! Vous êtes le refuge des abandonnés ; voyez, en ce moment tout le monde m’abandonne ; vous êtes mon unique espérance, vous seule pouvez me venir en aide, ayez pitié de moi !

La sainte Vierge m’obtint de faire un acte de contrition, je mourus et je fus sauvée. Ma bonne Reine m’a obtenu une autre grâce : que l’intensité de mes souffrances abrégeât la durée de mon expiation, laquelle aurait dû se prolonger pendant bien des années encore. Il ne me faut plus maintenant que quelques messes pour être délivrée du purgatoire.

Je vous prie de me les faire dire, et moi, en échange, je vous le promets, je ne cesserai pas de prier le bon Dieu et la sainte Vierge pour vous. »

 

Sœur Catherine fit aussitôt célébrer les messes, et, peu de jours après, cette âme lui apparut de nouveau, plus brillante que le soleil, et lui dit :

  • Je vous remercie, Sœur Catherine, je m’en vais au ciel chanter les miséricordes de mon Dieu et prier pour vous.

 

(Vie de Sœur Catherine de Saint-Augustin, livre IV, ch.III)

Prière à Marie, reine de miséricorde (A. de Liguori)

O Marie, Mère de mon Dieu et ma Souveraine, tel se présente à une grande reine un pauvre couvert de plaies et repoussant, tel je me présente à vous qui êtes la Reine du ciel et de la terre. […] Regardez-moi et ne me laissez point aller que du pécheur que je suis vous n’ayez fait un saint.

Je m’en rends compte, je ne mérite rien ; pou plutôt je mériterais, à cause de mon ingratitude, d’être dépouillé de toutes les grâces que, par vos mains, j’ai reçues du Seigneur. Mais vous êtes la reine de miséricorde, et, dès lors, ce ne sont pas les mérites que vous cherchez, mais des misères : vous voulez secourir qui est dans le besoin. Eh bien ! qui est plus pauvre et plus besogneux que moi ?

O Vierge sublime ! Je sais bien que je suis votre sujet, puisque vous êtes la Reine de l’univers. Mais je veux me consacrer à votre service d’une manière plus spéciale afin que vous disposiez de moi selon votre bon plaisir.

Donnez-moi vos ordres, servez-vous de moi à votre gré ; et même n’hésitez pas à me châtier, si je suis indocile : combien me seront salutaires les châtiments qui me viendront par vos mains ! Etre votre serviteur, ô Marie, c’est pour moi bien plus que devenir le maître du monde.

 

Saint Alphonse De Liguori, Les gloires de Marie I, 1. (éditions Saint Paul, Paris 1987, p. 11-12)

 

 

 

 

L’humilité de Marie, un manteau qui réchauffe

 

Marie ne se préféra jamais à personne

Le premier acte d’humilité de cœur, c’est d’avoir une basse opinion de soi-même. Or, la sainte Vierge eut toujours de si bas sentiments d’elle-même, que, tout en se voyant plus comblée de grâce que tous les hommes et tous les anges, elle ne se préféra jamais à personne. […]

 

Marie voyait sa petitesse

Ce n’est pas cependant que la bienheureuse Vierge se crût une pécheresse, car l’humilité est la vérité, et Marie savait bien qu’elle n’avait jamais offensé le bon Dieu. Ce n’est pas non plus qu’elle refusât de reconnaître que Dieu lui avait accordé plus de grâces qu’à toutes les autres créatures, car un cœur humble sait reconnaître les faveurs spéciales de Dieu, afin de s’en humilier davantage. A la lumière plus grande qui lui découvrait l’infinie grandeur et bonté de Dieu, elle voyait plus clairement aussi sa propre petitesse. […]

 

Marie glorifiait le Seigneur

Lorsque sainte Elisabeth dit à la sainte Vierge "Vous êtes bénie entre toutes les femmes. D’où me vient ce bonheur que la mère de mon Dieu vienne jusqu’à moi ? Bienheureuse êtes vous d’avoir cru" (Lc 1, 48). Que fait Marie ? Rapportant toutes ces louanges à Dieu, elle répond par ce cantique d’humilité : "Mon âme glorifie le Seigneur". C’est comme si elle disait : Elisabeth, vous me louez, mais moi je glorifie le Seigneur à qui est due toute gloire. Vous admirez que je sois venue à vous, mais moi j’admire la bonté de Dieu : "mon âme a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur" (Lc 1, 46-48). Vous me louez d’avoir cru, mais moi je loue mon Dieu parce qu’il lui a plu d’exalter mon néant, et parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante.

 

Marie aimait servir les autres

Disons de plus que le propre de l’humilité c’est de se plaire à servir les autres. Aussi la sainte Vierge s’empressa-t-elle de se rendre auprès de sa cousine Elisabeth pour la servir pendant trois mois. Elisabeth s’étonna que la sainte Vierge soit venue la visiter…

 

Elle se tenait volontiers à l’écart

En outre, les personnes humbles se tiennent volontiers à l’écart et choisissent la dernière place. C’est pourquoi Marie, désirant un jour s’entretenir avec Jésus qui prêchait dans une maison (Mt 12, 46), ne voulut pas, même en vertu de son autorité, remarque saint Bernard[11], interrompre le discours de son Fils, ni pénétrer dans la demeure où il parlait. […]

 

Elle partagea le déshonneur de son Fils

Enfin l’humilité fait aimer les mépris. On ne lit pas que Marie se soit montrée à Jérusalem le jour des Rameaux, alors que le peuple recevait son Fils avec tant d’honneurs. Par contre, quand Jésus va mourir, elle ne craint pas de paraître sur le Calvaire en présence de tout le monde, afin d’être reconnue pour la mère de celui qui, condamné comme infâme, mourait de la mort des infâmes, et de partager son déshonneur. […]

 

Cache-toi sous mon manteau…

Les orgueilleux lui font horreur et elle n’appelle à elle que les âmes humbles : si quelqu’un est petit, qu’il vienne à moi (Pr 9, 4). Marie elle-même d’ailleurs a pris soin de le faire entendre en disant à sainte Brigitte : "Viens, ma fille et cache toi sous mon manteau : ce manteau, c’est mon humilité." Puis après avoir fait remarquer que la considération de son humilité est un excellent manteau qui réchauffe bien les âmes, elle ajouta : "Un manteau ne réchauffe pas, si on ne le porte pas ; ainsi pour tirer avantage de mon humilité, il faut qu’on la porte, non seulement dans ses pensées, mais encore dans ses œuvres." [12]

(St Alphonse de Liguori, Discours sur les vertus de Marie, Les gloires de Marie (éditions Saint Paul, Paris 1987, p.282-285)

 

Le nom de Marie est plein de douceur divine

« Ce nom béni, disait le saint anachorète Honorius, est plein de toute douceur divine »[13]

Pour le glorieux saint Antoine de Padoue, ce nom avait les mêmes charmes que saint Bernard trouvait dans celui de Jésus : 

"Le nom de Jésus, avait dit Bernard, le nom de Marie, reprenait Antoine, est une joie au cœur de ses pieux serviteurs, un miel sur leurs lèvres, une mélodie pour leurs oreilles"[14].

 

            Lors de l'Assomption de la Vierge, les anges demandèrent à trois reprises quel était son nom ; on peut le conclure de ces trois passages des Cantiques :

"Quelle est celle-ci qui monte du désert comme un nuage d'encens ?

Quelle est celle-ci qui s'avance comme une aurore naissante ?

Quelle est celle-ci qui s'élève du désert, nageant dans les délices ?" (Ct 8, 5)

Pourquoi, se demande Richard, pourquoi les anges répètent-ils tant de fois leur question : Quelle est celle-ci ? ... C'est sans doute, répond-il, afin d'entendre répéter le nom de Marie, tant ce nom résonne délicieusement à l'oreille des anges eux-mêmes.

 

            Mais ce n'est pas de cette douceur sensible que j'entends parler ici : il n'est pas donné à tous de la sentir ; je veux parler d'une douceur spirituelle, d'un sentiment salutaire de consolation, d'amour, de joie, de confiance et de force, que le nom de Marie inspire communément à ceux qui le prononcent avec dévotion.

"Le nom de Marie, dit l’abbé Francon, est si riche en toute sorte de biens, qu’après le nom de Jésus aucun autre ne retentit au ciel et sur la terre, qui soit pour les âmes ferventes une source aussi abondante de grâce, d’espérance, de douceur et de consolation. Ce nom béni renferme en lui-même je ne sais quoi de si admirable, de si doux et de si divin, qu’il ne peut résonner dans un cœur aimant sans y répandre un parfum de sainte suavité."

 

Saint Alphonse De Liguori, Les gloires de Marie X, 1 (éditions Saint Paul, Paris 1987, p. 187)

 

Le nom de Marie rend chaste

Notamment, c'est chose universellement reconnue, et dont les serviteurs de Marie font tous les jours l'expérience, que son nom puissant donne la force de vaincre les tentations contre la chasteté.

 

Sur ces paroles de saint Luc: " Et le nom de cette Vierge est Marie" (Lc 1, 27), le même Richard observe que l'évangéliste a joint ensemble le nom de Marie et celui de Vierge, pour nous donner à entendre que le nom de cette Vierge très pure ne va jamais sans la chasteté.

 

De là cette sentence de saint Jean Chrysostome : "Ce nom béni est un indice de chasteté". C'est-à-dire: celui qui doute s'il n'a pas consenti à une tentation impure, mais qui se souvient en même temps d'avoir alors invoqué le nom de Marie, qu'il se rassure, il n'a pas blessé la sainte vertu ; cette invocation même en est un signe certain.

Saint Alphonse De Liguori,

Les gloires de Marie X, 1

(éditions Saint Paul, Paris 1987, p. 191)

Le pécheur sort de la damnation par l’amour

Voici l’enseignement de sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Eglise.

L'offense atteint Dieu, infini

Au chapitre 11 du livre des Dialogues, sainte Catherine de Sienne considère l'offense : le péché est limité parce qu'il est humain, mais l'offense atteint Dieu, et en ce sens, l'offense est infinie.

 

Première conséquence : sainte Catherine donne le conseil de ne jamais commettre un péché sous prétexte d'aider le prochain, car le péché est une offense infinie.

 

Deuxième conséquence : les pénitences des actions humaines sont limitées, elles ne méritent rien devant Dieu qui est infini ; c'est pourquoi il faut y joindre un désir infini, c'est l'amour infini qui accompagne l'action, le désir infini, qui est capable de réparer.

 

L'amour qui accompagne nos actions est infini...

C'est pourquoi aimer Marie nous sauve de la damnation...

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre pourquoi le criminel trouve le pardon... à cause de l'amour (qui est infini !), y compris l'amour envers la Mère de Jésus.

« [Jésus s'adresse à Ste Catherine et lui dit : ] Je veux que tu saches, ma fille que pour le libérer [le condamné à la peine capitale], de la damnation éternelle en laquelle je vois qu'il était, je lui permis ce cas [qu'il fût exécuté] pour qu'avec son sang dans mon sang il eût la vie... parce que je n'avais pas oublié la révérence et l'amour qu'il avait envers ma douce mère Marie. »[15] 

Ailleurs, sainte Catherine de Sienne revient sur ce thème et compare Marie à « une amorce, posée par ma bonté, pour prendre les créatures douées de raison » (Dialogue, chapitre 5). L'explication est la même : si les pécheurs aiment Marie, si leur cœur est épris, alors ils sont entrés dans une compensation infinie de leur crime, car l'amour est infini.

 

Marie est très importante car par elle le Verbe s'est incarné. Or le Verbe incarné révèle aux hommes la dimension infinie de l'amour.

 

Le péché est toujours fini, la miséricorde divine est infinie;

La racine du péché est l'amour propre qui nous fait perdre le barème...

Dans ce même chapitre 5 des Dialogues, sainte Catherine  de Sienne explique la racine du péché : c'est l'amour propre. C'est toujours la même logique : l'amour propre nous fait nous aimer nous-même, nous qui sommes limités, au lieu d'aimer Dieu, qui est infini. On entre alors dans la finitude, l'avarice, la cupidité, les faux jugements : ayant perdu le barème, la mesure de l'infini, les interventions de Dieu semblent injustes.

C'est la perdition...

Alors n'oublions pas : le péché est toujours fini, parce qu'il est humain.  La miséricorde divine est infinie, parce qu'elle est divine.

 

Les propos de Marthe Robin sur la miséricorde de Jésus

            La miséricorde, en hébreu « Hessed », n’est pas un sentiment mais elle implique des actes, les œuvres de miséricorde que nous pouvons lire en Mt 25, 35-38. Elles sont corporelles et spirituelles : nourrir de pain, et nourrir de la vérité en instruisant ;  donner à boire, et conduire aux sources de la grâce ; revêtir d’un vêtement, et couvrir une faute ; visiter le malade, et accompagner dans la solitude ; aller voir le prisonnier, et conseiller les hésitants. Ajoutons Mt 26, 10 : ensevelir les morts, et, au sens figuré, avertir les pécheurs, pour qu’ils ressuscitent.

Marthe, à la suite de Jésus, a vécu toutes ces dimensions de la miséricorde qui englobe donc l’acte de pardonner, mais sans s’y limiter (par exemple, elle offrait des colis aux prisonniers). Sans prétendre épuiser ce thème, nous allons présenter les propos de Marthe sur le sacrement de la miséricorde, puis sur le pardon des offenses dans la vie quotidienne.

 

            La miséricorde de Dieu accompagne tout homme, et toute l’humanité. Elle se manifeste de manière accomplie dans le sacrement de réconciliation, paradigme de toute miséricorde. Ainsi, Marthe nous confie-t-elle :

« Jésus a soif de donner son amour. Il a soif de le donner à tous. Son Cœur adorable s’ouvre devant nous avec plus de compassion, plus de miséricordieuse tendresse que jamais. J’en ai la certitude, ayant entendu ces divines paroles il y a peu de jours dans l’oraison : "Ma fille, va, dis aux hommes combien je suis bon, pour ceux qui m’aiment, et prodigue de mes bienfaits. Dis-leur à tous, mais surtout aux pécheurs, que je les aime, et que dans mon amour je n’ai véritablement pour eux que de la tendresse… Ils m’ont tant coûté. Dis-leur aussi que je suis disposé à pardonner à tous ceux qui viennent à moi avec les dispositions requises : c’est-à-dire avec respect et humilité, quelle que soit l’énormité de leurs fautes, quel que soit le nombre de leurs péchés et le temps qu’ils ont vécu dans le péché ; pourvu qu’ils soient bien préparés à recevoir le pardon et bien disposés à recevoir l’absolution" »[16].

            Nous lisons dans ces lignes un écho des paroles de Jésus en Croix : « J’ai soif » (Jn 19, 28). Du cœur du Crucifié ont jailli l’eau et le sang qui lavent le péché du monde et qui vivifient. La miséricorde de Jésus s’est aussi manifestée tout au long de sa vie. Le Christ pardonne, il guérit les infirmes et remet les péchés par la même occasion (Mt 9, 1-8).

            Ce que dit Jésus à Marthe (1930) ressemble fortement à ce que Jésus dira à sainte Faustine, quelques années plus tard (1932) :

« Jésus m’a dit : "Je désire que tu connaisses plus profondément l’amour dont brûle mon cœur pour les âmes, et tu le comprendras en méditant ma passion. Appelle ma miséricorde sur les pécheurs, je désire leur salut. Quand tu réciteras cette prière pour un pécheur d’un cœur contrit et avec foi, je lui donnerai la grâce de la conversion. Voici cette petite prière : O Sang et Eau, qui avez jailli du Cœur de Jésus comme source de Miséricorde pour nous, j’ai confiance en Vous." »[17]

 

            On pourrait remercier Marthe (« c’est-à-dire avec respect et humilité, /…/ pourvu qu’ils soient bien préparés à recevoir le pardon et bien disposés à recevoir l’absolution" »[18]) : elle tient à préciser les dispositions requises pour recevoir l’absolution, dans le cadre du sacrement, qui est un sacrement de guérison. Ce que récemment, le Catéchisme de l’Eglise catholique (1992) a lui aussi précisé.

  • « L’humilité » dispose à faire un aveu des péchés le plus vrai possible, sans déni, sans déformation volontaire.
  • « Le respect » dispose à faire cet aveu en regardant le Seigneur, c’est au Seigneur que s’adresse le respect, lui qui nous aime tant et qui a tant souffert pour nous obtenir le pardon.
  • « La disposition à recevoir l’absolution » inclut la disposition à accepter la pénitence, puisque l’absolution est donnée après cette acceptation[19].

 

            Marthe écrit aussi :

  « C’est Jésus qui est notre unique Sauveur, mais il ne nous sauve qu’à la condition d’unir à sa réparation infinie notre pauvre petite réparation personnelle, gage de notre profond repentir et de notre immense désir de voir Dieu »[20].

           

            Déjà le concile de Trente rappelait que le fait d’être pardonné ne doit pas laisser passif et inchangé : « Si quelqu’un dit que la foi qui justifie n’est rien d’autre que la confiance en la miséricorde divine, qui remet les péchés à cause du Christ, ou que c’est par cette seule confiance que nous sommes justifiés : qu’il soit anathème »[21]. Jean-Paul II enseigne que « la souffrance doit servir à la conversion, c’est-à-dire à la reconstruction du bien dans le sujet, qui peut reconnaître la miséricorde divine dans cet appel à la pénitence »[22]. Le récent catéchisme dit par exemple que « toute faute commise à l’égard de la justice et de la vérité appelle le devoir de réparation, même si son auteur a été pardonné »[23]. Et, plus généralement : « L’absolution enlève le péché, mais elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés. Relevé du péché, le pécheur doit encore recouvrer la pleine santé spirituelle. Il doit donc faire quelque chose de plus pour réparer ses péchés : il doit "satisfaire" de manière appropriée ou "expier" ses péchés. Cette satisfaction s’appelle aussi "pénitence" »[24].

            Dans le même sens, on lit dans le Petit Journal de saint Faustine que la foi en la miséricorde divine ne vaut qu’avec notre action. Jésus demande : « Oui, le premier dimanche après Pâques est la fête de miséricorde, mais il doit y avoir aussi l’action ; et j’exige qu’on honore ma miséricorde en célébrant solennellement cette fête et en honorant cette image qui a été peinte. Par cette image, je donnerai beaucoup de grâces aux âmes, elle doit leur rappeler les exigences de ma miséricorde, car même la foi la plus forte ne sert à rien sans l’action. »[25]

            Revenons à Marthe :

  « Si cette réparation de foi et d’amour est assez grande, assez méritante, il peut se faire qu’après nous être sauvés nous-mêmes, nous sauvions beaucoup, beaucoup d’autres âmes. »[26]

 

            Il ne s’agit pas d’une substitution, mais d’une solidarité dans le corps mystique du Christ, qui est le « Fils de l’homme »[27]. J’en profite pour orienter le lecteur par un éclairage très important qui nous vient d’un philosophe, M. Nédoncelle[28] que nous pourrions résumer simplement. Quand une rencontre interpersonnelle se produit, un « je » se donne à connaître à un « toi » et réciproquement. Ensemble ils forment un « nous ». Les vertus sont uniques en chaque être humain ; à proprement parler, une personne humaine ne peut pas donner ses vertus à une autre dans le sens où elle ne peut pas se substituer à l’autre. Mais, dans la rencontre et la communion, la personne se donne et stimule ce que l’autre a de meilleur. Ainsi, dans le « nous », le « moi » garde sa personnalité et développe de nouvelles potentialités. Mieux, le « nous » rend le « moi » encore plus personnel.

« La communication que la personne donne d’elle-même est double. C’est d’abord le rayonnement qui la fait connaître ou aimer à son insu, bref sa venue et sa présentation à l’existence. Puis, c’est le don volontaire qu’elle fait de sa propre substance et qui la porte à accueillir en elle l’acte d’autrui comme la stimulation à laquelle librement elle consent ou elle répond.» [29]

           

            A cela s’ajoute le mystère de la maternité spirituelle que Vatican II décrit en parlant de la Vierge Marie : « …en souffrant avec son Fils qui mourait sur la croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle »[30]. L’Eglise enseigne donc qu’une personne humaine peut participer à la Rédemption et au salut des autres.

            Notre contemplation de la miséricorde a maintenant dépassé le contexte du sacrement de la réconciliation et elle a rejoint la vaste perspective de l’intercession. Recentrons-nous sur l’acte du pardon.

            Dans la vie quotidienne, les pardons que nous avons à vivre envers nos proches sont eux aussi structurés sur trois registres : le goût de la vérité, le désir de justice, l’amour constructif et vivifiant. Dieu est à la fois juste et miséricordieux.

            S’il ne faut pas garder rancune, il faut aussi savoir parler, c’est faire œuvre de miséricorde que d’avertir son prochain : « Tu n’auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu n’auras pas la charge d’un péché. Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 17-19).

            La lumière de l’Esprit Saint nous fait distinguer le péché et le  pécheur ; nous haïssons le péché, mais l’Esprit Saint  nous donne aussi l’amour envers le pécheur (nous sommes tous pécheurs), pour chercher à le comprendre et à l’aider. Sur la base de l’esprit de vérité, de justice et d’amour, Jésus nous appelle au pardon : « Oui, si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous remettra aussi ; mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous remettra pas vos manquements » (Mt 6, 14-15). Offrir le pardon est la forme accomplie de l’amour chrétien.

            Marthe nous conseille :

« Ayons horreur du mal, mais ayons pitié et soyons miséricordieux pour ceux qui le commettent. […] Ne condamnons jamais notre prochain, cela ne nous appartient pas. Les personnes de qui nous parlons défavorablement peuvent avoir tant d’excuses connues de Dieu seul. Imitons le bon Maître, et soyons toujours enclins à la miséricorde. Détournons-nous du mal, mais quand il apparaît à nos yeux, pensons que nous ferions pis peut-être, si Dieu ne nous tenait par la main »[31].

 

  Marthe est ici très proche de sainte Faustine qui écrivait :

« Je désire me transformer toute entière en Ta miséricorde et être ainsi un vivant reflet de Toi, ô Seigneur ; que le plus grand des attributs divins, Ton insondable miséricorde, passe par mon âme et mon cœur sur le prochain. […] Aide-moi, Seigneur, pour que ma langue soit miséricordieuse, afin que je ne dise jamais de mal de mon prochain, mais que j’aie pour chacun une parole de consolation et de pardon »[32].

 

            Marthe a reçu comme une épousaille la tendresse miséricordieuse de Jésus :

« Les afflictions, les médisances, les faux rapports m’auront fait connaître toute la douceur, toute la beauté supérieure du pardon. Je sens bien, ô Jésus, que je pardonne comme vous avez pardonné et que j’oublie. Personne n’est méchant… tout cela est voulu de Dieu »[33].

           

            L’expression « tout cela est voulu de Dieu » est souvent mal comprise.

            Evidemment, Dieu n’a voulu ni le complot du sanhédrin contre Jésus ni les médisances contre Marthe. Simplement, « la providence peut tirer un bien des conséquences d’un mal... Le mal n’en devient pas pour autant un bien »[34]. Les saints du Carmel ont aussi connu les épreuves de subir des afflictions ou des médisances, épreuve par lesquelles Dieu les fait passer pour mieux les détacher des créatures et les unir à son divin amour…

            Le pardon, c’est la délivrance du cœur. En se concentrant sur l’œuvre de Dieu en elle, Marthe ne perd pas de temps et ne donne pas de prise à la spirale du mal. Marthe est un être libre, qui court vers Dieu sans retard.

 

[1] Missel Gothique, Rite gallican ancien, VII°-VIII° siècles, Messe de Noël, §14 et 17 ; Traduction par F. Breynaert à partir de G. GUARIB, Testi mariani del primo millennio, Città nuova editrice, 1990 p. 929-930

[2] Cf. Idelfonse de Tolède, Libellus de virginitate Sanctae Mariae contra tres infideles), II, 4.

[3] (PG 140, 677-736; tr. d'E.M Toniolo.)

G. Gharib e E. Toniolo (ed) Testi mariani del secondo Millennio. 1. Autori orientali,

Città nuova Roma 2008, p. 290-291.

[4] « La Vierge Marie à l'Annonciation », Congrégation du Culte Divin, Messes en l'honneur de la Vierge Marie, Desclée Mame, p. 41

[5] Saint Irénée, Contres les hérésies, III,22,4

 

[6] Raniero CANTALAMESSA, Marie miroir pour l’Eglise, ed saint Augustin 2002, p.143-144

 

[7] Jean Paul II, Lettre encyclique, Dives in misericordia, Sur la miséricorde divine, §9

[8] Saint Bernard (1091-1153), In Assumptione B. V. M., sermo 4, n°8-9, dans Ecrits sur la Vierge Marie, Mediaspaul, Paris 1995, p. 145-146

[9] Paul Diacre (+ 799), Homélie XLV. In Assumptione, PL 95, 1496 B; 755

[10] Paul Diacre (+ 799), Homélie XLV. In Assumptione, PL 95, 1496 D - 1497 D

 

[11] Sermon des douze étoiles, § 10

[12] Révélations, II, 23

[13] De praeciniis Beatissimae Virginis

[14] In Dominica 3 quadragesimae

[15] Lettre 272, Epistolario, U. MEATTINI [ed], S. CATERINA DA SIENA, Epistolario, Ediz. Paoline, Torino 1993. (non è ancora un edizione critica) p. 1315-1316.

 

[16] Marthe ROBIN, Journal, Ibid., p. 60 (12 janvier 1930)

[17] Sainte FAUSTINE, Petit Journal, § 186

[18] Marthe ROBIN, Journal, Ibid., p. 60 (12 janvier 1930)

[19] Cf. CATECHISME DE L’EGLISE CATHOLIQUE, § 1480

[20] Marthe ROBIN, Journal, Ibid., p. 419

[21] CONCILE DE TRENTE, 12° canon sur la Justification. DS 1562

[22]JEAN PAUL II, Salvifici doloris, §12

[23] CATECHISME DE L’EGLISE CATHOLIQUE, § 2487

[24] CATECHISME DE L’EGLISE CATHOLIQUE, § 1459

[25] Sainte FAUSTINE, Petit Journal, éditions Hovines § 742

[26] Marthe ROBIN, Journal, Ibid., p. 60 (12 janvier 1930)

[27] L’expression qu’utilise Jésus signifiait dans le livre de Daniel un royaume, et donc une communauté ; Jésus, en utilisant cette expression, suggère qu’il veut littéralement nous « incorporer » en lui, en Eglise.

[28] M.NEDONCELLE, La réciprocité des consciences, Aubier, Paris 1942

[29] M.NEDONCELLE, La réciprocité des consciences, op. cit., p. 48-49

[30] VATICAN II, Constitution dogmatique Lumen Gentium § 61

[31] Marthe ROBIN, Journal, Ibid., p. 206 (23 janvier 1930)

[32] Sainte FAUSTINE, Petit Journal § 163

[33]Marthe ROBIN, Journal, Ibid., p. 315 (3 janvier 1931)

[34] CATECHISME DE L’EGLISE CATHOLIQUE § 312

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