3° siècle

Les pères de l’Eglise et Marie au troisième siècle

            (Nous suivons ici les cours de A. Gila, de la faculté pontificale du Marianum, cours résumé et traduit pour vous par mes soins. )

 

            Au 3ème siècle, la présence nécessaire et la fonction active et décisive de la Vierge mère dans le plan salvateur de Dieu est une donnée définitivement reçue et fixée dans le symbole apostolique.

 

Les développements significatifs du troisième siècle sont:

  • La présence de la Vierge Mère dans l’anaphore eucharistique et dans le rite baptismal;
  • Les interprétations mariologiques du Psautier;
  • Le culte d’imitation: on a compris l’exemplarité évangélique de Marie vis-à-vis de l’Église et donc le culte d’imitation de la part de l’Église envers Marie.
  • Le culte d’invocation avec la célèbre prière du « Sub tuum praesidium ». Les premiers chrétiens ont compris que l’Église doit regarder Marie non seulement dans son existence terrestre évangélique, mais aussi dans sa présence dans le temps de l’Église avec sa communion de créature transfigurée et avec son intercession pour notre salut.

 

            Parmi les documents et les pères du siècle III rappelons : la Tradition apostolique; Hippolyte de Rome; Origène; Clément d’Alexandrie; Tertullien.

            Se dilatent les horizons:

  • Sous l’aspect théologique: ce qui est arrivé à Marie dans son rapport unique avec Dieu;
  • Sous l’aspect anthropologique: sa physionomie morale et son chemin de foi;
  • Le rapport Marie-église avec un enrichissement doctrinal réciproque.

             

            Comme nous le verrons beaucoup de solutions sont provisoires ; ne manquent pas les hésitations; il y a des interprétations presque opposées. Nous sommes dans un chantier théologique.

 

 

 

 

La Tradition apostolique : "né de l’Esprit Saint et de la Vierge"

 

Dans la Tradition apostolique, document liturgique romain de l’an 215 environ, attribué à Hippolyte de Rome, nous avons la mention de la Vierge Mère du Christ, Verbe de Dieu, Sauveur de l’homme.

                         

A) Dans le cœur de la célébration eucharistique, dans l’action de grâce, brève et essentiellement christologique, la Vierge Mère est mentionnée deux fois:

« Nous te rendons grâces, ò Dieu, pour[1] ton Enfant bien-aimé Jésus-Christ, que tu nous as envoyé en ces derniers temps (comme) sauveur, rédempteur et messager de ton dessein[2], qui lui est ton Verbe inséparable par qui tu as tout créé et que, dans ton bon plaisir, tu as envoyé du ciel dans le sein d’une vierge et qui ayant été conçu, s’est incarné et s’est manifesté comme ton Fils, né de l’Esprit-Saint et de la Vierge. » (Anaphore eucharistique, Tradition Apostolique 4, texte français par B.BOTTE, SC 11 bis, Cerf 1968, p. 49)

 

 

B) Dans le rite de l’attribution du baptême dans la nuit de Pâques nous avons l’exemple le plus ancien d’un "symbole apostolique". Lors de la seconde immersion du catéchumène on lui demande :

« Crois-tu en Christ Jésus, Fils de Dieu, né par l’Esprit Saint de Marie la Vierge ? » (n. 21).(Cf. SC 11 bis, p.84)

 

            Dans ces documents où l’Église du troisième siècle professe et célèbre sa propre foi, on fait mémoire de la conception virginale et de la naissance du Christ de l’Esprit Saint et de la Vierge. Marie, vraie mère et mère vierge fait partie de la doctrine dogmatique de l’Église dans deux moments fondamentaux de la vie ecclésiale: le repas eucharistique et le baptême. Le motif est évident : la vraie maternité de Marie vis-à-vis du Christ et sa fécondité virginale sont la base historique et la garantie du salut. "Signum virginis", avait enseigné Irénée.

            Cela explique pourquoi seulement la Vierge Mère est nommée et non pas les anges les patriarches les prophètes les apôtres et les martyrs: il s’agit d’une mémoire doctrinale du mystère de l’incarnation où Marie a joué une fonction unique et essentielle.

                         

            L’Église du troisième siècle incorpore et fixe dans une formule de foi la doctrine de la naissance du Christ Verbe de Dieu sauveur de l’homme: "De l’Esprit Saint et de la Vierge" (4: SC 11 bis, 50), ou "Par l’Esprit Saint de Marie la vierge", (21: SC 11 bis, 84). Cette formule entrera définitivement dans le symbole du concile de Constantinople en 381, il sera accueilli universellement dans toutes les liturgies et il sera explicité dans toute sa force salvatrice: "Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel, et s’incarna d’Esprit Saint et de Marie la vierge, et se fit homme" (Cf. DS 150).

 

, traduction F.Breynaert

 

 

Tertullien: Maternité vraie et virginale

 

            Tertullien († 222 c.), le plus grand apologiste latin et le pionnier de la théologie occidentale, à la suite des Pères deuxième siècle, proclame avec vigueur le noyau primitif de la foi sur lequel s’appuie toute l’œuvre du salut : la conception virginale et la maternité réelle de Marie.

            La maternité de Marie est vraie dans le sens précis que le Christ était vraiment homme, il a vraiment pris son corps en elle, sa chair était une vraie chair humaine. Par cette manière réelle d’être homme, le Fils de Dieu, par Marie, résume en lui-même l’héritage des patriarches, les promesses de Dieu à Israël, et il s’unit au premier homme Adam dont il devient le fils et le Sauveur :

 

« Dites-moi, je vous prie, si l’Esprit de Dieu est descendu dans une matrice sans avoir l’intention d ‘y prendre chair pourquoi descendre dans une matrice ? Il aurait pu en effet rester à l’extérieur pour prendre une chair spirituelle. »[3]

 

« Quelle sorte de chair pouvons-nous et devons-nous reconnaître dans le Christ? Assurément, nulle autre chair que celle d’ Abraham, puisque le Christ est la semence d’Abraham; nulle autre chair que celle de Jessé, puisque le Christ est la fleur de la racine de Jessé ; nulle autre chair que celle de David, puisque le Christ est le fruit des reins de David ; nulle autre chair que celle de Marie, puisque le Christ est du sein de Marie ; enfin pour remonter encore plus haut, nulle autre chair que celle d’Adam, puisque le Christ est le second Adam. »[4].

           

           

La maternité de Marie est vraie, elle est aussi virginale : le Christ ayant Dieu pour Père devait avoir une vierge pour mère:

 

« Il ne convenait pas que le Fils de Dieu naquit d’une semence humaine, de crainte qu’entièrement fils de l’homme, il ne fut pas également fils de Dieu et n’eut rien eu de plus en lui que Salomon ou que Jonas (…)

Pour être en même temps fils de l’homme, c’était sa chair, et elle seulement, qu’il devait prendre de la chair de l’homme, sans la semence de l’homme. En effet la semence de l’homme était superflue pour qui avait en soi la semence de Dieu. Ainsi, de même qu’avant de naître d’une vierge, il a pu avoir Dieu pour père sans avoir une mère humaine, de même, en naissant de la Vierge, il a pu avoir une mère humaine sans avoir de père humain. »[5]

 

 

 

Quand Tertullien se trompe…

            Certaines conclusions de Tertullien seront jugées erronées par l’Eglise :

 

            Les gnostiques soutenaient l’enfantement virginal de Marie pour nier la réalité de la chair du Christ (ce fût presque un accouchement inconsistant), S’opposant à eux, Tertullien est au contraire convaincu que Marie est « vierge de l’homme, elle n’est pas vierge dans l’enfantement » [6]

            Tertullien a une conception fonctionnelle de la participation de Marie au plan salvateur de Dieu, qui ne dure que le temps de son office maternel, une fois ceci achevé, elle retourne dans les rangs.

             Tertullien interprète comme fils charnels de Marie ceux qui dans les écrits du Nouveau Testament sont appelés les "frères de Jésus."

            Pour Tertullien, alors que Ève avait cru au serpent, Marie a cru à l’ange Gabriel[7] ; cependant, elle ne fut pas un bon disciple "Même sa Mère elle n’est pas considérée comme son disciple"[8] !

 

 

 

Hippolyte de Rome

Hippolyte de Rome († 235) est un grand exégète et un historien :

 

· Il montre une grande vénération envers Marie, et il l’appelle souvent "bienheureuse" ou "sainte";

 

· Il présente Marie comme la bien-aimée du Verbe, l’épouse du Cantique irrésistiblement attirée par le parfum de l’époux divin: "En respirant ce parfum, la bienheureuse vierge Marie conçut le Verbe dans son sein"[9].

 

On peut dire que pour ce théologien, Marie est vraiment la "mère de Dieu" dans la plénitude du sens, même si le titre n’est pas encore utilisé :

"Dis-moi, o bienheureuse Marie, qu’as tu conçu dans ton sein? Qui était celui que tu portais dans ton sein virginal ? C’était le Verbe premier-né de Dieu qui, descendu des cieux en toi, venait être pétri en ton sein comme premier-né de l’homme, pour que le premier-né Verbe de Dieu se montrât uni à l’homme comme premier-né. »[10]

 

 · Il définit Marie "Arche de bois incorruptible" en offrant ainsi une contribution considérable à la clarification de l’idée de l’impeccabilité de Marie (Fragment en Ps. 22).

 

 

 

 

“Sub tuum praesidium”

 

            On a retrouvé au début du 20e siècle un papyrus du nord est de l’Egypte[11], près d’Alexandrie, qui contenait cette prière en langue grecque dont la traduction est :

« Sous ta miséricorde, nous nous réfugions, mère de Dieu.

Ne repousse pas nos prières dans la nécessité,

mais du danger, libère-nous :

toi seule chaste, toi seule bénie. »

 

La critique ne semble plus rétive à accepter comme date de composition les dernières décennies du 3e siècle (c’est à dire vers 280) : Le jugement des experts est que le papyrus ne peut pas être postérieur au 3e siècle[12] ; à une telle datation ne s’opposent plus de motifs d’ordre terminologique ou doctrinal, car il apparaît suffisamment prouvé que l’usage du terme Theotokos dans le milieu alexandrin existait déjà au 3e siècle[13].

Adressé directement à la Vierge, la prière est un appel pressant à la Mère de Jésus, venant d’une communauté chrétienne dans un moment de tentations et de dangers graves.

Ils reconnaissent la maternité divine ("Mère de Dieu"), et virginale ( " o seul chaste"), l’élection spéciale de la part de Dieu ("o seule bénie") l’intercession miséricordieuse ("sous ta miséricorde nous nous réfugions,… sauve-nous".

Probablement le Sub tuum praesidium n’est pas apparu à l’improviste mais c’est un fruit mûr de la foi et de la pitié de l’Église égyptienne où la figure d’Origène excelle († 253/254) : Le tropaire en question n’est pas isolé dans le contexte du 3e siècle. [14]

Du point de vue technique, cette prière est une invocation collective à la Vierge mère de Dieu, de caractère liturgique, qui laisse apercevoir la coutume, de la part de la communauté chrétienne, de s’adresser directement à la Vierge en invoquant son aide dans les heures difficiles: "[...] Ne repousse pas nos prières dans la nécessité, mais du danger, libère-nous."

Le texte du Sub tuum praesidium exprime avec une efficacité rare la confiance dans l’intercession de la Vierge: elle qui est la "Mère de Dieu", la "seule pure", la "seule bénie", elle est pour la communauté chrétienne un "refuge de miséricorde". En elle la communauté se sent sûre[15].

 

 

 

 

Origène

Vie d’Origène

            Né en Egypte, Origène (183-252) est un « père de l’Eglise », après Clément d’Alexandrie (150-210) et Tertullien (160-240) en Afrique, Irénée (140-185 environ) en Gaule, Ignace à Antioche (30-109)…

            Né d’une famille chrétienne, il est un être ardent. Vers l’an 202, lors des persécutions de Septime Sévère, il accompagne son père au martyre, et l’encourage à rendre au Seigneur le témoignage du sang. Il enseigne les catéchumènes et assiste courageusement plusieurs élèves martyrisés.

            Aîné de 7 enfants, il nourrit les siens. Il renonce à tous ses biens afin de se trouver plus libre et de se dévouer au service du Seigneur, imitant les apôtres.

            Vers l’an 230, il est ordonné prêtre à Césarée, ville où Origène a accès aux sources juives grâce à l’importante bibliothèque impériale qui s’y trouve. C’est une grande chance. Mais, de retour à Alexandrie, il est bannit d’Egypte et déchu du sacerdoce, à cause d’une querelle d’idées. Il repart et enseigne à Césarée, Athènes etc… La postérité chrétienne ne gardera pas d’Origène ses réflexions philosophiques sur l’origine de l’âme, trop empruntées aux philosophies païennes de son temps. Mais son Commentaire du Cantique des Cantiques sera très apprécié et inspirera d’autres auteurs chrétiens.

            La persécution de Dèce (249) est la première persécution systématique de grande ampleur contre les chrétiens. Elle met un terme aux activités d’Origène : emprisonné et torturé, Origène confesse sa foi jusqu’à la mort du tyran. Il est alors libéré, mais, brisé par les souffrances et affaibli par les mauvais traitements, il meurt peu après, vers 254.[16]

 

La virginité de Marie, signe de contradiction

 

  • Origène, (185-253), une des plus grandes figure chrétienne de tous les temps, témoigne que la conception virginale fait partie constitutive du Kérygme chrétien.
  • Contre le philosophe Celse qui voyait dans la conception virginale la reprise d’un mythe, Origène prouve avec des arguments serrés que ce n’est pas du tout un "mythe" mais une histoire vraie.
  • Le fait que Marie fût insignifiante socialement prouve la nature et la puissance de celui qui est né d’elle.
  • Avec une réflexion géniale, Origène en arrive à dire que, dès lors que Marie conjugue la maternité physiologique et la virginité, elle est un signe de contradiction, mais aussi le signe insigne du chrétien et ses prémices[17].

 

 

 

Les hésitations d’Origène sur l’enfantement virginal

            Origène ne semble pas avoir rencontré motivations suffisantes pour faire un choix clair sur ce sujet:

· dans l’homélie XIV sur Luc, inspiré par Exode 13,2, il penche pour un accouchement normal;

· dans le Sermon XXV sur Mt 22,35 il accrédite la mort de Zacharie avec le fait d’avoir permis que Marie, après la naissance de Jésus, prît place parmi les vierges dans le temple;

· dans le Commentaire du Psaume 22,10, il tente d’expliquer l’accouchement virginal en faisant intervenir directement le Père en personne qui ferait sortir Jésus du sein de la mère du Sauveur.

· dans l’homélie VIII sur le Lévitique il oscille entre l’acceptation de l’accouchement normal et la défense de l’accouchement virginal ; Marie (comme Jésus) a les limites de la nature humaine, mais l’accouchement de Marie fut extraordinaire. Un enfantement extraordinaire, mais pas nécessairement virginal.

 

Marie vierge après l’enfantement

 

 Origène est le premier père de l’Eglise a parler clairement de la virginité perpétuelle de Marie, il pense que Marie continuera toute sa vie à rester vierge et à se recueillir entièrement en Dieu.

 

            Pour Origène, expert dans la Bible, ils n’existent pas dans le Nouveau Testament des témoignages autorisant à soutenir que Marie, après la naissance de Jésus, ait mené une vie matrimoniale ou que les frères de Jésus soient ses fils ;

 

            Origène fait appel au sens des fidèles ; il montre comment Marie imite Jésus et comment elle est parmi les femmes vierges, la première.

             « Ceux qui disent cela veulent conserver jusqu’au bout la dignité qui vient à Marie de sa virginité, afin que le corps qui avait été jugé digne de servir d’instrument à l’accomplissement de cette parole : l’Esprit-Saint viendra sur toi et une Puissance du Très-Haut t’ombragera, ne connut pas la couche de l’homme, après que furent entrés en elle l’Esprit-Saint et la Puissance venant d’en haut qui l’a ombragée.

            Et je pense que l’on peut dire avec raison que, si Jésus a été pour les hommes les prémices de la pureté et de la chasteté, Marie le fut pour les femmes. Il ne serait pas convenable d’attribuer à une autre qu’à elle les prémices de la virginité. »[18]

 

La grâce de Marie est partagée ensuite par tous ceux qui le veulent :

« A cause de la bénédiction accordée à Marie la joie s’étend à toute âme vierge. »[19]

 

Marie, mère de Dieu, Theotokos

           

            Dans l’ensemble de ses réflexions mariales, Origène montre qu’il a reçu toute la doctrine théologique de la maternité divine[20]. Il appelle le Christ "Homme-Dieu" (grec Theanthropos) ; et Marie "Mère de Dieu" (grec Theotokos?)

            Socrate porte le témoignage suivant dans son Histoire Ecclésiastique : « Les anciens n’ont pas hésité, ils ont eu l’audace d’appeler Marie Mère de Dieu… Origène lui-même, dans le premier tome de ses commentaires sur l’Epître de l’Apôtre aux Romains, explique comment elle est appelée Mère de Dieu et examine cela largement »[21].

            Il y n’a pas de raison de douter de l’historicité de cette nouvelle[22]. Mais est-ce qu’Origène avait toutes les introductions théologiques pour atteindre la conception parfaite de la communication des idiomes dans le Christ et pour pouvoir dire ensuite que Marie peut être appelée "Mère de Dieu" ?

 

Bibliographie :

G. SÖLL, Storia dei dogmi mariani, Roma 1981, p. 91.

H. CROUZEL, Origène, Introduction Sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 20-21

 

La voie de Marie en nous

            Origène fait de la gestation de Marie un archétype de la gestation du Christ dans l’âme du croyant: comme le Christ grandit peu à peu dans le ventre de Marie, il grandit ainsi dans l’âme fidèle (homélie sur le Cantique II, 6). Ailleurs il précise :

            « Toute âme vierge et incorrompue, ayant conçu du Saint-Esprit pour engendrer la Volonté du Père, est la mère du Christ. »[23]

 

            Origène parle avec prédilection d’une "voie de Marie" en nous. Toutes les étapes progressives vécues par Marie sur son chemin dans la foi et dans l’amour se reproduisent en nous:

            « Ils cherchaient Jésus, désolés à l’idée qu’il pouvait s’ être éloigné d’eux (…) Ils cherchaient "dans la douleur" le Fils de Dieu. Et malgré leurs recherches, ils ne le trouvèrent pas "parmi leurs proches" : la parenté humaine ne pouvait pas retenir le Fils de Dieu ! Ils ne le trouvèrent pas "parmi leurs connaissances" : sa puissance divine dépassait la connaissance et la science des hommes ; Où donc le trouvent-ils ? "Dans le temple" ; c’est là en effet qu’on trouve le Fils de Dieu. Vous également, si vous cherchez un jour le Fils de Dieu, cherchez d’abord le temple. Pressez-vous d’y aller et vous y trouverez le Christ, Verbe et Sagesse, c’est-à-dire Fils de Dieu. »[24]

 

            Origène, en montrant Marie en exemple, indique que l’Église et l’Écriture sont les signes de la présence de Jésus dans l’Univers, les lieux privilégiés de la rencontre avec le Christ.

 

 

"Ils le trouvèrent dans le temple" Lc 2,46

            Origène, à l’âge d’environ 48 ans, il s’établit en les dédiant à l’étude définitivement, à l’enseignement, à la prédication, à la suite de l’invitation reçue par les évêques de Césarienne et de Jérusalem qu’ils l’autorisèrent "à expliquer l’Écriture et l’enseignement de l’Église." [25]

            La prédication comme l’étude de l’Écriture doivent être une prière, dans le sens d’une recherche de la Présence, pour le prédicateur et pour la communauté. Les homélies sont donc parsemées de prières. Souvent Origène s’exprime dans ces termes:

« La chose la plus nécessaire pour comprendre est la prière. » [26]

« Ne te contente pas de creuser et de chercher. Ce qui presse le plus pour obtenir l’intelligence des lettres divines, c’est la prière. »[27]

 

            Son auditoire devait être peu enclin à fréquenter à l’église, dès lors qu’Origène actualise l’évangile en soulignant que Marie et Joseph enseignent aux fidèles où se trouve Jésus.

            « Ils cherchaient Jésus, désolés à l’idée qu’il pouvait s’ être éloigné d’eux (…) Ils cherchaient "dans la douleur" le Fils de Dieu. Et malgré leurs recherches, ils ne le trouvèrent pas "parmi leurs proches" : la parenté humaine ne pouvait pas retenir le Fils de Dieu ! Ils ne le trouvèrent pas "parmi leurs connaissances" : sa puissance divine dépassait la connaissance et la science des hommes ; Où donc le trouvent-ils ? "Dans le temple" ; c’est là en effet qu’on trouve le Fils de Dieu. Vous également, si vous cherchez un jour le Fils de Dieu, cherchez d’abord le temple. Pressez-vous d’y aller et vous y trouverez le Christ, Verbe et Sagesse, c’est-à-dire Fils de Dieu. »[28]

 

Pourquoi à l’Annonciation Marie était déjà l’épouse de Joseph ?

Lisons Origène :

« 3. L’Écriture raconte ensuite qu’au sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, "l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, nommée. Nazareth, à une vierge fiancée à un homme, appelé Joseph de la maison de David ; la vierge s’appelait Marie." (…) Le Sauveur devait naître d’une Vierge qui non seulement serait déjà fiancée mais qui, selon le mot de Matthieu, serait déjà confiée à un homme qui toutefois ne l’avait pas encore connue, afin de supprimer par cette situation tout motif de honte pour la vierge quand elle paraîtrait enceinte.

4. C’est pourquoi, j’ai trouvé, noté avec finesse, dans la lettre d’un martyr – je fais allusion à Ignace, second évêque d’Antioche après Pierre qui à Rome livré aux bêtes pendant la persécution- : "la virginité de Marie fut cachée au Prince de ce Siècle" ; (…) Si elle n’avait point eu de fiancé et, comme on le pensait, de mari, cette virginité n’aurait jamais pu être cachée au Prince de ce monde. Aussitôt, une pensée se serait insinuée secrètement dans l’esprit du diable : "Comment donc cette femme qui n’a point eu de relations avec un homme peut-elle être enceinte ? Cette conception doit être oeuvre divine, ce doit être une oeuvre qui dépasse la nature humaine." Au contraire, le Sauveur avait décrété de laisser le diable ignorer l’économie de son Incarnation ; aussi le laissa-t-il dans l’ignorance de sa génération et, plus tard, il commandait aux disciples de ne pas le faire connaître. » [29]

 

Lc 1,28

Lisons Origène :

« Je dois ajouter quelques mots sur la formule employée par l’ange pour saluer Marie, formule nouvelle que je n’ai pas pu trouver ailleurs dans toute l’Écriture. Voici ces paroles : Salut, pleine de grâce ! - ce qui se dit en grec Kékharitoméné. Où aurais-je pu lire cela ailleurs dans l’Ecriture ? Je ne m’en souviens pas. Jamais cette formule ne fut adressé à un homme : Salut, plein de grâce. A Marie seule, cette salutation était réservée. Si, en effet, Marie avait su qu’une formule de ce, genre avait été adressée également à un autre – elle avait, en effet, la connaissance de la Loi, elle était sainte et connaissait par ses méditations de chaque jour les oracles des prophètes ! – jamais elle n’eut été effrayée de cette salutation qui lui semblait étrange. C’est pourquoi l’ange lui dit : Ne crains pas. Voici que tu concevras et enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. »[30]

 

            Origène remarque avec perspicacité que la salutation est absolument nouvelle, insolite: on ne la relève en aucun autre endroit de l’Écriture et elle n’a jamais été adressée à personne. Cela veut dire que ce salut – conclut-il - était réservé à Marie exclusivement.

            Ce grand érudit de l’antiquité malheureusement n’explique pas le sens des paroles de l’ange. Pour I. De la Potterie : L’unique commentaire prénicéen de Lc 1, 28, celui d’Origène n’interprétait pas encore vraiment le terme Kékharitoméné. Maintenant on peut mieux comprendre pourquoi: le verbe kharitôo, rare, n’était pas encore entré dans la langue théologique des chrétiens. [31]

 

Lc 1,34 "comment… je ne connais pas d’homme"?

 

            « Si l’écriture avait dit: "Croissez et multipliez, remplissez la terre et soyez-y les maîtres", sans ajouter qu’il "les fit male et femelle", l’homme serait évidemment resté sceptique en la bénédiction divine, tout comme Marie qui répondit à 1a bénédiction de l’ Ange : "Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?" »[32]

            Il ne semble pas qu’Origène entende une véritable incrédulité aux paroles de l’ange qui du reste n’avait pas encore donné l’explication sur la manière de concevoir de la Vierge. C’est plutôt un état de "doute", non pas sur tout ce que dit l’ange mais sur comment cela pourrait se réaliser du fait qu’il n’existe pas dans la nature d’exemple de conception virginale.

            Les auteurs postérieurs l’appelleront un état d’ aporie, de difficulté ou d’embarras.

 

            Il très est significatif, que justement Origène qui devine toute la dignité de Marie dérivée de sa maternité divine n’hésite cependant pas à souligner toute sa condition de créature, de femme qui a accompli un chemin de foi comme nous tous.

 

Marie conçoit virginalement

 

            Pour les ébionites, la Vierge Mère est un signe de contradiction, car ils prétendent que Jésus « est né de l’homme et de la femme, de la même façon que nous (In Luc. Hom. XVII,4) . Leur argument, c’est qu’il tire son origine de David (In Matth. com. XVI 12.). En effet Jésus est appelé fils de David par l’Évangile : or c’est Joseph qui descend de David, l’Écriture ne parle pas de Marie. Origène leur répond :

« Certains nous demandent avec passion comment il peut se faire que le Christ descende de David, alors que selon la Bible il n’est pas né de Joseph, puisque la généalogie qui part de David aboutit à Joseph. Il est difficile de leur répondre d’après le seul texte de l’Écriture. Cependant les nôtres répliquent que cette Marie, qui, était fiancée à Joseph et fut trouvée avant leur cohabitation

enceinte par l’Esprit-Saint, avait été unie sans aucun doute selon la Loi à un contribal et parent. »[33] Autrement dit, Jésus est aussi fils de David par Marie.

 

            La conception virginale a d’autres adversaires, les Juifs, et, par la plume de Celse, les païens font chorus avec eux. Jésus serait le fruit d’un adultère : lei ! responsable de sa naissance serait un soldat romain du nom de Panthéras. Cette calomnie est attestée par les Talmuds, qui parlent de Jésus « ben Panthéra ». Origène leur répond :

« Voyons si ceux qui ont aveuglément imaginé cette fable de l’adultère de la Vierge avec Panthéras et du charpentier qui l’a répudiée, n’ont pas fabriqué tout cela pour détruire le miracle de la conception sous l’action de l’Esprit-Saint. Ils pouvaient falsifier autrement cette histoire à cause de Soli caractère trop miraculeux et ne pas admettre, comme ils le font malgré eux, que Jésus n’est pas né d’un mariage ordinaire. Il fallait en conséquence que ceux qui n’acceptaient pas la naissance miraculeuse de Jésus fabriquent quelque mensonge. Mais le fait qu’ils n’aient pas réussi à le faire de façon vraisemblable, et qu’ils aient conservé la. Vérité sur un point, en disant que la Vierge n’a pas conçu Jésus de Joseph, rend le mensonge évident pour ceux qui savent comprendre et réfuter les fictions »[34]

 

Extraits de H. CROUZEL, Origène, Introduction sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 22-24.

 

Lc 1,35 Marie remplie de l’Esprit Saint

 Lisons Origène

« Marie, après son entretien avec l’ange, infiniment digne d’être mère du Fils de Dieu, devait aussi gravir la montagne et demeurer sur les hauteurs. C’est pourquoi il est écrit : "En ces jours-là, Marie se leva et se rendit vers la montagne." Elle devait également, parce qu’elle était attentive et diligente, se hâter avec zèle et, remplie du Saint-Esprit, être conduite sur les hauteurs, protégée par la puissance de Dieu dont l’ombre déjà l’avait recouverte. […]

Marie fut donc remplie du Saint-Esprit dès l’instant où elle porta en elle le Sauveur. Dès qu’elle reçut le Saint-Esprit, créateur du corps du Seigneur, et que Fils de Dieu eut commencé à exister en elle, Marie aussi fut remplie de l’Esprit-Saint. » (Origène, homélie sur Luc VII, 2-3)[35]

 

 Nous pouvons maintenant pleinement saisir le sens du voyage de Marie vers la région montagneuse, de son entrée dans la maison de Zacharie et de sa salutation à Elisabeth.

Tout ceci arrive pour que Marie fasse participer Jean, même dans le sein de sa mère, à la puissance qui vient de celui qu’elle avait conçu ; et Jean aurait à son tour fait participer sa mère à la grâce prophétique, qu’il avait reçu :

« Lorsque Jean, encore enfermé dans le sein maternel, eut reçu le Saint-Esprit, Élisabeth, à son tour, après la sanctification de son fils, fut remplie de l’Esprit-Saint » (Origène, homélie sur Luc VII, 3)[36].

 

 

            Nous pouvons tenter de reconstruire la pensée d’Origène sur le verset 1,35 de Luc: "L’Esprit Saint descendra sur toi, et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre" (Lc 1,35).

            La descente de l’Esprit Saint et l’ombre du Très Haut ont non seulement produit en Marie le corps de Christ, mais ils lui ont aussi communiqués une grande perfection. Depuis le moment de l’incarnation, Marie fut remplie dans son âme de l’Esprit Saint, elle devint spirituelle :

            « Marie fut donc remplie du Saint-Esprit dès l’instant où elle porta en elle le Sauveur. Dès qu’elle reçut le Saint-Esprit, créateur du corps du Seigneur, et que Fils de Dieu eut commencé à exister en elle, Marie aussi fut remplie de l’Esprit-Saint. » (Origène, homélie sur Luc VII, 2-3)[37]

 

            L’Esprit la protégera et la mènera sur les voies de la perfection ; Elle pourra le communiquer à Jean et par lui à Elisabeth.

 

 

 

Lc 1,38: foi et disponibilité de Marie

 

« Marie avec toute sa générosité dit à l’ange : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole.

L’ange, ayant reçu la profession de foi de la Vierge, la quitta.

Elle « partit chez sa cousine montant en toute hâte dans la région des montagnes, forcée par l’Esprit qui était venu sur elle avec la puissance du Très- Haut.

Puisque l’ange lui avait dit : "Voici que ta cousine a conçu", elle partit se réjouir avec elle puisqu’elle aussi avait conçu contre toute attente.

C’est pourquoi, comme si elle était convaincue de ce qu’elle avait appris au sujet d’Élisabeth, elle dit : Voici la servante du Seigneur. » (Fragment 16 sur Homélie Luc 7,2)

 

« Voici, dit-elle, la servante du Seigneur, c’est comme si elle disait : Je suis une tablette pour écrire, que l’écrivain écrive ce qu’il veut ; qu’il fasse ce qu’il veut, le Seigneur de l’univers » (Fragment 17 sur Homélie Luc 7,4)[38]

 

            Dans le Fr. 16 Origène relit les paroles de Marie comme signe de la "générosité" de la Vierge, ou comme "profession de foi", sa conviction après avoir entendu tout ce qu’est été arrivé à Elisabeth.

            Le Fr. 17, qui se trouve ad litteram chez Eusèbe, Athanase et Antipatros de Bostra, paraphrase élégamment la réponse de Marie.

 

L’humilité de Marie à la Visitation

 

« Comme la Vierge était pleine de délicatesse, non seulement elle se rendit  chez Élisabeth sans s’enorgueillir des paroles de l’ange, mais elle prit les devants pour saluer sa cousine, lui accordant le respect dû à son âge plus avancé et à sa dignité de mère. Ce ne fut pas Élisabeth qui salua Marie la première, mais Marie qui salua Élisabeth. » (Fragment 18 sur Homélie 7,1)[39] 

 

« Il faut observer que Marie, qui est supérieure, va vers Élisabeth, qui est inférieure, et le Fils de Dieu vers le Baptiste : cela nous apprend qu’il ne faut pas tarder à aider ceux qui sont inférieurs à nous, et nous enseigne aussi la modestie» [40]

 

« Les meilleurs vont au devant des moins bons pour leur procurer, par leur venue, quelque avantage. Ainsi le Sauveur vient à Jean pour sanctifier son  baptême. Et dès que Marie eut entendu, selon le message de l’ange, qu’elle allait concevoir le Sauveur et que sa cousine Elisabeth était enceinte, elle partit,  se rendit  en hâte  vers la montagne et entra dans la maison  d’Élisabeth. Jésus, dans le sein  de la Vierge, se hâtait de sanctifier Jean-Baptiste, encore dans le sein  de sa mère. »[41]

 

« mon âme exalte le Seigneur » Lc 1,46

           

            Dieu est sans accroissement ni diminution. Magnifier Dieu ne signifie par faire grandir Dieu mais faire grandir son image en soi, être conformé au Christ :

« On se demande comment l’âme magnifie le Seigneur. En effet, si le Seigneur ne peut recevoir ni accroissement ni diminution et s’il est ce qu’il est, dans quelle mesure Marie peut-elle dire maintenant : Mon âme magnifie le Seigneur ? Si je considère que le Seigneur notre Sauveur est "l’image du Dieu invisible" (Col 1,15) et si je vois que mon âme est faite à "l’image du Créateur" (Gn 1,27), pour être l’image de l’image – mon âme en effet n’est pas expressément l’image de Dieu mais elle a été créée à la ressemblance de la première image – je comprendrais alors ceci : à la manière de ceux dont le métier est de peindre des images et d’utiliser leur art à reproduire un modèle unique, par exemple le visage d’un roi, chacun de nous transforme son image à l’image du Christ et trace de lui une image plus ou moins grande, tantôt délavée ou ternie, tantôt claire et lumineuse, répondant à l’original. Lors donc que j’aurai fait grandir l’image de l’image, c’est à dire mon âme, et que je l’aurai magnifiée par mes œuvres, mes pensées et mes paroles, alors l’image de Dieu aura grandi et le Seigneur lui-même dont notre âme est l’image, sera magnifié. »[42]

 

 

            Dans un fragment grec on lit à ce propos, une observation qui mérite d’être signalée. « Pour quelques-un "esprit" et "âme" signifient la même chose »[43]. Il n’en est pas ainsi pour Origène: l’esprit, pneuma, est l’élément divin, c’est le pédagogue de l’âme; l’âme (psychè) est le siège du libre arbitre, le pouvoir de choisir. Si l’âme se conforme à la conduite de l’esprit, elle devient toute spirituelle. Si elle se tourne vers la chair, elle devient charnelle. La Vierge en rendant grande l’image divine en elle-même, sous la poussée de l’Esprit, devient avec son cantique un signe et un modèle de la configuration progressive au Christ.

 

            Comme Marie, chaque chrétien est donc appelé avec les oeuvres, avec la pensée, avec la parole à se transformer de plus en plus en l’image de Dieu qui est le Christ « alors l’image de Dieu aura grandi et le Seigneur lui-même dont notre âme est l’image, sera magnifié » (homélie VIII, 2).

           

            Origène conclut : l’âme de Marie glorifie d’abord le Seigneur, puis son esprit exulte en Dieu.     Intéressante est la réflexion d’Origène sur la spiritualité chrétienne déduite de Lc 1,46-47: si on ne grandit pas dans la transformation en Christ on ne peut pas exulter (VIII, 4).

 

Lc 1,48 Il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante.

 

             « Elle dit ensuite pourquoi il faut "magnifier le Seigneur" et "tressaillir de Joie" en Lui, quand elle ajoute : "il a regardé l’humilité de sa servante."

Qui suis-je en effet pour une oeuvre pareille ? C’est lui qui "m’a regardée", moi, je ne m’y serais pas attendue, car j’étais humble et on m’avait rejetée. Maintenant je passe de la terre au ciel et je suis attirée vers un dessein ineffable. »[44]

 

            « "Il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante." Dieu m’a regardée, dit-elle, parce que je suis humble et cherche la douceur et l’abjection. » (Origène, homélie VIII, 5)[45].

 

N.B. Il est clair qu’Origène ne peut pas être compté parmi ceux qui attribuent le cantique à Elisabeth, dès le moment qu’il dédie toute l’homélie VIII à souligner, à travers le Magnificat, le chemin spirituel de la Mère de Jésus. Nous pouvons affirmer donc qu’Origène ne juge pas digne de foi cette variante, tout en l’ayant - éventuellement - signalée.

 

 

Jn 19,26 « voici ton Fils »

« Personne ne peut saisir le sens des Evangiles s’il n’a pas reposé sur la poitrine  de Jésus et s’il n’a pas reçu de Jésus Marie pour mère. Celui qui doit devenir un autre Jean, il faut qu’il progresse jusqu’à être désigné par Jésus comme étant Jésus lui-même, à l’exemple de Jean. Car si Marie n’a pas eu d’autre fils que Jésus, selon ceux qui pensent sainement d’elle, la parole de Jésus à sa mère : Voici ton fils – car il ne dit  pas : Vois, celui ci aussi est ton fils - veut dire : Vois, celui-ci est Jésus que tu as engendré. En effet on peut affirmer de tout parfait qu’il ne vit  plus, mais que le Christ vit  en lui, et, puisque le Christ vit  en lui, il est dit de lui à Marie : Voici ton fils, le Christ. »[46]

 

Origène et la médiation et la maternité spirituelle de Marie

  • La médiation de grâce de Marie sur la terre a déjà été perçue par Origine (†254) lors de la Visitation, médiation subordonnée au Christ qui opère en elle.

« Dès que Marie eut entendu, selon le message de l’ange, qu’elle allait concevoir le Sauveur et que sa cousine Elisabeth était enceinte, elle partit, se rendit en hâte vers la montagne et entra dans la maison d’Élisabeth. Jésus, dans le sein de la Vierge, se hâtait de sanctifier Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère. »[47]

 

  • Origène a déjà parlé de la maternité spirituelle de Marie, non pas de le sens où Marie agit en mère, mais dans le sens où les chrétiens agissent de telle sorte qu’elle devienne leur mère : « En effet on peut affirmer de tout parfait qu’il ne vit  plus, mais que le Christ vit  en lui, et, puisque le Christ vit  en lui, il est dit de lui à Marie : Voici ton fils, le Christ. »[48]

 

Assimilation

Au choix :

 

-Vous choisissez un point et vous le comparez avec un autre auteur, soit un père de l’Eglise du 2° siècle, soit un autre saint, soit un auteur contemporain…

-Vous choisissez un point et vous le comparez avec ce qui a été dit dans les commentaires de l’Ecriture (parcours de base).

-Vous choisissez un point et vous l’approfondissez par une lecture personnelle à partir de la bibliographie donnée en note.

-Vous choisissez un point pour commenter l’œuvre d’art de votre choix (joindre une photo).

 

 


[1] Nous devons reconnaître à la préposition latine « per + accusatif » non pas la valeur d’un moyen (nous te rendons grâce par ton fils…) mais la valeur d’une cause (nous te rendons grâce pour ton fils)

[2]Allusion à Is. 9,5 d’après les Septante : l’Ange du grand conseil. :

« Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné

 ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix » (Is 9,5)

 

 

[3] Tertullien, De carne Christi 19,5 , dans J-P MAHE, Tertullien, la chair du Christ, source chrétiennes 216, Paris, Cerf, 1975, p. 289

[4] Tertullien, De carne Christi 22, 6, dans J-P MAHE, Tertullien, la chair du Christ, source chrétiennes 216, Paris, Cerf, 1975, p. 301

[5] Tertullien, De carne Christi 18, dans J-P MAHE, Tertullien, la chair du Christ, source chrétiennes 216, Paris, Cerf, 1975, p. 283-285

[6] De Carne Christi 23, 2-3: CCL 2, 914-915

[7] De carne Christi 17, 5: CCL 2, 905

[8] De carne Christi 7: CCL 2,886-889

[9] Sur le Cantique 2: GCS 1, 1, 347

[10] Sur Elcana et Anne, fragm. 2: GCS I, 2, 121

[11] Aujourd’hui propriété du John Rylands Library de Manchester édite en 1938 par M.C.H Roberts.

[12]    G. GIAMBERARDINI, Il culto mariano in Egitto, vol. I, Studium Biblicum Franciscanum, Gerusalemme 1975, p.96 nota 12.

[13]    Ibid., p. 111-112.

[14]    Ibid., p. 96.

[15]    I. CALABUIG, Liturgia (Origini), in Nuovo dizionario di mariologia, p.779.

[16] cf. Dictionnaire de spiritualité, Paris, Beauchesne 1981. Article Origène, par Ricardo Sanlés. Tome XI, col.934

[17]    Cf Commentaire de Jean 20,30: PG 14,641-644; GCS 10,367. Commentaire de Galates: PG 14,1298. Commentaire de Jean 32,16: PG 14,784; GCS 10,452. Commentaire de Romains 3,10: PG 14,956-957. Contre Celse I, 29sg.

[18] In Math. Com., X, 17, GCS 21,29 (Klostermann-Benz).

[19] fragment sur Lc 1,28 , dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p.475

[20]    Cf In Lucam Hom. VIII. XIV.

[21] SOCRATE, Histoire Ecclésiastique, VII, 32, PG 67,812 A

[22]    E. PERETTO, Mariologia patristica, in Complementi interdisciplinari di Patrologia, o.c., 718.

[23] Fragment sur Matthieu, 281, GCS 126 (Klostermann-Benz).

[24] Origène, Hom. sur Luc XIX, 5 ; dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 277

[25]    EUSEBIUS, Hist. Eccl., VI,27: PG 20,588.

[26]    ORIGENES, Epistula ad Gregorium 3: PG 11,92.

[27]    Ivi.

[28] Origène, Hom. sur Luc XIX, 5 ; dans H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 277

[29] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: SC 87, 144-148.

[30] Origène, Hom sur Luc VI,7, dans H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 149

[31] I. DE LA POTTERIE, L’annuncio a Maria Lc 1, 28 e 1, 35b nel Kerigma di Luca e nella catechesi dei Padri, in La Mariologia nella catechesi dei Padri (età prenicena), LAS, Roma 1989, 22.

[32] Louis DOUTRELEAU, Origène, homélies sur la Genèse, sources chrétiennes 7, Paris Cerf 1976, p.67

[33] In Rom. Com.. 1.5. PG 14.850 C.)

[34] Contre Celse I, 32, GCS 83.16

[35] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 157

[36] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 157

[37] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 157

[38] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 477

[39] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 477

[40] In Jo. Com., VI, 49, GCS 159,16 (Preuschen)

[41] Hom sur Luc VII,1, dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 155

[42] Hom VIII,2 sur Luc, dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 165

[43] Fr 26 sur Lc 1,48 H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 483

[44] Origène, Fragment sur Lc 1,48, dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 483

[45] H. CROUZEL, Origène, Homélies sur l’Evangile de saint Luc: sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 171

[46] Origène, In Jo. Com. I,4, GCS 8,14 ; dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 60-62

[47] Hom sur Luc VII,1, dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p. 155

[48] Origène, In Jo. Com. I,4, GCS 8,14 ; dans sources chrétiennes 87, Paris Cerf 1961, p.62

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