Le cycle de Noël

 

            Après avoir approfondi les motifs de la vénération de Marie, en s’appuyant largement sur l’Ecriture, nous ouvrons les livres liturgies très anciens, prière eucharistiques, chants religieux, homélies anciennes. Cette plongée dans les premiers siècles a une dimension œcuménique importante puisque cette époque est quasiment indivise.

            On complètera ce dossier par ce qui a déjà été dit de Marie dans la liturgie dans la Constitution apostolique (vers 215) dans le dossier N° 4 (au sujet du baptême) et N° 7 (au sujet de l’Eucharistie) du parcours de base, nous ne le répétons pas.

 

Voici notre plan :

 

Marie, la belle agnelle, homélie sur la Pâques de Méliton de Sardes (vers 160-170) 1

Marie chantée dans les Odes de Salomon. 3

Les premières Eglises dédiées à Marie. 3

Archéologie et vénération de Marie, avant Nicée (325) 4

Marie et les martyrs sur une inscription à sainte Marie majeure. 5

La première fête de Noël en Occident. 6

Marie à la messe de la vigile de Noël, au 5e siècle. 7

Marie dans les oraisons du rouleau de Ravenne et son influence actuelle. 9

Noël dans le sacramentaire Veronèse. 13

Marie prépare l’Eucharistie, 1e janvier à la fin du 5ème siècle. 14

Noël, Marie, et notre naissance spirituelle sermon de saint Léon le grand (†461) 15

Noël ou les noces de Dieu et de l’humanité, sermon de saint Augustin (5e siècle). 16

Assimilation. 17

 

Marie, la belle agnelle, homélie sur la Pâques de Méliton de Sardes (vers 160-170)

« C’est lui qui en une Vierge fut incarné,

            Qui sur le bois fut suspendu,

            Qui en terre fut enseveli,

            Qui d’entre les morts fut ressuscité,

            Qui vers les hauteurs des cieux fut élevé.

C’est lui l’agneau sans voix,

C’est lui l’agneau égorgé,

C’est lui qui est né de Marie la bonne agnelle,

C’est lui qui fut pris du troupeau

            Et à l’immolation fut traîné et le soir tué

            Et de nuit enseveli,

Qui sur le bois ne fut pas broyé,

            En terre ne fut pas corrompu,

            Ressuscita des morts

            Et ressuscita l’homme du fond du tombeau. »

(Méliton de Sardes, sur la Pâque, n.70-71. Sources chrétiennes 123, Paris, Cerf, 1966, p.98-100)

 

            Méliton prononça l’homélie sur la Pâque, vers 160-170, dans le cadre de la veillée pascale, l’unique fête annuelle à cette époque (avant le concile de Nicée) qui, selon la tradition asiatique, avait lieu le 14 Nisan ; durant cette veillée on lisait Exode12, c’est-à-dire le récit de l’institution de la fête juive de Pâques. Au cours de l’homélie Méliton mentionne quatre fois (§ 66.70.71.104) la Mère de Jésus, en mettant en évidence sa condition de Vierge, (§ 66. 70. 104), et en l’appelant « la belle (ou bonne - kalos en grec), agnelle » (§ 71).

            L’affirmation « lui qui en une Vierge fut incarné » répond à des motivations d’ordre doctrinal mais le terme "Vierge" et surtout l’expression "la Vierge" désignent, en certains contextes, simplement et directement la mère du Seigneur et ont une nuance cultuelle, c’est-à-dire que ces expressions sont utilisées avec un sens de vénération et d’émerveillement devant le prodige de la maternité divine et virginale de Marie.

            L’attention des historiens de la pitié mariale est surtout attirée par la phrase « C’est lui qui est né de Marie la bonne agnelle ». Dans le cadre du commentaire de l’Exode 12, l’évêque de Sardes projette sur la Vierge les caractéristiques du Fils, "l’agneau pascal", agneau "sans défauts et sans tache" (1 Pt 1,19; cfr. Ex 12,5). Elle est l’agnelle pure.

 

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 268-269

 

Marie chantée dans les Odes de Salomon

           

            Les « Odes de Salomon » de la première moitié du 2e siècle contiennent 42 hymnes, composés en langue grecque, selon le modèle des psaumes de l’ancien Testament.

           

            L’ode XIX, 6-11 célèbre dans un langage hermétique la maternité virginale de Marie ; elle souligne, en antithèse avec la peine de la "douleur" dans l’accouchement pour Ève (cf. Gn3, 16), l’absence de douleur dans l’accouchement de la Vierge ; et elle exalte sa participation active à l’Incarnation du Verbe et à sa manifestation salvatrice.

           

            L’histoire de la pitié mariale ne peut pas ignorer que dans les premières décennies du 2e siècle, la célébration liturgique du salut opérée par Dieu en Jésus Christ incluait parfois une approche de Marie de Nazareth pleine de respect et d’admiration, une vénération sûre même si elle est au stade initial.

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998, p. 269

Les premières Eglises dédiées à Marie

 

            Dédier à la Vierge un bâtiment de culte est une expression très significative de la pitié mariale liturgique.

 

1) A Nazareth, au lieu de l’Annonciation de l’archange Gabriel à Marie, où les fouilles effectuées depuis 1955 ont mis à la lumière une véritable église de la Judée chrétienne dont le caractère marial est attesté par deux inscriptions datant des 2e ou 3e siècles, témoignages émouvants de pèlerins allés à Nazaret pour vénérer la Vierge et se confier à sa protection: l’un a écrit en belles lettres grecques : « Réjouis-toi Marie », et l’autre a écrit « Prosternée au saint lieu de M(arie) j’ai tout de suite écrit là (les noms), j’ai décoré son image » [1] .

 

2) A Jérusalem, où la convergence entre les recherches archéologiques, achevées depuis 1972 et l’étude des informations transmises par les "Transitus" a fait conclure que le lieu sacré désigné comme tombe de Marie témoigne de l’existence d’un lieu de culte de la Judée chrétienne, remontant sûrement à l’époque prénicéenne, lié à la mémoire de la fin de la vie terrestre de la mère de Jésus[2].

 

Au 4e siècle, après beaucoup d’épisodes de rivalité réciproque, l’Église de souche pagano-chrétienne prévalut sur l’Église de souche judéo-chrétienne qui disparut presque complètement. Alors les écrits des habitants de la Judée chrétienne furent considérés avec suspect, et parmi ces écrits, d’importants documents relatifs à la fin de la vie terrestre de Marie, et des expressions de pitié issues de son milieu familial « qui eut envers Marie une grande estime, avec un sens extrêmement fraternel »[3].

 

3) Avant le concile de Nicée, fut construite une église à Alexandrie par le patriarche Teona (†307), que qui fut appelée très tôt "église de Sainte Marie" considérée comme la titulaire du lieu[4].

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 271-272

 

Archéologie et vénération de Marie, avant Nicée (325)

 

De l’époque précédant le concile de Nicée, l’archéologie a fait connaître ces traces de vénération pour Marie :

 

A) Les inscriptions à Nazareth, au lieu présumé où la Vierge reçut l’annonce de l’ange, témoignages émouvants de pèlerins allés au Nazareth pour vénérer la Vierge et se confier à sa protection. [5]

 

B) Les traces de piété mariale à Jérusalem sur la "tombe de Marie" [6].

 

C) L’épitaphe d’Abercio, évêque de Gérapolis en Phrygie, daté entre 170 et le 200 [7] : « Que la foi me conduise en tout lieu et me prépare partout pour aliment le poisson de Source, très grand et pur, que la Vierge chaste prend et donne aux amis pour qu’ils se nourrissent toujours, en offrant un vin agréable qui s’offre mélangé (avec de l’eau) et avec du pain. »[8] L’expression la Vierge chaste semble traduire l’émerveillement et l’admiration devant la conception virginale de Marie, la mère de Jésus qui se donne encore et partout dans le sacrement de l’eucharistie et qui est symbolisé par le poisson.

 

D) Les différentes épigraphes paléo-chrétiens à Rome dont l’un, en langage cryptographique, constitue une acclamation singulière à la victoire du Christ, de Marie et de saint Pierre.

 

E) Les inscriptions telles que le “Florenti vivas cum Maria in Cristo”, qui attestent qu’à l’époque pré-nicéenne la Vierge était déjà considérée comme la protectrice des morts et leur médiatrice bienveillante auprès du Christ[9].

 

F) Dans les catacombes de Priscille à Rome

a. L’adoration des mages, dans l’arc central de la "chapelle grecque", dont la décoration remonte à la moitié du 3e siècle [10] ;

b. La Vierge à l’Enfant, peinture célèbre située dans la "crypte de la Sainte Vierge", c’est-à-dire en l’un des noyaux les plus anciens de la catacombe qui peut autour vers 200-210 [11] ;

c. L’Annonciation, dans une chambre funéraire remontant à la fin du 2e siècle.

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 275-277

Marie et les martyrs sur une inscription à sainte Marie majeure

A la basilique sainte Marie majeure de Rome il y avait une très ancienne inscription en latin, maintenant perdue, elle date environ du 5e siècle :

« Virgo Maria, tibi Xystus nova tecta dicavi,

digna salutifero munera ventre tuo.

Tu genitrix ignara viri, te denique foeta

visceribus salvis edita nostra salus:

Ecce tui testes uteri tibi praemia portant

sub pedibusque iacet passi o quaeque sua,

ferrum, flamma, ferae, fluvius, saevumque venenum;

tot tamen has mortes una corona manet.”[12]

 

Traduction :

« Vierge Marie, moi Xystus (pape Sixte) j’ai dédicacé à ton sein qui porte le salut un digne nouveau toit (=une nouvelle Eglise).

Toi, Mère qui n’a pas connu d’homme, tu es devenue enceinte en maintenant intègres tes entrailles, et de toi est venu au jour le Sauveur.

Voici les témoins de ton sein, ils t’apportent sous leurs pieds les prix, les instruments de leurs Pâques, l’épée, le feu, l’animal sauvage, le fleuve, et le poison violent ; tous ils sont morts, mais pour chacun demeure une couronne. »

 

Explication :

C’est une invocation, une prière à Marie.

La prière évoque la virginité de Marie dans la conception et l’enfantement, signe de la nature humaine et divine du Christ. Les « témoins de ton sein » sont les martyrs (les témoins) du Christ (ton sein).

Les martyrs, comme jadis les bergers viennent vers Marie pour adorer le Christ. L’hommage aux martyrs est lié à l’hommage envers Marie.

 

I.CALABUIG traduction F.Breynaert

 

La première fête de Noël en Occident.

Au 4e siècle, par l’édit de Milan, l’empereur Constantin a fait cesser les persécutions et a donné la liberté de culte aux chrétiens qui ont alors construit des basiliques. La liturgie s’est donc développée.

La première fête de Noël est apparue à partir de la crise arienne et du concile de Nicée.

 

La crise arienne

La crise concerne la foi en la divinité de Jésus, elle éclate en 318, avec les écrits d’Arius d’Alexandrie : selon Arius, le fils a été engendré, il dérive de la substance divine, il est venu à l’existence avant les siècles, mais avant d’avoir été engendré, il n’existait pas, il n’est pas Dieu, il est un demi-urge. Pour Arius, le Christ est donc créé, il est pour le Père un fils adopté. La crise est grave, la majorité des évêques étaient ariens.

L’erreur est de ne pas recevoir la révélation de la divinité du Christ, qui est Dieu et qui nous révèle qu’en Dieu il y a le Père et le Fils.

Le patriarche d’Alexandrie répond que le Christ est de même nature que le Père. Et les disputes s’enveniment par la convoitise du pouvoir.

 

La réponse du concile de Nicée

 

Le concile de Nicée, convoqué par l’empereur, se réunit en 325, et le pape en approuve le contenu. Jésus est « Dieu de Dieu, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », « engendré non pas créé, de la même nature que le Père ».

Mais l’hérésie se prolonge ; l’Eglise imposera de prier le Credo lors de la messe dominicale, et par un langage non verbal (on s’incline ou on s’agenouille), on vénère le moment de l’Incarnation, car l’Incarnation est le moment de la rencontre entre Dieu et l’humanité.

 

L’institution de la fête de Noël

 

Les spécialistes ne sont pas unanimes sur le motif de la date du 25 décembre.

 

Pour les uns, ce jour est choisi pour contrarier par la célébration de la naissance du Seigneur, vrai soleil de justice, (cf. Mi 3,20) la fête païenne du "Natalis solis invicti" c’est-à-dire la fête de la naissance du soleil au solstice d’hiver, le 25 décembre, fête introduite en 379 par l’empereur Aurélien. Cette fête paїenne était importante, au temps de Léon le grand, certains chrétiens se tournaient encore vers le soleil…

 

Pour d’autres (théorie du comput mystique), les chrétiens avaient déjà réservé ce jour pour le Christ dans le depositio martirium, bien avant que l’empereur paїen n’ait introduit la fête du soleil, et avant l’année 336 :

En effet, le calendrier « Depositio Episcoporum » inscrit les défunts en suivant, de 255 à 336. En 336, le calendrier est plein, puisqu’on y fait un ajout.

Et le calendrier « Depositio martirium », (liste des martyrs de Rome possède aussi un ajout pour

signaler que 8 jours avant le 1e janvier, on célèbre la naissance de Jésus, « Natus Christus in Bethleem di Juda ».

 

Le choix de la date suit le raisonnement suivant :

Le Christ est l’être parfait. Le symbole de la perfection est le cercle. La date du jour où il fut conçu est la même date que celle de sa mort[13], ainsi le cycle des fêtes est un cycle parfait. Un jour parfait est aussi un jour de printemps, un jour d’équinoxe, où la nuit et le jour s’équilibrent, selon leurs calculs, c’est le 25 mars, c’est aussi dans la tradition juive le jour de la création de la lumière, du sacrifice d’Abraham et du passage de la mer rouge. S’il fut conçu le 25 mars, il est donc né le 25 décembre.

 

Créer le 25 décembre fut une grande révolution liturgique. Jusque là, le rythme était lunaire, suivant les semaines et les dimanches qui célébraient la Pâque. Le 25 décembre est une date fixe, dans le calendrier solaire.

 

L’institution de la fête de Noël a pour première conséquence le développement des homélies et la contemplation du mystère de Marie. Elle a donc des conséquences théologiques, liturgiques. La fête de Noël engendre un cycle liturgique, elle se prépare par l’Avent (avec les hymnes, les lectures, la relecture de l’Ancien Testament) et elle se prolonge dans l’Octave de Noël avec la fête de la Mère de Dieu.

 

Au cours des 4e, 5e et 6e siècle, la fête du Noël à Rome se développa jusqu’à avoir une messe pour la veille et trois messes stationnaires: une durant la nuit à Sainte Marie Majeure, une à l’aurore à Sainte Anastasie, une troisième, la plus ancienne, dans la basilique de Saint Pierre.

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 277-279

 

Marie à la messe de la vigile de Noël, au 5e siècle

En célébrant Noël et le mystère du Christ, l’Eglise célèbre la Vierge Marie.

Le sacramentaire « Véronèse » remonte selon toute probabilité au pontificat de Gélase I (492-496), il nous apprend qu’en ce temps là à Noël,:

-On s’émerveillait de la nouveauté que nous recevons de la naissance du Christ, sans le péché originel

-On relisait dans la prière l’Ecriture (Is 7, Is 9, Jn 1, Lc 1…), et on traduisait en prière le concile de Chalcédoine

-On célébrait Noël comme le début de la grande révélation qui nous éclaire ; on célébrait Dieu (le Père) qui nous offre le Christ par les viscères de sa miséricorde et on bénit le Christ qui vient.

-On admirait la maternité divine et virginale de Marie.

 

Voici la traduction de ces prières anciennes :

  • §1244 « Dieu, qui par l’enfantement de la bienheureuse Vierge sacrée, sans concupiscence humaine as procréé les membres de ton fils venant des pères sans préjudice : fais donc en sorte que nous recevions la nouveauté et que nous soyons exempts de l’ancienne contamination. » 

Explications :

La conception du Fils de Dieu, est virginale sans concupiscence humaine, dans le contexte de l’époque, il n’a donc pas le péché originel selon la pensée de S.Augustin †430, - aujourd’hui, la théologie de la transmission du péché originel insiste moins sur l’acte sexuel. La fête de Noël est donc une fête immense, en communiant au Christ qui naît de la Vierge Marie, nous entrons dans une vie nouvelle, indemne du péché originel.

 

 

  • §1245 « Il est vraiment digne : Et voici, selon la parole des prophètes, la Vierge concevra et enfantera un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel, et il est Dieu avec nous : le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous.

Voici un enfant nous est né (…). En tout cela nous comprenons clairement qu’il est Dieu et homme, en recevant ce qui est nôtre, il est capable de nous conférer ce qu’il est. De là surabonde la joie. »

Explications :

Le texte se réfère à Is 7,14 interprété avec Jn 1,14. La prière continue avec une allusion à Is 9,5-6 et au chapitre 1 de Luc. « En tout cela nous comprenons clairement qu’il est Dieu et homme, en recevant ce qui est nôtre, il est capable de nous conférer ce qu’il est. De là surabonde la joie. » C’est la traduction liturgique du concile de Chalcédoine.

 

  • §1247 « Il est vraiment digne : surtout en ce jour, où tu as révélé le sacrement même de notre salut, lumière des nations. Et par le mystère du sein virginal, tu l’as fait advenir d’une façon ineffable.

Il a élevé la corne du salut dans la maison de David son serviteur pour donner la science du salut à son peuple en rémission des péchés, par la tendresse de ta miséricorde, quand nous visite le soleil levant venu d’en Haut.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, qui comme un époux sort de sa tente et il nous illumine pour nous faire sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort et pour nous faire entrer dans la lumière éternelle. »

Explications :

Le sacrement de notre salut, c’est le Christ, le Christ est le premier sacrement, ce n’est pas une idée moderne mais au contraire très ancienne.

Le Christ était caché dans les cieux, il a été révélé quand il est venu sur la terre, dans le sein virginal de Marie. Le mot « ineffable » se réfère à la virginité dans l’enfantement. C’est la théologie apophatique : on n’est pas capable d’en parler.

Le Christ accompli la promesse faite à David (Lc 1, 78-79).

Le texte cite ensuite le cantique de Zacharie (Lc 1,78), ce n’est pas tant Marie qui visite Elisabeth que Dieu qui visite son peuple.

« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » : on reconnaît l’acclamation de la foule à Jérusalem. Avant la venue à Jérusalem, il y a sa venue dans l’Incarnation.

« qui comme un époux sort de sa tente et il nous illumine » c’est le psaume 18,6 cité pour dire que le Christ est l’époux, l’Incarnation signifie que Dieu épouse l’humanité. Encore aujourd’hui l’office nocturne chante Ps 44, le psaume nuptial, le psaume des noces de Dieu avec l’humanité dans le sein de la Vierge Marie.

 

1270. « En ce jour de la solennité, bien qu’il soit ineffable, il convient cependant d’en publier le mystère : parce qu’une mère Vierge ne peut enfanter qu’un enfant divin et pour le Dieu homme il convient de naître seulement d’une mère Vierge. »

 

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Los formularios V-IX de la secciòn XL del sacramentarlo de Verona, Roma, 1964

 

Marie dans les oraisons du rouleau de Ravenne et son influence actuelle

Les oraisons du rouleau de Ravenne

Le rouleau de Ravenne est un document du 5e siècle, contenant 40 prières liturgiques du type collecte, mais on ne sait pas encore bien leur usage, sous l’influence de Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne de 432 à 450 environ. On y trouve exprimée la foi des grands conciles d’Ephèse (431) et de Chalcédoine (451). Il n’en existe qu’une seule copie qui date du 7e siècle.

Ravenne est la capitale de l’empire de Byzance en Occident. C’est à dire ayant une grande influence des pères d’Orient.

Certaines prières ont été incorporées au missel romain actuel.

Ces oraisons redisent le rôle de Marie dans l’Incarnation du Christ, le Christ libère (1e samedi de l’Avent), l’Incarnation révèle la gloire de Dieu (19 décembre), Marie en qui le Verbe s’incarne est toute remplie de la lumière de l’Esprit saint (20 décembre), l’Incarnation est miséricorde de Dieu (23 décembre).

 

 

1) L’oraison du 1e samedi de l’Avent, le Christ libère

1e samedi de l’Avent, texte latin du rouleau de Ravenne (5e siècle)

« Deus qui ad liberandum humanum genus a vetustatis condicione tua clementia procurasti :

largire devote exspectantibus gratiam tuae supernae pietatis, ut ad verae perveniamus praemium libertatis.” (RR 1338,7)

 

1e samedi de l’Avent, traduction littérale du rouleau de Ravenne

« O Dieu, dans ta bonté, tu as oeuvré pour délivrer le genre humain de la condition de décrépitude où se trouvait l’homme ancien.

A ceux qui attendent avec dévotion la grâce de ta bonté suprême, accorde de parvenir à la récompense de la vraie liberté. »

 

1e samedi de l’Avent, traduction littérale du Missel Romain :

« O Dieu, tu as envoyé ton Fils unique en ce monde pour délivrer le genre humain de la condition de décrépitude où se trouvait l’homme ancien.

A ceux qui attendent avec dévotion la grâce de ta bonté suprême, accorde de parvenir à la récompense de la vraie liberté. »

 

1e samedi de l’Avent, texte de la version française du missel romain :

« Dieu qui as envoyé ton Fils unique dans ce monde pour délivrer l’homme de son péché ;

Accorde à ceux qui t’appellent du fond du cœur d’être vraiment libres pour t’aimer. »

 

 

Extraits de André ROSE, Les oraisons du Rotulus de Ravenne dans le nouveau Missel Romain in « Les questions liturgiques » 52 (1971) pp.271-304, p.280

 

2) L’oraison du 17 décembre, s’unir aussi à la divinité du Christ

Texte latin du rouleau de Ravenne :

“Deus humanae conditor et redemptor naturae qui Verbum tuum in utero perpetua e virginitatis carnem assumere voluisti :

Respice propitius ad preces nostras, ut unigeniti tui nativitate suscepta ipsius etiam redemptoris mereamur divino consortio sociari.” (RR 1362.31)

 

17 décembre, traduction littérale du rouleau de Ravenne,

« O Dieu, Créateur et Rédempteur de la nature humaine, tu as voulu que ton Verbe prenne chair dans le sein de (Marie) toujours Vierge : regarde nos prières ; Puissions nous, en célébrant la Nativité de ton Fils unique, être uni aussi à la divinité du Rédempteur lui-même. »

 

17 décembre traduction littérale du Missel Romain

« o Dieu, Créateur et Rédempteur de la nature humaine, tu as voulu que ton Verbe prenne chair dans le sein de (Marie) toujours Vierge : regarde nos prières : que ton Fils unique. En prenant notre humanité nous unisse à sa divinité. »

 

17 décembre, texte de la version française du missel romain :

« Dieu, Créateur et Rédempteur des hommes, tu as voulu que ton Verbe éternel prenne chair dans le sein de la Vierge ; Sois favorable à notre prière : que ton Fils unique qui s’est fait l’un de nous, nous donne part à sa vie divine. »

 

Extrait de André ROSE, Les oraisons du Rotulus de Ravenne dans le nouveau Missel Romain in « Les questions liturgiques » 52 (1971) pp.271-304, p.282-283

 

2) L’oraison du 19 décembre, l’Incarnation révèle la gloire de Dieu

 

Traduction littérale du Rouleau de Ravenne :

« O Dieu, aux derniers temps du monde, tu as daigné révéler le resplendissement de ta gloire par le sein de la Vierge sainte.

Ainsi tu as dissipé les ténèbres épaisses de l’erreur et tu as fait resplendir la vérité de la lumière éternelle.

Accorde donc à nous, tes humbles serviteurs d’adorer avec une foi intègre et de célébrer sans cesse par un culte fervent le mystère de la sublime Incarnation. »

 

 Traduction littérale du Missel romain :

« O Dieu, tu as daigné révéler le resplendissement de ta gloire par l’enfantement de la Vierge sainte.

Accorde-nous d’adorer avec une foi intègre et de célébrer sans cesse par un culte fervent le mystère de la sublime Incarnation. »

 

Texte de la version française du missel romain :

« Par le signe merveilleux de la Vierge qui enfante tu as fais connaître au monde Seigneur la splendeur de ta gloire ;

Aide-nous à célébrer le mystère de l’Incarnation avec une foi sans défaut et dans l’obéissance du cœur. »

 

Commentaire :

A la dernière époque de l’histoire religieuse du monde. Dieu a donc révélé le rayonnement de sa gloire, - c’est-à-dire son propre Fils – par le sein sacré d’une Vierge, c’est-à-dire par son enfantement virginal. L’Incarnation est ainsi conçue comme la manifestation de la gloire de Dieu. Comme dans le prologue du quatrième évangile : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire» (Jn 1,14). Cette révélation doit aboutir à dissiper les ténèbres de l’erreur et à faire resplendir la vérité de la gloire éternelle.

 

L’oraison du Missel romain a gardé le début de la première partie : la manifestation du « resplendissement de la gloire» du Père par l’enfantement : le terme uterum a été remplacé par le mot partum, ce qui rend le texte plus clair. On ne trouve plus néanmoins la mention des derniers temps, ni l’opposition victorieuse de l’orthodoxie aux assauts de l’erreur.

La version du Missel français a mis en valeur le thème de l’enfantement virginal.

 

Extrait de : André ROSE, Les oraisons du Rotulus de Ravenne dans le nouveau Missel Romain in « Les questions liturgiques » 52 (1971) pp.271-304, p.285

 

Cf. A.WARD, « santi Spiritus luce repleta » The blessed Virgin of the Rotulus if Ravenna in Recent Latin Missal, in Marianum 53 (1991) p.221-252.

 

3) L’oraison du 20 décembre, Marie, remplie de la lumière de l’Esprit Saint

Texte latin du Rouleau de Ravenne :

« Deus, aeterna maiestas, cuius ineffabile Verbum angelo deferente virginitas immacolata suscepit, et, domicilium deitatis effecta, Sancti Spiritus luce repletur;

quaesumus, ut fidelem populum ipsa suis orationibus protegat, quae Deum et hominem sacris castisque visceribus meruit baiulare. » RR 1361.30

 

Traduction littérale du rouleau de Ravenne :

« O Dieu, éternelle majesté, la Vierge immaculée a accueilli ton Verbe ineffable apporté par l’ange ; devenue la demeure de Dieu. Elle est remplie de la lumière du Saint Esprit. Nous te le demandons : puisse-t-elle protéger elle-même par ses prières le peuple croyant. Elle qui eut le privilège de porter dans son sein sacré et chaste celui qui est Dieu et homme. »

 

Traduction littérale du missel romain

« O Dieu, à l’annonce de l’ange, la Vierge immaculée a accueilli ton Verbe ineffable ; devenue la maison de Dieu elle est remplie de la lumière du Saint Esprit. Nous te le demandons : puissions-nous, a son exemple nous attacher humblement à ta volonté. »

 

Version française du missel romain

« Tu as voulu, Seigneur. Qu’à l’annonce de l’ange la Vierge accueille ton Verbe éternel. Qu’elle devienne le Temple du Très-Haut et soit remplie de la lumière de l’Esprit-Saint ;

Aide-nous à devenir assez humbles pour faire comme elle ta volonté. »

 

Commentaire :

La Vierge immaculée a accueilli la Parole inexprimable de Dieu – son Verbe – qui était apportée par l’ange. Par cet accueil, Marie est devenue la demeure de Dieu et a été remplie de la lumière du Saint Esprit.

Le fait que l’ange a porté lui-même le Verbe est un thème original que l’on retrouve en plusieurs sermons de saint Pierre Chrysologue.

Marie accueille donc la Parole apportée par l’ange et devient demeure de Dieu ; en même temps, elle est remplie de la lumière du Saint Esprit. On lit dans une homélie d’Origène sur l’évangile selon saint Luc : « Marie fut remplie du Saint Esprit dès l’instant où elle porta en elle le Sauveur. Dès qu’elle reçut le Saint-Esprit. Créateur du corps du Seigneur et que le Fils de Dieu eut commencé à exister en elle, Marie aussi fut remplie de l’Esprit-Saint. »[14]

 

L’oraison se retrouve très transformée dans le Missel Romain. Non seulement 1’image de l’ange porteur du Verbe a disparu mais la demande finale est totalement transformée (…) L’oraison du Rotulus insinuait l’élargissement du rôle de Marie dans l’Eglise après l’Incarnation, par son intercession pour les croyants ; celle du Missel romain se contente d’une finale où prédomine l’imitation morale. Sans doute a-t-on voulu éviter la tournure un peu compliquée qui demande à Dieu l’intercession de Marie. Dans l’ensemble, l’oraison est appauvrie dans son texte révisé.

 

Extrait de : André ROSE, Les oraisons du Rotulus de Ravenne dans le nouveau Missel Romain in « Les questions liturgiques » 52 (1971) p.271-304.

4) L’oraison du 23 décembre, l’Incarnation, miséricorde de Dieu

Texte latin du Rouleau de Ravenne :

« Omnipotens sempiterne Deus, Nativitatem Christi Filii tui secundum carnem propinquare cernentes. Quaesumus, ut nobis indignis famulis misericordiam praestet ipse. Qui pro nobis dignatus est ingredi utero sanctae virginis. Ut verbum caro fieret et habitaret in nobis. » RH 1355,24

 

Traduction littérale du Rouleau de Ravenne :

“Dieu tout puissant et éternel, nous voyons approcher le jour où nous célébrons la Nativité selon la chair du Christ, ton Fils. Nous t’en prions, qu’à nous ses indignes serviteurs fasse lui-même miséricorde. Lui qui pour nous a daigné entrer dans le sein de la Vierge sainte pour que le Verbe se fasse chair et demeure parmi nous. »

 

Traduction littérale du missel romain :

« Dieu tout-puissant et éternel, nous voyons approcher le jour où nous célébrons la Nativité selon la chair de ton Fils. Nous t’en prions, qu’à nous ses indignes serviteurs il fasse miséricorde. Le Verbe qui a daigné se faire chair en naissant de la Vierge Marie et demeurer parmi nous. »

 

Version française du missel romain :

« Dieu éternel et tout-puissant, nous allons bientôt célébrer la naissance de ton Fils : Il a voulu prendre chair de la Vierge Marie, il s’est lié pour toujours à notre humanité. Qu’il montre ta miséricorde aux pauvres serviteurs que nous sommes. »

 

Commentaire :

La prière du rouleau de Ravenne semble comporter une allusion à Rm 1,3 (le Fils de Dieu qui est issu selon la chair…) et à Jn 1,4 (le verbe s’est fait chair et a habité parmi nous). La finale ex prime le mystère de l’Incarnation comme une entrée du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge (…) comme dans la prédication de saint Pierre Chrysologue : « Ce lui que ne pouvait recevoir la petitesse du corps humain, la grandeur d’un sein virginal l’a accueilli. » (Sermon 144. PL. 52. 586).

La demande porte sur la miséricorde.

 

Dans le texte du missel romain, le thème de l’entrée du Verbe dans le sein de la Vierge a disparu.

Dans la version française : le début de la version française ne semble pas avoir conservé la solennité de l’oraison latine. En outre, il est regrettable de rendre imperceptible à l’auditeur les textes bibliques sous-jacents à l’oraison.

 

Extraits de André ROSE, Les oraisons du Rotulus de Ravenne dans le nouveau Missel Romain in « Les questions liturgiques » 52 (1971) p.271-304. , pp. 288-290

 

Bibliographie complémentaire :

S.BENZ, Der Rotulus von Ravenna. Aschendorffsche Verlaysbuchhandlung, Munster Westfalen 1967.

 

Noël dans le sacramentaire Veronèse

 

Pour la liturgie romaine du temps de Noël, le sacramentaire « Veronese » remonte selon toute probabilité au pontificat de Gélase I (492-496), les prières pour la vigile de Noël y rassemblent deux idées maîtresses :

 

 

  • La nouveauté que nous recevons de la naissance du Christ, sans le péché originel : §1244 « Dieu, qui par l’enfantement de la bienheureuse Vierge sacrée, sans concupiscence humaine as procréé les membres de ton fils venant des pères sans préjudice : fais donc en sorte que nous recevions la nouveauté et que nous soyons exempt de l’ancienne contamination. » 
  • La miséricorde et les noces de Dieu : §1247 « Il est vraiment digne : surtout en ce jour, où tu as révélé le sacrement même de notre salut, lumière des nations. Et par le mystère du sein virginal, tu l’as fait advenir d’une façon ineffable. Il a élevé la corne du salut dans la maison de David son serviteur pour donner la science du salut à son peuple en rémission des péchés, par la tendresse de ta miséricorde, quand nous visite le soleil levant venu d’en Haut. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, qui comme un époux sort de sa tente et il nous illumine pour nous faire sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort et pour nous faire entrer dans la lumière éternelle. »

 

  • Et ceci s’inscrit dans la tradition d’Isaїe dont on relit les textes (Is 7, Is 9):

§1245 « Il est vraiment digne : Et voici, selon la parole des prophètes, la Vierge concevra et enfantera un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel, et il est Dieu avec nous : le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Voici un enfant nous est né. L’insigne du pouvoir est sur son épaule et on lui donne ces noms merveilleux : conseiller, Dieu fort, père des siècles, prince de paix. (…). En tout cela nous comprenons clairement qu’il est Dieu et homme, en recevant ce qui est nôtre, il est capable de nous conférer ce qu’il est. De là surabonde la joie. »

 

Explications :

Les découvertes de Qumran nous ont aidés à mieux connaître la notion de péché originel, cette notion a son origine dans les courants juifs apocalyptiques ouverts, ceux-là même qui seront le plus aptes à reconnaître le Christ parce qu’ils attendaient un temple non fait de main d’homme et un messie personnel (ce qui n’était pas le judaїsme officiel majoritaire au sanhédrin). Dans leur doctrine, héritière de la tradition d’Isaїe, Dieu est amour et il ne s’impose pas, le péché, le refus de Dieu entraîne le retrait de Dieu, le monde est alors plongé dans les ténèbres spirituelles. Seul Dieu peut redonner la lumière au monde par le pardon du péché. Ce péché est non seulement celui du veau d’or mais aussi le péché d’Adam, le péché originel qui blesse et obscurcit l’humanité[15]. Le pardon de ce péché illumine toute l’humanité. Marie immaculée, sans péché, accueille et attire la lumière de Dieu.

 

 

Marie prépare l’Eucharistie, 1e janvier à la fin du 5ème siècle

Sans stupeur, il n’y a pas de liturgie, la liturgie, c’est l’homme qui s’émerveille...

Le sacramentaire gélasien (fin 5ème siècle) nous offre cette préface eucharistique pleine d’émerveillement :

 

 « Il est vraiment digne … Dieu éternel.

En célébrant l’octave de Noël,

Nous célébrons tes merveilles, Seigneur.

Celle qui enfante est mère et Vierge ;

Celui qui est né est enfant et Dieu.

 

Les cieux ont parlé,

les anges se sont félicités,

Les pasteurs se sont réjouis

Les mages se sont mis en route

Les rois ont été troublés

Les innocents ont été couronnés d’une glorieuse passion.

 

Allaite o mère notre nourriture,

Allaite le pain du ciel qui vient,

Dans la crèche déposé,

Comme la nourriture des animaux.

 

C’est là que le bœuf a reconnu son propriétaire

Et l’âne la crèche de son Seigneur,

Le bœuf et l’âne, c’est-à-dire, les Juifs (la circoncision), et les païens (le prépuce).

 

Tout cela donc notre Sauveur et notre Seigneur,

A daigné l’accomplir en plénitude

C’est alors qu’il fut reçut par Siméon au temple. »

 

Explications :

Cette préface eucharistique rassemble le mystère de Noël, de la mère de Dieu, et de l’Hypapante, la présentation de Jésus au temple, rencontre au temple. Le développement de la liturgie concernant le Christ suscite le développement de la piété mariale.

 

Les lectures du 1e janvier sont :

Tite 2,11-15

Luc 2,21-32

 

Cette préface eucharistique a les dimensions suivantes :

Aspect ecclésiologique (concernant l’Eglise) : Les animaux ont une valeur symbolique, l’un les Juifs (la circoncision), l’autre les païens (le prépuce). Le Christ détruit le mur de division entre ces peuples ; pour toute l’humanité, le mur des divisions est abattu ;

 

Aspects christologiques : le Christ est à la fois enfant, il assume la nature humaine dans sa faiblesse, et il est Dieu. Il est le pain du ciel. Il est celui qui vient dans son peuple. Il est le Seigneur de tous.

 

Aspects mariologiques : Il est très étonnant que la préface s’adresse aussi à Marie, car la préface eucharistique s’adresse à Dieu le Père.

Le texte cite une prière d’une homélie de saint Augustin. Marie est celle qui prépare notre pain.

 

I.CALABUIG. Traduction F. Breynaert – article offert pour www.mariedenazareth.com

 

Noël, Marie, et notre naissance spirituelle sermon de saint Léon le grand (†461)

[Geneviève : respecter la mise en page avec les alinéas qui mettent en évidence le rythme du texte, encore plus visible dans le latin]

 

Cette homélie du pape Léon le grand[16] est un témoignage de la spiritualité du 5e siècle, il illumine les formules liturgiques composées en ce temps là pour la messe de Noël (sacramentarium Veronense).

La joie et l’émerveillement transparaisse de ces lignes.

L’homélie décrit le nouvel ordre des choses introduit par la Nativité de Jésus.

La conception et la naissance de Jésus sont virginales, celui qui naît est Dieu. Il n’y aucun mépris pour les réalités ordinaires de la maternité, mais il faut considérer celui qui naît, Dieu, et son œuvre, la rédemption.

Une spiritualité très vigoureuse et pleine d’espérance est exprimée : par le baptême, nous pouvons renaître et avoir part à la naissance du Christ, sa naissance sans tache.

 

 

« l. Réjouissons-nous dans le Seigneur, mes bien-aimés, livrons-nous à une joie toute spirituelle, car voici que commence à briller pour nous le jour nouveau de notre rédemption, jour depuis longtemps préparé, jour de l’éternel bonheur. (…)

 

2. Ainsi, mes bien-aimés, au temps prévu pour la rédemption des hommes,

Jésus-Christ, Fils de Dieu, prend contact avec la bassesse de ce monde ;

            il descend du ciel sans quitter la gloire de son Père,

et cela par une disposition sans précédent, par une naissance inouïe ! Disposition sans précédent, car,

            invisible en lui-même, il se rend visible en notre nature ;

            insaisissable, il veut être saisi ;

            lui qui est avant le temps, il commence à exister dans le temps ;

            maître de l’univers, il prend la forme de l’esclave et voile l’éclat de sa majesté ;

            Dieu impassible, il ne dédaigne pas de devenir un homme passible ;

            Dieu immortel, il veut se soumettre aux lois de la mort.

           

Naissance inouïe :

            conçu par une Vierge,

            né d’une Vierge,

            sans l’intervention d’un homme,

            sans préjudice pour l’intégrité de sa mère ;

 

telle était la naissance qui convenait au futur Sauveur de l’humanité,

à celui qui posséderait toute la nature de l’homme en ignorant les souillures de la chair.

 

En effet, le père de ce Dieu qui naît dans la chair, c’est Dieu, suivant le témoignage de l’archange à la bienheureuse Vierge Marie : "L’Esprit Saint viendra en vous, la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; aussi l’être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu." (Lc 1,35) 

 

            La nature est la même, bien que la naissance soit différente ; si celle-ci échappe à l’intervention humaine habituelle, il relève de la puissance divine qu’une Vierge ait conçu, qu’une Vierge ait enfanté et qu’elle soit restée Vierge.

            Ne nous arrêtons pas ici au rôle de la mère, mais à la décision de l’enfant qui s’est fait homme de la façon qu’il voulait et pouvait.

            Désirez-vous connaître la vérité de sa nature ? Voyez sa substance humaine ;

            désirez-vous comprendre son origine ? Alors confessez sa puissance divine.

           

            Le Seigneur Jésus-Christ est en effet venu supprimer nos maladies, et non les contracter ; porter remède à nos vices, et non les subir ; il est venu pour purifier toute corruption et pour guérir nos âmes de l’infection de leurs ulcères ;

            c’est pourquoi il a fallu qu’il naquit dans des conditions nouvelles, lui qui apportait à nos corps la grâce nouvelle d’une pureté sans tache. Il a fallu que l’intégrité de l’enfant gardât dans sa fraîcheur la virginité de la mère, et que la vertu infuse de l’Esprit-Saint lui conservât cet agréable asile de la pudeur, ce séjour de la sainteté : car il avait décidé de relever nos ruines, de réparer nos brèches et de donner à la chasteté un surcroît de force pour vaincre les attraits de la chair ; de la sorte, la virginité, qui, en tout autre, est incompatible avec la maternité, allait pouvoir être imitée par tous ceux qui naîtraient de nouveau. »

(Saint Léon le Grand, extraits du 2e sermon de Noël, Sources Chrétiennes 22, Cerf, Paris, 1947, p. 75-79)

 

Saint Léon le Grand, pape † 461.

 

Noël ou les noces de Dieu et de l’humanité, sermon de saint Augustin (5ème siècle).

 

Résumé : Le Christ est Dieu qui s’unit véritablement à l’humanité sans rien perdre de sa divinité. Ce sont de vrais noces : le Christ est vrai homme : il est né de la chair, il est la Vérité élevée de terre ; le Christ est donc comme un époux qui, comme dit le psaume, s’élance d’une extrémité du ciel.

 

Voici le texte :

« La Vérité aujourd’hui s’est élevée de terre ; le Christ est né de la chair. Livrez-vous à une sainte joie ; que ce jour attache vos esprits à la pensée du jour éternel, souhaitez, espérez fermement les biens célestes, et puisque vous en avez reçu le pouvoir, comptez devenir enfants de Dieu. N’est-ce pas pour vous qu’est né dans le temps l’Auteur même des temps, pour vous que s’est montré au monde le Fondateur du monde, pour vous enfin que le Créateur est devenu créature ? Pourquoi donc, ô mortels, mettre encore votre esprit dans ce qui est mortel ? pourquoi consacrer toutes vos forces à retenir, s’il était possible, une vie fugitive ? Ah ! de plus brillantes espérances rayonnent sur la terre, et ceux qui l’habitent n’ont reçu rien moins que la promesse de vivre dans les cieux.

Or, pour faire croire à cette promesse, une chose bien plus incroyable vient d’être donnée au monde. Pour rendre les hommes des dieux, Dieu s’est fait homme ; sans rien perdre de ce qu’il était, il a voulu devenir ce qu’il avait fait ; oui, devenir ce qu’il a fait, unissant l’homme à Dieu, sans anéantir Dieu dans l’homme.

Nous sommes étonnés de voir une Vierge qui devient Mère ; il nous faut des efforts pour convaincre les incrédules de la réalité de cet enfantement tout nouveau, pour leur faire admettre qu’une femme a conçu sans le concours d’aucun homme ; qu’elle a donné le jour à un Enfant dont aucun mortel n’était le père ; enfin que le sceau sacré de sa virginité est resté inviolable au moment de la conception et au moment de l’enfantement.

La puissance de Dieu se montre ici merveilleuse ; mais sa miséricorde plus admirable encore, puisqu’à la puissance il a joint la volonté de naître ainsi. Il était le Fils unique du Père, avant de devenir le Fils unique de sa mère ; lui-même l’avait formée, avant d’être formé dans son sein ; avec son père il est éternel, et avec sa Mère il est enfant d’un jour ; moins âgé que la Mère dont il est formé, il est antérieur il tout sans être formé de son Père ; sans lui le Père n’a jamais existé, et sa Mère n’existerait pas sans lui.

 

(…)

Il était à craindre qu’on ne vint à mépriser la Vérité à cause qu’elle s’est élevée de terre, lorsque, semblable à l’époux qui sort du lit nuptial, elle s’est élancée du sein maternel où le Verbe de Dieu avait contracté avec la nature humaine une ineffable union. Afin de détourner ces mépris, et pour empêcher que malgré sa naissance admirable, malgré ses paroles et ses oeuvres merveilleuses, la ressemblance de la chair du Christ avec la chair de péché ne fit voir en lui qu’un homme, après ces mots « Pareil à l’époux sortant du lit nuptial, il s’est élancé comme un géant pour fournir sa carrière », viennent aussitôt ceux-ci : «Il est parti d’une extrémité du ciel ». Si donc, « la Vérité s’est « élevée de terre », c’était bonté de sa part, et non pas nécessité ; miséricorde, et non pas dénuement. Pour s’élever de terre, cette Vérité est descendue des cieux ; pour sortir de son lit nuptial, l’Epoux s’est élancé d’une extrémité du ciel. Voilà pourquoi il est né aujourd’hui.

 

Ce jour est le plus court des jours de la terre et c’est à dater de lui que les jours commencent à grandir. Ainsi Celui qui s’est rapetissé pour nous élever, a fait choix du jour qui est à la fois le moindre et le principe des grands jours. En naissant ainsi et malgré son silence, il nous crie en quelque sorte avec une voix retentissante, que pour nous il s’est fait pauvre et qu’en lui nous devons apprendre à être riches ; que pour tous il s’est revêtu de la nature de son esclave et que nous devons en lui recouvrer la liberté ; que pour nous il s’est élevé de terre et que nous devons avec lui posséder le ciel. »

 

Saint Augustin, sermon 192, pour le jour de Noël,

œuvres de saint Augustin, tome 7, édition Guérin Bar le Duc, 1868.

 

Lectures et antiennes mariales dans la liturgie de Noël du 7ème  siècle

            A l’époque de saint Grégoire le Grand († 604), le corpus de lectures, attesté par le Lectionnaire de Wurzburg, comprenait Mt 1,18-21 (Marie se trouva enceinte par l’Esprit Saint), pour la messe de la veille ; Lc 2,1-14 ("Elle donna le jour à son fils premier-né) pour la messe de la nuit ; Lc 2,15-20 ("Marie conservait toutes ces chose en les méditant dans son cœur"), pour la messe de l’aurore.

 

L’ “Antiphonale Missarum sextuplex” offrait des antiennes très mariales telles que :

  • L’ antienne pour l’offertoire “Ave Maria gratia plena” (4e Dimanche de l’Avent).

 “Ave, Maria, gratia plena. Dominus tecum. benedicta tu in muliéribus, et benedictus fructus ventris tui. ” 

 “Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni”.

C’est le texte de saint Luc 1,28. Cette introduction de l’Ave Maria dans la liturgie aura une influence énorme : au VII siècle, dans la piété populaire, l’Ave Maria n’a pas encore le développement extraordinaire qu’il aura au XII et XIII siècle.

 

  • L’antienne de communion “Exulta filia Sion” (25 décembre, messe de l’aurore) :

“Esulta satis, filia Sion, quia ecce Rex tuus venit tibi, justus e salvator, alleluia”

« Exulte de joie, fille de Sion, voici que ton Roi vient à toi, juste et Sauveur, Alleluia »

Zacharie 9,9 inspire cette antienne mais il n’a pas écrit pour notre liturgie, il évoquait le retour d’exil à Jérusalem. Pour lui, la fille de Sion est le peuple d’Israël, la cité de Jérusalem, et le roi est Adonaї, le Seigneur.

Cette antienne est probablement du 7e siècle. Les personnes qui entendent l’antienne sont des chrétiens qui attendent Noël. Marie réalise l’idéal de la fille de Sion. Dans la pensée des liturgistes, la fille de Sion est Marie et le roi est le Christ dont on souligne la sainteté et le fait qu’il est sauveur.

 

  • L’antienne d’entrée pendant l’Avent, inspirée d’ Is 45,8

“Rorate, caeli desuper, et nubes pluant iustum ; aperatur terra et germinet Salvatorem.”

« Que les cieux répandent la rosée et que les nuées pleuvent le justes.

Que s’ouvre la terre et que germe le Sauveur. »

 

La rosée est fraîche, elle n’est pas la chaleur du midi, c’est une allusion à la conception virginale, sans le feu de la concupiscence.

La nuée est le symbole de la présence de Dieu et de sa grâce, et lors de l’Incarnation, saint Luc évoque la nuée quand il dit que l’Esprit Saint descendra sur Marie, et que la puissance du très haut la recouvrira de son ombre.

Le juste est le Christ, il est l’eau.

La terre est un symbole marial, saint Irénée parlait de Marie comme de la terre Vierge.

 

  • L’antienne du 4e Dimanche de l’Avent.

“Ecce Virgo concipiet et pariet Filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel”

 

  • L’antienne d’entrée du jour de Noël est inspirée de Is 9,6 :

“Puer natus est nobis, et filius datus est nobis, cuius imperium super humerum eius, et vocabitur nomen eius magni concilii Angelus. »

« Un enfant nous est né, un fils nous est donné, sur ses épaules sont l’insigne du pouvoir, on l’appelle l’envoyé du grand dessein de Dieu : il est le Sauveur. »

Dans l’anaphore de la Tradition Apostolique, nous avions déjà l’expression du Christ comme Envoyé (en latin, Angelus).

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 277-279

 

 

 

Assimilation

            Les prières compliquées sont oubliées. Les prières justes traversent les siècles et sont reprises dans le missel de Paul VI. Rappelez deux exemples vus dans ce dossier. 

 

            Ensuite, au choix : 

 

-Vous choisissez un chant ou une prière liturgique actuelle et vous la comparez à ce que vous avez découvert de la prière chrétienne à cette période ancienne (une ou deux pages).

-Vous faites le commentaire d’une œuvre d’art (joindre la photo) de cette époque en vous appuyant sur vos découvertes (une ou deux pages).

-Avec un ami d’une autre confession chrétienne, en vous appuyant sur cette période de l’histoire quasiment indivise, vous composez un cantique ou simplement un texte.

 

 

 


[1][1] B. BAGATTI, Gli scavi di Nazaret, I. Dalle origini al secolo XII, Gerusalemme 1967 pp. 146-152; E. TESTA, Nazaret Giudeo-Cristiana, Gerusalemme 1969, passim.

[2] B.BAGATTI Nuove scoperte alla tomba della Vergine a Getsemani, in «Studi Biblici Francescani Liber Annuus», 22 (1972), pp. 236.290; ID., Ricerche sulle tradizioni della morte della Vergine, in «Sacra Doctrina», 18 (1973), pp. 185-214.

[3] B. BAGATTI, Maria nella prima espansione missionaria della Chiesa in Palestina, in D. BERTETTO (a cura di), Maria Ausiliatrice e le missioni, Roma 1977, p. 122.

[4] G.GIAMBERARDINI. Il culto mariano in Egitto. I. Gerusalemme 1975. p. 105.

[5][5] B. BAGATTI, Gli scavi di Nazaret, I. Dalle origini al secolo XII, Gerusalemme 1967 pp. 146-152; E. TESTA, Nazaret Giudeo-Cristiana, Gerusalemme 1969, passim.

[6] B.BAGATTI Nuove scoperte alla tomba della Vergine a Getsemani, in «Studi Biblici Francescani Liber Annuus», 22 (1972), pp. 236.290; ID., Ricerche sulle tradizioni della morte della Vergine, in «Sacra Doctrina», 18 (1973), pp. 185-214.

[7] B. EMMI, La testimonianza mariana dell’epitaffio di Abercio, in «Angelicum», 46 (1969) : pp. 232-302.

[8] P. TESTINI, Archeologia cristiana, Edipuglia, Bari, 1980, p. 425.

[9] M. GUARDUCCI Maria nelle epigrafi paleocristiane di Roma. In «Marianum», 25 (1963). pp. 248-261, soprattutto pp. 249-252;

[10] F. TOLOTTI, Il Cimitero di Priscilla. Studio di topografia e architettura, Città del Vaticano 1970,pp.258-275.

[11] P, TESTINI, Le catacombe e gli antichi cimiteri cristiani in Roma, Bologna 1966, p. 288.

 

[12] E. DIEHL, Inscriptione latinae christianae veteres, I, Berlin 1925. n.976. pp. 182-183.

[13] Saint Augustin est témoin de la tradition selon la quelle le Christ fut conçut et est mort le 25 mars : “Octavo enim Kalendas apriles conceptus creditur quo et passus» (De Trinitate IV, 5 ; cf. De diversis quaestionibus, 56).

 

[14] Origène, Hom 7.3 (Traduction de la collection « Sources chrétiennes » n° 87, ORIGENE. Homélies sur S. Luc, Paris 1962. p. 157).

[15] J. BERNARD, Torah et culte chez les Rabbins, confessions divergentes, dans Mélanges de science Religieuse, Lille, Janvier-mars 1997 pp. 38-71

J. BERNARD, Le péché originel, une invention de saint Paul ? Revue Ensemble n° 2, juin 1994, p. 91-106

[16] saint Léon le grand a été élu pape en 440, peu après le concile d’Ephèse (431). Mais après l’erreur de Nestorius advient l’excès d’Eutychès qui ne voit en Jésus que sa divinité . En 451 le concile de Chalcédoine exprimera son accord avec la doctrine exprimée par saint Léon le grand dans sa lettre à Flavien.

 

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