2 février, 25 mars, 15 août, 8 septembre

Le 7ème siècle

Les fêtes du 2 février ; 25 mars ; 15 août ; 8 septembre

 

 

Le 7e siècle (600-700) est un siècle décisif pour la piété liturgique mariale.

Au temps de saint Grégoire le grand (590-604), on ne célébrait à Rome qu’une fête mariale, le 1e janvier.

Le pape saint Grégoire le grand (590-604) donne à l’Eglise le sacramentaire grégorien appelé aussi le missel de Grégoire le grand, c’est le premier sacramentaire bien organisé.

Après lui, quatre fêtes « mariales » (elles sont aussi christologiques), furent introduites :

2 février, la présentation de Jésus au temple ;

25 mars, l’Annonciation ;

15 août, l’Assomption ;

8 septembre, la naissance de Marie.

 

Ces fêtes ont une origine orientale, elles ont commencé à Jérusalem, puis à Constantinople, puis à Rome.

La découverte du Journal d’Egérie[1] a permis de connaître la liturgie de Jérusalem. Il n’existe qu’un seul exemplaire de ce journal, écrit dans l’abbaye du Mont Cassin, mais le texte original a été composé au 4e siècle. Egérie a fait un voyage jusqu’en Terre sainte. Elle visite les lieux bibliques et découvre la liturgie de Jérusalem.[2]

 

 

 

(N.B : Il peut être intéressant de commencer l’exercice d’assimilation (en dernière page) pendant la lecture du dossier.)

 

 

La fête du 2 février, Présentation du Seigneur.. 2

La fête du 25 MARS, l’ ANNONCIATION.. 7

La fête du 8 SEPTEMBRE, NATIVITE DE MARIE.. 14

La fête du 15 août, l’ASSOMPTION.. 17

Assimilation. 24

 

 

La fête du 2 février, Présentation du Seigneur

La fête du 2 février au 7ème siècle à Rome

Née à Jérusalem au 4e siècle, la fête fut introduite à Rome probablement sous le pontificat de Théodore (642-649), un pape né en Grèce d’une famille originaire de Jérusalem.

1) La Fête du 40e jour à Jérusalem :

Extrait du Journal d’Egérie :

« Le quarantième jour après l’Épiphanie, en vérité, se célèbre ici avec très grande pompe. Ce jour-là, la réunion a lieu à l’Anastasis. Tout le monde s’y réunit et on y célèbre tout de la manière habituelle avec la plus grande solennité, comme à Pâques. Tous les prêtres prêchent puis l’évêque, commentant toujours ce passage de l’évangile selon lequel, le quarantième jour, Joseph et Marie portèrent le Seigneur au temple, où le virent Syméon et la prophétesse Anne, fille de Phanuel, ainsi que leurs paroles à la vue du Seigneur et l’offrande que firent ses parents. Après quoi, quand tout a été célébré de la manière habituelle, on accomplit les mystères, puis a lieu le renvoi. »[3]

 

L’Anastasis est la basilique de la Résurrection.

La longue liturgie de la parole sur l’évangile de la présentation au temple évoque donc quatre thèmes :

Joseph et Marie emmenèrent le Seigneur au temple.

Siméon et Anne le virent

Les paroles qu’ils dirent

L’offrande des parents.

Après la parole, il y a une concélébration eucharistique, l’évêque avec les prêtres.

 

2) Le 2 février à Rome, le sens de la fête

Le nom de la fête a beaucoup oscillé… on pourrait repérer six titres :

  1. Le 40e jour
  2. La fête de la rencontre, « Hypapante », rencontre entre le Christ et son peuple, à Jérusalem, le peuple est représenté par Syméon et Anne.[4]
  3. La fête de saint Syméon.[5]
  4. La Présentation du Seigneur
  5. L’entrée du Seigneur au temple (Eglise syrienne)
  6. La purification de Marie au temple. (Déjà dans la tradition Gélasienne[6] apparaît le titre de la fête "purification de sainte Marie", un titre qui persistera dans la liturgie romaine jusqu’en 1969.

 

L’important est de comprendre que c’est une fête qui dépend de la fête de Noël. Attention, il n’y a pas de calendrier universel :

A Jérusalem, nous avons, quarante jours après le 6 janvier (épiphanie), la Présentation ou Hypapante, le 14 février

A Rome, nous avons, quarante jours après le 25 décembre, la Présentation ou purification de Marie, le 2 février.

A Rome, il y avait le 2 février le souvenir d’une procession paїenne pour conjurer les fièvres à Rome, à cause de cela, la procession chrétienne eut un caractère pénitentiel, avec des vêtement violets. La procession romaine aura un double caractère, pénitentiel (couleur violacée) et de fête (cierges en honneur du Christ, "lumière pour éclairer les nations" Lc 2,32)

 

 

1) Une fête du Christ

Le titre de la fête dans la tradition - Hypapante -, les lectures (Mal 3, 1-4 et Lc 2, 28-40) et les textes liturgiques montrent que la célébration est centrée sur la rencontre de Jésus avec Siméon dans le temple : c’est une fête du Christ.

Le Christ est fêté comme le libérateur, en témoigne la première antienne de la procession avant la messe : « (…) Réjouis-toi, juste vieillard, en accueillant dans tes bras le libérateur de nos âmes et celui qui nous donne la résurrection. »

Le Christ est fêté comme « le roi messie » et le « roi de gloire », en témoigne surtout la seconde antienne de la procession avant la messe :

« Embelli la chambre nuptiale, o Sion, et reçoit le roi messie. Embrasse Marie qui est la porte de celui qui vient du ciel. Elle porte elle-même le roi de gloire. (…) »

En même temps, cette même antienne célèbre le Christ comme « l’Epoux de l’Alliance » c’est pourquoi on parle de la « chambre nuptiale » ; l’Alliance est une noce (cf. Osée, Isaїe) de Dieu avec son peuple, et cette noce s’accomplit lors de l’Incarnation.

 

2) …qui est aussi une fête de Marie

La station à Sainte Marie Majeure, les chants qui accompagnent la procession de l’église de Saint Adrien jusqu’à la basilique de l’Esquilin, dont les antiennes "Ave gratia plena Dei genetrix Virgo" et "Adorna thalamum tuum Sion" témoignent une attention progressive envers la Vierge Marie.

 

3) Une célébration de Marie donnant le Christ au juste d’Israël

L’enfant vient de Dieu, il appartient à Dieu, et Marie l’offre à Dieu. Il n’y a pas encore au 7e siècle un développement de la dimension oblative, quasi sacerdotale, de Marie au temple qui vient offrir le Christ, ce développement est plus tardif[7]. Cependant, on souligne que Marie donne le Christ aux justes d’Israël, notamment en la personne du juste Syméon. (Antienne I de la procession avant la messe)

4) La fête de Marie, Vierge et humble

La liturgie fête la virginité et l’humilité de Marie. Le sensum fidelium a compris que la Toute pure, pleine de grâce se mêle aux autres mères qui portent leur enfant au temple, d’où l’exclamation : « Salut, pleine de grâce, Vierge mère de Dieu… » (antienne I)

 

5) La fête de l’accueil que Syméon, et Marie, font au Christ

La liturgie fête la joie d’accueillir le Christ. Le mot clé est le verbe latin « suscipere ».

  • Syméon, le juste d’Israël accueille le Christ :

« Réjouis-toi, juste vieillard, en accueillant dans tes bras le libérateur de nos âmes et celui qui nous donne la résurrection. » (antienne 1 de la procession avant la messe) ; « Accueille Jésus dans tes bras, Siméon » (antienne 3 de la procession avant la messe).

  • Mais de manière implicite, c’est d’abord la fête de l’accueil que Marie a réservé au Christ en donnant son Fiat lors de l’Incarnation.[8]
  • Toute l’assemblée, « nous », sommes aussi ceux qui accueillent le Christ : « Nous avons accueilli ta miséricorde au milieu de ton temple » (antienne d’entrée de la messe) : la miséricorde est la personne même de Jésus Christ, quand Dieu vient parmi nous en se faisant homme, il pose le plus beau geste de pardon, il nous réconcilie, il nous fait miséricorde. Le temple accomplit sa fonction, car la vocation du temple est d’être le lieu de la miséricorde de Dieu. Et cela advient pour toutes les nations « jusqu’au extrémités de la terre » (ibid.).

 

6) Le peuple fête la fidélité de Dieu à ses promesses

La liturgie rappelle que Siméon a reçu la promesse qu’il ne mourrait pas avant de voir le Christ… et cette promesse s’est accomplie. (Prière de la communion)

De façon indirecte, la reprise du psaume 47 dans un sens chrétien signifie que tout l’Ancien Testament est comme une vaste promesse qui attendait son accomplissement.

 

7) Le peuple fête les antithèses…

Certains chants soulignent les antithèses, par exemple, le vieillard accueille l’enfant, l’enfant soutient le vieillard…

 

Quelques textes liturgiques de la fête du 2 février à Rome, au 7ème siècle et aujourd’hui

Antienne I de la procession avant la messe : « Ave gratia plena Dei genetrix Virgo »

Missel sextuplex, 7e siècle

« Ave gratia plena Dei genetrix Virgo ex te enim ortus est sol iustitiae inluminans quae in tenebris sunt

laetare tu senior iuste suscipiens in ulnas liberatorem animarum nostrarum donantem nobis et resurrectionem. »

 

Traduction :

« Salut, pleine de grâce, Vierge mère de Dieu, de toi est sorti le soleil de justice qui illumine ceux qui sont dans les ténèbres.

Réjouis-toi, juste vieillard, en accueillant dans tes bras le libérateur de nos âmes et celui qui nous donne la résurrection. »

 

Explication :

Cette prière contient une salutation à Marie, et une salutation à Syméon.

- La salutation à Marie a reçu l’influence de l’Evangile de l’Annonciation de Luc (Réjouis-toi comblée de grâce (Lc 1,28) ; du concile d’Ephèse (Vierge Mère de Dieu), et du cantique de Zacharie : de toi est sorti le soleil de justice (Ml 3,20 ; Lc 1,78) (qui illumine ceux qui sont dans les ténèbres (Lc 1,79, cf. Is 9,1).

- La salutation à Siméon a reçu l’influence du cantique de Siméon. Réjouis-toi, juste vieillard, en recevant dans tes bras le libérateur de nos âmes (Lc 1,74 ; 2,28) et celui qui nous donne la résurrection (Lc 2,34). Remarquons l’expression latine « suscipiens in ulmus » et l’accent sur la résurrection.

 

Antienne 2 de la procession avant la messe « Adorna thalamum tuum Sion »

Missel sextuplex, 7e siècle :

 « Adorna thalamum tuum Sion et suscipe regem Christum 

amplectere Mariam quae est caelestis porta ipsa enim portat Regem gloriae

novo lumine subsistit Virgo adducens in manibus Filium ante luciferum

quem accipiens Symeon in ulnas suas praedicavit populis Dominum eum esse vite et mortis et Salvatorem mundi. »

 

« Embelli la chambre nuptiale, o Sion, et reçoit le roi messie. Embrasse Marie qui est la porte de celui qui vient du ciel. Elle porte elle-même le roi de gloire. La Vierge se trouve dans une nouvelle condition à cause de la nouvelle lumière qui l’envahit, elle porte dans ses mains le Fils engendré avant la lumière. Syméon l’accueille et proclama qu’il est le Seigneur de la vie et de la mort et le Sauveur du monde. »

 

Explication :

Sion se réfère à la communauté qui célèbre, et qui accueille le Christ et Marie.

Pour venir, le Christ ouvre la porte du Ciel et Marie est la porte qui s’ouvre et accueille Celui qui vient du ciel.

Nouvelle lumière, la Vierge porte dans ses mains le fils engendré avant la lumière (allusion Ps 2 : avant la lumière je t’ai engendré)

 

Antienne III de la procession avant la messe:

Texte latin : « Suscipiens Ihesum in ulnis suis Symeon »

Traduction : « Accueille Jésus dans tes bras, Siméon » (cf. Lc 2,38a) Lorsque Marie et Joseph présentent au temple Jésus, Siméon les rencontrent.

 

Antienne actuelle pour la procession : « Voici le Seigneur Dieu qui vient avec puissance ; il vient illuminer notre regard, alléluia. » (Is 35,4-5)

 

Antienne d’ouverture de la messe

Missel sextuplex, 7e siècle :

“Suscepimus Deus misericordiam tuam in medio templi tui secundum nomen tuum Deus ita et laus tua in fines terrae iusticia plena est dextera tua» (Ps 47,10-11)

« Nous accueillons ô Dieu ta miséricorde au milieu de ton temple ; comme ton nom, ô Dieu, ta louange, jusqu’au bout de la terre ; ta droite est remplie de justice. » 

 

C’est presque l’antienne actuelle pour l’ouverture :

« Nous rappelons ton amour, Seigneur, au milieu de ton temple ; Sur toute la terre, ceux qui t’ont rencontré proclament ta louange : tu es toute justice. »

Resp. graduale

Missel sextuplex, 7e siècle :

 “Suscepimus Deus misericordiam tuam in medio templi tui secundum nomen tuum Deus ita et laus tua in fines terrae” (Ps 47,10-11a)

« Nous accueillons ô Dieu ta miséricorde au milieu de ton temple ; comme ton nom, ô Dieu, ta louange, jusqu’au bout de la terre »

Prière

Sacramentaire Hadrianum, 7e siècle :

« Dieu éternel et tout puissant, nous supplions ta majesté afin que de même qu’aujourd’hui ton fils unique est présenté au temple, fais que nous aussi nous nous présentions devant toi avec un cœur purifié. Par notre Seigneur »[9]

 

Prière actuelle : « Dieu éternel et tout-puissant, nous t’adressons cette humble prière :

Puisque ton Fils unique, ayant revêtu notre chair, fut en ce jour présenté dans le temple

Fais que nous puissions aussi, avec une âme purifiée, nous présenter devant toi. Par Jésus. »

Antienne de communion

Missel sextuplex, 7e siècle :

 « Responsum accepit Symeon ab Spiritu Sancto non visurum se mortem nisi videret Christum Domini» (Luc 2,26)

« Syméon avait reçut de l’Esprit Saint la révélation qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. »

 

Antienne actuelle : « « Mes yeux, Seigneur, ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples. »

Après la communion

Sacramentaire Hadrianum, 7e siècle :

« Nous te prions Seigneur notre Dieu, toi qui consolide notre préparation tandis qu’intercède pour nous Marie toujours Vierge, fais que les saints mystères soient un remède pour nous, maintenant et à l’avenir. Par notre Seigneur »[10]

 

Prière actuelle après la communion : « Par cette communion, Seigneur, prolonge en nous l’œuvre de ta grâce, toi qui as répondu à l’espérance de Syméon : Tu n’as pas voulu qu’il meure avant d’avoir accueilli le Messie ; puissions-nous aussi obtenir la vie éternelle, en allant à la rencontre du Christ. Lui qui. »

Lectures :

Malachie 3,1-4

Luc 2,22-32

 

Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 324-325

 

 

La fête du 25 MARS, l’ ANNONCIATION

Le choix du 25 mars pour l’Annonciation

            Pourquoi le 25 mars ? Si la référence chronologique au 25 décembre est évidente, on doit cependant dire que déjà depuis le 3e siècle, l’Incarnation du Christ est située par la tradition de l’Eglise le 25 mars alors que la fête de Noël est apparu plus tard, au 4e siècle.

            Le 25 mars coïncide avec l’équinoxe et la pleine lune du printemps, ce qui a poussé à relier le 25 mars à l’histoire du salut ; selon les auteurs, on a cru qu’il était le jour de la conception, de la mort, ou de la résurrection du Seigneur ; et encore, le jour de la création de la lumière et le dernier jour de l’histoire.

 

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 79-80, traduction pour MDN, F.Breynaert

 

La documentation historique sur le commencement de la fête du 25 mars

1) La lettre de l’empereur Justinien de Rome à l’Église de Jérusalem (en 561)

L’empereur voulait l’uniformité des jours des fêtes c’est pourquoi il écrivit :.

« Nous avons entendu qu’à Jérusalem quelques-uns se trompent et ne suivent ni les saintes écritures et ni les pères, et ne célèbrent pas la sainte naissance du Seigneur le 25 décembre, mais ils célèbrent ce jour là la fête de David et de Jacques et le 6 janvier, ils célèbrent le baptême et la naissance du Christ. C’est une erreur, parce qu’ils ne situent pas la fête de l’annonce de l’Ange Gabriel à la sainte Vierge Marie, qui conçut le Verbe de Dieu selon la chair au jour parfait du 25 mars. »[11]

 

En Orient cette lettre fut écoutée et fixa au 25 mars de manière définitive, la fête de l’Annonciation.

 

2) Dans les documents civils

Dans le Chronicon Paschale (avant 550), document civil romain, on lit:

« Aujourd’hui 25 mars selon le calendrier romain, et selon la tradition des saints docteurs, l’Église de Dieu, catholique et apostolique, célèbre l’Annonciation de notre Dame, la glorieuse mère de Dieu et toujours Vierge. »[12]

 

3) A Constantinople

Le concile in Trullo, en 692 est un concile convoqué par l’empereur Justinien II à Constantinople ; la tradition l’appelle "in Trullo", il ne s’agit pas d’une ville mais d’une salle qui avait un dôme.

Ce concile a une tendance anti-romaine, il entend diminuer l’autorité du pape, s’opposer au célibat sacerdotal occidental etc. Au début, le pape n’envoya pas ses légats, et ces légats finalement venus, ne signèrent pas. Les historiens ont considéré que ce concile n’avait pas d’autorité oecuménique.

Cependant, ce concile témoigne que la fête de l’Annonciation était très importante à Constantinople puisque l’on fait pour elle une exception :

« En tous jours du carême saint, sauf samedi et dimanche et le jour saint de l’Annonciation, on célèbre les pré-sanctifiés[13] »

 

4) En Espagne

Il était difficile d’établir la fête de Marie : on ne sait ni le jour de sa naissance ni de sa mort...

En Espagne la fête de Marie était l’octave avant Noël, le 18 décembre, « Notre Dame de l’ô » parce que les antiennes commençaient avec "ô !". À Rome, la fête de Marie était l’octave après Noël, le premier janvier, vient ensuite le 25 mars.

En Espagne, au septième siècle, on refusait une fête le 25 mars en plein carême et proche de Pâques. Les fêtes mariales devaient être proche de Noël (concile de Tolède, 656)[14].

 

Quand commença la fête de l’Annonciation le 25 mars ?

L’événement de l’Annonciation, initialement commémoré autour de Noël, fut célébré dans la fête de l’Annonciation de la Theotokos et toujours Vierge Marie, le jour très particulier du 25 mars.

On peut supposer que cette fête a commencé à Constantinople, durant la première moitié du 6e siècle (vers 500-550) et qu’elle s’est diffusée dans la liturgie byzantine à l’époque de Justinien (527-565).

 A partir du 7e siècle, l’Annonciation est célébrée à Rome.

La liturgie romaine répand la fête dans tous les pays de l’Occident sauf l’Espagne, où le Concile de Tolède (656) établit que le mystère de l’Annonciation-Incarnation doit être célébré dans la solennité mariale du 18 décembre ; ce n’est qu’au Moyen-Âge que fut introduit en Espagne l’usage romain.

 

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 79.84

 

Premiers hymnes liturgiques pour la fête de l’Annonciation

            Au sixième siècle, l’hymnographie Byzantine a eu en Romain le Mélode un représentant d’exception.

            En outre, parmi les textes liturgiques, signalons le Tropaire et une strophe des Vêpres composés par saint André de Crête († 740) :

 

            Tropaire : "Aujourd’hui a commencé notre salut et la manifestation du mystère éternel: le Fils de Dieu devient le Fils de la Vierge et Gabriel annonce la grâce. Avec lui nous crions donc à la Mère de Dieu donc : Réjouis-toi, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec toi."

 

            Strophe : « Aujourd’hui c’est heureuse l’annonce de la joie, triomphe des Vierges ; les choses d’ici bas sont en harmonie avec celles d’en haut ; Adam est renouvelé, Ève est libérée de la tristesse passée, et la tente de notre nature, par la divinisation de la substance assumée, est consacrée temple de Dieu. O mystère ! Incompréhensible est le mode de cet abaissement (kénose), ineffable la manière de cette conception. Un ange est employé pour le prodige, un sein virginal accueille le Fils, l’Esprit Saint est envoyé d’en haut ; le Père des cieux se félicite et l’union advient dans une volonté commune. Sauvé en Lui et par Lui, nous unissons nos voix à celle de Gabriel et nous proclamons à la Vierge: "Réjouis-toi, ô pleine de grâce, par toi vient à nous le salut, le Christ notre Dieu, qui en ayant assumé notre nature l’a élevée à la hauteur de la sienne. Prie-le de sauver nos âmes !" »

 

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 83-85, traduction F.Breynaert

 

Prières liturgiques pour l’Annonciation à Rome, 7e siècle

            Vers 660 Rome introduisit dans la liturgie papale la fête de l’Annonciation[15].

            Les textes liturgiques guident la foi, non sans un profond émerveillement. De manière sobre mais sûre, ces textes orientent vers la joie et la beauté de tout ce qui vient de Dieu.

            Nous lisons, dans le Sacramentaire Grégorien (Gr H 140-143), (où la fête ne porte plus le titre primitif “dio Adnuntiatio Domini”, mais un titre à portée mariale : “Adnuntiatio sanctae Mariae”).

 

  • La collecte pour la procession:

« O Dieu, qui à l’annonce de l’ange as voulu que ton Verbe prît chair de la Vierge bienheureuse, à nous qui te supplions, accordes de croire qu’elle est vraiment Mère de Dieu, et d’être aidé par ses prières d’intercession auprès de toi. » (Gr H 140)

            Explication :

            « L’annonce de l’ange » fait allusion à Lc 1,26-38.

            « Il prît chair » fait allusion à Jn 1,14.

            C’est le père qui a voulu que la Vierge intercède. L’Église rassemblée confesse l’intercession de la Vierge auprès du Père (Lex orandi, lex credendi), on ne demande pas une grâce spéciale mais d’être aidé par son intercession auprès de Dieu.

 

  • Trois oraisons pour la messe :

GrH 141: « ô Dieu qui aujourd’hui as voulu que dans le sein de la Vierge bienheureuse ton Verbe devînt notre compagnon, fais que notre conduite soit telle que nous puissions t’être agréable. »

 

GrH 142: « O Père, qui nous as accueillis à ta table, confirmes en nous le don de la vraie foi, qu’elle nous fasse reconnaître dans le fils de la Vierge ton Verbe fait homme, et par la puissance de sa résurrection, guide-nous à la possession de la joie éternelle. Par le Christ notre Seigneur. »

Remarquer l’accent pascal de cette prière (« par la puissance de sa résurrection »).

Dans le missel actuel cette prière est reprise comme prière après la communion.

 

GrH 143, Après la communion :

« Répands ô Père ta grâce en nos âmes ;

toi qui à l’annonce de l’ange, nous as révélé l’Incarnation de ton fils,

guide-nous par sa passion et par sa croix à la gloire de la résurrection.

Par Jésus le Christ notre Seigneur. »

            C’est maintenant la prière finale de l’angélus, avant, c’était la prière de post communion.

            Il n’y a pas de prière plus synthétique: l’Incarnation, la passion, la Résurrection.

            A remarquer: "Répands ô Père ta grâce en nos âmes , est bien en lien avec la communion qui remplit nos âmes ; "la grâce" se transforme en "gloire."

 

           

            Dans le sacramentaire Gélasien, GeV 847-853, substantiellement contemporain du sacramentaire Grégorien, la fête du 25 mars apparaît comme une célébration intentionnellement mariale[16]: :

Collecte:

« Exauce-nous, Seigneur, Père saint, Dieu tout puissant et éternel, qui par l’ombre de la grâce divine sur le sein très saint de la bienheureuse Marie, as daigné éclairer le monde entier ; suppliants, nous implorons ta majesté pour que, ce que nous ne sommes pas capables d’obtenir avec nos mérites, nous méritions de l’obtenir avec son aide. »

           

Sur les offrandes :

« O Seigneur, nous t’en prions, regarde favorablement les offrandes que nous te présentons en l’honneur de la bienheureuse et glorieuse toujours Vierge Marie, Mère de Dieu, à l’occasion de sa solennité annuelle. Ton Saint Esprit, co-éternel avec toi, a rempli son sein de la splendeur de sa grâce et de sa vérité, qu’il nous purifie avec bienveillance. »

             

 

Cf.  Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p.304-305

 

L’annonciation dans la liturgie hispanique

            En Espagne, l’Annonciation était célébrée pendant l’Avent, dans une fête mariale, le 18 décembre.

            Dans les Églises des Gaules et d’Espagne préexistait "un patrimoine de traditions liturgiques, provenant de l’Orient et de l’Italie, mais surtout de l’Afrique latine. [17]

            En Espagne, quand fut dépassée la crise aryenne avec la conversion du roi Recaredo au 3e concile de Tolède (589), un effort d’unité - politique, religieuse, sociale - pénètre la péninsule entière. Le 4e concile de Tolède (633) établit avec vigueur le principe de l’unification liturgique dans le royaume wisigoth.

            On fait mémoire de la Vierge pendant l’Avent et à Noël : durant les dimanches de l’Avent, on lit les évangiles de l’Annonciation (Lc 1, 26-38), et de la Visitation (Lc 1, 39-47) qui, repris dans l’eucologe (= prières liturgiques) donnent lieu à des compositions de grande profondeur théologique. Très significatifs : l’Ilatio du 2e dimanche de l’Avent et la fête du 18 décembre.

 

L’Ilatio du 2e dimanche de l’Avent

            L’« Ilatio » correspond en un certain sens à la préface de la liturgie hispanique qui est une liturgie qui se reconstruit complètement pour chaque fête.

            L’Ilatio du deuxième dimanche d’Avent a une grande richesse théologique, spirituelle et poétique. Il met en évidence la syntonie admirable entre l’ange qui promet, la Vierge qui croit, l’Esprit qui agit. La contemplation de Marie comme celle qui croit (cf. Lc 1, 45) fait percevoir l’importance de son rôle dans le salut : elle est la mère du Fils de Dieu Sauveur et l’image de l’Église. La maternité divine de la Vierge, fruit de sa foi et de la grâce de l’Esprit, devient le modèle de la maternité de la Vierge Église. [18]

 

            « Il est juste et digne, convenable et salutaire de proclamer avec émerveillement la venue de notre Seigneur Jésus Christ qui est né parmi les hommes et pour les hommes,

un messager céleste parlait,

sur la terre une Vierge saluée écoutait,

l’Esprit Saint dans le sein vint et créait ;

Ce que l’ange promet, Marie le croit, l’Esprit vrai Dieu coopère,

La certitude suivait l’annonce de l’ange,

La vérité accomplissait la promesse,

Et la vertu, à l’ombre du Très haut,

Apprit à être une virginité féconde.

 

            Voici que tu concevras et que tu enfanteras un fils, annonçait l’ange

Et comment cela se fera-t-il ? répondit Marie.

Mais elle répondit en le croyant et non pas en doutant,

Remplie de l’Esprit Saint parce que l’ange l’assura.

 

            Vierge avant de concevoir, toujours Vierge après l’enfantement,

Elle a conçue son Dieu dans son esprit avant de le concevoir en son sein.

Elle, la première, a reçue le sauveur du monde,

Et pour cela elle est la vraie Mère du fils de Dieu.

            C’est lui qu’adorent les anges, les trônes, les dominations et les puissances, en disant : » [19]

 

Le missel actuel s’en est inspiré :

« Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce ; toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ notre Seigneur. C’est lui qui pour sauver les hommes devait naître parmi les hommes ; c’est lui que l’ange annonce à la Vierge Immaculée et qu’à l’ombre de l’Esprit Saint elle accueille par la foi ; Lui qu’elle porte avec tendresse dans sa chair. (…) »

(Préface du 25 mars, missel romain, Paul VI)

                 

Texte latin de l’Ilatio du 2e dimanche de l’avent

                “Dignum et iustum est, aequum et salutare est

Domini nostri Iesu Christi advéntum in mirabilibus predicare,

quem inter homines et propter homines nasciturum,

caeléstis nuntius enarravit,

virgo terréna dum salutarétur audivit,

Spiritus Sanctus in utero dum veniret creavit;

ut Gabriéle pollicénte, Maria credénte, Dei vero spiritu cooperante,

sequerétur salutationem angélicam securitas,

promissiònem perficeret véritas,

et Altissimi obumbrante virtute,

didicisset se esse feconda virginitas.

                Ecce concipies in utero et paries filium, Angelus praedicavit.

Et qua modo fiet istud ? Maria respondit.

Sed qui a hoc credéndo, non dubitando respondit,

Implévit Spiritus Sanctus quod Angelus spopondit.

                Virgo ante concéptum, virgo semper futura post partùm,

Deum suum prius mente, dehinc ventre concépit.

Salutem mundi prima suscépit virgo plena gratia Dei,

et ideo vera Mater Filii Dei.

                Quem adòrant Angeli, Troni, Dominatiònes et Potestates, ita dicéntes: »

(Missel hispano-Mozarabe) [20].

 

Le 18 décembre en Espagne :

            Une fête de sainte Marie existait en Espagne depuis la deuxième moitié du 6e siècle, centrée sur sa maternité divine et virginale, mais elle était célébrée à des dates différentes selon les régions. À ce sujet, les évêques du 10e concile de Tolède, (656) prirent deux décisions importantes[21] :

- ils interdirent la fête du 25 mars, parce qu’il leur semblait inacceptable de commémorer le mystère de l’Incarnation du Verbe en plein carême.

- ils unifièrent la date de la fête de la Vierge en la fixant, pour tout le royaume wisigoth, au 18 décembre, huit jours avant Noël : une unique fête de la Vierge, à une date unique, mais une fête célébrée avec une grande solennité.

 

Les thèmes mariologiques de la liturgie hispanique sont nombreux et amplement développés[22] :

- La maternité divine et la virginité de Marie ;

- La coopération de la Vierge, nouvelle Ève, à l’œuvre du salut ;

- La sainteté et la plénitude de grâce de Marie ;

- Marie femme de foi ;

- Marie servante du Seigneur ;

- Marie image de l’Église ;

- Marie reine miséricordieuse et son intercession incessante.[23]

 

 

Les premières homélies pour la fête de l’Annonciation

 

Voici quelques homélies significatives :

 

- L’homélie d’Abraham d’Ephèse prononcée le 25 mars, entre 530 et 550:

"Grand et célèbre est ce jour, il n’y a pas de discours capable de décrire l’amour qu’aujourd’hui Dieu a montré aux hommes. Aujourd’hui s’est accompli le dessein établi avant les siècles pour le salut du genre humain. Aujourd’hui le Verbe qui, comme le Père, n’a pas de commencement, s’est enfermé dans la matrice virginale et il apparaît comme un enfant. Aujourd’hui celui qui réside dans le sein du Père inséparablement, est reçu dans le sein de la Vierge"

 

- Athanase d’Antioche, deuxièmes moitiés du 6e siècle (vers 550-600) : deux homélies sur l’Annonciation.

- L’homélie ample et splendide de Sophrone de Jérusalem († 638) redit toute la plénitude et l’importance avec lesquelles son Église solennisait la fête, dans la première moitié du 7e siècle.

- Une homélie de saint Germain de Constantinople (†733).

- Le témoignage splendide d’André de Crète († 740) : située dans le grand mystère de l’histoire du salut, le jour de l’Incarnation du Christ a marqué le renouvellement heureux de la création et le redressement de l’humanité pécheresse.

 

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 80-82

 

Le 25 mars dans le missel actuel:

Antienne d’ouverture : « Le Christ, en entrant dans le monde, dit "me voici, mon Dieu ; je viens pour faire ta volonté" » (He 10,5.7)

 

Prière (collecte) :

« Seigneur, tu as voulu que ton Verbe prît chair dans le sein de la Vierge Marie ; puisque nous reconnaissons en lui notre Rédempteur, à la fois homme et Dieu, accorde-nous d’être participants de sa nature divine. Lui qui… »

 

Acclamation de l’Evangile :

« Le Verbe s’est fait chair, il a fixé sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire »

 

Prière sur les offrandes :

« Daigne accepter, Dieu tout-puissant, les dons offerts par ton Eglise : elle n’oublie pas qu’elle a commencé le jour où ton Verbe s’est fait chair ; accorde-nous, en cette fête de l’Annonciation, de célébrer avec joie les mystères du Christ. Lui qui. »

 

Préface :

« Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce ; toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ notre Seigneur.

C’est lui qui pour sauver les hommes devait naître parmi les hommes ; c’est lui que l’ange annonce à la Vierge Immaculée et qu’à l’ombre de l’Esprit Saint elle accueille par la foi ;

Lui qu’elle porte avec tendresse dans sa chair.

Il venait accomplir les promesses faites à Israël, combler, et même dépasser, l’ espérance des nations.

C’est par lui que les anges assemblés devant toi adorent ta gloire ;

A leur hymne de louange laisse- nous joindre nos voix pour chanter et proclamer :

Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers ! (…) »

 

Antienne de la communion :

« Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils, et on lui donnera pour nom Emmanuel, ce qui veut dire : "Dieu avec nous". » (Is 7,14)

 

prière après la communion :

« Par cette communion, Seigneur, fortifie en nos cœurs la vraie foi, afin qu’ayant proclamé le fils de la Vierge vrai Dieu et vrai homme, nous parvenions au salut et à la joie éternelle par la puissance de sa résurrection. Lui qui… »

 

Les lectures :

Is 9,1-5, Une pousse sortira de la racine de Jessé,

Is 7,11, La Vierge concevra,

Lc 1,26-38, l’Annonciation.

 

Pape Paul VI, Missel Romain, Desclée Mame, 1969

 

 

 

 

La fête du 8 SEPTEMBRE, NATIVITE DE MARIE

 

Histoire de la fête du 8 septembre

            La tradition ecclésiale célèbre les saints l’anniversaire du jour de leur mort, naissance au ciel ; avec des exceptions uniquement pour Jésus et Jean Baptiste et, plus tard pour Marie. Au 4e siècle, on commença en effet à célébrer non seulement la naissance terrestre de Jésus mais aussi celle du Baptiste, ces naissances sont racontées par l’Évangile qui cependant se tait sur la naissance de Marie. (…)

            L’origine de la commémoration liturgique de la Nativité de Marie est liée à l’église édifiée au 5e siècle à Jérusalem, dans les environs de la piscine probatique, qui pour la tradition était le lieu de la maison de Joachim et Anne, [parents de Marie[24]]. Depuis le 6e siècle la Nativité de Marie fut fêtée aussi à Byzance.

            La date du 8 septembre semble dériver du jour de la dédicace de cette église primitive, sans cependant exclure que la mémoire de la nativité de Marie, aurore du temps du salut ait été située au début de septembre parce que c’est le mois qui ouvre l’Année liturgique byzantine.

            Le 8 septembre a servi, quelques siècles après, à déterminer le jour commémoratif de la conception de Marie.(…)

            En Occident, la fête du 8 septembre fut accueillie par l’Église de Rome au cours du 7e siècle, dernière des quatre fêtes mariales de provenance orientale (2 février, 25 mars, 15 août, 8 septembre). Elle fut aussi enrichie par pape Serges I de la procession qui se terminait avec l’eucharistie dans la basilique de Sainte Marie Majeure. Répandue dans toute l’Europe avec l’expansion de la liturgie romaine, elle devint une grande fête.

 

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p.91-94, traduction F.Breynaert

 

Quelques textes liturgiques en Orient pour le 8 septembre

Parmi les textes byzantins de la fête :

 

Le Tropaire: « Ta naissance o Mère de Dieu annonça la joie à toute la terre ; de toi, en effet, le soleil de justice s’est levé, le Christ notre Dieu. En ayant défait la malédiction, tu nous as donné la bénédiction; et la mort étant détruite, tu nous as fait cadeau de la vie éternelle. »

 

Le Kontakion, (oeuvre de Romain le Melode, VI siècle): « Par ta naissance, o Immaculée, Joachim et Anne furent libérées de la honte de la stérilité et Adam et Ève de la corruption de la mort. Ton peuple, racheté de l’esclavage des péchés, fête ta naissance en t’acclamant : la stérile enfante de la Mère de Dieu, la nourrice de notre vie. »

 

Une strophe des Vêpres : « Venez tous, vous les fidèles vers la Vierge ! Voici en effet que naît celle qui a été choisie, dès avant sa conception, pour être la mère de notre Dieu, elle qui est le joyau de la virginité, le bâton d’Aaron fleuri par la racine de Jessé, l’oracle des prophètes, le rameau des justes Joachim et Anne. Elle naît et avec elle le monde est restauré ; elle naît et l’Église s’enveloppe de sa splendeur. Elle est elle le temple saint, l’habitacle de la divinité, l’instrument virginal, la vraie chambre nuptiale où s’accomplit le prodige de l’union ineffable des natures qui se rejoignent en Christ, mystère parfait. Adorons-le en glorifiant la naissance de la Vierge pure ! »

 

Cf. Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p.93, traduction F.Breynaert

 

Les premiers textes liturgiques en Occident pour le 8 septembre

            Les textes liturgiques guident la foi, non sans un profond émerveillement. De manière sobre mais sûre, ces textes orientent vers l’expérience de tout ce qui vient de Dieu.

 

            Dans le Sacramentaire Gélasien, (Gev 1016-1019) apparaît surtout le recours à l’intercession de la Vierge Marie:

« Que nous aide Seigneur, nous t’en prions, l’intercession glorieuse de sainte Marie dont nous rappelons le jour de l’heureuse naissance » (collecte)

 

            Dans le "sacramentarium Gregorianum hadrianum" (GrH 680-682) :

 

            Procession:

GrH 680: "Dieu miséricordieux, exauce la supplication de tes serviteurs, nous qui nous sommes réunis pour la nativité de la mère de Dieu toujours Vierge, par son intercession nous sommes appréciés de toi et protégés des dangers."

 

            Messe:

1) "O Seigneur, accorde les grâces célestes à tes serviteurs, puisque l’enfantement de la Vierge bienheureuse fut pour nous le commencement du salut, que la fête de sa Nativité nous apporte un surcroît de paix." (Gr H 681)

L’enfantement de la Vierge peut signifier Jésus. La collecte actuelle reprend cette prière.

 

2) « Que l’humanité de ton Fils unique nous sauve o Seigneur, lui qui en naissant de la Vierge ne diminua pas mais consacra la virginité de sa Mère. En la solennité de sa nativité, qu’il nous délivre de nos péchés et te rende agréable notre offrande. » (Gr H 682 Sur les offrandes)[25]

[Le concile Vatican II, Lumen Gentium 57, cite la prière en référence à saint Léon Grand dans l’épître à Flavien, mais cette prière était dans la liturgie du 8° siècle.]

 

3) La post communion Gr H 683 rappelle les nécessités présentes et s’ouvre aux réalités eschatologiques.

 

F.Breynaert, qui remercie I.CALABUIG pour son cours à la faculté pontificale Marianum.

 

Quelques textes liturgiques actuels pour le 8 septembre

[Les textes liturgiques guident la foi, non sans un profond émerveillement. De manière sobre mais sûre, ces textes orientent vers la joie et la beauté de tout ce qui vient de Dieu ; ces textes sont restés très proches des premières prières liturgiques au 7e siècle.]

 

Antienne d’ouverture :

« Célébrons avec joie la naissance de la Vierge Marie, par elle nous est venu le Soleil de justice, le Christ notre Dieu. »

 

Collecte :

« Ouvre à tes serviteurs, Dieu très bon, tes richesses de grâce ; puisque la maternité de la Vierge Marie fut pour nous le commencement du salut, que la fête de sa Nativité nous apporte un surcroît de paix. Par Jésus... »

 

Prière sur les offrandes

« Dans ton amour pour les hommes, que ton Fils unique vienne à notre secours, Seigneur ; puisque sa naissance n’a pas altéré mais a consacré la virginité de sa mère, qu’il nous délivre aujourd’hui de nos péchés et te rende agréable cette offrande. Lui qui règne avec toi pour les siècles des siècles. »

 

Prière eucharistique, propre de la Nativité de Marie

« C’est pourquoi nous voici rassemblés devant toi et, dans la communion de toute l’Eglise, nous célébrons le jour de la naissance de la Vierge Marie, que tu avais choisi depuis toujours pour être la mère de notre Rédempteur et Sauveur, Jésus-Christ. Par lui, Dieu tout-puissant, nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons. »

 

Prière après la communion :

« Par cette communion, Seigneur, tu refais les forces de ton Eglise ; donne-lui d’exulter de joie, heureuse de la nativité de la Vierge Marie qui fit lever sur le monde l’espérance et l’aurore du Salut. Par Jésus-Christ, notre Seigneur. »

 

Pape Paul VI, Missel Romain, Desclée Mame, 1969

 

 

 

La fête du 15 août, l’ASSOMPTION

L’origine de la fête de l’Assomption

             

            À Jérusalem, toutes les traditions chrétiennes ont voulu avoir une église, et ainsi, au temps des invasions, beaucoup de trésors furent conservés à Jérusalem, mais cela ne veut pas dire que toutes les traditions soient nées à Jérusalem. Des documents montrent que la fête du 15 août remonte à deux traditions différentes, l’une est Arménienne vers la moitié du cinquième siècle (450), l’autre est géorgienne et plus tardive (500).

 

            Vers l’an 450 : une fête arménienne du repos de la Vierge enceinte…

            L’hypothèse la plus convaincante semble être le fait qui recourait l’anniversaire de la dédicace d’un sanctuaire marial à Kathisme, près de Jérusalem, au temps de l’évêque Jovénal (422-458), au lieu où la Vierge enceinte se serait reposée, en venant de Nazareth avant d’atteindre Bethléem : dans le missel arménien, il y a une fête du 15 août, mariale, appelée fête du « Kathisme », c’est-à-dire du repos, en latin « requies ». Les lectures du missel avaient pour le 15 août: Is 7,10-15 (la Vierge enfantera) ; Ga 3,29 - 4,7 (quand vint la plénitude des temps…) Luc 2,1-7 (Joseph et Marie viennent de Nazareth à Bethléem et la Vierge l’enveloppa de langes et le déposa dans une mangeoire. Les lectures parlent de la maternité divine et salvatrice de Marie, et non pas de son Assomption ou de sa Dormition au sens moderne.

 

            Vers 500 une fête géorgienne du « Transitus » de la Vierge

            Or, entre le 5e et le 6e siècle, le récit apocryphe sur le Passage de Marie de la vie terrestre à la joie éternelle (« Transitus ») connut une diffusion extraordinaire. En conséquence, les pèlerins qui affluaient à Jérusalem eurent le désir d’honorer la tombe de la Vierge que l’on croyait gardée dans la basilique édifiée par l’impératrice Eudossia dans la vallée de Gethsémani. Il est très probable en effet que les disciples aient cherché pour Marie un sépulcre proche de celui de Jésus. Les fouilles y ont trouvé un sépulcre bien orné, enveloppé de mystère. Les spécialistes sont d’accord pour dire que dans cette basilique, probablement aux débuts du 6e siècle, on ait commencé à commémorer durant la liturgie du 15 d’août, l’admirable événement de la mort et de la glorification de la Toute-sainte : dans le missel géorgien, on parle d’une fête mariale le 15 août, à Gethsémani.

 

            Vers 600, fête de la Dormition dans tout l’empire

            L’empereur Maurice, 582-602 décréta que serait célébrée la Dormition de Sainte Marie avec la plus haute révérence en observant tout le repos festif.

 

F.Breynaert, qui remercie I.CALABUIG pour son cours à la faculté pontificale Marianum.

 

Premiers témoignages sur la fête :

 

- Le missel Georgien.

- Un hymne de Jacques de Saroug (†523) laisse entendre qu’à son époque la mort de Marie était déjà célébrée dans certaines Églises de Syrie.

- Dans la vie de S. Théodore de Jérusalem (†529), nous trouvons l’indice d’une fête de la Vierge à l’occasion du 15 d’août avec un grand concours de peuple ;

- La basilique dans la vallée du Gethsémani, où se trouvait, comme Antoine de Piacence le raconte autour au 570, le sépulcre "de quo dicunt sanctam Mariam ad coelos fuisse sublatam".

- L’homélie sur l’Assomption de Theoteknos de Livias, datée entre 550 et 560.

 

Les premières homélies sur l’Assomption

            En l’état actuel des recherches, la première homélie sur la fête serait celle de Theoteknos de Livias, datée entre 550 et 560.

            L’effort théologique commencé au 6e siècle connaît un âge d’or au 8e siècle avec l’œuvre de saint Germain de Constantinople, de saint André de Crête, de saint Jean Damascène et de saint Côme Vestitor.

            Cet effort se poursuit dans la sérénité, sans disputes et sans secousses, dans l’atmosphère liturgique de la fête qui prend des dimensions inhabituelles et devient la plus solennelle des fêtes mariales de l’Église byzantine, conférant au mois d’août le titre de "mois marial.

            On se reportera au parcours de base, dossier N°14, qui offre de très larges extraits de ces premières homélies. 

 

Quelques textes liturgiques byzantins de la Dormition

            La liturgie est un émerveillement.     

            Parmi les textes liturgiques byzantins de la Dormition, nous indiquons le Tropaire et le Kontakion, oeuvre de Cosma (frère de Damascène) 8e siècle, chanté dans l’Office et dans la divine Liturgie de la solennité.

            Transparaît dans ces chants l’unité entre tous les mystères qui ont marqué la vie de la Mère du Seigneur et le recours à son intercession en vue de notre bonheur avec le Christ :

 

            Tropaire : « Dans la maternité tu as conservé la virginité et dans la dormition tu n’as pas abandonné le monde ô Mère de Dieu ; tu as été transférée à la Vie en étant mère de la Vie et par tes prières tu libères de la mort nos âmes. » [26]

 

            Kontakion : « Le tombeau et la mort ne purent retenir la Théotokos, toujours vigilante dans ses prières, espoir inébranlable dans ses intercessions ; Celui qui habita dans son sein toujours Vierge la transféra à la vie, Elle, la mère de la vie. »[27]

 

            À partir du 10e siècle, les oraisons font remarquer que la Dormition conclut l’année liturgique, alors que la fête de la Nativité le 8 septembre l’inaugurait. Ainsi toute l’année est mise sous le signe de Marie, la Théotokos.

 

F.Breynaert en remerciant I. Calabuig pour ses cours au Marianum à Rome.

 

Autres textes liturgiques byzantins de la Dormition

Marie remet son âme entre les mains de son Fils, elle meure donc et est mise au tombeau :

« Prêtres assemblés, rois, princes, chœurs de Vierges, venez, accourez avec tout le peuple chanter ensemble l’epitaphion, car Celle qui est souveraine de toutes choses veut remettre son âme demain dans les mains de son Fils pour être transférée à la gloire éternelle. »

(14 août, 3e stichère de Vêpres pour le psaume 140)

 

« Celle qui est plus exaltée que les cieux, plus glorieuse que les chérubins, plus digne de louange que toute la création ; celle qui à cause de son éminente pureté devint la demeure de l’Etre éternel remet aujourd’hui son âme dans les mains de son Fils ; avec elle l’univers est rempli d’allégresse et une grande miséricorde nous est donnée. »

(14 août, 4e Apostiche de Vêpres)

 

« Tu remis ton âme dans les mains de Celui qui s’incarna de toi pour nous, ton Créateur et Dieu la transféra à une vie incorruptible ; Ainsi nous te bénissons avec révérence, toi la seule pure et sans tache ; nous te confessons tous comme étant vraiment la mère de Dieu et nous crions : Pire le Christ auquel tu es passée de sauver nos âmes. »

(2e Kathisme au début de l’Orthos, 14 Août (grec), 16 août, 17 août (grec et slave), 20 Août (grec))

Marie ne reste pas au tombeau

« Ce n’est pas un char de feu qui te transporta de la terre au ciel comme le juste Elie, mais le soleil de justice lui-même, qui reçu dans ses mains ton âme très juste, toute immaculée, la reposa en Lui, te transféra merveilleusement et t’honora dans une joie inconcevable. »

(17 août 1e stichère de Vêpres pour le psaume 140)

 

« O merveille admirable, la source de la vie est mise au tombeau ; le tombeau devient l’échelle du ciel. »

(15 août, 1e stichère de Vêpres pour le psaume 140 (grandes vêpres) ; 16 août, 3e Apostiche de Vêpres (grec))

 

« Le divin tombeau reste vide de ton corps, mais plein de grâce. Il est pour nous la source d’un fleuve de guérisons et met fin aux maladies, très sainte Mère de Dieu. »

(14 août, 1e canon des matines, 2e stichère de la 7e ode)

 

« Le tombeau et la mort ne purent retenir la Théotokos, toujours vigilante dans ses prières, espoir inébranlable dans ses intercessions ; Celui qui habita dans son sein toujours Vierge la transféra à la vie, Elle, la mère de la vie. »

(kontakion de l’Assomption)

 

« Dieu, Roi de toutes choses, te donne ce qui dépasse la nature ; comme il te garda Vierge quand tu enfantas, ainsi il garda ton corps incorruptible dans le tombeau et te glorifia d’une divine métastase en te glorifiant comme un Fils rendant honneur à sa Mère. »

(15 août, 1e canon des matines, 2e stichère du 6e ode)

 

Marie a une mission céleste

« Ayant conçu sans semence et enfanté sans corruption tu revêtis la nouvelle incorruptibilité de l’Esprit. Mère de la vie et Reine de tous, tu as été transférée, O Vierge, à la vie immatérielle ; de là, tu as été manifestée vraiment comme une Mère, déversant sur nous des flots de vie, O immaculée Mère de Dieu. Prie ton Fils et Dieu d’accorder la rémission des péchés à ceux qui se prosternent avec foi devant ta divine dormition. »

(16 août, Kathisme après la 3e ode)

 

« En s’en allant, la toute immaculée dit à son Fils comme en levant les mains, ces mains qui avec l’assurance d’une mère avaient embrassé Dieu : ceux que tu m’as acquis, gardes-les pour les siècles ; ils te crient : Rachetés chantons le seul Créateur et exaltons-Le à jamais. »

(15 août, 1e canon des matines, 3e stichère de la 8e ode)

 

Textes liturgiques de l’édition grecque officielle, cités dans

Joseph LEDIT, Marie dans la liturgie de Byzance, ed. Beauchesne, Paris 1976

 

 

 La liturgie de l’Assomption à Rome au 7ème siècle

            Au 7ème siècle, on trouve à Rome une fête de l’Assomption le 15 août, avec veille et procession, et avec une prescription de jeûne ; c’est donc une fête importante. La solennité du 15 d’août devint bien bientôt la plus importante fête mariale de l’année.

            Les prières du missel romain témoignent d’une foi très claire dans l’intercession de la Vierge Marie dans la gloire du Ciel. Mais à Rome, la doctrine sur l’Assomption corporelle de Marie chemine lentement : depuis le 5e siècle on s’était montré circonspect vis-à-vis des différents apocryphes « Transitus Mariae », que l’on pensait peu dignes de foi ; de tels récits avaient donc été éloignés de l’expression liturgique de la foi. [28]

            Parmi les oraisons du Sacramentaire Grégorien (=GrH) nous présentons la “veneranda” et quelques prières de la messe. Dans formulaire gélasien (GeV 993-996), le thème de l’Assomption corporelle est absent, sauf de façon peu précise dans l’oraison sur les offrandes GeV 995.

 

Pendant la procession du 15 août, on chante la fameuse "veneranda" :

            La liturgie est une exultation de joie en présence de Dieu :

« Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête de ce jour où la sainte Mère de Dieu subit la mort temporelle, cependant elle n’a pas pu être retenue par les liens de la mort, elle qui, de sa propre substance engendra, incarné, ton Fils notre Seigneur. » (GrH 661) [29].

-Ce chant offre déjà d’excellentes indications sur la glorification du corps de la Vierge en affirmant une réalité physique, Marie a subi la mort, mais elle n’a pas pu être retenue par la mort parce qu’elle est la mère de Dieu. (les liens de la mort qui ne la retiennent pas signifient que la corruption ne l’atteint pas).

-Il est probable que ce texte a été inséré un peu plus tard dans le sacramentaire, c’est-à-dire sous le pontificat de Serges I, 687-701).

-La "veneranda", a été rayée après le 14e siècle parce qu’elle est trop explicite sur la mort de Marie. Mais le pape Jean Paul II recommença, avec tout l’Orient, à affirmer la mort de Marie.

 

Texte latin :

“Veneranda nobis domine

huius est diei festivitas

in qua sancta dei genetrix mortem subiit temporalem,

nec tamen mortis nexibus deprimi potuti,

quae filium tuum dominum nostrum de se genuit incarnatuit.

Per dominum.”

 

Le texte latin révèle une volonté d’insister sur deux points :

- La prière met une emphase sur « ce jour », le jour de la mort temporelle de Marie : “huius est diei festivitas” alors qu’il aurait normal d’écrire “est festivitus huius dies”,

- La prière insiste sur la maternité divine. Les autres prières disaient “quae filium tuum dominum nostrum genuit”, ici la prière ajoute “de se” , c’est-à-dire “de sa propre substance » et “genuit incarnatuit” , « elle engendra, incarné ».

 

Les prières de la messe du 15 août

L’Eucharistie est aussi une expérience de l’intercession de Marie :            

La prière sur les offrandes (“Super Oblata”) :

            « Secours o Seigneur ton peuple par la prière de la Mère, nous savons que, selon sa condition mortelle, elle est partie dans la gloire céleste auprès de toi, puissions-nous faire l’expérience de sa prière pour nous. »[30] (Gr H 663)

            Cette prière sur les offrandes (GrH 663) affirme avec force le fait de la mort de Marie, et sa fonction d’intercession dans la gloire. Comme dans l’oraison du premier janvier, on ne demande pas de grâce spéciale mais simplement de faire l’expérience de l’intercession de Marie pour nous.

 

La prière après la communion (Ad completa) :

            « Participants de ta table céleste, nous implorons ta miséricorde, o notre Dieu, afin qu’en célébrant la fête de la Mère de Dieu, son intercession nous libère des maux qui nous menacent.»[31] (GrH 664) 

 

Autres textes :

Les textes bibliques de la messe : épître: Pr 31,10-31, ou Sir 24,23-31, Sag 7 ,30 - 8,4 ; évangile: Lc 10,38-42, épisode de Marthe et Marie.

Les antiennes sont prises en bonne partie du commun des Vierges.

 

Les prières de la veille, le 14 août[32] :

            La prière après la communion (GrH 660) dit que nous célébrons le repos (requiem) de Marie, c’est une trace de l’origine lointaine d’une fête du 15 août célébrant le repos de la Vierge enceinte sur la route vers Bethléem.

            Il y a une logique dans ces prières : Dieu a « transférée Marie de ce siècle» (praesenti seculo transtulisti ; Gr H 659), et les fidèles demandent de ressusciter spirituellement leur péchés, par l’aide de Marie (iniquitatibus resurgamus ; Gr H660)

 

« O Dieu, toi qui as daigné de choisir le cœur Vierge (aulam virginalem), de la Bienheureuse Marie pour y habiter, nous te prions pour que fortifié par sa défense, elle nous fasse participer à sa fête avec bonheur. Par le Christ… » (GrH 658)

 

Super Oblata: « Elle est puissante auprès de ta miséricorde, O Seigneur, la prière de la Vierge que tu as transféré de ce monde au ciel, pour qu’elle intercède pour nos péchés avec confiance. Par le Christ… » (GrH 659)

 

Ad compl. : « O Dieu miséricordieux, accorde ton aide à notre faiblesse, pour que nous, qui célébrons la dormition (requiem) de la Vierge Marie, avec l’aide de son intercession, nous puissions nous relever (resurgamus) de nos péchés. » (GrH 660)

 

Prières liturgiques actuelles, missel romain, le 15 août

 

Antienne d’entrée :

« Un signe grandiose apparut dans le ciel : une femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles. »

Ou : « Tous ensemble, réjouissons-nous dans le Seigneur, célébrons ce jour de fête en l’honneur de la Vierge Marie. Les anges se réjouissent avec nous de cette fête ; ils en glorifient le Fils de Dieu. »

 

La collecte :

« Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as fait monter jusqu’à la gloire du ciel, avec son âme et son corps, Marie, la Vierge immaculée, mère de ton Fils, fais que nous demeurions attentifs aux choses d’en haut pour obtenir de partager sa gloire. Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur.»

 

Acclamation de l’Evangile : « Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez, dans le ciel, tous les anges. »

 

Prière sur les offrandes : « Que s’élève jusqu’à toi, Seigneur, notre fervent sacrifice ; et tandis qu’intercède pour nous la très sainte Vierge Marie, emportée au ciel, que nos cœurs, brûlants de charité, aspirent toujours à monter vers toi. Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur.»

 

La préface eucharistique :

« Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce ; toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ notre Seigneur.

Aujourd’hui la Vierge Marie, la Mère de Dieu, est élevée dans la gloire du ciel :

Parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante, elle guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin.

Tu as préservé de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté ton propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie.

C’est pourquoi, avec tous les anges du ciel, pleins de joie, nous ( disons ) chantons :

Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l’univers ! (…) »

(Pape Paul VI, Missel Romain, Desclée Mame, 1974)

 

 

Assimilation

            Les prières compliquées sont oubliées. Les prières justes traversent les siècles et sont reprises dans le missel de Paul VI. Retrouvez trois exemples dans ce dossier. 

 

            La liturgie, surtout la liturgie eucharistique, est un échange. Dieu vient en nous, il se donne, il fait sa demeure dans notre cœur. Dieu nous prend « dans son cœur », il accueille tout ce qui nous concerne, notre action de grâce et nos prières de toute sorte. Cet échange nous introduit dans vie divine, ou nous infuse la vie divine.

            Ainsi, vous allez citer à partir de ce dossier (dans deux colonnes, ou avec des paragraphes) d’une part ce qui concerne le mouvement de Dieu qui donne ou se donne. Et d’autre part le mouvement de nous vers Dieu.

            Quant à ce qui concerne Marie, vous allez noter quand la Vierge Marie est célébrée comme un cadeau que Dieu nous donne, et quand la Vierge Marie, comme nous, est dans la position de quelqu’un qui prie, qui s’offre elle-même etc.

 

 

[1] Egerie, Journal de Voyage, traduction par P. MARAVAL, SC 296, Cerf, Paris 1982.

[2] Cf. Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 324

[3] Egerie, Journal de Voyage, traduction par P. MARAVAL, sources chrétiennes 296, Cerf, Paris 1982, p. 255-257.

[4] (cf. pape Serges I (687-701), L.DUCHESNE, Liber Pontificalis I, p. 376)

[5] (cf. pape Serges I (687-701), L.DUCHESNE, Liber Pontificalis I, p. 376)

[6] Cfr. A. CHAVASSE. Le sacramentaire gélasien (Vaticanus Reginemis 316). Toumai 1958. pp. 401-402.

[7] Dans la Marialis Cultus, l’Eglise a redécouvert le sens de l’oblation de Marie. Saint Bernard, mais aussi Abelard l’avait souligné.

 

[8] La seconde antienne de la procession avant la messe s’adresse à « Sion » : « Embelli la chambre nuptiale, o Sion, et reçoit le roi messie… ». Or, depuis la fin du 3e (Tertullien), le psaume 87 (86) est interprété dans un sens marial. « Sion, tout homme l’appelle sa mère car en elle tout homme est né…»

Tout ceci évoque un rapport particulier de Marie avec Israël, Marie représente Israël qui accueille son messie et elle devient le nouvel Israël, le nouveau temple.

 

[9] « Omnipotens, sempiterne deus, maiestatem tuam supplices ex oramus, ut sicut unigenitus filius tuus hodierna die in templo est praesentatus, ita nos facias purificatis tibi mentibus praesentari. Per dominum nostrum.”

[10] « Quaesumus domine Deus noster, ut sacrosancta mysteria quae pro praeparationis nostrae munimine contulisti, intercedente beata semper virgine Maria, el praesens nobis remedium esse facias et futurum. Per dominum nostrum.”

[11] Texte latin in Analecta Bollandina 86 [1968] pp. 357-358.362

[12] Cf. texte latin in C. Maggioni Annunciazione, Roma CLV 1991, p. 50

[13] on ne célèbre pas la messe entière

[14] Cf. Concile de Tolède X, Mansi XI, col.33-34

[15]             Les lectures bibliques : Is 7, 11-15 (la prophétie sur la Vierge qui mettra au monde) ; évangile Lc 1,26-38 (L’annonce de Gabriel à Marie).

                Le complexe des chants d’antienne reprend encore les textes du commun des Vierges, (introït et graduel), mais il en présente d’autres qui sont typiquement marials et adaptés à la célébration :

l’antienne pour l’offertoire: « Ave Maria » ;

l’antienne pour la communion: « Ecce virgo concipiet ».

 

[16] Testi Mariani del primo millennio, a cura di G. Gharib E.M. Toniolo – L. Gambero – G. Di NoIa, 4 voli., Roma 1988-1990., vol III, p. 901-902

[17] Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 307

[18] I.CALABUIG. op. Cit, p. 309-310

[19] Texte latin dans : (a cura di) J. JANINI, Liber missarum de Toledo y libros misticos, Toledo 1982, p. 6-7

[20] J. JANINI, Liber missarum de Toledo y libros misticos, Toledo 1982, p. 6-7

[21] MANSI, XI, 33-34

[22] G. GIRONÉS., La Virgen Maria en la liturgia mozarabe, Valencia 1964; J. IBANEZ E MENDOZA, Maria en la liturgia hispana, Pamplona 1975

[23] Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p.311-312

[24] [Le Protévangile de Jacques (deuxième siècle) naît d’une opposition à une calomnie pour laquelle Marie serait née d’une pauvresse ; il parle de ses parents qui faisaient des aumônes et habitaient une maison voisine à la piscine probatique, dans le quartier du temple, un quartier élégant. Anne fréquente la piscine probatique pour guérir de sa stérilité, cf. Jn 5. Probablement ce lieu devient un souvenir de l’origine de Marie ; on y construisit une église.] Info.

[25] “Unigeniti tui domine nobis succurrat humanitas, ut qui natus de virgine matris integritatem non minuit sed sacravit. In natiuitatis eius sollemniis a nostris nos piaculis exuens oblationem nostram sibi faciat acceptam. Per.”

[26] Corrado MAGGIONI, Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana, Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 87-88 Traduction F.Breynaert

[27] kontakion de l’Assomption, texte français dans Joseph LEDIT, Marie dans la liturgie de Byzance, ed. Beauchesne, Paris 1976

[28] Ignazio CALABUIG, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. CHUPUNGCO, vol V, Piemme 1998. p. 304

[29] B. CAPELLE, L’oraison «Veneranda» à la messe de l’Assomption, in «Ephemerides Theologicae Lovanienses» 26 (1950) 354-364; ID., Mort et Assomption de la Vierge dans l’ oraison «Veneranda», in «Ephemerides Liturgicae» 66 (1952)241-251

[30] Gr H 663 : “Subueniat domine plebi tuae dei genetricis oratio, quam etsi pro conditione carnis migrasse cognoscimus, in caelesti gloria apud te pro nobis orare sentiamus. Per dominum.”

[31] GrH 664 : « Mensae caelestis participes effecti imploramus clementiam tuam domine deus noster, ut qui festa dei genetricis colimus, a malis imminentibus, eius intercessione liberemur. Per. »

[32] Textes latins :

GrH 658 « Deus qui uirginalem aulam beatae mariae in quam abitare eligere dignatus es, da quaesumus ut sua nos defensione munitos, iocundos faciat sua e interesse festiuitati. Per. »

 

Gr H659 (Super oblata) : “Magna est domine apud clementiam tuam dei genetricis oratio quam idcirco de praesenti seculo transtulisti, ut pro peccatis nostris, e fiducialiter intercedat. Per.”

 

GrH 660 (Ad compl.) : “Concede misericors deus fragilitati nostrae praesidium, ut qui sanctae dei genetricis requiem caelebramus, intercessionis eius ausilio a nostris iniquitatibus resurgamus. Per dominum. ”

 

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