N°9, Marie au calvaire, dans une dynamique de vie

Marie au calvaire, dans une dynamique de vie

Nous abordons maintenant le mystère pascal sous un premier aspect, celui d’une dynamique de vie. Laissons-nous étonner… la perspective est pour le moins paradoxale. Comment Marie a-t-elle pu vivre la Passion de Jésus comme étant toute orientée vers une gloire lumineuse et lourde de vie ?

            Sans aucun doute, les exemples précédents ont étés importants :

            Moïse, Elie, le Serviteur des poèmes d’Isaïe, Judith, Esther et Job ont tous personnellement vécu une épreuve, une lutte contre le mal, une solitude, et ils sont tous entrés, chacun à sa façon, dans la gloire. La première Pâque (le sacrifice de l’agneau et la traversée de la mer rouge) a une dynamique éminemment positive : c’est une libération et la naissance d’un peuple.

            Le concile a montré Marie comme fille de Sion, dans l’histoire de son peuple (LG 55). Et c’est aussi par fidélité au concile[1], que nous avons commencé ainsi la réflexion sur Marie dans le mystère pascal, dans le mystère de la rédemption.

            Ceci nous a conduit à percevoir combien toute coopération à la Rédemption est reçue de Dieu, c’est Dieu qui donne une mission particulière. Une telle mission induit chez la personne concernée une attitude toute orientée vers la libération (Moïse, Déborah et Judith), vers la lumière (le Serviteur), vers la vie (Esther). Tout cela peut être dit de Marie, présente dans les luttes de l’histoire[2].

            Les vertus en jeu sont le courage qui assume une prise de risque (Déborah), mais aussi la droiture, une grande beauté, une grande pureté (Esther), et finalement la capacité à offrir sa vie et sa souffrance à l’action transfigurante du Seigneur Dieu (le Serviteur d’Isaïe). La droiture de Marie, sa beauté et sa pureté n’ont cessé d’être chantées par les poètes et les peintres et par la liturgie. La capacité de Marie à offrir sa souffrance comme le Serviteur a été affirmée par le concile (LG 58).

 

            Mais il y a dans la Passion de Jésus quelque chose d’unique, qui ne peut être comparé à rien de ce qui a précédé. L’épreuve dépasse pour la mère toutes les épreuves humaines : son Fils est Dieu lui même.

            Il faut donc une préparation unique, adaptée, pour que Marie puisse vivre la Passion de Jésus comme une Passion de gloire. Une préparation donnée par Dieu lui-même, dans la vie même de Marie. Voici notre plan :

9.1 En suivant saint Luc. 2

9.2 En suivant saint Jean. 4

9.3 Une Passion de gloire. 6

9.4 Marie le samedi, l’apport de la liturgie. 7

9.5 Marie et les apparitions du Ressuscité, l’apport du magistère. 8

9.6 L’éclairage d’un père de l’Eglise. 9

9.7 Le Christ Rédempteur, Marie et chacun de nous. 10

Assimilation. 12

 

9.1 En suivant saint Luc

            Noël contient ensuite un certain nombre de signes : la montée depuis la Galilée jusqu’à Bethléem, près de Jérusalem et la pauvreté pourrait annoncer la dernière montée à Jérusalem ; la naissance virginale pourrait annoncer la possibilité pour Jésus de sortir du tombeau scellé ; le chant des anges, raconté par les bergers, annonce aussi bien la gloire de Dieu que la future « gloire » du « Seigneur » Jésus. Ce sont des signes qui ne peuvent être vraiment déchiffrés qu’après la Pâque de Jésus. Mais ils sont suffisamment forts pour avoir pu soutenir Marie au calvaire.

           

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            Le récit de la Présentation au temple contient deux expressions lourdes de menaces : Jésus sera « un signe en butte à la contradiction » (Lc 2, 34). « Et toi-même [Marie] une épée te transpercera l’âme ! » (Lc 2, 35). L’image de l’épée est dans la Bible d’abord une image de la Parole de Dieu[3], elle est aussi le signe d’une séparation, y compris entre les membres d’une même famille (Mt 10, 34-36), mais ce n’est que plus tard que la tradition chrétienne a fait le rapprochement avec la Passion. Il reste Lc 2, 34 : Marie s’entend dire que Jésus aura des opposants, et ceci par un vieillard qui multiplie les allusions au prophète Isaïe.

            Nous pouvons légitimement penser qu’alors Marie a conscience que son Fils aura le destin du Serviteur souffrant du livre d’Isaïe, un destin de souffrance et de mort (Is 53, 8-9) mais aussi de glorification et de lumière (Is 53, 10-12).

 

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            Jésus perdu et retrouvé au temple (Lc 2, 41-52) est un épisode important que nous allons découvrir à trois niveaux :

1-Comme un entraînement spirituel avant l’épreuve pascale.

2-Comme un présage pascal permettant une prémonition.

3-Comme un récit mis en parallèle avec la Passion et suggérant un lumière concernant Marie pendant la Passion.

 

-1-

            L’épisode de Jésus à douze ans (Lc 2, 41-50) prépare l’épreuve pascale.

            Marie est d’abord sereine au sujet de Jésus, au point qu’elle accepte son absence pendant toute une journée. L’enfant est sain intérieurement, il est obéissant et il accomplit ses devoirs en tant que fils et en tant que membre de la caravane, sans qu’il faille le lui répéter. Dans la grande famille, tous prennent soin de tous, et dans le pèlerinage se renforce cet esprit communautaire, c’est pourquoi Marie et Joseph peuvent être sereins et ne pas se soucier de Jésus avant le soir.

            Jésus restait assis au milieu des docteurs. S’asseoir est différent de rester avec un pied d’un côté et un pied de l’autre, dans la hâte et dans le scrupule, entre deux devoirs qui seraient en conflit entre eux. Jésus s’assied, royalement convaincu d’être dans la volonté de Dieu[4], mais aussi sans se préoccuper de ses parents, sans scrupule pour la "faute" de ne pas les avoir avertis. Or les parents ont cherché Jésus longtemps !

       « A sa vue, ils furent saisis d’émotion et sa mère lui dit: "mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi, nous te cherchons angoissés." » (Lc 2, 48)

            Marie questionne Dieu. Elle questionne Jésus qui semblait indifférent à la tempête qui secoua ses parents. Jadis, Job questionnait Dieu et engageait un débat. Marie le fait aussi, mais avec une grande douceur : dans ses paroles transparaît l’amour et la conviction que Dieu ne se désintéresse ni de leur souffrance ni des assauts de l’angoisse : « nous te cherchons angoissés ».

            Un amour qui s’exprime aussi envers Joseph « Ton père et moi ». En chemin, Marie n’a pas fait de reproches à Joseph, maintenant, elle se soucie d’abord de la souffrance de Joseph. Il y a de l’angoisse en Marie, mais elle ne bloque pas toute relation, toute prière et toute réflexion.

            Marie avait gardé dans son cœur les signes relatifs à sa maternité divine et l’annonce de la royauté de son fils (Lc 1, 32-33), mais ensuite, dans la vie de chaque jour, il n’y avait pas eu de manifestation en ce sens là. Marie avait respecté cette absence de manifestations. C’est sa façon de vivre une virginité spirituelle qui consiste à ne pas imposer à l’autre l’heure de la communication de son être profond. Par respect de Jésus, elle accepte de vivre une « peine du cœur », une « nuit de la foi », un « pèlerinage de la foi » - selon les expressions de Jean Paul II concernant la vie quotidienne de Marie à Nazareth (RM 17).

            Mais maintenant, voilà qu’elle retrouve son fils, là-haut, à Jérusalem, sur le mont du temple, au milieu des docteurs. Le moment de la révélation serait-il arrivé ? Oui et non. Oui, car Jésus se manifeste Sagesse et Fils du Père. Non, parce que Joseph et Marie « ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire » (Lc 2, 50).

            L’angoisse est la porte étroite qui ouvre pour Marie la vie dans l’Esprit Saint, et l’emmène dans une paix plus profonde encore, au-delà de ce qui peut, ou non, être compris maintenant. « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va : ainsi en est-il de quiconque né de l’Esprit. » (Jn 3,8). Et c’est ce qui se passe pour Marie.

            Il y a là une profonde préparation au mystère pascal.

 

-2-

            Cet épisode (Lc 2, 41-52) résonne aussi comme un présage pascal[5], voici les indices que Marie pouvait méditer en ce sens, soit immédiatement, soit tout au long de la vie de Jésus.

            Jérusalem est le lieu où est offert l’agneau pascal de la Pâque juive, or Jésus reste au temple jusqu’à la fin de la fête de la Pâque (Lc 2,43).

            Jésus siège au temple et étonne par sa sagesse. Mais la chose peut être dérangeante… Plus tard Jésus enseignera les foules dans le temple mais les prêtres, les scribes et les notables en feront un prétexte pour le condamner à mort (Lc 19,47-48).

            Joseph et Marie sont « angoissés », le verbe grec exprime la douleur de l’enfantement, et ils le « cherchent » (Lc 2, 44-48). De même, au temps de la passion, les disciples pleureront (Lc 24,17) et le chercheront (Lc 24,5).

            Les parents de Jésus le retrouvent après trois jours[6] (Lc 2,46), dans le temple qui est la maison de son Père. Jésus explique qu’il « devait » être à la maison de son Père (Lc 2, 49), il devait réaliser le plan divin.

            Plus tard, Jésus annoncera qu’il « doit » souffrir sa passion et ressusciter le « troisième jour »[7]. Pour Marie ces paroles résonnent, elle les croit possibles, quoique obscurément. En effet, Marie et Joseph ne comprirent pas ce que Jésus leur avait dit (Lc 2,50), tout comme les disciples ne comprendront pas le discours de Jésus sur sa Passion (Lc 9,45). Mais tandis que les disciples auront peur de revenir sur la question, « Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Lc 2,51), jusqu’à ce que les choses s’éclairent.

 

-3-

            Au-delà de simples présages de la Passion, l’évangéliste a aussi voulu mettre les deux évènements en parallèle. Les deux épisodes sont à Jérusalem durant la fête de la Pâque juive ; ils mettent en jeu Jésus face aux docteurs de la loi ; il y a une angoisse de trois jours qui s’achèvent dans la maison du Père ; et dans les deux évènements il est dit que cela est nécessaire[8].

            Ce parallèle nous autorise à rechercher en Lc 2, 41-51 un éclairage sur ce qui s’est passé pour Marie lors de la passion. Le verset « sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. » (Lc 2, 51), peut alors indiquer qu’au moment venu, Marie garde en son cœur la passion de Jésus à Jérusalem, c’est-à-dire qu’elle y communie.

            Cette passion, saint Luc nous la présente comme un combat spirituel : après les tentations au désert, Satan s’était en effet éloigné, momentanément vaincu, mais pour revenir au moment favorable : « Ayant achevé toute tentation, le diable s’éloigna de lui, jusqu’au temps marqué » (Lc 4,13). Et ce moment favorable est arrivé. Satan veut détruire le plan de salut, Satan s’oppose à l’amour rédempteur.

            Cette passion, saint Luc nous la présente aussi comme le lieu du grand pardon, Jésus invoque le pardon du Père, et promet le paradis au malfaiteur repentant, son pardon est tel que le voile du temple se déchire, c’est-à-dire que l’ancien Yom Kippour est accompli (Lc 23, 33-44).

            Cette passion, saint Luc nous la présente enfin comme une montée vers le Père (Lc 1, 45).

            Et bien « tout » cela est aussi « dans le cœur » de Marie (Lc 2, 51) : tout. Le combat spirituel victorieux de Satan. Le pardon. Le retour vers le Père.

 

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            Très tôt, et dans son lieu de résidence, Marie fut témoin de la menace très réelle qui pèse sur Jésus. Les habitants de Nazareth sont fermés à l’identité vraie de Jésus et à son attention aux étrangers. Ils veulent tuer Jésus, le précipiter du haut d’un escarpement.

            L’issue est cependant heureuse : Jésus, passant au milieu d’eux, allait son chemin (Lc 4, 30). Il passe, comme jadis Moïse passa la mer rouge : il traverse.

            Cet heureux dénouement pourra nourrir l’espérance de Marie pendant la passion de Jésus : au milieu de la foule haineuse, Jésus passera-t-il de nouveau son chemin ?

            Ajoutons une petite remarque. Naïm n’est pas très loin de Nazareth, c’est un village visible du haut de la falaise de Nazareth. Lorsque Jésus ressuscitera le fils de la veuve de Naïm (Lc 7, 11-17), Marie (qui semble veuve elle aussi) pourra penser que son fils ressuscitera aussi le moment venu.

 

9.2 En suivant saint Jean

            L’évangile de saint Jean comporte sept signes :

1.Les noces de Cana (Jn 2) où la mère de Jésus était là, c’est le « premier signe », le prototype.

2.La guérison du fils du fonctionnaire (Jn 4)

3.La guérison de l’impotent (Jn 5)

4.La multiplication des pains (Jn 6)

5.La guérison de l’aveugle (Jn 9)

6.La résurrection (revivification) de Lazare (Jn 11)

7.La passion et la résurrection (Jn 18-21) qui apparaît comme le dernier et plus grand signe, accomplissant tous les autres, et où la mère de Jésus est présente.

 

            Tous les signes sont une préparation pour Marie en vue de la Passion et de la Résurrection. Et cela donne un éclairage très net, en plusieurs teintes :

 

            Le 1er signe, celui des noces de Cana illumine la Passion-Résurrection comme étant des noces. L’appellation « femme » résonne de l’un à l’autre (Jn 2, 4 et Jn 19, 25-26). Les noces sont vécues dans la gloire de l’amour, qui résonne aussi d’un événement à l’autre (Jn 2, 11 et Jn 17,5).

 

            Le 2ème signe est un miracle, qui comme celui de Cana, est précédé par une parole plutôt dure, une parole qui fait monter le niveau de l’attente. Ce mode d’agir de Dieu est important à assimiler. A Cana, Marie doit passer du vin matériel à la révélation du messie tandis que le fonctionnaire, un instant rebuté, va obtenir la guérison de l’enfant mais aussi la conversion de toute sa famille. Durant la Passion, Marie devra attendre au-delà de la mort et de l’ensevelissement au tombeau ! Ce qui advient est alors beaucoup plus qu’une victoire dans le procès monté contre Jésus : c’est le commencement du rassemblement des fils de Dieu dispersés et le début d’une mission de l’Eglise dans le monde entier.

 

            La guérison de l’impotent (Jn 5 : 3ème signe) est suivie d’une explication de Jésus qui confirme l’union indicible entre Jésus et son Père. Jésus et Dieu le Père ont une même action, divine, qui apporte la vie, le jugement et la miséricorde. Cette union du Père et du Fils résiste au scandale de la Croix. La Croix, où Jésus pourrait sembler abandonné, devient paradoxalement le lieu de révélation où cette union rayonne d’une gloire infinie. Mais qui le comprendra ? La mère, l’ami.

           

            La multiplication des pains (Jn 6 : 4ème signe) fait écho à l’institution de l’Eucharistie racontée par les synoptiques et que saint Jean ne raconte pas pareillement. Ayant nourri la foule, Jésus s’est présenté comme étant le Pain de vie. Il a exhorté à manger sa chair et de boire son sang, c’est-à-dire d’accepter dans la foi son Incarnation (la chair qui est un pain descendu du ciel) et sa Passion (le sang). Au calvaire, Marie a mangé du Pain de vie, c’est-à-dire qu’elle a été ferme dans la foi, « debout » (Jn 19, 25). Selon la promesse de Jésus, Marie « a la vie éternelle » (Jn 6, 54) elle va traverser l’épreuve pascale de son Fils, et Jésus ressuscitera aussi Marie le moment venu.

 

            Le 5ème signe, autour de la guérison de l’aveugle, donne à Jésus l’occasion de déjouer certaines explications de la souffrance : « En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent: "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?" Jésus répondit: "Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu. » (Jn 9, 1-3). C’est un signe important pour Marie : imaginez un instant que l’on dise à Marie au pied du calvaire : « Qui donc a péché : Jésus ou sa mère, Marie ? » La question n’est pas saugrenue, les synoptiques rapportent les moqueries subies par Jésus, des moqueries qui s’appuient sur ce raisonnement. Il est bon que puisse résister et penser que tout cela advient « afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu. » (Jn 9, 3).

           

            Le 6ème signe redonne vie à Lazare, au tombeau depuis quatre jours. Et cela se passe à Béthanie, tout près de Jérusalem où Jésus va mourir. L’événement a fait grand bruit. La mère de Jésus pourra en nourrir son espérance et sa foi.

 

            Le 7ème signe est la Passion de gloire.

 

9.3 Une Passion de gloire

 

            Le chemin de croix est rude. La mort du Fils de Dieu semble folie. C’est cependant une dynamique de vie, de délivrance, de gloire, dans la ligne de Moïse, Elie, le Serviteur des chants d’Isaïe… Il faut que Marie ait bien perçu la gloire de Jésus, comme elle l’a fait aux noces de Cana (Jn 2), car  la passion de Jésus est une passion de gloire :

       « Maintenant mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom ! Du ciel vint alors une voix : "Je l’ai glorifié et de nouveau je le glorifierai." » (Jn 12, 27-28)

            La gloire se manifeste dans le quotidien de la vie de Jésus habitant parmi nous : « Il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire » (Jn 1,14) ; ses miracles manifeste sa gloire (2, 11), ou celle de Dieu (le Père) (11, 4. 40). Cette gloire est surabondance de vie divine. Auprès de Jésus en croix, cette vision gardera l’orientation de Marie vers la vie (19, 25), une orientation sans laquelle il n’y a plus de véritable amour.

 

            La gloire de Jésus ne vient pas des hommes, mais du Dieu unique (Jn 5, 41.44 ; 8, 54). De même, Marie, au calvaire comme à Cana, ne recherche pas la gloire (la justification) qui vient des hommes. Sa position debout au calvaire rappelle le don d’en haut : Dieu (le plus tendre des pères) a envoyé son Fils. Dieu donnera bien aussi la gloire.

            Jésus ne cherche pas sa gloire mais celle de Celui qui l’a envoyé (7, 18 ; 8, 50). De même Marie. Sa présence au calvaire veut clamer l’innocence de Jésus, l’Envoyé.

 

            Cette gloire met les disciples « dans le coup » : « C’est la gloire de mon Père, que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. » (Jn 15,8). Cette gloire est une communion intense : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un. » (17,22). Marie entre dans cette dynamique : mère du disciple, gardienne de l’unité.  

 

            Gloire, communion et vie sont inséparables. La guérison à Bethesda (Jn 5) est une œuvre de vie qui rend la dignité sociale à un exclu. L’enseignement de Jésus est source de vie : « Celui qui me suit… aura la lumière de la vie » (8, 12). Tout l’Evangile est écrit « pour que vous ayez la vie en abondance » (20, 30-31).

            La perspective de Jésus est la Vie, la dignité, l’amour. Sans ces piliers, il n’y a pas de martyre car il n’y a pas de témoignage rendu à Dieu. C’est pourquoi Jésus n’est pas le meneur d’une course au martyre : « Si l’on vous pourchasse dans telle ville, fuyez dans telle autre, et si l’on vous pourchasse dans celle-là, fuyez dans une troisième. » (Mt 10, 23). Le martyre est un don, il se reçoit, comme Jésus a reçu son « heure » (Jn 2,4 ; 17,1).

            Il y a dans la mort de Jésus lui-même une orientation radicale vers la lumière de la vie.

            La Sagesse dit : « quiconque me hait, chérit la mort » (Pr 8, 36). La perspective de Jésus n’est pas la mort, ni l’aliénation, ni la haine. Ceux qui s’opposent à Jésus sont aveuglés par leur péché et par leur propre attachement à la mort, ils sont incapables de comprendre l’orientation profonde de Jésus :

 « Les Juifs disaient donc: "Va-t-il se donner la mort, qu’il dise : Où je vais, vous ne pouvez venir ?" Et il leur disait: "Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés." » (Jn 8, 22-24)

            Ce JE SUIS, fait écho au JE SUIS de la passion (Jn 18, 1-8), quand justement Jésus va librement donner sa vie pour donner la vie (Jn 10).          

            Arrêtons-nous sur ce chapitre 10 : Jésus présente son projet, pourquoi il est venu, dans quel but il est envoyé :

« Je suis venu pour qu’on ait la vie [zôè] et qu’on l’ait surabondante. » (Jn 10,10).

« Je leur donne la vie [zôè] éternelle » (Jn 10, 28).

            Au centre, Jésus parle du don de sa vie (biologique) :

« Je suis le bon pasteur ; le bon pasteur donne sa vie [psychè] pour (en faveur de) ses brebis. » (Jn 10, 11 ; cf. 10, 15.17.18).

            C’est à dire que Jésus donne la vie en donnant sa vie, par sa Passion[9].

           

            Jésus donne sa vie pour donner la vie et en effet, dans le contexte proche, Jésus donne la vie à la femme adultère (Jn 8) que les Juifs voulaient lapider : la femme se relève, elle n’est pas condamnée, elle peut de nouveau avoir une vie sociale. A la fin de l’épisode, après la discussion avec ses opposants, ceux ci veulent jeter des pierres sur Jésus (Jn 8, 59). Jésus donne la vie à Lazare (Jn 11), mais à la fin de l’épisode, Caïphe décide de tuer Jésus (Jn 11, 53).

            Jésus donne la vie en donnant sa vie.

            Jésus entraîne sa mère dans un sacrifice d’amour, donateur de vie.

            Quand Jésus est mort, Marie reste dans la perspective de son Fils, celle de la vie, et seule dans la nuit, elle accompagne son Fils de la mort à la vie. C’est le mystère du grand samedi.

 

9.4 Marie le samedi, l’apport de la liturgie

             L’Ecriture a suffisamment parlé de l’orientation profonde vers la vie. Maintenant, pour ce grand samedi, elle se tait. Le silence enveloppe le mystère. C’est l’heure de la prière, de la liturgie et des mystiques.

           

            La dédicace du samedi à sainte Marie dans la liturgie a commencé à l’époque carolingienne, avec Alcuin (735-804), maître de Charles Magne[10]. Le sacramentaire papal que diffusait Charles Magne contenait seulement les messes du dimanche. Alcuin (735-804), bénédictin irlandais, compila un Supplément[11] contenant une double série de messes pour les sept jours de la semaine, avec notamment la méditation de la Sainte croix le vendredi et de sainte Marie le samedi. Alcuin envoyait volontiers à ses amis une copie de sa composition. Peu à peu se répand ainsi la messe du samedi, d’abord dans les monastères de l’empire carolingien, puis dans les cathédrales et les communautés diocésaines. Non obligatoires, ces formulaires de messe se diffusent par amour. Le formulaire d’Alcuin influence le missel actuel.

            Nous ne connaissons pas la raison pour laquelle Alcuin voulut des intentions mariales pour la liturgie du samedi. Durant les siècles suivants, donc à posteriori, théologiens et liturgistes offriront jusqu’à sept raisons. Voyons par exemple les raisons offertes au 13ème siècle par Humbertus de Romanis, maître général des moines prêcheurs (dominicains)[12].

 

-Comme Dieu bénit le septième jour, le samedi, plus que les autres jours (cf. Gn 2, 3), Marie est « bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42)

-Le samedi est le jour sanctifié par Dieu (Gn 2, 3), il est donc juste de dédier le « jour saint » à la « Toute sainte ». Ou encore, le samedi est le jour où Dieu a parachevé l’œuvre de la nature, et en Marie, Dieu a parachevé l’œuvre de la grâce.

-Le samedi est le jour où Dieu, après l’œuvre de la création, se reposa, c’est le Shabbat (cf. Gn 2,2). Le vrai « repos » de Dieu est Marie à qui la liturgie applique Sir 24, 8: « Celui qui me créa reposa dans ma tente » parce que Dieu se repose dans une âme qui le contente.

-De même que le samedi est la porte qui introduit le dimanche, Marie a été la porte par laquelle le Christ est entré dans le monde.

-Le samedi est situé entre le vendredi, douloureux, et le dimanche, joyeux. Sans le samedi, on ne peut pas passer de la peine à la gloire. De même, Marie est située entre nous, les vivants sur la terre d’exil, et le Christ, glorieux dans le ciel.

-Le samedi, le Christ languissait dans le sépulcre et les apôtres, incrédules et découragés, s’étaient cachés "par peur des Juifs" (Jn 20,19), la foi de l’Église se concentra, tout entière, en Marie. Chaque samedi est la mémoire de la Vierge qui croit et qui attend la résurrection du Fils.

  • Bien que l’Occident soit séparé par l’Orient, Humbert donne encore l’argument d’un miracle de l’Eglise d’Orient. La Mère de Jésus elle-même a montré sa préférence pour ce jour, dans l’église de Blacherne à Constantinople. Chaque vendredi soir, sans qu’aucune main humaine n’intervienne, est enlevé le voile qui recouvre l’icône de la Theotokos qui, suspendue en l’air, se laisse voir par les fidèles jusqu’à la neuvième heure du samedi où sans intervention humaine l’icône est de nouveau recouverte et reportée à sa place habituelle.

 

            Humbertus de Romanis a eu aussi le génie de présenter toutes ces raisons sous la forme d’un chant. Il reprend tous ces motifs et en ajoute un : le samedi Marie aide la libération des âmes qui soupirent et prient, c’est-à-dire la libération des âmes du purgatoire.

 

9.5 Marie et les apparitions du Ressuscité, l’apport du magistère

            Jean Paul II a donné sur la place saint Pierre une catéchèse sur ce thème :

 

« 1. […] Si les auteurs du Nouveau Testament ne parlent pas de la rencontre de la Mère et du Fils ressuscité, cela peut être attribué au fait qu’un tel témoignage aurait pu être considéré, de la part de ceux qui niaient la résurrection du Seigneur, comme trop intéressé et, donc, comme non crédible.
 

2. Par ailleurs, les Évangiles ne relatent qu’un petit nombre d’apparitions de Jésus ressuscité, et ne nous donnent pas le compte rendu complet de ce qui s’est passé au cours des quarante jours qui ont suivi Pâques. Saint Paul rappelle une apparition « à plus de cinq cents frères à la fois » (1 Co 15, 6).

     Comment justifier qu’un fait connu de beaucoup ne soit pas rapporté par les Évangélistes, malgré son caractère exceptionnel ? C’est un signe évident que d’autres apparitions du Ressuscité, bien qu’elles soient au nombre des faits réels et connus, n’ont pas été rapportées. Comment la Vierge, présente dans la première communauté des disciples (cf. Ac 1, 14), aurait-elle pu être exclue du nombre de ceux qui ont rencontré son divin Fils ressuscité d’entre les morts ?

 

3. Il est même légitime de penser que, vraisemblablement, sa Mère fut la première personne à laquelle apparut Jésus ressuscité. L’absence de Marie dans le groupe des femmes qui se rend à l’aube au sépulcre (cf. Mc 16, 1 ; Mt 28, 1) ne pourrait-elle pas constituer un indice du fait qu’elle avait déjà rencontré Jésus ? Cette déduction trouverait également une confirmation dans le fait que, par volonté de Jésus, les premiers témoins de la résurrection furent les femmes qui étaient restées fidèles au pied de la Croix, et donc plus fermes dans la foi.

      En effet, le Ressuscité confie à l’une d’entre elles, Marie-Madeleine, le message à transmettre aux Apôtres (cf. Jn 20, 17-18). Cet élément permet peut-être lui aussi de penser que Jésus se montra d’abord à sa Mère, celle qui est restée la plus fidèle et qui, dans l’épreuve, a gardé une foi intègre.

      Enfin, le caractère unique et spécial de la présence de la Vierge au Calvaire et sa parfaite union avec son Fils dans la souffrance de la Croix paraissent postuler sa participation tout à fait particulière au mystère de la résurrection.

      Un auteur du second siècle, Sedulius, soutient que le Christ s’est montré dans la splendeur de sa vie ressuscitée en premier lieu à sa Mère. En effet, celle qui, au jour de l’Annonciation, avait été la voie de son entrée dans le monde, était appelée à répandre la merveilleuse nouvelle de la résurrection pour devenir l’annonciatrice de sa venue glorieuse. Ainsi toute remplie de la gloire du Ressuscité, elle anticipe la « beauté resplendissante » de l’Église.[13]

 

4. Parce qu’elle est l’image et le modèle de l’Église qui attend le Ressuscité et le rencontre dans le groupe des disciples au cours des apparitions pascales, il semble raisonnable de penser que Marie a eu un contact personnel avec son Fils ressuscité, pour jouir, elle aussi, de la plénitude de la joie pascale.

     Présente au Calvaire le Vendredi saint (cf. Jn 19, 25) et au Cénacle à la Pentecôte (cf. Ac 1, 14), la très Sainte Vierge a probablement été le témoin privilégié également de la résurrection du Christ, complétant ainsi sa participation à tous les moments essentiels du Mystère pascal. En accueillant Jésus ressuscité, Marie est en outre le signe et l’anticipation de l’humanité qui espère qu’elle atteindra sa pleine réalisation par la résurrection des morts.

      Quand elle s’adresse à la Mère du Seigneur au cours du temps pascal, la communauté chrétienne l’invite à se réjouir : « Regina Caeli, laetare, alleluia ! : Reine du Ciel, réjouis-toi, alléluia ! ». Elle rappelle ainsi la joie de Marie devant la résurrection de Jésus, prolongeant dans le temps le « Réjouis-toi » que l’ange lui adressa à l’Annonciation, afin qu’elle devienne « Cause de joie » pour toute l’humanité. »

(Jean Paul II, Audience générale du 21 mai 1997)

 

9.6 L’éclairage d’un père de l’Eglise

            Origène, à la fin du 2ème siècle, parle d’une âme parfaite (ce pourrait être Marie) qui entraîne les autres, les jeunes filles adolescentes. L’âme parfaite aime l’époux (le Christ) en sa « plénitude »[14].

            Or, qu’est-ce que sa « plénitude » si ce n’est sa Pâque, son élévation au Ciel et sa dimension ecclésiale ? L’âme parfaite « n’a rien de mort, rien d’insensible dans sa gorge »[15]. Autrement dit, elle a le goût de vivre, elle perçoit que le Christ est le grand vivant, toujours. Elle désire la vie en plénitude avec le Christ glorifié.

            Alors, comment cette âme parfaite vit-elle la Passion de Jésus ? Elle aime le Christ en sa victoire sur la mort. Elle aime le Christ en sa Passion d’une charité vraiment divine : une charité qui aime la vie éternelle, jusque dans l’abaissement du Christ. Ses sens spirituels sont transparents, ils communient à la vie divine.

            Au contraire, les jeunes filles adolescentes ne peuvent pas percevoir et aimer le Christ en sa plénitude. Elles ont encore une complaisance pour la mort, une affinité avec la mort. Elles aiment en sa passion un reflet de ce qui, en elles, est mort ou corruptible. Elles ont besoin d’être fortifiées « pour la vie » par le parfum du Christ[16] .

9.7 Le Christ Rédempteur, Marie et chacun de nous

            Quelle est la mission du Christ Rédempteur ? Donner la vie au monde. Marie comprend, adhère, et, d’un cœur maternel, elle y est associée. Le concile dit que Marie est la servante du Seigneur « pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce du Dieu tout-puissant au mystère de la Rédemption » (LG 56).     

 

            Le mystère de la « Rédemption » passe par la cruelle Passion, et cependant, c’est un mystère de joie, puisqu’il est rédempteur.

            La Passion est une douleur insondable. Douleur physique. Morale. Spirituelle. L’opposition au Christ a atteint le sommet.

            Et l’amour divin se manifeste de manière incommensurable. C’est pourquoi Jésus n’est pas sans une secrète allégresse, à cause de son amour et de l’union à Dieu son Père. Jésus avait prononcé la Béatitude « Heureux êtes vous si l’on vous persécute… » (Mt 5, 10) : ne l’aurait-il pas vécu ? L’évangile de Jean a pris de dire que « l’heure » de la Passion était « l’heure qui n’est pas encore arrivée » aux noces de Cana (Jn 2), mais c’est la même gloire (Jn 2,11 ; Jn 17, 22) : bonheur et martyre ne sont pas séparés.

 

            Le mystère de la « Rédemption » atteint un sommet au calvaire, mais il inclut toute la vie du Christ. Le rôle de Marie dans la Rédemption commence donc à l’Annonciation.

            Trop souvent on relie la Rédemption uniquement à la Passion, mais on rend alors inutile le reste de l’Evangile ; on donne aux croyants un sens à leur mort mais on ne donne pas un sens à toute leur existence. Et puis la Rédemption devient incompréhensible : puisque le mal et la douleur vont ensemble, on voit très mal comment la souffrance sauverait du mal. Il faut associer la Rédemption non seulement à la souffrance mais aussi à la joie et à toute l’existence. C’est ce qu’explique le concile dans la Constitution dogmatique sur l’Eglise dont le poids dogmatique est considérable (LG 52, 53[17] et 56-59) et dans le Décret sur l’apostolat des laïcs[18].

            L’association de Marie à l’œuvre de la Rédemption s’étend du premier moment de la conception jusqu’à sa mort, autrement dit, en suivant les mystères 1- joyeux, 2- lumineux, 3- douloureux, 4- glorieux. Cela nous permet de mieux pénétrer la signification de la « Rédemption ».

 

1- Mystères joyeux

            Par l’Incarnation, Dieu se révèle. L’homme a de nouveau accès à Dieu, il peut le connaître, l’aimer, vivre dans la lumière. C’est « la clé de la Rédemption » : si Jésus n’est pas Dieu, rien des mystères lumineux, douloureux et glorieux ne révèle Dieu, rien n’est Rédempteur.

            Les anges annoncent aux bergers la naissance du Sauveur, c’est l’annonce d’une « grande joie » (Lc 1-2). L’opposition et la douleur sont pourtant présentes dès le commencement, notamment l’opposition d’Hérode qui massacre les enfants de Bethléem (Mt 2,13).

            Lumen Gentium 57, outre le moment de l’Incarnation, indique quatre autres moments où Marie est associé au Rédempteur : la visitation, la nativité, la présentation au temple, le recouvrement de Jésus au temple.

 

2- Mystères lumineux

            Le ministère public de Jésus est une « œuvre de rédemption » : Jésus révèle Dieu, il apporte le pardon de Dieu comme une nouvelle création, il enseigne quelle est la volonté de Dieu et comment chacun de nous doit agir pour collaborer à notre propre rédemption.

            Le ministère public de Jésus commence quasiment avec les Béatitudes « Heureux… » (Mt 5), et dans l’évangile de Jean, le premier signe de Jésus consiste à donner en surabondance le vin de la fête à Cana (Jn 2). La rédemption est joie. Dieu est joie, joie en lui-même par sa perfection divine, et joie dans sa relation aux hommes chaque fois qu’un pécheur se convertit. Marie a agi comme mère de la joie aux noces de Cana, et il en est aujourd’hui de même.

            L’opposition à Jésus est incessante, dès le début de son ministère (Mc 3), et donc aussi la douleur de Jésus. Mais Jésus continue sa mission.

 

            Lumen Gentium 58 indique explicitement trois manifestations de l’association de sainte Marie à la vie publique de son Fils Rédempteur :

- « Dès le début, quand aux noces de Cana en Galilée, touchée de pitié, elle obtint par son intercession que Jésus le Messie inaugurât ses miracles (cf. Jn 2,1-11). »

- « Au cours de la prédication de Jésus… ». Le concile met en valeur la foi de Marie, son écoute docile de la parole de Jésus, son obéissance.

- « … jusqu’à la croix où, non sans un dessein divin, elle était debout (cf. Jn 19,25), souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots: "Femme, voici ton Fils" (cf. Jn 19,26-27) » (LG 58).

 

3- et 4- Mystères douloureux et glorieux

            Coopérer à l’œuvre du salut, c’est ce qu’il y a de plus beau, de plus utile, tout chrétien le désire. Mais si ce désir doit être réduit à un désir de la souffrance, la souffrance elle-même n’est-elle pas dénaturée ? La souffrance spirituelle vient de l’amour qui rencontre une opposition. L’amour chrétien se définit par son orientation vers la vie incorruptible[19]. Or, la souffrance, même si elle est le lieu de la glorification, demeure liée au monde créé : passagère, elle n’est pas éternelle. Si l’amour, c’est-à-dire le désir, s’oriente vers la souffrance, ce n’est plus un amour au sens chrétien, c’est un désir malade ou pécheur.

 

            Souvenons-nous du récit de la Passion selon saint Jean, il est tout orienté vers la gloire : la gloire biblique est lumineuse, lourde de présence et de vie.

            La rédemption triomphe dans la résurrection de Jésus. Jésus, et par lui Dieu lui-même, continue d’être présent au monde, Jésus apparaît aux disciples et se fait reconnaître par des gestes connus. Le monde est aimé au-delà de son péché, la lumière continue de lui être offerte. La résurrection du Christ est une joie ineffable qui réchauffe les cœurs et les rend tout brûlants, une joie communicative et missionnaire (Lc 24, 32).

            Il n’y a pas cependant de rupture avec ce qui précède : le Christ ressuscité porte les stigmates de sa passion, tant que durera l’opposition à l’amour, la douleur humaine demeure unie à sa nature divine.

 

            Dans un raccourci de langage fréquent, des saints disent qu’ils aiment la souffrance, parce que la souffrance manifeste combien ils aiment le royaume. En fait, ils aiment le royaume de Dieu et la vie sainte et immaculée, ils aiment la vérité, le bien, la justice, la création de Dieu, et cet amour les rend forts et capables de supporter la souffrance.

            Nous avons entendu que la liturgie[20] a voulu associer Marie au samedi, en tant que la médiatrice entre le vendredi (jour de la triste souffrance), et le dimanche (jour joyeux de la résurrection). Autrement dit, Marie est celle qui oriente le désir vers la vie, celle qui donne le sens juste de la Rédemption.

 

 

Assimilation

            En évitant le copier-coller, noter 10 points que vous avez découvert et/ ou qui vous semblent importants (ne dépassez pas une page).

           

            Reprenez les deux exercices du pré-requis. Rédigez une nouvelle synthèse sur le thème « Passion de gloire, amour filial à l’incandescence » avec vos mots et avec une note mariale.

 

A bientôt

Sr Françoise

sourcefb@yahoo.it

 

 


[1] « Consciemment et volontairement le Concile a renoncé à se servir de la terminologie occidentale scolastique : rédemption objective et subjective, indirecte et immédiate, mérite de congruo et de condigno, autant de termes étrangers à la tradition théologique des Eglises d’Orient. […] Consciemment et volontairement le Concile a renoncé à définir en termes conceptuels l’association de Marie à l’œuvre rédemptrice du Christ, en préférant faire recours à la catégorie de l’histoire du salut : le concile a donc décrit les actes qui, depuis l’incarnation jusqu’à la mort sur la croix, montrent la Mère unie étroitement à l’œuvre rédemptrice du Fils (cf. LG 61) » I.M. Calabuig, La richiesta di definizione dogmatica di Maria corredentrice, in “Marianum” 61(1999), pp. 129-175, p.154, traduction F.Breynaert

[2] Jean Paul II, Lettre encyclique Redemptoris mater § 11. §47. §52 ; Lettre encyclique Evangelium Vitae 103-105. Homélie au Sanctuaire de Notre Dame de Zapopán (Mexique) le 30.01.79 ; Homélie tenue au Congrès Eucharistique d’Haïti, le 9 mars 1983 etc.

[3] Is 49, 2 ; Sg 18, 15 ; Eph 6, 17 , Ap 1, 16

[4] Cf. G.-P. Di Nicola, Una maternità in discussione, in “Theotokos” anno VI, 1998, n°2, p. 455-468, p. 458-461

[5] A. Serra, “Bibbia”, in Nuovo Dizionario di Mariologia, a cura di Stefano de Fiores e Salvatore Meo, ed. Paoline, Milano 1985, quarta stampa 1996, pp.240-245

[6] La formule « après trois jours » est équivalente à la formule « le troisième jour » ; elle se réfère au jour où Dieu fait grâce, comme lors du sacrifice d’Isaac, ou encore lors de l’événement du Sinaï…

[7] Lc 9, 22 ; 24, 7.26.44.46

[8] A. Serra, op.cit.

[9] M. MORGEN, « La communication de la vie », dans Revue des sciences religieuses, Strasbourg, 1999, n° 4, p. 445-460

[10] Cf. Ignazio Calabuig, Il culto di Maria in occidente, In Pontificio Istituto Liturgico sant’Anselmo. Scientia Liturgica, sotto la direzione di A.J. Chupungco, vol V, Piemme 1998. pp. 341-346

[11] Supplément d’Alcuin : PL 101, 455-456

[12] In Quare b.Virgini sabbatum dicatur. De vita regulari, II, pp. 72-75

[13] cf. Sedulius, Carmen Pascale, 5, 357-364 : CSEL 10, 140 s

[14] Origène, Commentaire sur le Cantique des Cantiques, op. cit., Livre I, 4,29 ; Tome I, p.239

[15] Origène, op. cit., Livre III, 5, 20 ; Tome II, p.537

[16] Origène, op. cit., Livre I, 4,26 ; Tome I, p.237

[17] Par l’expression « Mère de Dieu et du Rédempteur » (LG 53), le concile affirme que Marie est la mère de Jésus (le Verbe) en vue du salut, dans la perspective de la rédemption.

[18] « La Bienheureuse Vierge Marie, Reine des Apôtres, est l’exemple parfait de cette vie semblable à celle de tous, remplie par les soins et les labeurs familiaux, Marie demeurait toujours intimement unie à son Fils et coopérait à l’œuvre du Sauveur à un titre absolument unique. » Vatican II, Décret sur l’apostolat des laïc, Apostolicam Actuositatem, § 4

[19] Cf. Origene, Commentaire sur le Cantique des Cantiques, dans SC 375, tomes I et II, par L. Bresard et H. Crouzel, Le Cerf, Paris 1991, Livre I, 4,29 ; Tome I, p.239 ; Livre III, 5, 20 ; Tome II, p.537 ; Livre I, 4,26 ; Tome I, p.237.

[20]Alcuin, Supplément d’Alcuin : PL 101, 455-456 ; Humbertus de Romanis, In Quare b.Virgini sabbatum dicatur. De vita regulari, II, pp. 73-75

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