N°3, L’attitude de Marie lors de l’Annonciation

Ecole mariale, dossier N° 3, Apports :

L’attitude de Marie lors de l’Annonciation

 

            Après avoir contemplé l’Annonciation comme un dialogue d’Alliance, nous avons observé ce qui peut être compris de Dieu. Nous découvrons ici ce qui peut être dit de Marie. Voici notre plan :

Prémices 1

3.1. La préparation de la « Pleine de grâce »_ 2

3.2. Un choix et une mission difficile 4

3.3. La virginité de Marie : le fait et la signification_ 5

3.4. Autres aspects de l’attitude de Marie 16

Assimilation_ 23

 

 

Prémices

            Que peut-on dire de la conscience de Marie à l’Annonciation ?

            La 1ère  partie nous a appris que le 25 mars célèbre une Alliance, infiniment respectueuse des partenaires.

            Dieu n’entre pas dans le sein de la Vierge sans l’avertir, (Serait-ce encore un Dieu d’amour digne de l’Alliance ?). Marie a donc reçu donc une révélation authentique.

            En même temps, la suite de l’Evangile nous montre Marie qui chemine dans la foi et parfois ne comprend pas (Lc 2, 48-50). L’ange n’est pas un cartomancien ni un devin, et Marie ne connaît pas à l’avance la personnalité de son Fils ni le déroulement de son existence.

 

            La 2ème partie nous a appris ceci :

            Les titres « saint » et Fils de Dieu » (Lc 1, 35) sont à entendre au sens fort : Jésus est la présence de Dieu, il est Dieu. Dieu est présent comme dans le temple et l’arche d’Alliance. Ceci est en continuité avec la foi juive de Marie, mais il est bouleversant pour Marie de se voir elle-même comme « l’arche d’Alliance » !

            Dieu est un Père et un Fils, Jésus est le fils envoyé par le Père (Ga 4,4), ceci est tout à fait nouveau par rapport au monothéisme ancien.

            En Marie est à l’œuvre l’Esprit Saint, celui qui reforme le peuple (Is 51, 9-10).

            En Marie est à l’œuvre l’Esprit Créateur du cosmos, de l’univers, pour accomplir la Création.

            Jésus sauvera le peuple de ses péchés (Mt 1, 18). L’Incarnation est miséricorde (Lc 1, 50). Mais si le ciel est ouvert, on attend que Jésus se manifeste pour révéler ce qu’il y a au ciel, et notamment le Temple non fait de mains d’homme, la Torah céleste, l’accomplissement de la loi, le sens ultime des choses.

 

°°°°°°°

           

            Relevons dans le récit de l’Annonciation (Lc 1, 26-38) ce qui qualifie Marie et décrit son attitude :

            Marie est « pleine de grâce », ce qui signifie qu’elle a déjà reçu des grâces, en abondance et en plénitude, et qu’elle a y a été fidèle. Ces grâces constituent une préparation de Marie.

            Un ange de Dieu dit à Marie « Le Seigneur est avec toi » et « Sois sans crainte » (Lc 1, 28. 30), comme pour Gédéon (Jg 6,12), une telle salutation vise à l’encourager avant de recevoir une mission difficile où le Seigneur l’assistera.

            Marie dit « Je suis vierge » après l’annonce de la conception de Jésus, ce qui signifie donc que Marie a le projet de demeurer vierge.

            Marie dit « Je suis la servante du Seigneur » (Lc 1, 38), ce qui signifie qu’elle s’offre à l’œuvre du Seigneur, avec générosité, elle se donne elle-même.

            Tels sont les points à développer.

           

 

3.1. La préparation de la « Pleine de grâce »

 

            Marie est « Pleine de grâce » pour être « à la mesure » de sa tâche ! Elle est « la Toute Sainte… » pour pouvoir donner son Oui (Vatican II, LG 56).

            Elle est une créature nouvelle, mais jamais au point de court-circuiter son héritage humain[1]. Le concile déclare en effet que Marie exprime la foi de ses pères, l’espérance de « ces humbles et ces pauvres du Seigneur » (LG 55). Marie est le reste saint d’Israël par excellence, la « fille de Sion » (LG 55).

            C’est pour cette raison qu’il était si important de présenter les « sources de l’Alliance » avant de parler de l’Annonciation.

            La Parole de Dieu a porté vraiment du fruit « Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’Amour, et les fleuves ne le submergeraient pas » (Ct 8,7) Dieu est aussi beaucoup plus fort que notre péché ! Dieu persévérera dans sa volonté de faire d’Israël une épouse toute pure (Ct 4,7), capable de lui dire Oui quand viendra la pleine lumière. Marie est la fille de Sion immaculée, le reste saint d’Israël[2], prête à ce Oui.

            Nous pouvons préciser encore davantage [3].

 

-1-

            Marie vit à Nazareth. Une bourgade très petite, très humble. Mais le Sinaï était aussi une humble montagne, comme le suggère le Ps 68,16-17 que le Targum[4] commente ainsi : « Il ne m’a pas plu de donner ma Loi sur les montagnes orgueilleuses et altières. Voici, le mont Sinaï est humble ; la parole du Seigneur a fait reposer sur lui la Shekinah… »[5] Marie, nouveau Sinaï, est humble, elle aussi (Lc 1,48).

 

-2-

            Dieu avait fait la promesse de purifier son peuple de toute souillure avec une eau limpide, pour le rendre docile à sa parole qui donne la vie. Ce n’est plus un cœur de pierre, mais un cœur de chair qui battra en chacun : un cœur nouveau, fruit d’un nouvel esprit (Ez 36,25-27).

            Marie a ce cœur là, limpide, un cœur de chair, sensible, un cœur qui bat au rythme du cœur de Dieu.

 

-3-

            La transformation radicale des cœurs a comme un reflet sur la matérialité de Jérusalem. « Je te donnerai des fondements de saphir. Je ferai tes créneaux de rubis, tes portes d’escarboucles, et toute ton enceinte de pierres précieuses. » (Is 54,11-12). Dieu transforme et opère de grandes choses. Dans la même foi qu’Isaïe, les chrétiens attendent la "Jérusalem céleste", qui descend d’en haut (Ap 21,2).

            Le renouvellement admirable promis à la ville antique a son commencement exemplaire en Marie. Marie est comme cette Jérusalem construite en pierres précieuses. Elle pointe sur l’horizon de l’histoire comme une aube radieuse qui prélude le Soleil de justice, le Christ.

 

-4-

            Isaïe rappelle que Dieu est créateur de l’univers (Is 51,13) et il ajoute, « Ton Créateur est ton époux […] : ton Rédempteur est le Saint d’Israël » (Is 54,5). Le sens de telles paroles est évident : si Yahvé est assez puissant pour être le Créateur de tout, il ne sera pas moins puissant pour mettre fin à l’exil et pour "récréer" son peuple. Au moyen de Cyrus il l’affranchira du joug babylonien, (Is 5,7.12-13) ; et par le Serviteur souffrant, il transformera les siens en « chênes de justice » (Is 61,1-3).

            En Marie resplendit la puissance de Dieu qui « recrée » l’homme : elle est le prélude digne du Christ qui est la « nouvelle création » par excellence, ou encore, la nouvelle Eve à côté du nouvel Adam (cf. Rm 5).

 

-5-

            « Je ferai ma demeure au-dessus d’eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que je suis Yahvé qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux à jamais. » (Ez 37,27). La proximité de Dieu avec les siens, dans le temple de pierre, est le levain qui sanctifie le peuple dans son ensemble.

            Quand le Verbe se fait l’un de nous, le temple de pierre cesse. Marie est devenue le tabernacle où Dieu s’unit à notre chair. En Marie, Dieu s’est fait proche et sanctifie son peuple.

 

3.2. Un choix et une mission difficile

           

            Pour les courants « officiels », l’Esprit Saint est dans le peuple et dans la majorité du sanhédrin. Il n’y a plus besoin de prophètes. On ne mentionnera plus non plus de faits de miracles pour confirmer les prophètes. Rien ne peut vraiment nous séparer de Dieu. Si l’homme pèche, Dieu veut punir mais la Shekinah, la présence de Dieu dans le temple s’interpose. La Shekinah ne quitte pas Israël, elle interprète la Torah avec le peuple. On n’attend pas une nouvelle miséricorde particulière de Dieu. La Torah étant complète, immuable, le salut vient de sa pratique. Les patriarches et les païens l’ont pratiqué. On attend un messie collectif qui sera Israël réunissant tous les peuples autour de la Torah.

            De façon très différente, pour les courants « ouverts à de nouvelles révélations », l’Esprit Saint n’est présent que de façon exceptionnelle et les prophètes sont valorisés. Quand l’homme pèche, Dieu ne s’impose pas à celui qui le refuse et il se retire, on dit alors que le Temple et la Torah sont voilés, ils sont « au ciel », ou au 7ème ciel.[6] On attend donc le dévoilement du pardon (le temple non fait de main d’homme) et de la Torah céleste. Le salut ne peut venir que de l’ouverture du ciel.[7] On attend un rédempteur personnel.  La venue du Christ, dès lors qu’il est le messie attendu et le Fils de Dieu incarné, sera alors comprise comme l’acte de miséricorde de Dieu, son grand pardon. [8] Un pardon qui ne sera cependant pas reçu facilement, qui sera en butte à la contradiction et finalement donné sur la Croix. Un pardon qui attend encore d’être pleinement reçu, jusqu’au retour du Christ dans la gloire.

           

            De nombreux indices permettent de situer Marie dans la tendance du judaïsme appelée ici « courants ouverts » : Marie accueille un ange, une parole venue du ciel, elle adhère à l’annonce de la naissance d’un messie personnel, elle croit au miracle qui confirme cette parole (Elisabeth malgré son âge attend un enfant, et Marie elle-même concevra dans la virginité).

            Comme ce n’est pas le courant de pensée officiel mais  un courant minoritaire, Marie aura une mission difficile, en butte à la contradiction. C’est pourquoi l’ange lui dit : « Le Seigneur est avec toi » et « Sois sans crainte » (Lc 1, 28. 30), comme pour Gédéon (Jg 6,12) : une telle salutation vise à l’encourager.

 

            Jean Paul II, semble aller en ce sens et il en tire une conséquence sur la coopération de Marie au Christ Rédempteur :

 

       « Ce fait fondamental d’être la Mère du Fils de Dieu est, depuis le début, une ouverture totale à la personne du Christ, à toute son œuvre, à toute sa mission. Les mots "Je suis la servante du Seigneur" témoignent de cette ouverture d’esprit de Marie, qui unit en elle de façon parfaite l’amour propre à la virginité et l’amour caractéristique de la maternité, réunis et pour ainsi dire fusionnés. C’est pourquoi non seulement Marie est devenue la mère du Fils de l’homme, celle qui l’a nourri, mais elle a été aussi "généreusement associée, à un titre absolument unique" (LG 61) au Messie, au Rédempteur.»[9]

      

            Nous voyons mieux que le mystère de l’Incarnation a en lui-même une portée rédemptrice, il constitue une réconciliation des hommes avec Dieu, réconciliation où le Fils de Dieu nous aimera jusqu’à la fin (Jn 13,1).

            Marie coopère à cette Rédemption par sa foi en tant que sa foi se situe dans les « courants ouverts » de l’attente messianique. Cette ouverture totale à la personne du Christ est un amour vierge car il attend le salut d’une ouverture du Ciel, c’est à dire d’un don de Dieu. Que la foi d’un être humain puisse coopérer à Dieu, cela se comprend justement très bien dans la perspective du courant « ouvert » où Dieu est sensible à l’accueil et à l’adhésion humaine, capables de l’attirer.

 

            L’ouverture de Marie se manifeste aussi par le fait qu’elle ne dit pas simplement « Oui », mais « Qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), c’est-à-dire qu’elle est ouverte à la signification que Dieu donne lui-même à cette Parole, une signification qui n’est pas contraire à ce que Marie comprend (Dieu ne ment pas !) mais qui peut aller bien au-delà…

 

3.3. La virginité de Marie : le fait et la signification

            La virginité de Marie est vraiment étonnante… Le Da Vinci code avait balayé le problème… Mais la réalité est bien plus belle… Et le message est bien plus fort.

L’Ecriture

Virginité après l’enfantement

            A en croire Jacques Duquesne, Marie est mère de famille nombreuse et « cette affirmation ne pose plus de problèmes aux historiens ni aux exégètes (même si tous ne l’avouent pas nettement) »[10]. Comment peut-il dire cela et reconnaître 6 pages plus loin que Raymond Brown - alors qu’il était président de la commission biblique pontificale - refuse cette hypothèse ! Où est son honnêteté intellectuelle ?

 

            Sept citations parlent des frères de Jésus : « Celui-ci n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? » (Mc 6,3 //Mt 13,55). « Les frères de Jésus » (Ac 1,14). « Jacques, le frère du Seigneur » (Ga 1,19). « Jude, serviteur de Jésus Christ, frère de Jacques [Jacques frère du Seigneur] » (Jude1,1). « Sa mère, ses frères et ses disciples » (Jn 2,12). « Sa mère et ses frères » (Mt 12,46 et //).

            Mais, d’autre part, Jésus est nommé comme « le » fils du Charpentier et comme « le » fils de Marie. Et Jésus crucifié n’aurait pu confier sa mère au disciple s’il avait eu des frères de sang… (Jn 19, 26).

 

            Le grec possède deux mots, cousin et frère, mais il y avait souvent confusion entre frère et cousin (Tobit 7,2 en grec, a « cousin » dans une version, et « frère » dans l’autre). En hébreu ou en araméen, il n’y a pas de mot pour dire « cousin », on dit chaque fois « frère ».

            Dans le Nouveau Testament, qui est écrit en grec, le mot frère - en grec « adelphos » - se rencontre de la manière suivante : - avec le sens de frères biologiques : 41 fois ; - frères adeptes d’une même religion : 213 fois ; - frères collaborateurs proches : 22 fois (dans les épîtres de Paul et Pierre) ; - frères d’une même communauté ou famille : 42 fois.

            A ce stade de l’étude, les frères de Jésus pourraient donc être des « frères adeptes d’une même religion », originaires d’un même courant spirituel autour de Jean Baptiste que Jésus a fréquenté.

 

            Jacques, Joset (Mc) ou Joseph (Mt) (Mc 6,3 et Mt 13,55) - étaient les fils d’une Marie différente de la mère de Jésus. Marc l’atteste (15,40) « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé » (Mc 15,40) Elle est appelée plus haut « Marie, [mère] de Joset » (15,47), "Marie [mère] de Jacques » (16,1). Lc 24,10 fait mention de « Marie, celle de Jacques ».

            Simon (Mc 6,3 et Mt 13,55) était « le fils d’un oncle du Seigneur », « fils de Cléofas [frère de S. Joseph].» [11] Après le martyre de Jacques, Simon fut nommé évêque à « parce que c’était un second cousin du Seigneur »: "second" est à comprendre en lien avec Jacques, qui devait donc être aussi le cousin de Jésus (et non pas son frère au sens strict).

 

            Marie n’était donc pas mère de famille nombreuse, mais la mère d’un Fils unique, qui, en mourant, a donné et confié sa mère au disciple (Jn 19, 25-27).

Virginité à la conception de Jésus

            Les premières communautés chrétiennes, à partir du noyau central de la mort et de la résurrection de Jésus, ont médité sur toute la vie de Jésus. Elles ont trouvé les traditions de sa conception virginale, et elles les ont acceptées.[12]

            Examiné avec la méthode critique, quand les textes bibliques parlent de la virginité de Marie, cela ne peut pas être une invention pour transmettre un message spirituel (un théologoumène), mais il y a un fait réel. Voici les arguments :

 

            L’intention de transmettre un fait qui s’imposait est confirmée par le fait que la maternité virginale est une idée étrangère à la fois à la tradition de l’Ancien Testament et à la culture païenne.

            Les deux récits de Matthieu et Luc, malgré la diversité des traditions dont ils dépendent, sont convergents.

            Ce n’est pas Joseph qui engendre Jésus : il est exclu avec insistance (Mt 1,16.18-25 ; Lc 1,34.35 ; 3,24). Cet énoncé représentait une difficulté, ou mieux une rupture du programme initial surtout celui de Matthieu dont le but était de montrer que Jésus était le fils de David. Les généalogies rompent leur concaténation humaine en excluant Joseph de la génération de Christ (Mt 1,16 ; Lc.3,23).

            Marie seule est l’origine humaine de Jésus, elle devient mère en tant que vierge (Mt 1,16-25 ; Lc 1,27.35).

            Jésus est réellement engendré et la forme passive manifeste le caractère transcendant de l’origine paternelle du Christ (Mt 1,20 ; Lc 1,35). L’origine divine n’est pas rapportée au Père (principe masculin), mais à l’Esprit Saint (féminin en Hébreu, neutre en grec) Mt 1,18.20 et Lc 1,35 ce qui exclut le modèle mythologique de la théogamie[13].

 

Virginité pendant l’enfantement

            Dès le IIème siècle, la foi en l’accouchement virginal est très répandue en Orient et en Occident, et ce consensus est très frappant : Ascension d’Isaïe (11,7-14), Protévangile de Jacques (chap. 19-20), Odes de Salomon (19,6-10), saint Irénée de Lyon (A.H. 4,33,11)… Il ne faut pas banaliser ce discours.

            Un tel consensus est apparu parce qu’il a des racines dans le texte biblique.

            Lc 1, 35 peut être lu : « Ce qui naîtra saint sera appelé fils de Dieu. », et faire référence à la sainteté du Lévitique où « naître saint » signifierait alors une naissance sainte au sens rituel, c’est-à-dire exempte de l’effusion du sang.

            Le récit de Noël (Lc 2,1-20) décrit un certain nombre de détails : le temps de l’accouchement est arrivé, Marie enveloppe l’enfant de langes… Mais curieusement, le récit ne raconte pas les douleurs de Marie, ni la présence d’une sage-femme, ni le fait que Marie lave l’enfant.

            Quand le texte canonique de l’Evangile fut fixé, au 4ème et 5ème siècle, Jn 1,13 est au pluriel : (« Eux qui ne sont engendrés ni des sangs… »), et concerne la naissance spirituelle des disciples[14].

            Mais au 3ème siècle, les pères de l’Eglise connaissent deux versions pour Jn 1, 13 : l’une au pluriel (eux qui ne sont engendrés ni des sangs…), l’autre au singulier (Lui qui ne fut engendré ni des sangs). Le texte au singulier est le plus ancien (papyrus trouvés dans la zone d’Alexandrie d’Egypte), et le plus diffus dans les citations de l’Ecriture par les pères de l’Eglise (Irénée à Lyon, Justin à Rome…). Il y a donc un indice sérieux pour penser que le texte de l’Evangile était d’abord au singulier et que les chrétiens ont ensuite considéré qu’ils deviennent fils de Dieu à la manière de Jésus : ils renaissent de Dieu, par l’Esprit Saint, et de Marie la Vierge, et bien sûr, l’engendrement spirituel n’est pas sur le même registre que la naissance physique.

            Le texte au singulier est d’une logique très rigoureuse. En effet, qui peut nous donner pouvoir de devenir enfant de Dieu sinon celui qui lui-même est tellement enfant de Dieu qu’il n’a pas été conçu du désir de la chair et n’a pas été engendré des sangs ?

 

12 « Mais à tous ceux qui l’ont accueilli,

 il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu,

 à ceux qui croient en son nom,

13 lui qui ne fut engendré ni du sang,

 ni d’un vouloir de chair,

 ni d’un vouloir d’homme,

 mais de Dieu. » (Jean 1, 12-13)

 

 

            L’histoire du texte biblique qui serait donc passé d’une version au singulier concernant le Christ à une version au pluriel concernant les disciples donne une indication très précieuse sur la manière dont était vécue la mission, c’est-à-dire l’engendrement spirituel de nouveaux disciples. La mission se voulait virginale, sur le modèle de l’engendrement virginal par Marie. C’est dire le sens de l’initiative divine dans la mission. C’est dire toute la prééminence de l’action de l’Esprit Saint sur les planifications humaines. C’est dire la douceur, la non-violence de cette mission. C’est dire le respect de l’intimité de chaque personne concernée par cette mission…

 

            L’expression « des sangs » (Jn 1, 13) est très rare, elle se retrouve en quatre passages bibliques, et concentre l’attention sur l’accouchement :

- Lv 12,5.7 : les sangs évoquent les flux de sangs de l’accouchement.

- Ez 16,6.9 : Israël est comparé à un enfant que Dieu recueille quand il était dans ses sangs, et Dieu le lave et le oint de l’huile. Les sangs sont encore ceux qui accompagnent l’enfantement normal.

            Le texte évangélique a gardé l’expression « des sangs », une expression un peu curieuse, il est en effet plus correct d’écrire « du sang ». Ceci fut fait peut-être pour éviter le docétisme : Jésus embryon a reçu « du sang » maternel, il a une chair réelle, mais Jésus n’est pas engendré « des sangs », c’est à dire qu’il n’est pas né en déchirant douloureusement les entrailles de sa mère. L’enfantement est virginal (Jn 1,13), mais le Verbe s’est vraiment « fait chair » (Jn 1,14).

            On retrouve cette double affirmation chez Tertullien qui cite Jn 1,13 dans la version au singulier concernant Jésus[15] mais qui peut sans problème et aussitôt après attester la réalité de la chair du Christ « qui fut faite d’une vierge ».[16]

 

            Fondée sur la tradition des Eglises de saint Luc et de saint Jean, l’accouchement virginal est riche de signification.

           

  • L’accouchement virginal fait disparaître la condamnation de Genèse 3,16 « tu enfanteras dans la douleur. » Avec l’entrée du Messie Sauveur dans le monde, surgit un nouvel ordre des choses. On retourne à l’équilibre admirable des origines.

           

  • L’enfantement virginal n’est pas une dépréciation de la sexualité : il forme un seul et même évènement avec la conception virginale et il correspond à l’identité de Jésus qui est le Fils de Dieu.

           

  • L’événement de l’enfantement virginal a pu soutenir Marie le samedi saint : elle a pu croire que Jésus pouvait sortir du tombeau fermé. Réciproquement, après la Résurrection, les disciples ont pu s’interroger sur la naissance du Christ, comment est-il sorti du sein maternel lui qui est sorti miraculeusement du sein de la terre ? Les disciples ont pu interroger Marie sa mère, encore présente dans la communauté, et Marie, dans la force de la Pentecôte, a pu témoigner.

            Les pères de l’Église, surtout depuis les 4ème et 5ème siècles, font en effet le lien entre l’accouchement virginal de Marie et la résurrection du Seigneur :

a) Le sein de Marie reste "fermé" au moment de l’accouchement, et l’entrée de Jésus ressuscité dans le cénacle se fait "portes closes" (Jn 20,19.26)

b) Le sein de la Vierge rappelle le sépulcre du Seigneur, tous les deux restent "fermé - scellé"[17]. Lorsque le tombeau est ouvert, Jésus en est déjà sorti.

c) Le Seigneur laissa les bandes funéraires dans la même position qu’avant (Jn 20,5-7)

 

Conclusion

            Aujourd’hui s’est atténuée la théorie qui déclare tardifs les évangiles de l’enfance : ceux-ci, en effet, présentent un caractère archaïque, juif, paléochrétien qu’on ne peut pas nier. Luc ne manque pas de se référer à Marie comme à un témoin des événements du Christ, elle médite pour transmettre les faits (Lc 1, 19.51). Luc raconte des « événements qui se sont accomplis parmi nous », après la consultation des « témoins oculaires » témoins et après « après m’être informé exactement de tout depuis les origines » (Lc 1,1-4).

 

            A cela fait suite la longue et continuelle tradition de l’Eglise. Pour l’évêque luthérien H. Asmussen :

 

« Que la virginité de Marie puisse toujours être affirmée, et doive être affirmée devrait justement être hors de discussion dans une église chrétienne. »[18]

 

Le magistère

           

            Le second Concile de Constantinople (en 553) précisa que Marie est « toujours vierge » et le Concile du Latran (en 649), reçu par toutes les Eglises, le précisera encore.

           

            Le Concile Vatican II dit :

« Cette union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ jusqu’à sa mort […] ; lors de la Nativité ensuite, quand la Mère de Dieu présenta dans la joie aux pasteurs et aux mages son Fils premier-né, dont la naissance était non la perte mais la consécration de son intégrité virginale.[19] » (LG 57)

            Cette virginité physique de Marie est aussi une virginité spirituelle, liée à la maternité spirituelle de Marie (LG 61).

           

            Sur ce thème, Jean Paul II a prononcé une grande allocution à Capoue en 1992[20], très peu connue, elle est un trésor. Je vous en offre de larges passages, traduits pour vous :

           

            Il s’agit d’une « réflexion adorante », d’une invitation à « un profond sens de vénération vis-à-vis de l’agir libre, saint, et souverain de Dieu », à être plein « de stupeur, d’admiration et de louange. » (§3)

           

            La maternité virginale nous parle d’abord de Jésus, de qui est Jésus : elle est « un motif et un signe pour reconnaître en Jésus de Nazareth le Fils de Dieu » (§3).

            C’est Jésus qui « fait » Marie : « L’exigence et le don de la virginité de la mère » jaillit « de l’identité transcendante et de la dignité du Fils de Dieu » (§3).

           

  • Le saint Père observe un lien entre la foi en la maternité virginale de Marie et la foi en la Résurrection de Jésus :

      

       « §5. Dans la réflexion adorante sur le mystère de l’Incarnation du Verbe, un lien particulièrement important a été repéré entre le début et la fin de la vie terrestre du Christ, c’est-à-dire entre sa conception virginale et sa résurrection d’entre les morts, deux vérités qui se rattachent étroitement à la foi en la divinité de Jésus.

       Elles appartiennent au dépôt de la foi, elles sont professées par toute l’Église et énoncées explicitement dans les Symboles de la foi. L’histoire montre que les doutes ou les incertitudes sur l’une se répercute inévitablement sur l’autre, comme, au contraire, l’adhésion humble et forte à l’une d’elles favorise l’acceptation cordiale de l’autre.

       Il est connu que quelques Pères de l’Église établissent un parallélisme significatif entre la génération de Christ ex intacta Virgine et sa résurrection ex intacto sepulcro[21]. Dans le parallélisme, relativement à la génération de Christ, certains mettent l’accent sur la conception virginale, d’autres sur la naissance virginale, d’autres sur la virginité perpétuelle de la Mère, mais tous témoignent de la conviction qu’entre les deux événements salvateurs - le génération-naissance du Christ et sa résurrection d’entre les morts - il existe un rapport intrinsèque qui répond à un plan précis de Dieu : un lien que l’Église, guidée par l’Esprit, a découvert, mais n’a pas créé.

       […] À ce sujet, il est notable que quelques études, en scrutant le texte sacré avec les méthodes propres de l’exégèse scientifique, s’aperçoivent d’un rapport, inhérent dans le texte évangélique lui-même, entre les bandes de la crèche (Lc 2,7,12) et les bandes du sépulcre (Lc 23,53; 24,12). Les Saints Pères l’avaient déjà relevé. [22]

       L’Église d’autre part dans sa méditation théologique sur le mystère de Christ a parcouru souvent, pleine d’amour, le chemin qui mène du jardin du Calvaire à la crèche de Bethléem, et dans la liturgie le Noël, elle a toujours célébré en regardant vers Pâques, comme elle a célébré Pâques en mémoire de Noël : elle reconnaît en Marie le témoin exceptionnel de l’identité entre l’Enfant né de son sein virginal et le crucifié qui est rené ressuscité du sépulcre.[23]»

 

 

  • Le saint Père affirme la réalité du fait : Marie est vierge dans la conception, dans l’accouchement et après l’accouchement. Jean Paul II l’affirme à la suite du Concile de Capoue en 392 et du Concile de Latran en 649 qui furent approuvés par toutes les églises.        

 

« (§6) Et il est encore nécessaire que le théologien en proposant la doctrine de l’Église sur la virginité de Marie maintienne l’indispensable équilibre entre l’affirmation du fait et l’explication de son sens. Les deux font partie intégrante du mystère : le sens ou la valeur symbolique de l’événement a son fondement dans la réalité du fait et celui-ci, à son tour, montre toute sa richesse quand sont déployés les sens symboliques.

Dans la confession de foi en la virginité de la Mère de Dieu, l’Église proclame comme faits réels que Marie de Nazareth :

- Elle conçut vraiment Jésus par l’opération de l’Esprit Saint sans intervention d’homme;

- Elle donna le jour à son fils véritablement et virginalement et pour lui resta vierge après l’accouchement ; vierge - selon les saints Pères et les Conciles qui traitèrent expressément le problème[24] - en ce qui concerne aussi l’intégrité de la chair ;

- Elle vécut, après la naissance de Jésus, en totale et perpétuelle virginité, et avec Saint Joseph, appelé lui aussi à jouer un rôle de premier plan dans les événements initiaux de notre salut, elle se consacra au service de la personne et de l’œuvre du Fils. [25] »

 

 

  • Le saint Père ouvre un champ de recherche sur les significations de la virginité de Marie :

 

        « § 9. Aujourd’hui la recherche du sens caché de la virginité ouvre au théologien un champ de travail vaste, fécond, exaltant. Si, avec une méthode rigoureuse, avec fidélité à la parole normative, à la Tradition universelle, aux directives du magistère, avec une attention à l’expérience liturgique, il sonde l’événement salvifique de la conception et de la naissance du Christ ainsi que la virginité perpétuelle de Marie, il se trouvera pour ainsi dire au contact de toute l’Ecriture :

-Avec le passage où Dieu forme l’homme de la terre vierge (Gn 2,4b-7),

-Avec les textes qui rapportent les anciennes alliances, les prophéties messianiques, les promesses faites à David, auxquelles fait écho l’Alliance de l’Incarnation ;

-Avec la geste d’Abraham dont la foi obéissante revit, intensifiée, dans le oui de Marie ;

-Avec les récits des maternités prodigieuses de quelques femmes stériles, Sarah, la femme de Manoach, Anne, Elisabeth, qui devinrent fécondes par la grâce de Dieu ;

-Avec les passages qui décrivent la naissance des disciples d’en haut, de l’eau et de l’Esprit (Jn 3,3-8) c’est-à-dire modelée sur la naissance de Jésus du sein de Marie par l’œuvre de l’Esprit Saint ! ;

-Avec l’épisode de la maternité pascale de Marie, advenue elle aussi dans la foi à la Parole et dans laquelle les pères découvrirent aussi une dimension virginale : le Fils vierge, confie la Mère vierge au disciple vierge ;

-Avec la littérature inter-testamentaire elle-même où des pages de lyrisme intense expriment le désir poignant d’Israël de devenir une épouse pure et fidèle, une communauté eschatologique où l’on n’entende plus la plainte de la douleur de l’accouchement ni les chants funèbres de la mort.

 

       Ce sont des exemples. Ils indiquent comment des expressions telles que Theotokos ou Vierge Mère (Virgo Mater), si elles sont lues en profondeur et avec une attention aux multiples voix convergentes, sont presque le résumé de l’économie salvatrice.

 

 § 10. L’intégrité de la doctrine exige que sois mise en évidence, avec le relief dû, la virginitas cordis (virginité du cœur) de Marie Très sainte. Si, pour ses valeurs symboliques, la virginitas carnis (la virginité physique) est importante, la virginitas cordis de la Mère de Jésus l’est bien davantage.

       Dans sa condition virginale, elle est la nouvelle Ève, la vraie Fille du Sion, la parfaite Disciple, l’icône achevée de l’Église. Elle réalise en soi l’idéal

-De l’adhésion parfaite au projet de Dieu sans compromis et sans la pollution du mensonge et de l’orgueil ;

-De l’accomplissement fidèle de l’alliance, tandis que l’infraction de la part d’Israël est comparée par les prophètes à l’adultère ;

-De l’acceptation sincère du message évangélique où sont déclarés bienheureux les Purs de cœur (Mt 5,8) et où est exaltée la virginité pour le Royaume (Mt 19,12).

-De la droite compréhension du mystère du Christ - la Vérité par excellence (Jn 14,6) et de sa doctrine ; c’est pourquoi l’Église est aussi appelée vierge parce qu’elle garde intégral et intact le dépôt de la foi.

 

       L’Église a toujours enseigné que la virginitas carnis (la virginité physique) ne vaut rien si dans le cœur se nichent le mensonge et l’orgueil, si est absent l’amour. » [26]

 

 

       « Certes, le climat culturel de notre temps n’est pas toujours sensible aux valeurs de la virginité chrétienne. Il ne serait pas difficile d’en énumérer les causes. Mais ceci ne doit pas décourager le théologien dans son engagement. Au temps de Paul la culture dominante n’était pas prête à accueillir le mystère de la Croix mais, par fidélité à Christ, Paul en fit le cœur de son message (Cf. 1 Cor 2,2 ; Gal 3,1 ; 6,14).

       Le théologien doit être animé par la confiance sereine que les valeurs évangéliques sont authentiquement valides pour l’homme et pour la femme d’aujourd’hui, même quand ils les ignorent ou les négligent.

       La virginité est cadeau et grâce. Elle est un bien de l’Église dont participent aussi - sans aucun doute la plus grande partie - qui ne sont pas appelés à la vivre dans leur corps, mais sont toujours appelés à la vivre dans leur propre cœur.

       Il revient au théologien d’indiquer les raisons qui peuvent aider l’homme et la femme de notre temps à redécouvrir les valeurs de la virginité ; il doit déterminer le langage le plus apte pour transmettre les valeurs évangéliques dont elle est porteuse, montrer comment en beaucoup de cas la virginité est un signe de liberté intérieure, de respect de l’autre, d’attention aux valeurs de l’Esprit, de capacité à pousser le regard au-delà des frontières du monde temporel (Mt 22,30), de vivre radicalement au service du Royaume.

       Et je me demande: l’empreinte virginale qui marque la création de l’homme (Gn 2,4-7.22-23) et sa recréation dans le Christ, n’a-t-elle aucune inspiration à offrir aux mouvements écologiques de notre temps qui déplorent beaucoup de formes de violence infligées à la création, la dégradation de la nature et la pollution de l’environnement ?

       Le théologien doit surtout montrer à nos contemporains que l’idéal de l’homme nouveau, parfait, s’est accompli dans le Christ Jésus : il est l’homme (Gv 19,5). En Lui le projet anthropologique de Dieu a atteint la perfection absolue. A présent, dans l’origine du Christ - sa conception dans le sein de Marie - et dans sa naissance à la vie définitive - du sépulcre inviolé - il y a un "élément virginal" de grande portée concernant son être, exemple pour tous les disciples. »[27]

 

 

  • Jean Paul II, dans une catéchèse du mercredi sur la place saint Pierre, explique le vœux de virginité de Marie :

 

« 1. À l’ange qui lui annonce la conception et la naissance de Jésus, Marie pose une question: « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge?» (Lc 1, 34). […] Le contexte dans lequel est posée la question: « Comment cela va-t-il se faire? », et l’affirmation qui suit : « Je ne connais pas d’homme», mettent en évidence aussi bien la virginité actuelle de Marie que son intention de rester vierge.

 

2. En faisant état de cette difficulté, Marie, loin de s’opposer au projet divin, manifeste son intention d’y correspondre totalement. […] Certains ont estimé que les paroles et les intentions de Marie étaient invraisemblables car, dans le milieu judaïque, la virginité ne passait pas pour une valeur ou un idéal à rechercher. […] « Soyez féconds et multipliez-vous» (Gn 1, 28), le mariage est considéré comme la vocation naturelle de la femme, qui comporte les joies et les souffrances propres à la maternité.

 

3. […] Il ne semble pas que Marie ait eu connaissance de ces groupes religieux juifs qui pratiquaient l’idéal du célibat et de la virginité [Esseniens à Qumran, Thérapeutes en Egypte]. Mais le fait que Jean-Baptiste ait probablement vécu une vie célibataire, et que la communauté de ses disciples ait tenu une telle vie de célibat en grande estime, pourrait faire supposer que le propos virginal de Marie rentre lui aussi dans ce nouveau contexte culturel et religieux.

 

4. Mais l’aventure extraordinaire de la Vierge de Nazareth ne doit pas nous faire tomber dans l’erreur de lier complètement ses dispositions intimes à la mentalité ambiante, évacuant ainsi le caractère unique du mystère qui s’est réalisé en elle.            En particulier, nous ne devons pas oublier que Marie avait reçu, dès le commencement de sa vie, une grâce surprenante, que l’ange a reconnue au moment de l’Annonciation. «Pleine de grâce» (Lc 1, 28), Marie fut enrichie d’une perfection de sainteté qui, selon l’interprétation de l’Église, remonte au premier moment de son existence : le privilège unique de l’Immaculée Conception a exercé une influence sur tout le développement de la vie spirituelle de la jeune femme de Nazareth.

       On doit donc penser que ce qui conduisit Marie vers l’idéal de la virginité, fut une inspiration exceptionnelle de ce même Esprit Saint qui, au cours de l’histoire de l’Église, poussera tant de femmes sur la voie de la consécration virginale. […] »[28]

 

Et Joseph ?

  • L’amour établit une communion Joseph « participe » au mystère de l’Incarnation, avec Marie, « entraîné dans la réalité du même événement salvifique » (RC 1) [29]

           

  • Plus encore, Joseph soutient la foi de Marie, et il a mission de la soutenir :

 

« En ayant devant les yeux le texte des deux évangélistes Matthieu et Luc, on peut dire également que Joseph est le premier à participer à la foi de la Mère de Dieu, et qu’ainsi il soutient son épouse dans la foi à l’Annonciation divine. » (RC 5)

 

            Joseph aime Marie, mais oui ! Il a pour Marie l’Amour d’un vrai époux, un amour encore plus beau grâce à l’influence exceptionnelle de l’Esprit Saint :

 

« "Ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint" (Mt1,20) : ne faut-il pas conclure, devant ces expressions, que son amour d’homme est, lui aussi, régénéré par l’Esprit-Saint ? […] Joseph, obéissant à l’Esprit, retrouva précisément en lui la source de l’amour, de son amour sponsal [= conjugal] d’homme, et cet amour fut plus grand que ce que l’homme juste pouvait attendre selon la mesure de son cœur humain. » (RC 19)

 

« Par le sacrifice total de soi, Joseph exprime son amour généreux pour la Mère de Dieu, lui faisant le don sponsal de lui-même. Bien que décidé à se retirer pour ne pas faire obstacle au plan de Dieu qui était en train de se réaliser en elle » (RC 20).

           

            Autrement dit, « Dieu doit passer toujours le premier, et c’est la volonté du cœur de Joseph, autrement ce ne serait pas l’époux de Marie. »[30]

 

            Et selon Paul VI :

       « En cette grande entreprise de renouvellement de toutes les choses en Christ, le mariage, lui aussi purifié et renouvelé, devient une réalité nouvelle, un sacrement de la nouvelle alliance. Et voilà qu’au seuil du Nouveau Testament, comme à l’entrée de l’Ancien, se dresse un couple. Mais, tandis que celui d’Adam et Ève fut la source du mal qui a inondé le monde, celui de Joseph et de Marie est le sommet d’où la sainteté se répand sur toute la terre. Le Sauveur a commencé l’œuvre du salut par cette union virginale et sainte en laquelle se révèle sa volonté omnipotente de purifier et sanctifier la famille, ce sanctuaire de l’amour et ce berceau de la vie. » [31]

           

            La familiarité de Joseph avec Marie devait se traduire dans un progrès continuel vers le bien. « La véritable amitié est fondée sur la vertu, tout ce qui, chez l’ami, est contraire à la vertu arrête l’amitié, et tout ce qui est vertueux la provoque. »[32]. Joseph est entraîné par Marie à la prière et à toutes les qualités.

 

            Joseph, bien que vierge comme Marie, exerce une vraie paternité, il est vrai père. A Joseph qui « ne savait pas quelle attitude adopter devant cette étonnante maternité de Marie » (RC 3) l’ange révèle qu’il ne doit pas se considérer étranger.

            « En même temps que la puissance paternelle sur Jésus, Dieu a aussi accordé à Joseph l’amour correspondant, cet amour qui a sa source dans le Père, "de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom" (Ep 3, 15). » (RC 8)

 

  • La virginité de Joseph ne l’a donc pas empêché d’exercer sa paternité sur Jésus. Il exerce même une paternité sur l’Eglise entière, et donc sur chacun de nous, comme patron de l’Église universelle. Cette proclamation fut faite par Pie IX le 8 décembre 1870 et reprise par Jean Paul II. (RC 28-30).

 

Ouverture spirituelle

            Saint Léon le grand et saint Louis-Marie de Montfort nous permettent de répondre à l’invitation de Jean Paul II en décrivant « la naissance des disciples d’en haut, de l’eau et de l’Esprit (Jn 3,3-8), c’est-à-dire modelée sur la naissance de Jésus du sein de Marie par l’œuvre de l’Esprit Saint. »[33]

Saint Léon le grand (pape de l’an 440 à 461)

            Saint Léon le Grand, après avoir évoqué le baptême et le mystère pascal, revient au mystère de Noël car c’est par l’incarnation que ce mystère pascal tient sa valeur salvifique. Dans le mystère de Noël, tout le mystère de la régénération des baptisés est déjà contenu :

       « La fête d’aujourd’hui renouvelle pour nous l’avènement sacré de Jésus, né de la Vierge Marie, et il se trouve qu’en adorant la nativité de notre Sauveur, nous fêtons nos propres origines : la naissance du Christ, en effet, c’est le commencement du peuple chrétien, et le jour anniversaire de la tête est aussi celui du corps. Si chacun est appelé à son tour, si tous les fils de l’Église sont répartis dans la succession des temps, pourtant l’ensemble des fidèles sortis des fonts baptismaux, crucifiés avec le Christ dans sa passion, ressuscités dans sa résurrection, placés dans son ascension à la droite du Père, naissent aujourd’hui avec lui. Tout croyant, de quelque partie du monde qu’il soit, qui est régénéré dans le Christ, brise avec le passé qu’il tenait de son origine et devient un homme nouveau par une seconde naissance ; désormais, il ne compte plus dans la descendance de son père selon la chair, il appartient à la race du Sauveur, qui est devenu fils de l’homme pour que nous puissions être fils de Dieu. »[34]

 

            Dans le texte ci-dessus, Marie est la mère de la tête du Corps du Christ total, son rôle vis-à-vis des baptisés est indirect. Dans un autre texte, il est question d’un principe spirituel donné aux hommes pour leur nouvelle création, ce principe est inséparablement la naissance du Christ et sa mère :

 

« "Le Verbe s’est fait chair" […] sous le nom de chair, il faut comprendre l’homme tout entier, auquel le Fils de Dieu s’est uni dans les entrailles d’une vierge féconde par l’Esprit Saint et restée toujours vierge […] C’est pourquoi Notre-Seigneur Jésus-Christ, en naissant vraiment homme sans cesser jamais d’être vraiment Dieu, a réalisé en lui les prémices d’une nouvelle création, et a donné au genre humain un principe spirituel à la ressemblance de sa propre naissance : pour abolir la contamination de la génération par la chair, il fallait aux hommes à régénérer une origine exempte de souillure, à eux dont il est dit "qu’ils ne sont point nés du sang, ni du désir de la chair, ni de celui d’un homme, mais qu’ils sont nés de Dieu" (Jn 1,13). »[35]

 

            Le baptême insiste sur le mystère de la rédemption, la mort au péché, la conformité au Christ dans sa mort et sa Résurrection, mais le mystère pascal n’a de sens que parce qu’il est vécu par le Fils de Dieu qui est né vraiment homme de la Vierge Marie.

 

Saint Louis-Marie, héritier de saint Léon le grand[36]

            La croix sauve du péché et la Résurrection de la mort, rendant la nature humaine capable de déification, mais c’est l’incarnation qui ouvre la voie de notre déification parce que la nature humaine est alors unie à la nature divine.[37]

            Chez Montfort, le baptême apparaît d’abord comme le lieu où l’homme participe au mystère et à la gloire de l’incarnation : dans le Traité, la spiritualité proposée est « une parfaite rénovation des vœux et promesses du saint baptême » (VD 120), mais son mystère propre est « le grand mystère de l’incarnation du Verbe » (VD 243).

            Dans le Secret de Marie, heureux est celui qui après le « baptême » se donne à Marie (SM 34) pour « imiter Dieu le Père qui ne nous a donné son Fils que par Marie » (SM 35). Le baptisé est donc immédiatement invité à entrer dans la lumière de l’incarnation.

            Dans le Traité de la vraie Dévotion, saint Louis-Marie de Montfort explique que les saints sont moulés en Marie. Derrière l’allégorie du moule (VD 219-221) transparaît le modèle de l’incarnation dans le sein de Marie. Attention cependant, car il conclut cette allégorie par ces mots qui nous invitent à vivre le mystère pascal : « Mais souvenez-vous qu’on ne jette en moule que ce qui est fondu et liquide : c’est-à-dire qu’il faut détruire et fondre en vous le vieil Adam, pour devenir le nouveau en Marie. » (VD 221). Fondre le vieil Adam pour devenir le nouveau, c’est le baptême : en effet, saint Paul parle du baptême dans le Christ (Rm 6), et le Christ est le nouvel Adam (Rm 5).

            Ainsi, comme pour saint Léon le grand, le fait de se tourner vers Marie, en conduisant au mystère de l’incarnation, conduit ainsi au cœur de l’efficacité du baptême, qui est une nouvelle création fondée sur la naissance virginale du Christ (Jn 1, 13).

 

 

3.4. Autres aspects de l’attitude de Marie

Des qualités royales et sacerdotales

            Marie vit à Nazareth. Une bourgade très petite, loin de la capitale, dans une région un peu méprisée à cause de son mélange avec les nations. L’archéologie et la tradition montrent de sa maison une grotte à laquelle s’attache une construction de pierres, des pierres de belle facture, mais la maison est petite et basse[38], elle n’a rien d’un palais.

            L’Evangile de Luc dit que Marie est fiancée à un homme descendant de David (ou de Juda[39]), et sa parente Elisabeth est l’épouse de Zacharie de la tribu d’Aaron (ou de Lévi), prêtre.

            Ces liens de parenté ont une signification spirituelle.

            La tribu de David est royale, David est roi selon le cœur de Dieu, or Dieu est attentif aux pauvres. David est aussi le roi qui fut particulièrement confiant en la miséricorde de Dieu.

            La tribu d’Aaron est attachée au Temple qui est le lieu de la Présence et de la miséricorde de Dieu.

            Tout en étant de Nazareth, Marie a donc reçu beaucoup de richesses spirituelles transmises par son milieu familial, elle est donc humainement préparée à sa mission[40].          

 

            Pour rendre compte des liens parentaux de Marie, je pense que l’on peut sérieusement imaginer un mariage entre les tribus de Lévi (Aaron) et de Juda (David) au niveau des parents de la Vierge : sa mère serait descendante d’Aaron et son père de David. Les livres de Néhémie ou de Tobit demandent que le mariage ait lieu dans la même tribu, mais le courant Isaïen et le livre de Ruth sont beaucoup moins stricts à ce sujet.

            Avec de tels ascendants, Marie peut se marier avec Joseph, un homme de la tribu de David et peut avoir une parente Elisabeth de la famille sacerdotale.

            Le Christ, comme Marie, descendrait alors à la fois de David et d’Aaron, ce qui répond à l’attente attestée à Qumran[41] qui prolonge et unifie les prophéties du livre de Zacharie sur le messie roi et le messie prêtre. Ceci est très cohérent avec le fait que Jésus est au-delà des schémas habituels : il n’est pas un messie davidique au sens où on l’attendait, il fuit les foules qui veulent le faire roi (Jn 6, 15) et proclame devant Pilate que sa royauté est d’en haut (Jn 18, 36 et 19, 11). C’est aussi très cohérent avec le fait que la lettre aux Hébreux développe l’idée de Jésus Grand-Prêtre, offrant le sacrifice dans le Temple céleste.

 

            Les qualités royales sont transmises à Jésus par Marie sa mère et par Joseph son père au plan de l’éducation. Ce sont la justice et la prudence, la sagesse et l’intelligence pour gouverner, mais aussi l’attention à ceux qui sont sans droits, le pauvre, la veuve, l’étranger.

            Marie transmet aussi à Jésus les qualités sacerdotales qui permettent de prier et de vivre les offrandes en expiation des péchés, en action de grâce ou en communion.

 

Tendresse

            A la nouvelle Alliance, Marie répond avec toute sa foi, mais aussi avec toute sa tendresse.

            De cette tendresse, l’Ecriture nous parle dans l’évangile de Noël, et, comme nous allons l’expliquer, elle fait partie du « signe » donné aux bergers.

            L’ange dit aux bergers:

« Ceci vous servira de signe: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. » (Lc 2,12)

 

            L’enfant emmailloté de langes, c’est le signe que l’enfant est amoureusement soigné par ses proches qui prennent souci de lui. En effet, lorsque l’Ecriture dit « J’ai été élevé dans les langes et parmi les soucis. » (Sg 7,4), c’est pour exprimer la tendresse des parents qui soignent et prennent souci de l’enfant.

 

            Les bergers deviennent évangélisateurs (Lc 2, 17-20) : ils « font connaître », « tous s’émerveillent », ils « louent Dieu ». Modèles des évangélisateurs, notons leur itinéraire : ils ont vu Jésus vrai homme (enveloppé de langes) et Seigneur, vrai Dieu (le fait que Joseph soit nommé en second indique qu’il n’est pas le père biologique (Lc 1, 16) ; ils ont vu aussi l’amour et la tendresse de Marie et Joseph ; ils en sont témoins ; ils glorifient et louent Dieu.

 

            Fidèles à l’Ecriture, les pères du concile Vatican II, lorsqu’il méditent de la maternité spirituelle de l’Eglise, montre Marie comme le modèle lumineux de cet « amour maternel », en choisissant le mot latin « affectus », qui évoque toute la richesse psychologique de la tendresse humaine :

 

« La Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Eglise, travaillent à la régénération des hommes. » (LG 65)

           

            Et la liturgie, à l’occasion, souligne cette tendresse. Notamment, le 25 mars, la liturgie actuelle remercie Dieu le Père, par le Christ,

« [Le Christ] que l’ange annonce à la Vierge Immaculée et qu’à l’ombre de l’Esprit Saint elle accueille par la foi ; Lui qu’elle porte avec tendresse dans sa chair. »[42]

 

Immaculés, dans l’amour

            La vie immaculée de Marie est une richesse difficile à décrire, le concile utilise des mots venant des traditions d’Orient et d’Occident :

       « La Mère de Dieu la Toute Sainte, indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature. » (LG 56).

           

            La liturgie offre une messe votive « Le cœur immaculée de Marie ». La préface eucharistique s’adresse à Dieu le Père en lui rendant gloire car :

« Tu as donné à la Vierge Marie un cœur sage et docile pour qu’elle accomplisse parfaitement ta volonté ;

un cœur nouveau et doux, où tu pourrais graver la loi de l’Alliance nouvelle ;

un cœur simple et pur, pour qu’elle puisse concevoir ton Fils en sa virginité et te voir à jamais ;

un cœur ferme et vigilant pour supporter sans faiblir l’épée de douleur et attendre avec foi la résurrection de ton Fils. »

 

            La vie immaculée est un choix, et donc un combat contre le mal et le mensonge, et une fidélité à l’Esprit Saint. Marie est libre : « Le Père des miséricordes a voulu que l’Incarnation fût précédée par une acceptation de la part de cette Mère [Marie] » (LG 56). Elle est responsable.

            La vie immaculée est une grâce. Dans le Magnificat, Marie chante Dieu dont la   miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, Dieu qui relève Israël son serviteur en se souvenant de sa miséricorde (Lc 1, 50-54).

            La vie immaculée est une union à Dieu, au Fils de Dieu, par « un lien étroit et indissoluble » (LG 53). Or, le Christ n’a cessé d’être miséricordieux, et sur la Croix, Jésus finalement priait « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Marie est immaculée « dans le Christ », c’est-à-dire qu’elle donne aussi cette miséricorde là.

            La miséricorde de Jésus est créatrice : Zachée le publicain est devenu un homme nouveau, Matthieu aussi, et encore la Samaritaine ou Marie Madeleine, tous sont comme créés de nouveau. De même la miséricorde de Marie, dans le Christ, est immaculisante.[43]

 

            Ce qui concerne Marie nous concerne tous :

 

« Si l’Eglise en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Eph 5,27), les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus. » (Vatican II, LG 65)

 

            Marie est bénie, mais c’est aussi nous tous que Dieu a bénis et élus dans le Christ (Eph 1, 3-4), et c’est aussi nous tous qui sommes invités à être miséricordieux dans le Christ. L’hymne aux Ephésiens se prolonge par un regard sur Dieu qui est « riche en miséricorde ».

 

« Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu; il ne vient pas des oeuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes oeuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. » (Eph 2, 8-10).

           

            Vivre immaculé dans le Christ (Eph 1,4), c’est, comme Marie l’a fait pour nous, manifester chez les autres ce qui beau, aider en eux la naissance du bien, apporter une influence pure, féconde.

           

            Dans le Christ, Dieu bénit Marie, Dieu nous bénit, et Dieu bénit aussi toute la création, les animaux, les plantes, les minéraux, et les anges et les puissances cosmiques : « car c’est en lui [le Christ] qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles » (Col 1,16).

 

Servir

            A la fin du dialogue de l’Annonciation, Marie dit :

« "Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole !" Et l’ange la quitta. » (Lc 1, 38)

            Marie reprend ce mot « servante » lorsque, dans une jubilation immense, elle chante son magnificat :

« Le Seigneur s’est penché sur l’abaissement de sa servante » (Lc 1, 48).

            Il y a un abaissement au sens où Marie veut faire place au Seigneur, elle veut le faire grand… Marie dit Oui à la Parole avec le sens que le Seigneur lui donnera, elle se met au service, elle se donne. Elle s’offre au Seigneur.

            Cette offrande de soi-même au Seigneur est-elle dite de façon plus explicite dans la suite de l’Evangile ?

            L’évangile de Jean nous montre Marie au service d’un repas de mariage à Cana. Elle n’est pas le maître du repas, mais c’est elle qui s’aperçoit que le vin est épuisé (Jn 2).

 

            L’Eglise actuelle a composé une messe votive à « Sainte Marie, servante du Seigneur », on y lit le Magnificat et l’Evangile de l’Annonciation. Les prières sont particulièrement profondes :

 

Prière sur les offrandes :

« Dieu tout-puissant, accepte les offrandes que nous te présentons en mémoire de la Vierge Marie, ta servante, entièrement donnée à ton service ; et donne-nous de nous offrir à toi en sacrifice qui te plaise. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. »

 

Préface :

« Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout- puissant.

Tu as entouré de ta faveur la Vierge Marie, car, en embrassant ta volonté de salut, elle s’est donnée totalement à l’œuvre de ton Fils, elle s’est mise au service du mystère de la rédemption. Et parce qu’elle avait beaucoup servi le Christ, tu l’as beaucoup honorée : Elle qui se disait ton humble servante, tu l’as élevée dans la gloire près de ton Fils, comme une reine pleine de bonté, dispensatrice de pitié.

C’est pourquoi, avec tous les anges et les saints, nous chantons l’hymne de ta gloire, et sans fin nous proclamons : Saint ! … »

 

Prière après la communion :

« Après avoir partagé cette nourriture de vie, nous te supplions, Seigneur notre Dieu : Fais qu’à l’exemple de la Vierge Marie, nous soyons toujours attentifs à servir l’Eglise et que nous goûtions la joie d’être à ton service. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. » [44]

 

Offrir

 

«       21Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception. 22 Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, 23 selon qu’il est écrit dans la Loi du Seigneur: Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur, 24 et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la Loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes.[…]

       38 Survenant à cette heure même, Anne louait Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. 

              39 Et quand ils eurent accompli tout ce qui était conforme à la Loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. 40 Cependant l’enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui..» (Luc 2, 21-24. 38. 39-40)

 

            Pour comprendre ce texte il nous faut connaître les coutumes juives de ce temps : 

 

La circoncision. Selon la loi (Lv 12,3), ce précepte fut accompli huit jours après la naissance. Dans cette circonstance fut donné à l’enfant le nom de "Jésus" (Lc 2,21) déjà indiqué par l’ange Gabriel (Lc 1,31).

 

Le rachat. Le rachat concerne les Juifs aînés de sexe masculin. En effet chaque fils premier-né devait être consacré au Seigneur, en mémoire du fait que Dieu avait fait périr les premier-nés des Egyptiens (Ex 13,1-2.11-12.14-16; Nm 8,16-17). Cependant seuls les lévites restaient au service du Seigneur (Lv 8,16-18), les aînés des autres tribus étaient rachetés à l’âge d’un mois, en payant cinq sicles (Es 13,13; Nm 18,15-16).

 

La purification. Cette loi concernait exclusivement la mère. Si elle avait donné naissance à un garçon, elle contractait l’impureté juridique pour quarante jours, à la fin desquels elle devait se présenter au prêtre au sanctuaire, pour être déclarée purifiée par un rite expiatoire. Dans ce but, elle devait offrir au prêtre un agneau d’un an pour l’holocauste et une colombe ou une tourterelle en sacrifice d’expiation. Si elle n’était pas capable de présenter un agneau, elle pouvait le remplacer par une paire de tourterelles ou une paire de colombes, un pour l’holocauste et l’autre pour le sacrifice (Lv 12; cf 5,7).

 

°°°°°°°

            Le récit de saint Luc rappelle à part la circoncision de l’enfant (Lc 2,21). Puis il semble associer les deux moments du rachat et de la purification (Lc 2, 22-24). Marie et Joseph sont donc présentés comme obéissant à la loi, mais le texte pose question et semble indiquer beaucoup plus, en effet : 

-Ni le rachat ni la purification de la mère ne nécessitait que la sainte famille vienne au temple. Il y a donc un surcroît de piété de la part de la sainte famille, un acte gratuit qui dépasse ce que la loi demande.

-Luc 2,22-38 ne s’intéresse pas en premier lieu à la purification de Marie puisqu’il ne dit pas « pour sa purification » mais « pour leur purification ».

-Le texte ne s’intéresse pas non plus d’abord à la cérémonie du rachat du premier-né puisqu’il ne mentionne pas les cinq sicles demandés par la loi (Nm 18,16).

-Luc pourrait s’être inspiré à l’histoire de Samuel présenté au sanctuaire après avoir été conçu miraculeusement (1 Sam 1,19-28). Et Samuel « grandissait en taille et en bonté devant le Seigneur et devant les hommes » (1 Sam 2,26) ; « l’enfant [Jésus] il grandissait et il se fortifiait, plein de sagesse, et la grâce de Dieu était sur de lui » (Lc 2,40). On relève cependant une divergence considérable entre les deux : Elcana et Anne repartent et laissent Samuel au service du sanctuaire (1 Sam 2,11), Joseph et Marie repartent avec l’enfant (Lc 2,39-40).

           

            Tout cela indique que Luc ne s’intéresse pas en premier lieu à la purification de Marie ni à la cérémonie du rachat du premier-né mais à la « présentation de l’enfant » pour « leur purification ». Luc s’intéresse à « leur purification » (Lc 2,22), c’est-à-dire la « délivrance de Jérusalem », la rédemption d’Israël (Lc 2,38). Il y a une sorte d’inclusion : au début, (Lc 2, 22) on parle de "leur purification" et, à la fin (Lc 2, 38), la même idée réapparaît dans la "rédemption de Jérusalem" (Jérusalem représente tout Israël).[45]

 

            Au Sinaï, avant de rencontrer Dieu et de vivre l’Alliance, le peuple devait se purifier, laver ses vêtements. (Exode 19, 10.14). Avant d’entrer dans cette nouvelle Alliance offerte dans l’Incarnation du Fils de Dieu, le peuple d’Israël doit aussi être purifié.

            En effet, Israël peut très bien être comparé à un nazir dès lors que c’est un peuple consacré au Seigneur.[46] Mais voilà, et tous les prophètes le savent, Israël a péché, et il est endurci. L’offrande de la sainte famille pourrait alors être rapprochée de l’offrande pour la purification d’un nazir qui aurait été rendu infidèle à son vœu par le contact avec un mort. Il faut alors, demande la loi, offrir un couple de colombes, l’une en sacrifice pour le péché, l’autre en holocauste, et un agneau d’un an en sacrifice de réparation (Nm 6,12).

            Pour que l’offrande pour la purification du nazir-Israël soit parfaite, il faudrait voir en Jésus l’Agneau du sacrifice à côté du couple de colombes. Saint Luc passerait donc du niveau réel au niveau symbolique.

            Au niveau symbolique, Joseph et Marie pourraient aussi être le couple de colombes, puisqu’ils montent à Jérusalem dans un acte offrande spirituelle au Seigneur. A l’attitude intérieure de Marie, la servante qui se donne elle-même, se joint l’attitude de Joseph. Quel mystère ! Il y aurait alors une mission d’offrande pour Marie et Joseph, au côté de la mission de Jésus.

 

            La tradition de l’Eglise, venant après la passion et la résurrection de Jésus, superpose les étapes et lit dans cet épisode une offrande de Jésus en vue de la croix pour la rédemption de toute l’humanité. Mais il y a toujours un grand intérêt à respecter les étapes historiques.

            A ce stade, la croix n’est pas prédite inexorablement, ce serait forcer le sens du texte. Avec l’idée de la croix comme un destin fixé d’avance, on retomberait dans les idées païennes du destin et d’une humanité qui n’est qu’une marionnette dans les mains des divinités. Par l’acte d’offrande de la sainte famille, Dieu peut vouloir purifier Israël afin que son peuple puisse accueillir le messie, le reconnaître et justement ne pas le mettre à mort.

           

            Il y a pour nous un enseignement spirituel : un acte humain d’offrande intérieure, vécue en communion avec le Christ, a une valeur rédemptrice.

             

 

La paix, la joie

             L’ange Gabriel avait dit à Marie : "Réjouis-toi, comblée de grâce." (Lc 1,28) et lui avait annoncé la naissance de Jésus, roi "dont le règne n’aura pas de fin" (Lc 1, 33). Cela fait écho au prophète Zacharie (Za 9,9) annonçant la joie messianique dans un royaume pacifique (l’ânon est tout l’opposé du cheval de guerre).

 

« Exulte avec force, fille de Sion!

Crie de joie, fille de Jérusalem!

Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux,

humble, monté sur un âne,

sur un ânon, le petit d’une ânesse. » (Zacharie 9,9)

 

            Cette joie et cette sérénité ne sont pas un détail secondaire… Jean Paul II y attire l’attention.

 

« Le sourire maternel de la Vierge, si souvent reproduit dans l’iconographie mariale, manifeste une plénitude de grâce et de paix qui veut se communiquer.

Cette manifestation de la sérénité de l’esprit contribue efficacement à donner un visage joyeux à l’Église.

En acceptant à l’Annonciation l’invitation de l’ange à se réjouir : "Kairè" : "Réjouis-toi" (Lc 1, 28), Marie participe la première à la joie messianique, que les prophètes avaient annoncée à l’avance à la "Fille de Sion" et elle la transmet à l’humanité de tous les temps. »[47]

 

            La liturgie a composé une messe votive « Sainte Marie, cause de notre joie », et une autre messe votive « Marie reine de la Paix ».

 

            Le jour de l’Annonciation, l’ange Gabriel avait dit à Marie : "Réjouis-toi, comblée de grâce." (Lc 1,28).

            Après l’Annonciation, Marie se rend chez Elisabeth, et à sa salutation, dans le sein d’Elisabeth l’enfant a tressailli d’allégresse (Lc 1,43-44).

            Cet enfant est Jean Baptiste. A la naissance de Jean Baptiste, son père Zacharie chante un cantique qui s’achève par l’idée que Dieu nous guidera désormais au chemin de la paix (Lc 1,79).

            A Noël, les anges annoncent la Paix : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance!" » (Lc 2, 14)

            Il s’agit d’une paix du cœur, la paix de l’homme réconcilié avec Dieu, une paix qui saura aussi avoir des conséquences politiques pour les peuples qui sauront prendre Marie pour modèle :

            Avec Joseph, Marie a su fuir la violence d’Hérode, puis, avant de rentrer dans la terre de ses pères (Mt 2, 21), elle attendit l’heure de Dieu, manifestée en songe à Joseph (Mt 2, 19-20).

            Bien que son Fils soit promis à devenir la gloire de son peuple (Lc 2, 32), elle alla à Nazareth, dans la Galilée des nations (Mt 2, 23), cette partie la plus inclusive du pays, c’était ce qui était le mieux pour la sécurité de l’enfant…

            En Marie tout est prudence, douceur, patience, ouverture : autant de chemin de paix...

 

 

Ouverture spirituelle

            Saint François d’Assise a donné aux clarisses ce testament si simple : le Christ est Marie sont les modèles qui éclairent le chemin.[48]

Sainte Claire a gardé ce testament. Il correspond bien à la perspective que nous venons d’aborder et l’enrichit d’une note toute franciscaine :

           

       « Puisque par inspiration divine vous vous êtes faites filles et servantes du Très haut et souverain roi, le Père céleste, et que vous avez épousé l’Esprit saint en choisissant de vivre selon la perfection du saint Evangile, je veux et je promets d’avoir toujours, par moi-même et par mes frères, un soin affectueux et une sollicitude spéciale pour vous comme pour eux. […] Moi, frère François, tout petit, je veux suivre la vie et la pauvreté de notre très haut Seigneur Jésus-Christ et de sa très sainte mère et persévérer en cela jusqu’à la fin ; et je vous prie, mes dames, et je vous donne le conseil de vivre toujours dans cette très sainte vie et pauvreté. Et gardez-vous bien de vous en éloigner jamais en aucune façon, sur l’enseignement ou le conseil de qui que ce soit. »[49]

 

            Marie était saluée par François d’Assise comme « Fille et servante du Roi Très-Haut et Souverain, le Père céleste, Mère de Notre très saint Seigneur Jésus-Christ, Épouse de l’Esprit Saint »[50]. Sainte Claire salue de la même façon Agnès de Prague, c’est le signe qu’elle voit Marie vivre dans ses sœurs !

           

       « A la fille du Roi des rois, servante du Seigneur des seigneurs, épouse très digne de Jésus-Christ et pour cela reine très noble, dame Agnès. » [51]

[…]

       «  …Puisque vous avez préféré le mépris du siècle aux honneurs, la pauvreté aux richesses temporelles, enfouir des trésors dans le ciel plutôt que dans la terre, là où ni la rouille ne ronge ni la mite ne détruit, ni les voleurs ne saccagent ni ne volent, votre récompense est très copieuse dans les cieux, et vous aurez dignement mérité d’être appelée sœur, épouse et mère du Fils du Père très haut et de la glorieuse Vierge. » [52] 

 

Assimilation

            L’assimilation de ce dossier consiste à choisir un point et à le développer. Vous le développez à partir de vos centres d’intérêt.

            Par exemple, vous pouvez dire comment cela éclaire votre vie.

            Certains d’entre vous peuvent s’attacher à montrer l’importance de ce point pour le dialogue avec la culture contemporaine.

            Vous pouvez aussi choisir d’approfondir de façon scientifique et utiliser la bibliographie donnée en note. 

            Vous pouvez aussi choisir une œuvre d’art (joindre la photo) et en faire un commentaire en utilisant ce que vous venez de découvrir.

 


[1] Peuvent poser problème certains passages de N.Cabasilas, Homélie de la nativité. Op. cit.

[2] Expression de J. Ratzinger, La fille de Sion, Parole et Silence, Paris 2002, p.73-79

[3] Nous allons suivre A.SERRA, “Immacolata”, in Nuovo dizionario di mariologia, a cura di de Fiores, ed. san Paolo, Milano 1985, p.691-695

[4] Targum = Traduction expliquée de la Bible, au temps du retour de l’exil, vers 400 avant J-C.

[5] Targum du psaume 68

[6] Une telle vision de Dieu demeure vraie dans le christianisme : avant de nous parler du Testament de Jésus nous offrant Marie comme refuge, Jean Paul II dit en  effet : « Se sentant refusé et repoussé par l’homme, Dieu, dans le respect de la liberté des hommes, donne le sentiment qu’il s’est éloigné, avec pour conséquence l’obscurcissement de la vie qui fait descendre la nuit sur l’Histoire.» Jean Paul II, Message pour le 80ème anniversaire des apparitions de Fatima, DC du 16.11.97

[7] Par respect pour Dieu, les Juifs ne parlent pas de l’intervention de Dieu mais de l’ouverture du ciel.

[8] Pour l’explication de ces courants, lire : J. Bernard, Torah et culte chez les Rabbins, confessions divergentes, dans Mélanges de science Religieuse, Lille, Janvier-mars 1997 pp. 38-71 ; J. Bernard, Le péché originel, une invention de saint Paul ? Revue Ensemble n° 2, juin 1994, p. 91-106

[9] Jean Paul II, Lettre encyclique Redemptoris Mater 39

[10] J. Duquesne, Marie, la mère de Jésus, Plon 2004, p. 80

[11] Nous l’apprenons par Egesippe, originaire d’Orient, probablement de la Palestine, écrivit ses "mémoires" vers 150-200. De la compilation d’Egesippe différents extraits nous sont parvenus par Eusèbe de Césarée. Eusèbe, sur l’autorité d’Egesippe, affirme que Cléophas était un frère de saint Joseph.

[12] S. De Fiores, articolo Vergine, nel Nuovo dizionario di mariologia, a cura di de Fiores, ed. san Paolo 1985, p.1317-1322

[13] R. Laurentin, Les évangiles de l’enfance du Christ, Desclée et DDB, Parigi 1982, p.475-476.

[14] Y.-M. Blanchard, « Né d’un vouloir de chair ? La conception virginale au regard du 4ème évangile », dans Aa Vv, La virginité de Marie, Mediaspaul, Paris 1998, pp.25-31, p. 27.

[15] Tertullianus, De Carne Christi 19,1-2 et 20, 3-7.

[16] Il n’y a donc vraiment pas de raison d’éliminer l’hypothèse d’une version biblique au singulier concernant Jésus sous prétexte qu’elle serait « docète » (Y.-M. Blanchard, op. cit) !

[17] Matthieu parle d’un ange qui roule la pierre, quand Jésus est déjà ressuscité et que le tombeau est vide, Jésus est sorti en laissant intacte cette pierre…

[18] H. Asmussen, Maria die Mutter Gottes. Evangelisches Verlag, Stoccarda 1951, p.19

[19] cf. Conc. du Latran, année 649, can. 3: Mansi 10, 1151. S Léon M Epist. ad Flav. PL 54, 759. Conc. de Chalc. Mansi 7, 462. S Ambroise, De instit. virg.: PL 16, 320.

[20] Jean Paul II, Allocution à Capoue, 24 mai 1992, in Actae Apostolicae 85, (1993) 2. Traduit de l’italien par F.Breynaert.

[21] Cf. S. EFREM, Commentarium in Diatesseron 21, 21 : GSGO 14.5,.232 ; S. ISODORO PELUSIOTA, Epist. 1,404; PG 78,408; S. PROCLO DI CONSTANTINOPOLI, Homilia, 33. In s. Apostolorum Thomam, VII, 19-20: «Studi e Testi» 247, p.241; S. PIETRO CRISOLOGO, Sermo84, 3: CCL 24°, p. 518; S. CESARIO DI ARLES, Sermo 203,2; CCL 104, p. 818.

[22] S. EFREM, de nativitate XXIII, 12 : CSCO 187, p. 109 ; S. GREGORIO NAZIANZENO, Oratio 29 (= Oratio teologica III), 19: SCh 250, p. 218; S. MASSIMO DI TORINO, Sermo 39, l: COL 23, p. 152.

[23] Missale Hispano-Mozarabicum, Sabbato Paschae ante octavas. Illatio : Toledo, Conferencia Episcopal Espanola – Arzobispado de Toledo, 1991, p.466.

[24] Cf. CONC. ROMAN. LATERAN., can. 3 : ID.Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima, X, col 1151 ; CONC. TOLET. XVI, Symbolum, art. 22.

[25] Cf. CONC. ECUM. VATICANO II, Cost. dogmatica Lumen gentium, 56.

[26] Jean Paul II, Allocution à Capoue, 24 mai 1992, n°9-10, op.cit.

[27] Jean Paul II, Allocution à Capoue, 24 mai 1992, n°11, op. cit.

[28] Jean Paul II, Audience générale du 24 juillet 1996

[29] RC = Jean Paul II, Redemptoris Custos, Exhortation apostolique sur la figure et la mission de saint Joseph dans la vie du Christ et de l’Eglise (15 août 1989)

[30] M-D. Philippe, Préface dans C. Sauvé, Le mystère de Joseph, Nice 1978, p. IX.

[31] Paul VI, Discours adressé le 4 mai 1970 au mouvement "Équipes Notre-Dame" Dans L’Osservatore Romano français, le 8 mai 1970, p. 7.

[32] St Thomas, Somme Théologique, II-II Qu.106 a. 1

[33] Jean Paul II, Allocution à Capoue, 24 mai 1992, n°9-10, in Actae Apostolicae 85, (1993), 2, p.668-669, traduction F. Breynaert

[34] Saint Léon le Grand, 6e sermon de Noël 1-2, SC 22 par J. Leclercq, Le Cerf, Paris 1947, p.127

[35] Saint Léon le Grand, 7e sermon de Noël 1-2, ibid., p. 139-141

[36] Cf. F. Breynaert, L’arbre de vie, Parole et Silence, Paris 2006, p. 284-286

[37] Cf. Vladimir Lossky, Théologie mystique de l’Eglise d’Orient, Paris 1944, p. 131-151

[38] Cf. G. Santarelli, La Santa Casa di Loreto, un’esperienza di fede e di arte attraverso i secoli, mondatori, Milano 1999 et G. Santarelli, Nuove fonti letterarie, in Theotokos 1997, n° 2, pp. 707-724

[39] A ne pas confondre avec Judas qui trahit Jésus.

[40] Le vieux récit Apocryphe du « Protévangile de Jacques », écrit en Egypte, parle de l’éducation de Marie dans le temple. Or le temple n’avait ni école ni pension pour petites filles ! Mais ce récit, sans valeur historique, a une valeur liturgique qui est juste du point de vue théologique, car il nous dit que Marie a été préparée à sa mission.

[41] Règle de la Communauté 9,11 et Document de Damas 12,23

[42] Préface de la messe du 25 mars – missel romain Paul VI

[43] C’est l’expérience que saint Louis Marie de Montfort invite à faire (SM 56 et VD 218).

[44] Congrégation du Culte Divin, Messes en l’honneur de la Vierge Marie, Desclée Mame, p. 155-160

[45] D’autres arguments renforcent cette lecture : Quand Jésus enseigne dans "leurs synagogues" (Mc 1,39 [cf Lc 4,44]; Mt 4,23; 9,35; 10,17; 13,54), « leur » se réfèrent aux habitants de la Judée. Le thème de la purification est annoncé aussi par Malachie 3, « Il s’assiéra pour fondre et purifier ; il purifiera les fils de Lévi... », or Malachie est un des textes prophétiques dont Luc s’inspire 1-2 : Ml 2,6// Lc 1,17 ; Ml 3,20 //Lc, 78. Cf. A.Serra. “biblia” dans Nuovo dizionario di mariologia, Ed De Fiores, San Paolo, Milano 1985, p. 235-237.

[46] « Tu es un peuple consacré à Yahvé ton Dieu; c’est toi que Yahvé ton Dieu a choisi pour son peuple à lui, parmi toutes les nations qui sont sur la terre. » (Dt 7.6, cf. 14,2 ;14,21 ; 26,19 ; Ez 44,19)

[47] Jean Paul II, Audience générale du 25.11.95

[48] Cf. S.Cecchin, Maria Signora Santa e Immacolata nel pensiero francescano, PAMI, città del Vaticano, 2001, p. 60-61

[49] Sainte Claire, Règle 6, 7-9, dans Ecrits, Sources chrétiennes 325, Cerf Paris 1985, p. 145

[50] Saint François d’Assise, Ecrits, dans SC 285, Le Cerf, Paris 1981, p. 291.

[51] Sainte Claire, 2e lettre à Agnès de Prague, §1, dans Ecrits, Sources chrétiennes 325, Cerf Paris 1985, p. 93

[52] Sainte Claire, 1e lettre à Agnès de Pragues, § 19-24 dans op.cit., p. 89

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