N°14, Marie - l’Eglise

Marie dans le mystère de l’Eglise

            La Lumen gentium (LG) est une constitution dogmatique : elle a une autorité dogmatique extrêmement forte. Son 8ème et dernier chapitre, est entièrement dédié à « la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise ». La place de ce chapitre est une façon d’indiquer que Marie n’est pas un sujet secondaire, mais le sommet et le point d’orientation de l’enseignement conciliaire sur l’Eglise.

           

            « …dans le mystère du Christ et de l’Eglise ». L’Eglise est avant tout un mystère. Et le concile a choisi d’en parler avec des images (LG 6). Elle est l’olivier que le Père a greffé sur Israël (Rm 11,13-16), elle est la vigne taillée par le Père Jn 15, 1-4. Le Christ est le cep hors duquel on ne peut rien faire (Jn 15, 4-6). L’Eglise est le champ que le Père cultive (1 Co 3,9). Elle est un bercail dont le Christ est la porte “Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera un pâturage” (Jn 10, 6).

            Elle est composée des disciples qui se reconnaissent par leur amour (Jn 15,8-13). Elle est l’épouse du Christ (Eph 5,25-27 et Ap 19,7). Elle est aussi une institution hiérarchisée comme l’indique l’image du Temple bâti sur la fondation des apôtres, avec pour pierre angulaire le Christ (1 Co 9-11). Elle est en même temps le Temple de l’Esprit Saint qui opère les jointures (Eph 2,19-22). Elle est la nouvelle Jérusalem : « la Jérusalem d’en Haut est libre, et elle est notre mère. » (Ga 4,26).

           

            Marie est dans « ce mystère ». Les pères de l’Eglise l’ont compris avec les églises dont ils étaient évêque ou patriarche. Les saints l’ont aussi compris et vécu, chacun avec la note propre de sa spiritualité. Vatican II l’a repris. Jean Paul II l’a approfondi.

 

Notre plan :

Ecole mariale N° 15, apport 1

Marie dans le mystère de l’Eglise. 1

Marie dans les Actes de apôtres. 1

Traditions d’Orient et d’Occident 2

Saint Ambroise. 2

Saint Germain de Constantinople (†733) 3

Saint Jean Damascène. 3

Sainte Claire et saint François d’Assise. 5

Luther, Marie et l’Eglise. 6

Saint Louis Marie de Montfort. 6

Vatican II. 7

Marie, servante du Seigneur (LG 60, 61, 62) 8

Marie, modèle de l’Eglise (LG 63-65) 9

Le culte marial (LG 66-67) 11

Marie, « signe d’espérance assurée et de consolation » (LG 68-69) 12

Jean Paul II. 13

Assimilation. 14

 

 

Marie dans les Actes de apôtres

Au cénacle avant la Pentecôte :

            « Les disciples étaient assidus et unis dans la prière, avec quelques femmes et avec Marie, la mère de Jésus et avec ses frères » (Ac 1,14).

            Marie, qui gardait et méditait tout dans son cœur (Lc 2, 52) va aider les disciples dans leur méditation, et cette méditation conduit à la Sagesse de l’Esprit Saint, elle ouvre au feu de l’Esprit Saint.

            « La foi de Marie, […] cette foi héroïque, "précède" le témoignage apostolique de l’Eglise et demeure au cœur de l’Eglise, cachée comme un héritage spécial de la révélation de Dieu. Tous ceux qui participent à cet héritage mystérieux de génération en génération, acceptant le témoignage apostolique de l’Eglise, participent, en un sens, à la foi de Marie. »[1]

 

A la Pentecôte :

            Il faut se souvenir des courants du judaïsme, et de la grande différence entre un courant qui n’attend qu’un rappel du Sinaï interprété par la majorité du sanhédrin, et un courant qui attend une « ouverture du ciel ». Pour certains Juifs, la fête de Pentecôte était vécue comme une simple répétition du Sinaï, en célébrant la joie de la Torah donnée dans le passé, pour d’autres, cette fête devait être un renouvellement de l’Alliance. Les disciples de Jésus vont vivre la Pentecôte comme une ouverture du ciel, un don de l’Esprit Saint.

            La Vierge Marie, qui accueillit l’Esprit Saint pour l’Incarnation du Fils de Dieu est celle qui accompagne l’Eglise dans l’accueil de l’Esprit Saint pour la naissance de l’Eglise.

             

Les Actes des apôtres prolongent l’évangile de Luc.

  • Dans les premiers chapitres de l’Evangile de saint Luc, est présent un couple, Marie et Joseph, parents virginaux de Jésus conçu par l’Esprit Saint.
  • Dans les premiers chapitres des Actes des Apôtres, est présent un autre couple, Ananie et Saphire, deux baptisés qui commettent le péché contre l’Esprit Saint (Ac 5, 2.8). Luc nous met sur la piste d’une analogie avec la faute originelle (Gn 3) : on y retrouve en effet, la destruction de l’harmonie, la figure de Satan, l’origine de la faute située dans un couple, le mensonge à Dieu, l’expulsion finale. C’est un délit d’argent (comme la trahison de Judas). Luc veut faire savoir à ses lecteurs que "le péché originel en Eglise" est un péché d’argent. Mammon (Lc 16, 13) destructeur de la vie, est aussi destructeur de l’Eglise.

            Puisse l’Eglise se souvenir du couple Joseph et Marie, car Dieu « a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Luc 1, 53).

 

Traditions d’Orient et d’Occident

Saint Ambroise

            Saint Ambroise fut acclamé évêque par tout le peuple de Milan, le 7 décembre 374. Prédicateur célèbre, il exerce une influence déterminante dans l’Eglise et dans la politique de son temps. Il connaît bien la tradition d’Orient et va nourrir la foi de l’Eglise d’Occident, y compris Luther, y compris Vatican II...

 

            Saint Ambroise croit qu’il y a dans le mystère de l’Église la même virginité spirituelle qu’en Marie, et la même fécondité dans l’Esprit Saint :

« Notre mère [l’Église] […] nous donna la vie non pas par une oeuvre d’homme, mais par la vertu de l’Esprit Saint : non pas dans les douleurs, mais avec la félicité des anges. »[2]

            Saint Ambroise a un langage étonnant, proche de saint Jean, « Moi en eux et toi en moi » (Jn 17, 23) : l’âme de Marie réside en chaque croyant, et elle y conçoit le Christ :

« Toute âme qui croit, conçoit et engendre la parole de Dieu et reconnaît ses oeuvres. Qu’en tous réside l’âme de Marie pour, glorifier le Seigneur ; qu’en tous réside l’esprit de Marie pour exulter en Dieu. S’il n’y a corporellement qu’une Mère du Christ, par la foi le Christ est le fruit de tous : car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, à condition que, sans tache, préservée des vices, elle garde la chasteté dans une pureté sans atteinte. »[3]

 

Saint Germain de Constantinople (†733)

            Saint Germain, patriarche de Constantinople, prépare les expériences plus modernes que les fidèles feront du rôle de Marie dans leur vie, jusqu’à la Parousie (« l’achèvement »).

            Il met sur les lèvres de Jésus :

« Comme moi aussi, bien que n’étant pas du monde, je tourne le regard et je pourvois à ceux qui sont dans le monde, ainsi ta protection ne s’éloignera pas des êtres du monde jusqu’à son achèvement. » [4]

            Il parle de la médiation de Marie, on ne reçoit rien si ce n’est à travers Marie. De tels propos ne remplacent pas l’unique médiation du Christ, ils se comprennent dans le Christ :

« Puissante est ton aide pour le salut O Mère de Dieu, et il n’y a pas besoin d’aucun autre médiateur auprès de Dieu. […] Personne ne se sauve pas si ce n’est à travers toi O toute sainte. Personne n’est libéré des maux si ce n’est par toi, O irrépréhensible. Personne ne reçoit un don si ce n’est par toi O toute chaste. Personne n’est pris en pitié sinon à travers toi, O toute vénérable. Et en échange de cela, qui ne te proclamera pas bienheureuse ? Qui ne te glorifierait, sinon autant que tu le mérites, au moins de la façon la plus ardente ? » [5]

            En effet, la Mère de Dieu n’a pas un tel pouvoir par elle-même, mais en intercédant auprès de son Fils :

« Comme Tu as auprès de ton Fils la hardiesse et la force d’une mère, avec tes prières et tes interventions tu nous sauves et rachètes de la punition éternelle, nous qui avons été condamnés par nos péchés et qui n’osons pas regarder non plus vers les hauteurs du ciel. » [6]

            Il est encore prématuré de parler ici d’une doctrine de la maternité spirituelle de Marie, mais la voie est ouverte parce que saint Germain insiste sur la présence de Marie dans notre vie et sur sa sollicitude maternelle envers chacun.

           

Saint Jean Damascène

            A Damas, saint Jean Damascène († vers 750) introduit l’idée de la médiation de Marie avec une image prise dans l’Ancien Testament : l’échelle de Jacob. En effet, l’Incarnation qui relie le ciel et la terre s’est faire en Marie, à travers toute sa personne.

 

  « L’échelle spirituelle, la Vierge, est plantée en terre, car de la terre elle tient son origine, mais sa tête s’élève jusqu’au ciel. » [7]

 

  « De même que Jacob a vu l’échelle unir la terre au ciel et les anges monter et descendre sur elle, et Celui qui est vraiment le fort et l’invincible lutter symboliquement avec lui,

  de même toi aussi devenue médiatrice et échelle pour que descende vers nous ce Dieu, - qui a assumé la faiblesse de notre substance en l’embrassant et l’en unissant à soi et a fait de l’homme un esprit qui voit Dieu-, tu as réuni ce qui était divisé. »[8]

 

            L’Incarnation est source de vie et de paix pour chacun de nous, et Marie y joue un rôle très actif.

  « Par elle nos hostilités séculaires avec le Créateur ont pris fin. Par elle notre réconciliation avec Lui fut proclamée la paix et la grâce nous furent données, les hommes unissent leurs chœurs à ceux des anges, et nous voilà faits enfants de Dieu, nous qui étions auparavant un objet de mépris ! Par elle nous avons vendangé le raisin qui donne la vie d’elle nous avons cueilli le germe de l’incorruptibilité. De tous les biens elle est devenue pour nous la médiatrice. En elle Dieu s’est fait homme, et l’homme est devenu Dieu. » [9]

            Parler de la médiation de Marie n’est pas d’une doctrine abstraite. Voici comme saint Jean Damascène exhorte ses auditeurs à se rendre disponibles à l’action médiatrice de la Mère du Seigneur :

 

  « Si donc nous évitons avec courage nos vices passés ; si nous aimons de toute notre ardeur les vertus et que nous les prenions pour compagnes,

  elle [Marie] multipliera ses visites auprès de ses propres serviteurs, avec, à sa suite, l’ensemble de tous les biens ; et elle prendra avec elle le Christ : son Fils Roi et Seigneur universel, qui habitera en nos cœurs.

  A Lui gloire, honneur, force, majesté et magnificence, avec le Père sans principe et le Saint- Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. »[10]

 

            Avec prudence pastorale, saint Jean Damascène introduit une distinction très claire entre culte d’adoration (ou latrie), dû seulement à Dieu et culte de vénération et de vénération qu’on doit nourrir envers la Vierge sainte. Le culte de vénération doit aussi être rendu aux icônes de la Vierge.

« Comme celui que nous adorons est Dieu, un Dieu qui n’est pas venu du non-être à l’existence, mais qui est éternel engendré de l’éternel, qui dépasse toute cause, parole, idée soit de temps soit de nature, c’est la Mère de Dieu que nous honorons et vénérons. » [11]

            Saint Jean Damascène a suggéré un forme de dévotion mariale qui ressemble beaucoup à la consécration à la bienheureuse Vierge, pratiquée dans la pitié mariale contemporaine :

  « Nous aussi, aujourd’hui, nous nous tenons en ta présence, o Souveraine, Qui, je le répète, Souveraine, Mère de Dieu et Vierge : nous attachons nos âmes à l’espérance que tu es pour nous, comme à une ancre absolument ferme et infrangible[12], nous te consacrons notre esprit, notre âme, notre corps, chacun de nous en toute sa personne : nous voulons t’honorer par des psaumes, des hymnes, des cantiques inspirés, autant qu’il est en nous : car te rendre honneur selon ta dignité dépasse nos forces. […] Il suffit, en réalité, à ceux qui gardent pieusement ta mémoire, d’avoir le don inestimable de ton souvenir : il devient le comble de la joie impérissable. De quelle allégresse n’est-il pas rempli, de quels biens, celui qui a fait de son esprit la secrète demeure de ton très saint souvenir ?

Voilà le témoignage de notre reconnaissance, les prémices de nos discours, l’essai de notre misérable pensée, qui, animée par ton amour, a oublié sa propre faiblesse. Mais reçois avec bienveillance notre ardent désir, sachant qu’il va plus loin que nos forces. Jette les yeux sur nous, o Souveraine excellente, mère de notre bon Souverain ; gouverne et conduis à ton gré notre destinée, apaise les mouvements de nos honteuses passions, guide notre route jusqu’au port sans orages de la divine volonté ; et gratifie-nous de la félicité future, cette douce illumination par la face même du Verbe de Dieu, qui s’est incarné par toi.

Avec lui, au Père, gloire, honneur, force, majesté et magnificence, en la compagnie de l’Esprit très saint, bienveillant et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. »[13]

 

Sainte Claire et saint François d’Assise

            Après la période des pères de l’Eglise, il est bienfaisant de s’arrêter au Moyen Age, à Assise.

            Saint François d’Assise appelle Marie : « la vierge faite église ». Comme le confirme la suite de la salutation, cette expression se réfère d’abord à la maternité de Marie, comme « tabernacle » ou « maison de Dieu ». Mais cette expression vise probablement aussi une autre réalité, Marie vit dans l’Eglise, ce que développera sainte Claire.

            Voici la salutation de saint François :

 

« Salut, Dame, reine sainte,

Sainte mère de Dieu, Marie,

Qui es vierge faite église

et choisie par le Père très saint du ciel,

toi qu’il consacra avec son très saint Fils bien-aimé

et l’Esprit-Saint Paraclet,

toi en qui furent et sont

toute plénitude de grâce et tout bien.

Salut, toi son palais ;

Salut, toi son tabernacle ;

Salut, toi sa maison.

Salut, toi son vêtement ;

Salut, toi sa servante ;

Salut, toi sa mère,

et vous toutes, saintes vertus,

qui, par la grâce et l’illumination de l’Esprit Saint,

êtes répandues dans les cœurs des fidèles,

pour faire d’infidèles des fidèles envers Dieu. »[14]

 

            Sainte Claire d’Assise recommande à Agnès de Prague (elle pourrait le dire à toute l’Eglise) de s’attacher à Marie, la « très douce mère » de Jésus, ce Fils « que les cieux ne pouvaient contenir. »[15] Elle lui propose aussi d’imiter Marie, c’est à dire de porter spirituellement Jésus en suivant Marie. Elle s’appuie sur ce verset de l’Evangile : « Celui qui m’aime, mon Père l’aimera, et moi aussi je l’aimerai, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. » (Jn 14, 23). Ainsi, Agnès, et toute l’Eglise, feront l’expérience de devenir comme Marie, et Marie sera Eglise…

« De même donc que la glorieuse Vierge des vierges l’a porté matériellement, de même toi aussi, suivant ses traces, d’humilité surtout et de pauvreté, tu peux toujours le porter, sans aucun doute, spirituellement dans un corps chaste et virginal, contenant celui par qui toi et toutes choses sont contenues, possédant ce que, par comparaison avec les autres possessions transitoires de ce monde, tu posséderas plus fortement. »[16]

 

Luther, Marie et l’Eglise

            Pour Luther, Marie est « Mère de l’Eglise, cette Eglise dont elle est le membre le plus éminent. »[17]. Il y a là l’influence de saint Augustin, lui-même disciple de saint Ambroise…

           

            Luther a aussi gardé le dépôt de la foi exprimé au concile d’Ephèse, et même au concile de Latran : pour Luther, la virginité de Marie, et même sa virginité perpétuelle, est ainsi le signe où transparaît le mystères des deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme[18]. Et ce mystère du Christ rejaillit sur le mystère de l’Eglise, c’est un seul mystère.

                       

            A la suite de saint Ambroise ou sainte Claire d’Assise, Luther croit que tout croyant devient, comme Marie, porteur du Christ, de manière spirituelle :

« Nous sommes aussi enceints par l’Esprit saint et recevons en nous le Christ spirituellement dans la foi. »[19]        

            Luther invite chacun à accueillir Marie comme sa vraie mère :

« Telle est la consolation et la bonté débordante de Dieu, qu’un homme puisse se prévaloir, s’il croit, d’un si grand trésor, que Marie soit sa vraie mère, le Christ son frère, et Dieu son Père. »[20]

 

Saint Louis Marie de Montfort

            Saint Louis-Marie de Montfort (†1716) s’est nourri des pères de l’Eglise.

            Il résume l’essentiel en une seule image. Il compare Marie à « l’arbre de vie » planté et arrosé par l’Esprit Saint (SM 67). Son fruit est Jésus-Christ (SM 77.78). L’arbre s’élève vers le ciel, vers l’ineffable et infini mystère du Père : Marie attire la bénédiction du Père, et ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont enfants de Dieu. Les oiseaux du ciel viennent dans l’arbre, image du rassemblement de l’Eglise.

            Par la force de cette image, le baptisé est stimulé a accueillir Marie pour vivre la dimension trinitaire et communautaire de son baptême, dans l’Eglise de la Trinité.[21]

           

            Dans la Trinité, les personnes divines peuvent se dire l’une à l’autre « Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,10).

            Croire en une telle dynamique du don conduit saint Louis-Marie à croire en la Providence d’une manière extraordinaire, même quand il n’a plus rien et qu’il perd ses appuis humains. Il sait susciter une affectueuse alliance avec les plus pauvres, qui sont heureux de pouvoir donner (Lettre 6). Il va même vivre ses missions à l’apostolique, c’est-à-dire en dépendance des peuples, en appelant chacun à donner. Tous ceux qui donnent ainsi ressemblent à la Trinité.

 

            Dieu est Celui qui donne et se donne, dépouillé, agenouillé comme au Lavement des pieds, il suscite une réponse. Il attend une réponse. Il ne regarde pas la taille de la réponse car l’amour de Dieu transfigure : l’offrande de Jacob est bien celle d’un « vermisseau » mais Dieu en fait un être fort qui se glorifie dans le Seigneur (Is 41.14-16), la lumière des nations.

            Il n’y a pas de don sans retour mais cette règle n’engendre ni calcul utilitaire ni un ordre marchand : une tribu peut donner cent poteries de terre cuite, une autre donnera 3000 milles bijoux d’or, et une autre quelques jeunes filles à marier (sans prix !). La « matière de l’échange » est un opérateur de lien, mais est dépourvue de valeur en soi, elle est sans mesure. Les partenaires cherchent non à s’affranchir d’une dette mais à entretenir une Alliance[22]. Il en est de même dans la Bible entre Dieu et son peuple.

            Ceci dit, la Bible parle aussi de la gratuité première du don de Dieu, et elle enseigne un don qui corresponde à ce que désire l’autre, à « sa gloire », à ce qu’il est en lui-même. Il s’agit de se donner à Marie pour glorifier Dieu (SM 68).

            Saint Louis-Marie ne dit jamais que notre offrande serait nulle et que seule l’offrande du Dieu-homme aurait une valeur. L’homme a la dignité de faire un véritable don au Seigneur (SM 28. 29. 32 etc.), toujours sous l’effet de la grâce. Ainsi, l’homme s’élève en Dieu, parce que Dieu veut faire de lui un partenaire dans une Alliance (ASE 223).

            Cependant, l’expérience de la lumière de Dieu invite à considérer notre offrande avec grande humilité : « Nos bonnes actions, quoiqu’elles paraissent bonnes, sont très souvent souillées et indignes des regards et de l’acceptation de Dieu » (SM 37), « Bon Dieu que tout ce que nous faisons est peu de chose ! Mais mettons-le dans les mains de Marie » (SM 38). Ainsi, la tendresse de Dieu nous a donné Marie pour que nous puissions bien vivre le don et l’Alliance, et entrer ainsi dans la vie trinitaire. Quel bonheur ! « Heureuse une âme en qui Marie, l’Arbre de vie, est plantée ! » (SM 78).  

           

            La spiritualité mariale est l’enrichissement d’une vraie rencontre. Et c’est un secret (SM 1.70) dans le sens où le mystère (de Marie, de Jésus, de Dieu) n’est jamais pleinement connu. L’autre ne peut pas être contenu dans l’horizon de celui qui le reçoit, il ouvre cet horizon. Rencontrer l’autre n’est jamais sans une surprise, et sans une distance et une certaine absence.

            Le désir est infini, jamais comblé, mais non pas malheureux. C’est, comme Marie Madeleine, faire l’expérience de ne pas pouvoir retenir, saisir, contenir le Christ ressuscité, puis s’élancer à sa suite. Le Christ ressuscité (Jn 20,12), comme l’arbre de vie (Gn 3,22.24), est gardé par deux chérubins qui en disent la transcendance infinie…

 

Vatican II

            Vatican II est souvent mal connu. Il s’appuie sur l’Ecriture et la tradition. Si vous avez compris ce qui précède, l’enseignement du concile sera pour vous facile et lumineux, savoureux comme un bon plat lentement mijoté avec tous les ingrédients précédents.

            Nous lisons Lumen Gentium (LG).

 

Marie, servante du Seigneur (LG 60, 61, 62)

            LG 60 reprend Tm 2, 5-6. La préoccupation de saint Paul en Tm 2,5-6 est de dire qu’il y a un seul et unique Dieu pour les païens et pour les Hébreux, et que par conséquent il n’y a pas un médiateur différent pour les uns et pour les autres, mais un seul : le Christ. L’expression « unique médiateur » a pour but d’unir les païens et les Hébreux, elle n’a pas pour but d’exclure Marie, ni la possibilité d’autres médiateurs, mais à condition de les situer dans le Christ et subordonnés à Lui.

 

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            LG 61 résume avec précision l’union de Marie au Christ Rédempteur[23] : Marie fut « la vénérable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son oeuvre à un titre absolument unique [= singulater prae aliis], humble servante du Seigneur. »

             « singulater » signifie d’une manière éminente, extraordinaire, et « prae aliis » signifie plus que les autres : Marie n’est donc pas la seule à être associée à l’œuvre du Rédempteur, nous aussi.

            « humble servante du Seigneur » : ce sont des mots de l’Evangile (Lc 1, 38.48).

 

            LG 61 observe avec profondeur comment Marie est associée au Christ :

  • Par sa vie concrète : « En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec son Fils qui mourrait sur la croix »
  • Par sa vie intérieure, ses mérites « par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité »
  • Par l’intention qui la motive : en conformité avec la volonté du Père, « pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle »

 

            LG 61 en tire la conséquence : « C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’Ordre de la grâce, notre Mère. »

 

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            LG 62 souligne la continuité du mystère de la maternité de Marie : depuis l’Annonciation, à la croix, à la Pentecôte, après l’Assomption et « jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. ». Puis LG 62 raconte l’expérience de Marie que l’Eglise a vécue : 

« Par son intercession répétée [multiplici] elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse. » (LG 62)

  • « intercession répétée [multiplici] » : le concile n’a pas voulu préciser les modalités concrètes de la maternité spirituelle de Marie au ciel (prière, intercession, aide, intervention, apparition). Le mot latin « multiplici » suggère une grande variété de mode d’action. Le mot « intercession » a été choisi car il correspond à l’action principale de Marie dans l’Evangile (à Cana, Jn 2).
  • L’action maternelle de Marie a d’abord pour but notre salut éternel. Mais elle concerne aussi tous « les périls et les épreuves » liés à la vie terrestre.
  • Au ciel, Marie intervient par la charité. Cette charité est l’amour même de Dieu participé par les créatures, et, en Marie, c’est un « amour maternel ».

           

            Lisons la suite :

  « C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Eglise sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice[24], tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ[25].

  Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même pied que le Verbe incarné et rédempteur. Mais tout comme le sacerdoce du Christ est participé sous des formes diverses, tant par les ministres que par le peuple fidèle, et tout comme l’unique bonté de Dieu se répand réellement sous des formes diverses dans les créatures, ainsi l’unique médiation du Rédempteur n’exclut pas, mais suscite au contraire une coopération variée de la part des créatures, en dépendance de l’unique source.

  Ce rôle subordonné de Marie, l’Eglise le professe sans hésitation ; elle ne cesse d’en faire l’expérience ; elle le recommande au cœur des fidèles pour que cet appui et ce secours maternels les aident à s’attacher plus intimement au Médiateur et Sauveur. » (LG 62)

            Pour le concile, non seulement Marie est légitimement invoquée sous le titre de « Médiatrice » mais cela est encouragé. C’est un consensus, fondé sur deux arguments, et fruit d’une expérience :

 

  • Un consensus : le titre de médiatrice, ayant déjà été utilisé par les papes devait être clairement cité, mais une partie des pères du concile pensait que ce titre devait être éliminé car le Christ est l’unique médiateur. La concorde fut obtenue par un effort de précision : on conserva le titre mais accompagné d’autres titres qui en illuminent le sens, et on le situa à l’intérieur de la médiation du Christ et non pas indépendamment (LG 60 repris en LG 62).

           

  • Deux arguments : la doctrine de la médiation de Marie reçoit deux arguments très efficaces, qui affirment aussi implicitement la coopération de tous les fidèles à l’histoire du salut.:

a)L’analogie que l’Ecriture elle-même offre au sujet du sacerdoce unique du Christ (He 5), qui est participé par les ministres sacrés et par les simples fidèles, ce que les protestants comprennent très bien.

b)Le fait que les créatures participent de la bonté de leur Créateur.

 

  • Une expérience : L’Eglise « ne cesse d’en faire l’expérience » : c’est une page de l’histoire humaine que personne ne peut renier. L’Eglise « recommande au cœur des fidèles », c’est-à-dire à leur conscience et à leur style de vie chrétienne, de faire de cette influence de Marie une expérience toujours plus profonde, « pour que cet appui et ce secours maternels les aident à s’attacher plus intimement au Médiateur et Sauveur. »

 

Marie, modèle de l’Eglise (LG 63-65)

            Lorsque nous vivons dans une communauté paroissiale ou religieuse, nous rencontrons parfois tristement des manques de foi et des manques de charité. Mais l’Eglise est habitée par un mystère, c’est pourquoi elle est plus grande que les manquements humains, et à ce niveau, LG 63 peut montrer la ressemblance entre Marie et l’Eglise « dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ ».

           

            Marie offre à l’Eglise « à un titre éminent et singulier, le modèle de la vierge et de la mère » (LG 63) Marie est « le modèle de la vierge » : c’est-à-dire non seulement le modèle de la virginité physique pour les consacrés, mais aussi le modèle de l’intégrité de sa foi, de sa confiance en Dieu seul, ce que la Bible appelle aussi virginité.

            Marie est mère par son amour.

            Marie coopère (maintenant, au présent), dans le contexte de ce paragraphe, Marie coopère à l’action du Christ et des sacrements, spécialement le baptême, sacrement de la régénération :

« Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait le premier-né parmi beaucoup de frères (Rm 8,29), c’est-à-dire parmi les croyants, à la naissance et à l’éducation desquels elle apporte la coopération de son amour maternel. » (LG 63).

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            L’Eglise est un mystère, ses fils sont conçus de l’Esprit Saint, nés de Dieu. La réalité profonde de l’Eglise correspond intimement au mystère personnel de Marie :

 « Mais en contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi : par la prédication en effet, et par le baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle aussi est vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère[26]. » (LG 64)

            Ce qui construit l’Eglise, c’est qu’elle agit « en accomplissant fidèlement la volonté du Père » et par « une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère » (LG 64), c’est-à-dire par l’imitation de Marie dont le concile vient de parler dans les mêmes termes (cf. LG 62). Dieu qui avait voulu la coopération libre et responsable de Marie à l’Incarnation de son Fils (LG 56) et veut aussi la libre coopération libre et responsable de l’Eglise.

            C’est d’abord Dieu qui agit : les fils de l’Eglise sont « conçus de l’Esprit Saint » (LG 64) comme lors de l’Incarnation du Christ, et sont « nés de Dieu » (cf. Jn 1,12.13). La responsabilité de l’Eglise « grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi » (LG 64) imite celle de Marie qui « reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son cœur et dans son corps » (LG 53).

            L’Eglise engendre « par la prédication » : c’est ce que dit saint Paul (1Co 4,15) et « par le baptême » (LG 64), avec le baptême sont inclues la confirmation et l’Eucharistie.

 

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            En LG 65, Marie est présentée comme un chemin de sainteté :

  « L’Eglise en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep 5,27) » (LG 65)

  « Les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché: c’est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus. » (LG 65)

            Marie est modèle des vertus, de toutes les vertus humaines, morales, théologales[27]. Les baptisés sont engagés dans une lutte, l’effort vers le bien, la lutte contre le péché. En levant les yeux vers elle, ils recevront son aide.

 

            C’est Marie, quand on l’approche avec amour, qui fait découvrir le mystère. Les orientaux appellent Marie « Odigitria », celle qui guide sur le chemin de l’expérience du Christ. Connaître constitue une partie essentielle du chemin spirituel. Connaître et honorer Marie ouvre l’accès de l’expérience du Christ. L’aspect pratique est tout aussi important : il s’agit pour l’Eglise de devenir « sans cesse plus conforme à son Epoux », à travers Marie. Nous pourrions résumer cela par la devise « Par Marie à son Fils ». Le concile dit :

  « En se recueillant avec piété dans la pensée de Marie, qu’elle contemple dans la lumière du Verbe fait homme, l’Eglise pénètre avec respect plus avant dans le mystère suprême de l’Incarnation et devient sans cesse plus conforme à son Epoux. Intimement présente en effet à l’histoire du salut, Marie rassemble et reflète en elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi et elle appelle les fidèles à son Fils et à son sacrifice, ainsi qu’à l’amour du Père, lorsqu’elle est l’objet de la prédication et de la vénération. » (LG 65)

            Non seulement « Par Marie a son Fils » mais « Par le Christ à Marie » et cet aspect n’a pas toujours été perçu. En recherchant la gloire du Christ, l’Eglise ressemble à Marie, qui fut la première disciple du Christ et qui en est le modèle.

  « L’Eglise, à son tour, recherchant la gloire du Christ, se fait de plus en plus semblable à son grand modèle (Typo) en progressant continuellement dans la foi, l’espérance et la charité, en recherchant et accomplissant en tout la divine volonté. » (LG 65)

            L’amour maternel de Marie, avec toute sa richesse psychologique (en latin affectus) est le modèle lumineux de tout apostolat :

« C’est pourquoi, dans l’exercice de son apostolat, l’Eglise regarde à juste titre vers celle qui engendra le Christ, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge précisément afin de naître et de grandir aussi par l’Eglise dans le cœur des fidèles. La Vierge a été par sa vie le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Eglise, travaillent à la régénération des hommes. » (LG 65)

 

Le culte marial (LG 66-67)

            Peut-on louer Marie ? Peut-on lui demander de prier pour nous ? Peut-on la contempler pour l’imiter ?

  • LG 66 affirme la légitimité du culte marial et en donne trois fondements :

a) Marie est la « Mère très sainte de Dieu »

b) Marie est « présente aux mystères du Christ »

c) Marie est « élevée par la grâce de Dieu, au-dessous de son Fils, au-dessus de tous les anges et de tous les hommes »

 

  • LG 66 présente le caractère traditionnel du culte marial en choisissant trois références :

a) L’Evangile (Lc 1,48) qui décrit l’attitude de la première communauté chrétienne et prophétise : « Toutes les générations m’appelleront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses » (Lc 1,48).

b) La prière du « Sub tuum Praesidium » datant du 2e ou 3e siècle : « depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est honorée sous le titre de " Mère de Dieu" ; et les fidèles se réfugient sous sa protection, l’implorant dans tous les dangers et leurs besoins. »

c) Le concile d’Ephèse (431) : « Surtout depuis le Concile d’Ephèse, le culte du peuple de Dieu envers Marie a connu un merveilleux accroissement, sous les formes de la vénération et de l’amour, de l’invocation et de l’imitation »

 

  • Le culte marial est au-dessus du culte rendu aux anges et aux saints mais il est distinct et inférieur au culte rendu à Dieu[28] :

« Ce culte, tel qu’il a toujours existé dans l’Eglise, présente un caractère absolument unique ; il n’en est pas moins essentiellement différent du culte d’adoration qui est rendu au Verbe incarné ainsi qu’au Père et à l’Esprit-Saint ; il est éminemment apte à le servir. » (LG 66)

  • Le culte marial est christocentrique : il conduit au Christ :

« …à travers l’honneur rendu à sa Mère, le Fils pour qui tout existe (cf. Col 1,15-16 ) et en qui il a plu au Père éternel "de faire habiter toute la plénitude" (Col 1,19 ), peut être comme il le doit connu, aimé, glorifié et obéi dans ses commandements. » (LG 66)

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            LG 67 « exhorte tous les fils de l’Eglise » et encourage à propos de Marie le culte liturgique (durant la messe) et les exercices de piété, on pense en Occident au Rosaire, mais les catholiques des rites orientaux pratiquent plutôt l’Akathistos ou la Paraclisis.

            LG 67 recommande les prescriptions du concile de Nicée et du concile de Trente en ce qui concerne le culte des images.

            LG 67 rappelle que « la vraie dévotion procède de la vraie foi ». La foi conduit à « reconnaître sa sublime dignité », c’est l’hommage de l’esprit. Aussitôt suit l’hommage du cœur et de la vie « aimer cette Mère d’un amour filial, et à poursuivre l’imitation de ses vertus. »

 

Marie, « signe d’espérance assurée et de consolation » (LG 68-69)

            L’Assomption de Marie rappelle à l’homme d’aujourd’hui le bonheur et la gloire qui l’attendent au ciel. Marie est « un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage », un réconfort qui durera jusqu’au retour du Christ. (LG 68)

             

            Le concile se réjouit bien sûr que parmi les protestants et les anglicans se trouvent toujours davantage de fidèles qui honorent ou invoquent Marie, et avec une délicieuse sensibilité œcuménique, il mentionne Marie dans la communion des saints. (LG 69)

            Le concile élargit encore davantage son horizon, au-delà de l’œcuménisme entre les Eglises chrétiennes, l’intercession de Marie embrasse toutes les religions et tous les peuples, « qu’ils soient enfin heureusement rassemblés dans la paix et la concorde en un seul peuple de Dieu à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité. » (LG 69)

 

            Ainsi s’achève le chapitre dédié à Marie, et ainsi s’achève la constitution dogmatique sur l’Eglise.

Jean Paul II

            Jean Paul II s’inscrit dans la ligne du concile avec un accent nouveau sur le don maternel que Marie fait d’elle-même. Il souligne son attitude de service et parle d’une « médiation maternelle ».

« 40. Après les événements de la Résurrection et de l’Ascension, Marie, entrant au Cénacle avec les Apôtres dans l’attente de la Pentecôte, était présente en tant que Mère du Seigneur glorifié. Elle était non seulement celle qui «avança dans son pèlerinage de foi» et garda fidèlement l’union avec son Fils «jusqu’à la Croix», mais aussi la «servante du Seigneur», laissée par son Fils comme mère au sein de l’Eglise naissante: «Voici ta mère». Ainsi commença à se former un lien spécial entre cette Mère et l’Eglise. L’Eglise naissante était en effet le fruit de la Croix et de la Résurrection de son Fils. Marie, qui depuis le début s’était donnée sans réserve à la personne et à l’œuvre de son Fils, ne pouvait pas ne pas reporter sur l’Eglise, dès le commencement, ce don maternel qu’elle avait fait de soi. Après le départ de son Fils, sa maternité demeure dans l’Eglise, comme médiation maternelle: en intercédant pour tous ses fils, la Mère coopère à l’action salvifique de son Fils Rédempteur du monde. » (RM 40)

            L’image d’une médiation maternelle est très juste. Au lieu d’imaginer Marie comme un canal, une échelle ou quelque chose d’autre « entre » Dieu et nous, nous avons l’image simple d’une mère qui nous porte à Dieu, ou l’image de Marie qui tend les bras vers nous en nous donnant Jésus : Marie n’est pas entre Dieu et nous, et en effet, rien ne nous sépare de Dieu.

 

            Jean Paul II précise ensuite le rôle de Marie dans la préparation du retour du Christ et lors de la Parousie :

 

« Dans le mystère de l’Assomption s’exprime la foi de l’Eglise, selon laquelle Marie est «unie par un lien étroit et indissoluble» (LG 53) au Christ, car si, en tant que mère et vierge, elle lui était unie de façon singulière lors de sa première venue, par sa continuelle coopération avec lui elle le sera aussi dans l’attente de la seconde venue; «rachetée de façon suréminente en considération des mérites de son Fils» (LG 53), elle a aussi ce rôle, propre à la Mère, de médiatrice de la clémence lors de la venue définitive, lorsque tous ceux qui sont au Christ revivront et que «le dernier ennemi détruit sera la Mort» (1 Co 15, 26).

 

            Il est très utile de méditer ainsi sur le rôle de Marie dans la préparation du retour du Christ. Marie a toujours été douce, patiente, ouverte aux peuples : elle a habité Nazareth dans la Galilée des nations, elle a accueilli les mages venus d’Orient, elle a fui Hérode le sanguinaire, elle a vécu les Béatitudes, elle s’est mise au service, elle a compati au crucifié, elle a accueilli l’Esprit Saint qui ouvrait ses frontières, elle fut clémente. La préparation du retour du Christ ne se fera pas autrement. 

 

            Jean Paul II explicite ensuite ce que signifie la royauté du Christ et de Marie :

 

« A cette exaltation de la "fille de Sion par excellence" (LG 55) dans son Assomption au ciel est lié le mystère de sa gloire éternelle. La Mère du Christ est en effet glorifiée comme "Reine de l’univers" (LG 59). Celle qui s’est déclarée «servante du Seigneur» à l’Annonciation est restée, durant toute sa vie terrestre, fidèle à ce que ce nom exprime, se confirmant ainsi véritable «disciple» du Christ, qui avait fortement souligné le caractère de service de sa mission: le Fils de l’homme "n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude" (Mt 20, 28). C’est pourquoi Marie est devenue la première de ceux qui, "servant le Christ également dans les autres, conduisent leurs frères, dans l’humilité et la patience, jusqu’au Roi dont on peut dire que le servir, c’est régner", et elle a pleinement atteint cet "état de liberté royale" qui est propre aux disciples du Christ: servir, ce qui veut dire régner ! » (RM 41)

 

 

Assimilation

-L’Eucharistie fait l’Eglise. Marie est en rapport avec l’un et l’autre. Reprenez le travail que vous avez fait dans le dossier 7, et enrichissez-le avec vos nouvelles découvertes (écrivez par exemple d’une autre couleur ce que vous ajoutez).

 

-Dites en quoi Jean Paul II (dernière citation) manifeste une sensibilité œcuménique.

 

 


[1] JEAN PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris Mater § 27

[2] Saint Ambroise, De virginibus 1,31: PL 16, 208

[3] Saint Ambroise, Homélie sur Luc, II, 26, dans SC 45 par G.TISSOT, Cerf, Paris 1956, p.83-84

[4] Saint Germain de Constantinople, Homélie sur la Dormition III, PG 98,360 D.

[5] In sanctae Mariae zonam, PG 98,380 B, BC

[6] In sanctae Mariae zonam, 380D-381

[7] Jean Damascène, Homélie sur la nativité et l’Assomption, SC n° 80, Cerf, Paris 1961, p.57

[8] Jean Damascène, Ibid., p.101

[9] Jean Damascène, Ibid., p.163-165

[10] Jean Damascène, ibid. ,p. 175-177

[11] Jean Damascène, Ibid, p. 161

[12] C’est ce que l’épître aux Hébreux affirme du Christ (He 6,19).

[13] Jean Damascène, Ibid, p. 121

[14] Saint François d’Assise, Ecrits, SC 285, Cerf, Paris 1981, p. 275

[15] Sainte Claire, 3ème lettre à Agnès de Prague, § 17-19 dans Ecrits, Sources chrétiennes 325, Cerf Paris 1985, p. 105

[16] Sainte Claire, 3ème lettre à Agnès de Prague, § 21-26 dans Ecrits, Sources chrétiennes 325, Cerf Paris 1985, p. 105-107

[17] W.A 1,107,2

[18] cf. entre autres, WA 27, 242.4 (1528) ; 27, 475.25-26 (1528) ; 29,169.8 (1539)

[19] WA 9,625.22

[20] WA 10/1,72,19-73-2

[21] Cf. Françoise Breynaert, L’arbre de vie, symbole central de la spiritualité de Saint Louis-Marie de Montfort, éditions Paroles et silence, Paris 2006.

[22] M. Mauss, Essai sur le don (1923-1924) dans A.A Sociologie et anthropologie, PUF, 1980, p. 145-279

[23] C’est en fait une récapitulation de ce qui a été dit avant : Marie épouse « à plein cœur, sans que nul péché ne la retienne, la volonté divine de salut […] pour servir, dans sa dépendance et avec [le Christ], par la grâce du Dieu tout-puissant au mystère de la Rédemption. » (LG 56) ; « Cette union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ jusqu’à sa mort », et durant toute la vie cachée à Nazareth (LG 57) ; Marie écoute et observe « la parole de Dieu » et garde « fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix » (LG 58).

[24] Cf. Léon XIII, Encyclique Adiutricem populi, 3 sept. 1895. S Pie X, Encyclique. Ad diem illum 2 Février 1904 : Pie XI, Encyclique Miserentissimus, 8 mai 1928. Pie XII, Message radiophonique 13 mai 1946.

[25] Saint Ambroise, Lettre 63: PL 16, 1218

[26] St Ambroise, I, c. et Expos. Luc X, 24-25: PL 15, 1810. St Augustin, in Tr. 13, 12: PL 35, 1499. Cf. Serm. 191, 2, 3: PL 38, 1010; etc. Cf. etiam Ven. Beda, In Expos. I, cap. 2: PL 92, 330. Issac de Stella, serm; 51: PL 194, 1863 A.

[27]         Les vertus humaines sont des attitudes fermes, des dispositions stables. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne.

                Les vertus morales sont humainement acquises. Quatre vertus jouent un rôle-charnière. Pour cette raison on les appelle "cardinales"; toutes les autres se regroupent autour d’elles. Ce sont: la prudence, la justice, la force et la tempérance.

                Les vertus théologales sont le gage de la présence et de l’action du Saint Esprit dans les facultés de l’être humain. Il y a trois vertus théologales: la foi, l’espérance et la charité.

(Extrait du Catéchisme de l’Eglise catholique, 1992, §1804-1829)

[28] On dira que ce n’est pas un culte de latrie ou d’adoration, mais c’est un culte d’hyperdulie.

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