N°13, Marie, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte

Marie, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte

 

            Plus que jamais, la cohérence de la foi va apparaître.

           

            Par l’Esprit Saint, Dieu s’incarne sans rien perdre de sa gloire divine, et l’incarnation est tout entière une noce entre Dieu et l’humanité.

            Le même mystère continue après Pâques et l’Ascension, quand l’Eglise chemine et attend le retour glorieux du Christ : « L’Esprit et l’Epouse disent : "Viens !" » (Ap 22,7). L’Eglise va entrer dans les noces éternelles, auprès de Dieu. L’épouse se prépare et se fait belle (Ap 19,7). Marie est la première en chemin.

 

            Lorsque Jésus fut transfiguré sur le mont Thabor, il parlait de son Exode, c’est à dire de sa mort (Lc 9, 31). Et en effet, Jésus avait été jugé. Sa mère avait porté le poids de son opprobre, le poids du refus, offrant son innocence comme témoignage à la sienne

            Jésus est mort. Dieu. Marie avait apporté sa tendresse à l’agonie de Dieu, à l’Amour crucifié. Les disciples sont dispersés. Les femmes pensent à embaumer un mort. "Dieu est mort" diront les idéologies.

            Mais voici, tandis que l’aube éclaire les fruitiers en fleurs, la douceur de la Résurrection. Jésus est là, son corps est guéri, marqué des plaies désormais glorieuses, les marques de son amour.

            Pâque est une surprise. Un événement. Un grand événement. Mais un événement plein de douceur et d’intériorité.

            Croire en Jésus ressuscité, c’est croire qu’il est innocent et qu’il a dit vrai : Dieu l’a envoyé, il est le Fils de Dieu.

            Croire en Jésus ressuscité, c’est se sentir rejoint, par un compagnon de route, un qui a vécu, un qui connaît…

            C’est aussi suivre Jésus sur un chemin vers la vie, vers le Père, et vers les nations…

           

 

            Les fêtes liturgiques unissent le Christ et Marie. Nous en avons déjà eu l’exemple, le 25 mars, fête de l’Annonciation à Marie qui est la fête de l’incarnation de Jésus. La Résurrection et l’Ascension sont aussi des fêtes de Marie : Marie voit le fils de sa chair élevé dans la gloire.

  « En célébrant ce cycle annuel des mystères du Christ, la sainte Eglise vénère avec un particulier amour la bienheureuse Marie, mère de Dieu qui est unie à son Fils dans l’œuvre salutaire par un lien indissoluble. » (SC 103)          

            La Pentecôte et de l’Annonciation se répondent. Marie à l’Annonciation conçoit, dans l’Esprit Saint, le Sauveur. A la Pentecôte, par une nouvelle effusion de l’Esprit Saint, elle est la mère des sauvés.

            Le cénacle de la Pentecôte inaugure une communauté de réconciliation et de concorde, hommes et femmes, témoins. Marie est plutôt cachée, mais elle se souvient (Lc 2, 19.51) et elle transmet, dans le souffle de l’Esprit Saint. C’est ainsi que les apôtres participent de la foi de Marie, comme l’a si bien dit Jean Paul II (RM 26-27).

 

 

Voici notre plan :

 

13. 1. Du mystère pascal à la Pentecôte, avec Marie. 2

13. 2 Marie à la Pentecôte dans l’Ecriture. 5

Du Sinaï à la Pentecôte. 5

Marie cachée. 6

Marie fait mémoire sous l’impulsion du Saint Esprit 6

Marie se souvient pour transmettre. 7

Marie est dans une communauté de témoins. 8

Les Evangélistes dans la foi de Marie. 8

Avec Marie et l’Eglise, vivre au rythme de la Trinité. 9

13. 3  Marie à la Pentecôte dans la tradition. 9

Les bergers de Noël, pasteurs de l’Eglise, et leur relation avec la Vierge Marie. 9

Les disciples participent à la foi de Marie. 11

L’exemple d’un saint 12

Assimilation. 13

 

13. 1. Du mystère pascal à la Pentecôte, avec Marie

            Après la Résurrection de Jésus et son Ascension, les apôtres sont au Cénacle, en prière avec la mère de Jésus.

            Jésus mourant exprimait sa soif (Jn 19, 28), soif de la venue de l’Esprit Saint (cf. Jn 7, 37-39). Et Jésus remit l’Esprit. C’est une expression qu’il est anachronique de traduire par "Jésus meurt". Jésus remet l’Esprit : il donne son Esprit, "l’Esprit de Jésus", l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour. Marie était là, elle sait de quel Amour.

           

            La Pâque du Christ, si lumineuse, si joyeuse, est son Exode (Lc 9,31), un double Exode : vers le monde entier et vers le Père.

 

            Un Exode vers le Père : Jésus est avec le Père (Jn 10, 30) mais il doit aussi monter jusqu’au Père (Jn 14, 12), sans doute pour sauver notre mort en en faisant une mort filiale, vers le Père. Que signifie une mort filiale ? Le Père ne veut pas la mort. Mais il veut que le Fils soit un Fils. Jésus est tué par les hommes mais il donne sa vie. Il fait de sa mort un sacrifice, un acte saint. Libre de soi et de tout, Jésus meurt et se reçoit à nouveau du Père. Pâque est le jaillissement de vie en celui qui fut libre de tout donner.

            Mourir à soi, et se recevoir, c’est le mouvement d’un cœur filial.

            Et ce mouvement intérieur, la mère de Jésus y a communié sans cesse. Sans cesse Marie s’est donné et sans cesse elle a tout reçu.

            Jeune, Marie s’est offerte au service du Seigneur, elle a reçu son Fils dans un cœur vierge qui attend tout de Dieu. A l’écoute, elle a reçu la révélation comme la manne pour chaque jour. Elle donne son amour maternel, se rend vulnérable. Pauvre, elle a reçu jusqu’au suaire et la sépulture de son fils. Endeuillée, elle a reçu la joie de la Résurrection. Fidèle, elle reçoit au cénacle l’Esprit Saint vivifiant, et donne son témoignage. Tout homme peut, avec Marie, se donner, humblement, et s’ouvrir à la transcendance.

            L’Esprit Saint, Esprit filial, est répandu, doucement.

 

            Un Exode vers le monde entier : l’annonce du mystère pascal parle au cœur dans un langage commun pour toute l’humanité (Ac 2,5), le langage des apôtres envoyés dans le monde entier. « Il devait mourir… pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52).

            Comment rassembler les enfants de Dieu dispersés ?

            Tous les hommes sont également mortels. Au delà des frontières naturelles ou linguistiques, on peut donc rassembler l’humanité par la science et la philosophie naturelle. C’est ce que tenta Cyrus roi des Perses dans une conquête, une mission qui être pacifique n’était pas exempte d’une certaine oppression. Le prophète Isaïe avait observé l’illusoire, la superficialité d’un tel projet : devant ce système, il avait préféré le Dieu de l’Alliance, le Dieu vivant.

            Pour rassembler l’humanité, Jésus n’a pas jugé suffisant de partager la mort naturelle des hommes, il n’a pas jugé suffisant d’être-là, d’être auprès d’eux, partageant leur condition d’être-pour-la-mort. Ce n’est pas sa mort naturelle qui fera œuvre d’unité : il faut que Jésus affronte un procès injuste, des bourreaux cruels et une mort infâme, et qu’il ressuscite.

            L’humanité est divisée par les convoitises et les mensonges, les violences, bref, le péché. Ce péché dans le récit de la Genèse (Gn 3) nous est raconté comme un mensonge (l’ordre du Créateur est déformé), comme une méfiance envers Dieu, comme un acte de magie (arbre de la connaissance magique), comme un acte de convoitise (le fruit était beau, agréable, désirable) etc. Après la transgression, chacun accuse d’abord l’autre, et plaide innocent. La division advient, disharmonie entre Adam et Eve, meurtre d’Abel par son frère, confusion à Babel, etc. Jésus résume en parlant du loup qui disperse (Jn 10, 12), ou des disciples qui sans lui se dispersent chacun dans son interêt propre (Jn 16, 32).

            L’homme se sent victime. Chacun se perçoit comme un amour crucifié, un innocent jugé, il se reconnaît en Jésus, sa croix l’attire, il appelle Marie, sa mère. S’étant approché, l’homme voit alors en Jésus, avec quelle stupeur, la révélation d’une lumière nouvelle : il voit comment dialoguer avec Dieu, appeler son pardon, lui dire sa soif, remettre son esprit entre ses mains (Lc 23, 33-49). L’homme victime reçoit consolation et guérison. Chaque homme guéri peut se rapprocher de son prochain. Les divisions s’estompent. Les blessures du péché ont divisé les hommes. Le Christ les attire un à un pour les guérir et les réunir. Qui donc n’a pas besoin de se faire aimer, de se faire consoler, de se faire pardonner, de se faire guérir ? Marie a souffert et plus que souffert. Elle sait nous aimer, pardonner, consoler. Elle imite le Père des miséricordes. Elle était associée d’un cœur maternel au sacrifice de son Fils (LG 58). La guérison offerte dans les blessures du Christ est donnée par son cœur maternel, dans l’Esprit Saint, consolateur.

 

            L’homme apprend un nouveau mode de vie en voyant comment Jésus règne en roi (Jn 19,19). Jésus est Roi d’une royauté qui n’est pas de ce monde, et qui attire à lui les modes de régner. Marie voit dans le Christ en croix le Roi et le désigne parce que Marie est la première sur qui Jésus règne justement en roi. Et Jésus Roi instaure sa mère comme mère du disciple.

            Jésus est grand prêtre d’un temple non fait de main d’hommes et il élève et fait communier à lui les cultes que nous célébrons. Marie s’est laissée attirée. Elle offre (LG 58).

            Ainsi l’homme est entré au jardin de la nouvelle création (Jn 18,1 et 19,41), il est pardonné en étant créé de nouveau. Régner et rendre un culte ont un sens nouveau. Un sens profond, capable de rassembler tous les hommes en un seul royaume et en un seul culte.

            Le souffle de Dieu, annoncé par le dernier souffle du Crucifié (Jn 19, 30), est répandu sur les disciples par le Christ ressuscité : « Il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 22). Ce souffle rappelle le souffle de Dieu créateur insufflant la vie dans l’homme à peine pétri (Gn 2). Ce souffle correspond au projet du Créateur, ce dessein merveilleux que Jésus rend enfin possible. Jésus donne l’Esprit Saint en se donnant lui-même. Cet Esprit rassemble tous les hommes parce que c’est un Esprit de sainteté. Il enlève les péchés et la division par la sainteté de son Esprit. Marie, immaculée, toute sainte, pétrie de l’Esprit Saint, témoigne en elle-même ce qu’est la vie dans l’Esprit Saint, la vie selon le dessein du Créateur accompli par l’œuvre rédemptrice de Jésus.

           

            L’Esprit Saint, l’Esprit missionnaire est répandu, puissamment.

            Une mission profonde. Une mission fondée sur l’Esprit de sainteté. Une mission qui a besoin de Marie la toute sainte. Une mission qui rassemble parce qu’elle guérit et réunit les hommes. Une mission qui a besoin de l’amour de la Mère. Une mission qui rassemble parce qu’élève toutes les royautés terrestres et tous les cultes terrestre, et les attire là où Jésus règne, là où Jésus célèbre. Une mission qui a besoin de celle qui fut toujours la première en chemin.

 

 

            Déjà en mourant sur la Croix, Jésus était élevé de terre (Jn 3,14 ; 8,28 ; 12,32 ; 12,3), sa mort en croix est déjà mystérieusement une Ascension. Et Marie était là (19, 25). Sa prière s’élève et élève la nôtre.

            L’Ascension du Fils est une élévation, une glorification, elle réjouit sa mère. Il n’y a pas lieu de se questionner sur une éventuelle absence de Jésus. Elevé, Jésus n’est pas absent puisqu’il est aussi avec nous jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20). Il est avec nous et il est en même temps glorifié. La gloire est liée à l’amour. Et le Père a donné effectivement à son Fils suffisamment d’amour filial, infiniment d’amour filial à l’heure de la Passion, son Fils en est infiniment glorifié. Cette gloire fait le rayonnement du Ressuscité.

            L’Eglise d’Orient souligne donc la joie de Marie et la célèbre :

« Seigneur, ayant accompli dans ta bonté le mystère caché des siècles et des générations, tu allas avec tes disciples sur le mont des Oliviers ; tu pris avec toi celle qui t’enfanta, toi, l’auteur et le créateur de toutes choses ; il convenait que celle qui souffrit plus que tous les autres dans ta Passion comme ta Mère soit remplie de joie débordante dans la gloire de ta chair. » (Jeudi de l’Ascension, 7e stichère de la Litia)

           

            Le Christ est glorifié. Il est à la droite de Dieu (le Père) nous dit saint Pierre (Ac 2, 34 //Ps 110,2). Autrement dit, Jésus siège à la place du roi, à la droite du Seigneur. Et c’est de cette place qu’il attire l’univers à lui. Il est le Ressuscité qui élève en attirant.

            Que Jésus serait roi, Marie le savait depuis l’Annonciation. L’ange parlait de son règne sur maison de Jacob, un règne qui n’aurait pas de fin (Lc 2, 33-34). Mais ce que Marie et les disciples découvrent, c’est que Jésus règne en tant qu’il est Dieu, et Dieu qui s’est fait homme, mort et ressuscité. Ils découvrent aussi que ce royaume n’est pas tant pour attirer à soi, mais pour être le point de départ d’une mission vers toutes les nations.

            Et une telle révélation du royaume est complète, définitive. Nul ne peut surcharger ou retrancher à cette révélation (Ap 22, 18-19). Le Christ est l’Alpha et l’Omega, le premier et le dernier, « Je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, "Il est, Il était et Il vient", le Maître-de-tout. » (Ap 1, 8, cf. Ap 21, 6 ; 22, 13).

« L’ange avait dit à Marie : "Tu concevras et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand...; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin" (Lc 1, 32-33). […]

Et voici qu’après la Résurrection, l’espérance avait dévoilé son véritable visage et la promesse avait commencé à devenir réalité. En effet, Jésus, avant de retourner vers le Père, avait dit aux Apôtres: "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples... Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde" (cf. Mt 28, 19. 20). Telles étaient les paroles de celui qui s’était révélé, par sa Résurrection, comme le vainqueur de la mort, comme le détenteur du règne qui "n’aura pas de fin" ainsi que l’ange l’avait annoncé.

27. A l’aube de l’Eglise, au commencement du long cheminement dans la foi qui s’ouvrait par la Pentecôte à Jérusalem, Marie était avec tous ceux qui constituaient le germe du "nouvel Israël". Elle était présente au milieu d’eux comme un témoin exceptionnel du mystère du Christ. » (Jean Paul II, RM 26-27)

 

13. 2 Marie à la Pentecôte dans l’Ecriture

            Jésus est mort d’amour, ressuscité par amour, présent jusqu’à la fin des temps, il répand son Esprit de sainteté et d’amour. Un amour qui pour nous est d’abord réconciliation. Réconciliation en grec, la langue du Nouveau Testament, est construit sur la racine “allass” qui signifie autre. Se réconcilier c’est devenir autre, changer notre regard sur Dieu et les uns sur les autres…

            Marie est là, mère de miséricorde, tendre, aimante.

Du Sinaï à la Pentecôte

            Le livre des Actes des apôtres est sobre. Mais il repose sur toute une culture biblique que le lecteur connaît et qui lui en donne la clé. Je vous offre cette clé[1].

           

  • Contrairement au récit de la Cène, il s’agit ici des hommes et des femmes.

            Au Sinaï tous les Israélites, hommes et femmes, furent convoqués par Moïse et par les anciens qui les représentaient (Ex 19,3.7). A la fin de l’exhortation, tout le peuple répondit unanime : « Ce que le Seigneur a dit, nous le ferons » (Ex 19,8 ; cf. Dt 29,9-l l et Dt 31, 11-12)

            Le Seigneur promet de répandre son Esprit dans les derniers temps de sa rédemption : « …sur mes serviteurs et sur mes servantes" (Joël 3,2 cité en Ac 2,18). Il s’agit bien des hommes et des femmes. Ailleurs, par la bouche du prophète, le Seigneur dira: « Mes fils et mes filles » (Is 43,6) ; « tes fils et tes filles que tu m’avais enfanté » (Ez 16,20 ; cf. Sg 9,4.7).

            Cette promesse se réalise… La communauté de Jérusalem, réunie durant les jours de Pentecôte, était composée des Onze, des femmes, de Marie Mère de Jésus et des frères de Jésus (Ac l, 14). Sur tous ceux-ci, hommes et femmes, descend l’Esprit Saint (Ac 2,4). Saint Pierre reconnaît que se réalise la prophétie de Joël : « le Seigneur répandrait son Esprit sur toutes les personnes, fils et filles, jeunes et âgés, serviteurs et servantes. » (Jl 3,1-2 cité par Ac 2,16-18). Et tous - hommes et femmes - deviennent "témoins du Seigneur" (Ac 2,4).

 

  • L’unité est ici une concorde retrouvée.

            La tradition juive souligne beaucoup l’unité des tribus d’Israël, quand elles se réunirent sur le Mont Sinaï pour recevoir la Torah. Mais il s’agissait d’une concorde retrouvée, autrement dit, une réconciliation.[2] Est-ce différent au cénacle ?

            Pendant la passion et la mort du Seigneur, la communauté des disciples s’était disloquée. Pierre et tous les autres suivirent les péripéties du Maître, mais de loin (Lc 22,54; 23,49). Le drame de la dispersion a été dépassé par la croix de Jésus qui meurt en pardonnant (Lc 23,34) et qui revient vers les siens, après la résurrection, en leur souhaitant la paix (Lc 24,36; cf. Jn 20,19.26).

            Marie fit siens les sentiments de Jésus. Elle s’assied au milieu de ceux qui avaient abandonné son fils (Lc 22,53). Elle reste avec eux, en persévérant dans la prière, pendant neuf jours, pour que la force de Dieu les aide à dépasser la peur qui les immobilisait ou les faisait fuir (cf. Ac 1,14). Après l’Ascension de Jésus, « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères. » (Ac 1, 14). Le jour de Pentecôte… « Ils se trouvaient tous ensemble dans le même endroit » (Ac 2, 1).

           

            On appelle parfois l’Eglise : “Koinonia”, un mot grec qui signifie « communion ». Il correspond à la comparaison du corps chez saint Paul, ou de la vigne chez saint Jean. Il correspond à cette expérience des disciples au cénacle, là ils prient ensemble avec Marie et reçoivent la réconciliation et la paix de Jésus.

 

Marie cachée

            La vie de Marie est plutôt cachée après la résurrection du Christ ! Le Nouveau Testament n’en parle qu’une fois (Ac 1, 14). C’est l’apôtre saint Paul qui explique le mieux le secret de cette vie cachée : une vie « en Dieu ».

« Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu: quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire. » (Col 3, 1-4)

            Une vie cachée pourrait être dite « veuve du monde », mais elle n’est pas séparée de l’Eglise et de la mission, au contraire !

            Pour preuve, nous avons l’exemple notoire de Tabitha (Ac 9, 36-43). Tabitha était avec « des veuves », veuves du monde. Elle fait des bonnes œuvres. Elle meurt et à la prière de l’apôtre saint Pierre, elle ressuscite. Autrement dit, Tabitha a vécu le mystère pascal, en union avec Jésus. Et qu’advient-il juste après ? Pierre, à la suite d’une vision, accepte l’invitation du centurion Cornélius (Ac 10) : la mission chez les païens va commencer. Le récit enchaîne les épisodes comme si l’un était le ferment de l’autre, ce que la tradition orientale va beaucoup méditer, au point de commencer systématiquement sa mission par l’implantation d’un monastère de vie cachée.

 

Marie fait mémoire sous l’impulsion du Saint Esprit[3]

            Lorsque Marie garde et médite ces évènements dans son cœur, elle le fait dans l’Esprit Saint. L’Esprit l’a recouvert de son ombre lors de l’Annonciation et ce même Esprit imprime en son esprit la mémoire dynamique de ce qu’elle a vu et entendu concernant son Fils. C’est dans l’Esprit Saint qu’elle garde et qu’elle comprend progressivement les paroles de l’ange à l’Annonciation, les circonstances de Noël, les accents prophétiques de Syméon et Anne, la parole de Jésus à douze ans… Après l’entrée de Jésus dans sa gloire, Marie a pu compléter et clarifier son interprétation.

            Comment puis-je affirmer cela ? N’est-ce pas projeter sur Marie ma mentalité ? Non. J’affirme cela dans la cohérence avec l’Ancien et le Nouveau Testament :

            Pour Israël, entre Parole (ou Loi) et Esprit, il y a une connexion intime. C’est par l’Esprit du Seigneur que nous marcherons selon ses lois (Ez 36,27). Le Seigneur remplit d’un « esprit d’intelligence » le scribe qui s’applique « à la Loi du Très Haut » (Sir 39,6). La Sagesse est définie comme un « esprit du Seigneur », qui instruit sur les desseins divins et les enseignements de l’Ecriture (Sg 1,4-5 ; 7,22.23 ; 9,17 ; 8,8).

            Saint Paul enseigne que « nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. » (1Co 2,11) et il exhorte ainsi Timothée : « Garde le bon dépôt avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous » (2Tm 1,14). Saint Jean transmet l’enseignement de Jésus : « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26 ; cf. Jn 16,13-14). Dans les Actes des Apôtres, c’est illuminés par l’Esprit Saint, que saint Pierre et les apôtres font l’interprétation des Ecritures, de la mort et la résurrection de Jésus. De même, Marie.

 

Marie se souvient pour transmettre[4]

            Moïse exhortait ainsi :

       « Ne va pas oublier ces choses que tes yeux ont vues, ni les laisser, en aucun jour de ta vie, sortir de ton cœur ; enseigne-les au contraire à tes fils et aux fils de tes fils. » (Dt 4,9)

            Le vieux Tobie dit à son fils :

       « Je vous ai déjà enseigné qu’il convient de garder le secret du roi, tandis qu’il convient de révéler dignement les oeuvres de Dieu. » (Tb 12,11)

            Dans ces mêmes dispositions, le Gérasénien délivré raconte à toute la ville ce que le Seigneur a fait pour lui (Lc 8,39) ; les disciples racontent ceux qu’ils ont fait (Lc 9,10), Pierre raconte l’épisode du centurion Corneille (Ac 11,4) ou comment le Seigneur l’a sorti de prison (Ac 12,17) etc. Et finalement, saint Luc écrit son Evangile :

« d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole » (Lc 1,2).

            Les événements de la résurrection ont pour témoin les femmes (Lc 24,9.10.23), elles sont venues avec Jésus de la Galilée (Lc 23,55 cf. 8,1-3). Les apôtres sont « de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé » (Ac 1, 21-22).

            Les disciples, les femmes, les apôtres sont des témoins oculaires de la vie publique de Jésus, mais seule Marie est témoin de l’Incarnation.

            Marie a été témoin oculaire, en particulier de l’enfance du Christ. Marie a médité (Lc 2, 19.51) [5], elle a mûri sa compréhension du mystère.

 

            Pour transmettre le témoignage, Jésus ressuscité prévient qu’il est nécessaire d’avoir reçu la force de l’Esprit Saint : « Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins …» (Ac 1,8).

            La Vierge Marie fait partie de la communauté sur laquelle descend l’Esprit de la Pentecôte, elle peut transmettre son témoignage.

 

            La tradition de l’Eglise croit que Marie a témoigné des événements de l’enfance du Christ : ainsi Paschase Radbert († 865)[6] ; Rupert de Deutz († 1129)[7].

            Marie, en tant que mère de Jésus, était « depuis la conception et la naissance, un témoin singulier du mystère de Jésus » (Jean Paul II, RM 25).

           

            Ce témoignage va bien au-delà d’une simple connaissance de l’enfance du Christ. Marie témoigne par sa propre personne des joies de la confiance, de la beauté de l’humilité, elle raconte la sagesse de la Providence, toute sa mémoire montre la douceur d’être servante du Seigneur.

 

Marie est dans une communauté de témoins[8]

            Marie fait partie de l’Église de Jérusalem (Ac 1,14) qui est remplie de l’Esprit Saint et qui témoigne du Seigneur Jésus (Ac 2,1.4).

 

            Il semble que Luc perçoive une analogie entre la descente de l’Esprit sur Marie à l’Annonciation et sur l’Église à la Pentecôte.

            Marie : ombragée par l’Esprit Saint en sa propre personne tandis qu’elle est chez elle (Lc 1,35), elle part en hâte sur les montagnes de la Judée (Lc 1,39) pour annoncer les grandes choses accomplies en elle par le Tout-Puissant (Lc 1,46.49).

            L’Église à la Pentecôte : fortifiés par la vigueur apostolique de l’Esprit (Lc 24,49; Ac 1,8) tandis qu’ils étaient réunis à l’intérieur de la maison (Ac 2,2), ils laissent leur retraite pour proclamer publiquement les grandes oeuvres du Seigneur (Ac 2,4.6.7.11.12).

            Cette connexion entre l’Annonciation et la Pentecôte est reçue par deux importants documents de Vatican II : la constitution dogmatique sur l’Eglise (LG 59) et le décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise (Ad gentes 4).

« Et l’on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà prise sous son ombre. » (LG 59)

« Car c'est à la Pentecôte que commencèrent "les actes des apôtres", tout comme c'est lorsque le Saint-Esprit vint sur la Vierge Marie que le Christ fut conçu, et lorsque le même Esprit-Saint descendit sur le Christ pendant sa prière que le Christ fut poussé à commencer son ministère. » (Ad Gentes 4)

            « Eglise » est un mot qui vient du latin ecclesia, et du grec « ek-klesia », ce qui signifie « appelé hors de » : c’est l’assemblée de ceux qui sont sortis dehors, rassemblés par un appel (comme la vocation des disciples ou de Marie), rassemblés par une libération (le mystère pascal est la grande libération), rassemblés pour une mission (la mission de l’Eglise). La vocation, la libération, la mission, ne se font pas d’un seul coup, mais jour après jour, comme une gestation sous la protection maternelle de Marie.

 

Les Evangélistes dans la foi de Marie      

            L’évangile de saint Luc raconte le cheminement des disciples avec Jésus, depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem pour la dernière Pâque. En avance sur eux, Marie avait accompli son itinéraire avec Jésus depuis la Galilée à Jérusalem, c’est-à-dire depuis l’Annonciation jusqu’à la découverte dans le Temple (Lc 1,26-2,51). Sa foi héroïque « précède » celle des apôtres (RM 26-27).

 

            Il semble même que chaque évangéliste ait accueilli la Résurrection avec les nuances propres avec lequel il a aussi accueilli Marie.

            Saint Marc nous montre Jésus qui invite sa mère à croire et à faire la volonté de Dieu (Mc 3, 31-35). Après l’annonce de la résurrection, saint Marc se souvient que Jésus invite les Onze à croire et à faire les signes accompagnant la foi (Mc 16, 14-16).

            Saint Matthieu a gardé ce souvenir de Marie : elle accueille les mages venus des nations, et elle porte Jésus, l’Emmanuel, « ce qui se traduit : "Dieu avec nous" » (Mt 1, 23). Saint Matthieu se souvient que le Ressuscité envoie les disciples vers les nations et promet « Et voici que je suis avec vous [=Emmanuel] pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

            Saint Luc a gardé le souvenir de Marie qui médite tout en son cœur (Lc 2, 19.51). Saint Luc raconte aussi qu’en marchant avec le Ressuscité, les disciples d’Emmaüs méditent en leur cœur toutes les Ecritures (Lc 24, 27).

            L’Evangile de Jean a gardé le souvenir de la foi de Marie qui devance celle des disciples à Cana (Jn 2). Marie se tient debout dans la foi auprès de la croix de Jésus, avec le disciple bien-aimé (Jn 19, 25). Devant le tombeau vide, ce même disciple aussitôt a foi (Jn 20, 8).

           

Avec Marie et l’Eglise, vivre au rythme de la Trinité

            Allons plus loin. Au cénacle de Jérusalem, « les disciples étaient assidus et unis dans la prière, avec quelques femmes et avec Marie, la mère de Jésus et avec ses frères » (Ac 1,14). Le jour de la Pentecôte, tous furent remplis de l’Esprit Saint (Ac 2,4), de façon à pouvoir réaliser la communion de l’Église primitive : être « un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,32), selon le modèle trinitaire voulu par Jésus dans la prière sacerdotale (cf. Jn 17,21-23).

            Le point de départ de toute communauté chrétienne est l’amour du Père, la grâce de Christ Rédempteur et l’action sanctificatrice et unificatrice de l’Esprit Saint (cf. 2 Co 13,13). « Ainsi l’Église universelle se présente comme un peuple dont l’unité dérive de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. » (Vatican II, LG 4) [9]. Les Eglises d’Orient utiliseront l’expression "Église de la Trinité".

            L’Eglise de la Trinité s’édifie avec Marie, en imitant Marie, en imitant :

  1. son attitude d’ouverture aux desseins de Dieu le Père (cf. Lc 1,31-32.35.38),
  1. sa fidélité à l’Esprit (cf. Lc 1,35.39.45) et sa méditation de la Parole (cf. Lc 1,46-55 ; 2,19.33.51),
  2. son union au Christ (cf. Lc 2,35; Jn 2,4; 19,25), et son offrande avec le Fils (Jn 19, 25-27), jusqu’à ce qu’advienne un nouveau ciel et une nouvelle terre (Ap 21,1 ; 2 Pt 3,13).

 

            Les chrétiens sont parfois secoués par des tempêtes intérieures et extérieures, parfois horribles, parfois longues. L’enracinement de l’Eglise au cœur même de la Trinité est le secret pour résister. En Marie.

 

13. 3  Marie à la Pentecôte dans la tradition

Les bergers de Noël, pasteurs de l’Eglise, et leur relation avec la Vierge Marie

            Saint Ambroise commente l’Evangile de Noël comme si cette page racontait la vie de l’Eglise naissante (§ 50). Marie a un rôle à la fois de témoin (§ 51) et un rôle de disciple qui écoute les bergers, figure des prêtres (§ 53).

 

« 50. Voyez les origines de l’Église naissante : le Christ naît, et les pasteurs se mettent à veiller ; par eux les troupeaux des nations, vivant jusque-là la vie des animaux, vont être rassemblés dans le bercail du Seigneur pour n’être pas exposés, dans les ténèbres que répand la nuit, aux incursions des fauves spirituels. Et les pasteurs peuvent bien veiller, étant formés par le bon Pasteur. Ainsi le troupeau, c’est le peuple ; la nuit, c’est le monde ; les pasteurs, ce sont les prêtres.

51. "Voici qu’un ange du Seigneur se tint devant eux." Voyez quel soin Dieu prend d’établir la foi. Un ange instruit Marie, un ange Joseph, un ange les bergers. Ce n’est pas assez d’avoir une fois envoyé ; c’est "sur deux et trois témoins que repose toute parole» (Dt 19,5 ; Mt 18,16).

52. "Et voici qu’à l’ange se joignit la multitude de la milice céleste, qui louait Dieu et disait : Gloire à Dieu dans les hauteurs, et sur terre paix aux hommes de bonne volonté." […]

53. Et ils disent : "Voyons cette parole qui s’est accomplie, comme le Seigneur nous l’a révélé. Et ils vinrent en hâte." Vous voyez les bergers se hâter : car ce n’est pas avec nonchalance qu’on cherche le Christ. Vous voyez que les bergers ont cru à l’ange : et vous, croyez au Père, au Fils, à l’Esprit Saint, aux anges, aux prophètes, aux Apôtres. […] C’est la simplicité que le Seigneur demande, il ne désire pas la prétention. Et ne jugez pas négligeables, comme étant quelconques, les paroles des bergers. C’est des bergers que Marie elle-même recueille les éléments de sa foi. » [10]

 

            Voir dans les bergers de Noël la figure des prêtres ne signifie pas que soit mise en doute la réalité historique concrète des bergers de moutons venus adorer l’enfant Jésus à Bethléem. C’est une lecture supplémentaire qui reflète une vaste tradition, à la fois juive et chrétienne.

            L’Ancien Testament parle des patriarches comme autant de bergers[11].

            Pour le Juif Philon, Moïse est berger de troupeau, il éduque les filles de Gétro et veille, comme un berger, sur les pensées du beau-père avant de devenir le grand gardien de la loi du Seigneur[12]. Plus généralement, l’esprit de l’homme qui suit les instructions de la Loi naturelle est aussi un berger [13].

            Dans le Nouveau Testament, Jésus est appelé berger[14], et de même, les évangélisateurs des communautés chrétiennes primitives [15].

            Chez les pères de l’Eglise, certains précisent qui sont les bergers de l’Eglise : les disciples de Christ, les apôtres qui annoncent l’Evangile, l’apôtre Pierre, les évêques, les prêtres, les diacres ou les recteurs de monastères, les prédicateurs, les docteurs de l’Eglise, et même ceux qui tout simplement s’occupent de deux ou trois personnes… Les pères de l’Eglise savent que Lc 2, 9-20 parle de Noël et de bergers de moutons mais ils reconnaissent en Lc 2,8-20 un second sens, appelé typologique, spirituel, mystique ou moral. Ils font cette lecture parce que l’Ecriture elle-même y encourageait.

           

            Déjà en effet saint Luc fait le lien entre les bergers et les disciples du temps de l’Eglise, et il voit dans l’adoration des bergers une série de motifs pascals :

            La « gloire du Seigneur » : dans le langage théologique de Luc, elle est toujours connecté à la glorification pascale de Jésus (Lc 9, 26.31.32 ; 21,27 ; 24,26 ; Ac 7,55 ; 22,11).

La « Cité de David » : Bethléem mais elle peut aussi être Jérusalem, ville de la Pâque du Christ.

Les titres « Sauveur, Christ et Seigneur » : donnés à Jésus à Noël, ils sont aussi donnés à Jésus lors de la Résurrection.

            Saint Luc écrit : « Il vous est né » (Lc 2,11), ce pourrait être un passif théologique qui présente l’action du Père, en écho au psaume 2,7 : « Tu es mon Fils aujourd’hui je t’ai engendré », un psaume qui est appliqué à la Résurrection de Jésus (Ac 13,33).

            À Bethléem et à Pâques, un signe est offert : à Bethléem, le signe est un enfant enveloppé en bandes, couché dans une mangeoire (Lc 2,11) ; à Pâque, le signe est constitué par un tombeau vide dans lequel le suaire et les bandelettes sont à leur place (Lc 24,5). À Bethléem, le nouveau-né invite à se demander : qui est cet enfant ? La réponse est donnée par l’ange : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, le Christ, le Seigneur (Lc 2,11). Au sépulcre, l’absence du corps de Jésus suscite la question : où est le Seigneur ? La réponse vient aussi des anges : Il n’est pas ici, il est ressuscité (Lc 24,6).

            Les bergers de Bethléem sont évangélisés : ils sont bouleversés par la gloire du Seigneur qui, par son ange, leur annonce l’événement de Noël. Ils vont voir et trouvent Marie, Joseph et l’enfant. Ensuite, ils deviennent évangélisateurs : ils parlent, ils font connaître à tout le monde ce qu’ils ont entendu et vu. Tous s’émerveillent, et Marie garde toutes ces choses en son cœur. Et les bergers repartent en louant et glorifiant Dieu.

            Les bergers anticipent l’expérience des disciples qui sont d’abord évangélisés, par Jésus bien sûr mais aussi par l’ange du matin de Pâque, et qui ensuite sont devenus des évangélisateurs. Alors, comme les bergers, ils font connaître à tout le peuple[16] ce qu’ils ont vu et entendu[17], et ceux qui écoutent[18] s’émerveillent[19] tandis que l’Eglise persévère[20] dans la Parole et loue le Seigneur[21].

           

            Saint Luc 2, 9-20 parle donc de la nuit de Noël et il parle aussi de l’Eglise naissante.

            Dans la nuit de Noël, Marie a montré Jésus aux bergers de Bethléem, et elle a écouté leur expérience du ciel.

            Dans la nuit du monde, quand la lumière de Pâque s’est levé, Marie intercède et confirme les évangélisateurs.

 

Les disciples participent à la foi de Marie

O ma mère, O Marie, qui tout as médité,

Et de nuit sans appui, avec Dieu as marché,

Jusqu’au jour, ô surprise, où tout s’est éclairé,

ton sourire aujourd’hui, m’inspire et me promet.

 

Je vois ta providence, o mon Dieu, mon Seigneur,

J’aime sa cohérence, fruit de ton divin cœur,

Ta sagesse est immense, chemin de mon bonheur,

Lumineuse prudence, largesse et profondeur.

 

           

            Expérience partagée. Marie a cru la première. La foi est, pour Marie et pour chacun de nous, une marche. Jean Paul II insiste sur l’image du chemin, du pèlerinage. Au Cénacle de la Pentecôte « commence aussi le cheminement de la foi, le pèlerinage de l’Eglise à travers l’histoire des hommes et des peuples » (RM 26). Marie non seulement est présente mais, « elle a cru la première. » (RM 26).

            Les évènements de Pâques ont éclairé la promesse de Dieu concernant la royauté davidique, Marie, fille de Sion, a eu foi quand l’ange avait annoncé que Jésus règnerait sur la maison de Jacob (Lc 1, 32-33). Et « voici qu’après la Résurrection, l’espérance avait dévoilé son véritable visage et la promesse avait commencé à devenir réalité » (RM 26). Jésus a vaincu la mort. La mission commence dans toutes les nations. Ainsi se révèle progressivement le règne de Jésus.

            Continuons la lecture de Jean Paul II :

« A l’aube de l’Eglise, au commencement du long cheminement dans la foi qui s’ouvrait par la Pentecôte à Jérusalem, Marie était avec tous ceux qui constituaient le germe du "nouvel Israël". Elle était présente au milieu d’eux comme un témoin exceptionnel du mystère du Christ. Et l’Eglise était assidue dans la prière avec elle et, en même temps, "la contemplait dans la lumière du Verbe fait homme". Et il en serait toujours ainsi. En effet, quand l’Eglise "pénètre plus avant dans le mystère suprême de l’Incarnation", elle pense à la Mère du Christ avec une vénération et une piété profondes. Marie appartient au mystère du Christ inséparablement, et elle appartient aussi au mystère de l’Eglise dès le commencement, dès le jour de sa naissance. A la base de ce que l’Eglise est depuis le commencement, de ce qu’elle doit constamment devenir de génération en génération au milieu de toutes les nations de la terre, se trouve celle "qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur" (Lc 1, 45).

Précisément cette foi de Marie, qui marque le commencement de l’Alliance nouvelle et éternelle de Dieu avec l’humanité en Jésus Christ, cette foi héroïque "précède" le témoignage apostolique de l’Eglise et demeure au cœur de l’Eglise, cachée comme un héritage spécial de la révélation de Dieu. Tous ceux qui participent à cet héritage mystérieux de génération en génération, acceptant le témoignage apostolique de l’Eglise, participent, en un sens, à la foi de Marie.

Les paroles d’Elisabeth, «heureuse celle qui a cru», continuent encore à suivre la Vierge à la Pentecôte; elles la suivent d’âge en âge, partout où se répand la connaissance du mystère salvifique du Christ, par le témoignage apostolique et l’œuvre de l’Eglise. Ainsi s’accomplit la prophétie du Magnificat: «Tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles; Saint est son nom!» (Lc 1, 48-49). En effet, de la connaissance du mystère du Christ découle la bénédiction de sa Mère, sous la forme d’une vénération spéciale pour la Théotokos. Mais dans cette vénération est toujours comprise la bénédiction de sa foi, car la Vierge de Nazareth est devenue bienheureuse surtout par cette foi, selon les paroles d’Elisabeth.

Ceux qui à chaque génération accueillent avec foi le mystère du Christ, Verbe incarné et Rédempteur du monde, dans les différents peuples et nations de la terre, non seulement se tournent avec vénération vers Marie et recourent à elle avec confiance comme à sa Mère, mais ils cherchent dans sa foi un soutien pour leur foi. Et c’est précisément cette vive participation à la foi de Marie qui détermine sa présence particulière dans le pèlerinage de l’Eglise comme nouveau Peuple de Dieu sur toute la terre. » (Jean Paul II, RM 27)

L’exemple d’un saint

            Prenons l’exemple de saint Maximilien Kolbe[22]. Le témoignage de sa vie est merveilleusement édifiant.

            Il s’était attaché à Elle, l’Immaculée, il voulait vivre par elle, et qu’elle forme le Christ en lui. Une prière très ardente, et le voilà parti, en Pologne ou au Japon, comme Marie, dans l’Esprit Saint, le Feu (Ac 1-2).

            Sa mission avait un style intérieur et pratique, il voulait qu’appartienne à Marie et au Christ les médias, les sciences, les banques. Et que partout agisse cet Esprit Saint, celui par qui en Marie Dieu prit chair (Lc 1, 35).

            Comme Marie écoutait et méditait (Lc 2, 19.51), père Maximilien écoutait Dieu parler, et écoutait des heures, ses frères. Esprit de sagesse.

            De Marie (Lc 2, 22 ; Jn 19, 25) il avait appris l’offrande de soi, de multiples dons de soi et de petites offrandes, jusqu’au jour où il donna sa vie, pour un père de famille, au bunker de la faim, au camp d’Auschwitz. Esprit Saint, répandu au calvaire.

            L’amour a vaincu. Il s’est répandu. Esprit d’Amour.

 

            C’est un exemple. Aujourd’hui d’autres initiatives sont prises, de bien des manières…

 

Esprit Saint tu me montres que mes mains sont remplies,

Et tous ceux dans le monde, voulant ce pain de vie,

Je t’adore, te bénis, et dépose tous soucis,

Inspire-moi "en Marie", rien que pour aujourd’hui.

 

 

Assimilation

-Choisissez 10 points à retenir. (10 lignes).

Ensuite, au choix :

-Choisissez un point. Faites un commentaire personnel, en intégrant votre expérience et vos propres connaissances. (une page).

-Essayez d’écrire un schéma fléché qui relie les mystères entre eux, Annonciation, telle ou telle page de l’Evangile, la croix, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte. Résumez ce schéma en quelques phrases (une page).

-L’Eucharistie est mémorial du mystère pascal. Reprenez le travail que vous avez fait dans le dossier 7, et enrichissez-le avec vos nouvelles découvertes (écrivez par exemple d’une autre couleur ce que vous ajoutez).

 


[1] Cf. A.Serra, Dimensioni mariane del mistero pasquale, ed. Paoline, Milano 1995, p. 82-93

[2] On le lit par exemple :

- Dans le commentaire rabbinique: Mekiltà de R. Ismaele, Yitro, Bachodesh, par. 5 sur Ex 20,2

- Dans le Targum du Pentateuque, traduction des deux recensions palestiniennes complètes avec introduction, parallèles, notes et index par R. Le Déaut, avec la collaboration de J. Robert, t. 11, Exode et Lévitique, Du Cerf, Paris 1979 (Sources Chrétiennes, n. 256), p. 153

- Dans Joseph Flavius (fin du 1er siècle après J-C), Antiquité juives III, 5,1-2

- Dans Philon d’Alexandrie (54 après J-C), De confusione linguarum, 58-59

[3] Cf. A. Serra, Memoria e contemplazione (Lc 2,19.51b), dans “Theotokos” VIII (2000), p. 821-859. N.B. Cette revue est une revue interdisciplinaire de mariologie, dirigée par Alberto Valentini, éditée par l’Association centro Mariano Monfortano, via Romagna, 44 – 00187 Roma.

[4] Cf. A. Serra, Memoria e contemplazione (Lc 2,19.51b), dans “Theotokos” VIII (2000), p. 821-859.

[5] Cf. A. Serra, Sapienza e contemplazione di Maria secondo Luc 2,19.51b, Ed. Marianum, Roma 1982, pp. 230-233,289-298.

[6] Epistola “Cogitis me”, n° 20, in CCLM 56 C, p. 118

[7] “Commentaria in Canticum Canticorum” in CCLM 114-115

[8] Cf. A. Serra, Dimensioni mariane del mistero pasquale, ed. Paoline, Milano 1995, p.93-98

 [9] Le concile emprunte à saint Cyprien : De orat. dom. 23: PL 4,553.

[10] Saint Ambroise, Homélie sur Luc II, 50-53, SC 45 par G.TISSOT, Cerf, Paris 1956, p.95-96

[11] Voici par exemple Jacob au service de Laban, (Gn 30,36), les fils de Jacob (Gn 37,13-14 ; 46,34 ; 47,3), avec une mention spéciale pour Joseph (Gn 37,13-14), Judas, (Gn 38,12-13), Moïse (Ex 3,1). David aussi : 1Sam 16,11 ; cf. Ps 78,70-71.

[12] Philon, De sacrificiis, 50-51

[13] Philon, De agricultura, 62-66

[14] Jn 10 ; Jn 15,15 ; 17,26 ; 18,19-20

[15] Eph 4,11 ; Ac 20,28-29 (cf. Tt 1,9 ; 1Tm 4,13.16 ; 2Tm 2,15).

[16] Ac 3,11.12

[17] Ac 4,20 ; 22,14-15

[18] Ac 2,6.8.11.22.33.37 ; 4,4 ; 8,6 ; 10,22 ; 13,7.16.44.48 etc.

[19] Ac 2,7

[20] Ac 2,42 ; 6,4…

[21] Ac 2,47 ; 3,8 ; 4,21 ; 11,18…

[22] Mais volontairement nous ne donnons pas en exemple ses expressions sur le rapport entre Marie et l’Esprit Saint. « Ce n’est pas l’union hypostatique (caractéristique exclusive du Verbe fait chair) qui peut procurer un modèle apte à faire comprendre le rapport entre l’Esprit Saint et Marie. La vérité est que ce rapport consiste dans une union entre une personne divine et une personne humaine, mais ce n’est pas le mystère d’une personne divine qui se fait humaine. » (Jean GALOT SJ, La mediazione di Maria : natura e limiti, in “Civiltà Cattolica,” 148 / 4 (1997), p.13-25. , p.16-17)

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