N° 12, Marie, le royaume, l’unité

 

N° 12, Marie, le royaume, l’unité

           

            Dans le récit de la Passion selon saint Jean, la scène la plus longue, la scène qui est au centre, est celle qui se situe chez Pilate, un procès dont le sommet est la révélation de la Royauté de Jésus, une royauté qui n’est pas de ce monde.

 

            En dehors du cadre de la Passion, que dit l’évangile de saint Jean sur le Royaume ?

            Un seul passage est concerné : Jésus dit à Nicodème : « "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu." » (Jn 3, 5).

            Ainsi, entrer dans le Royaume est une renaissance. Justement, sous la croix qui proclame la royauté du Christ (Jn 19,19), se tient le disciple qui renaît, accueillant la mère de Jésus comme sa mère (Jn 19, 27).

 

            Le Royaume, le procès de Jésus, Marie.

            Tant de vérités nouées ensemble.

            La prédication du Royaume ne va pas sans heurts. Elle est mise en procès. Où est Marie dans le procès de Jésus ?

            Le Royaume est un rassemblement. Où est Marie dans se rassemblement ?

 

Notre plan :

 

12. 1 Marie face au procès de Jésus à Nazareth. 1

12. 2 Le procès de Jésus dans l’Evangile de Jean. 2

12. 3 Marie face au procès de Jésus selon saint Jean. 4

12. 4 L’unité du Royaume : prendre Marie chez soi et ne pas déchirer la tunique sans couture. 5

12. 5 L’unité du Royaume : prendre Marie chez soi et non pas vivre chacun pour soi 5

12. 6 Marie, nouvelle Jérusalem où se rassembleront les fils de Dieu dispersés. 6

12. 7 L’unité en Jésus le nouveau temple, et en Marie. 7

12. 8 Un règne de Paix. 9

12. 9 La prière de Jésus pour l’unité et nos prières de consécration. 9

Assimilation. 10

 

 

12. 1 Marie face au procès de Jésus à Nazareth

            Dans l’évangile de saint Luc, le procès de Jésus concerne Marie très tôt, et de façon très proche, dans son lieu de résidence.

            C’est par là que nous commençons.

            Après un séjour au désert, Jésus retourne en Galilée et inaugure son ministère. Il est glorifié par tous (Lc 4, 15). Jésus a fait des miracles à Capharnaüm et la rumeur en est montée à Nazareth. Mais à Nazareth, donc sous les yeux de sa mère Marie, il s’en faut de peu pour que Jésus ne soit pas assassiné par ses concitoyens !

            Plusieurs éléments du procès de Jésus sont déjà présent à ce moment :

           

            1- « N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là ? » (Lc 4, 22). Les habitants méconnaissent l’identité profonde de Jésus. Ils méconnaissent donc aussi le mystère de Marie, vierge et mère. On ne peut pas le leur reprocher. Pourtant, les enseignements et les signes que Jésus a accompli à Capharnaüm devraient ouvrir leur cœurs à une interrogation sincère sur la véritable identité de Jésus. A Capharnaüm, Jésus est « glorifié » et cela devrait ébranler l’étroitesse de leur regard qui voit en Jésus uniquement le fils de Joseph. L’Eglise de saint Luc saura s’interroger sur l’origine de Jésus, questionner Marie à ce sujet et recevoir son témoignage (Lc 1, 26-38). La parole de Jésus « Aucun prophète n’est bien reçu dans son pays » (Lc 4, 24) ne vise probablement pas un manque d’adoration (c’est un peu tôt), mais un manque d’ouverture. Sans cette ouverture, les miracles ne sont que des prodiges forçant l’admiration et Jésus refuse d’entrer dans ce jeu. Pour Jésus, les miracles doivent être reçus comme des signes à interpréter pour s’ouvrir et cheminer dans la foi.

           

            2- « Assurément, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, lorsque le ciel fut fermé pour trois ans et six mois, quand survint une grande famine sur tout le pays, et ce n’est à aucune d’elles que fut envoyé Elie, mais bien à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon. Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; et aucun d’eux ne fut purifié, mais bien Naaman, le Syrien. » (Lc 4, 25-27). Les habitants de Nazareth sont choqués par l’orientation de Jésus qui a quitté sa ville et qui déclare prendre pour modèle l’attitude d’Elie envers la veuve de Sarepta (une étrangère !) et celle Elisée envers Naaman le Syrien (un étranger !). « Entendant cela, tous dans la synagogue furent remplis de fureur. Et, se levant, ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle leur ville était bâtie, pour l’en précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » (Lc 4, 28-30)

            Après un temps de prière au cénacle avec Marie (Ac 1,14), l’Eglise de saint Luc[1] saura partir en mission, sortir de ses frontières, accueillir les incirconcis et apporter la bonne nouvelle aux étrangers. En Lc 4, il est trop tôt pour vivre la mission, mais Jésus visiblement voudrait préparer et ouvrir les cœurs. Or les habitants de Nazareth sont totalement fermés à cette perspective qui les rend jaloux et fous de rage.

           

            Témoin du drame de Jésus, Marie, perçoit donc deux des motifs du futur procès contre Jésus : la fermeture à son origine divine, le refus de son ouverture universelle.

            Non seulement elle est témoin mais elle participe au drame de Jésus, elle est de son côté :  1- elle avait cru le message de l’ange Gabriel sur Jésus Fils du Très-Haut et 2- elle avait accueilli les paroles du vieillard Syméon sur Jésus lumière des nations dans la ligne d’Isaïe.

            Marie vit désormais isolée à Nazareth, une ville devenue largement hostile à Jésus.

 

12. 2 Le procès de Jésus dans l’Evangile de Jean

            En saint Jean aussi, Jésus est très rapidement menacé de mort (Jn 5, 18).

            Cette menace advient après un signe du royaume, la guérison d’un infirme[2]. S’il n’y a rien d’urgent - et c’est le cas : il est infirme depuis 38 ans -, la loi ne permet pas que la guérison ait lieu le jour du Shabbat (Jn 5,9). Donc pour les Juifs, le miracle conduit à s’écarter de la loi, le faiseur de miracle doit mourir (cf. Dt 13, 2-6). On veut donc tuer Jésus (Jn 5, 18), une menace qui se répète ensuite (Jn 7, 19-24).

            Le procès contre Jésus semble dériver plus encore de l’affirmation de Jésus : « Mon Père travaille jusque maintenant et moi aussi j’agis. » (Jn 5, 17). Avoir appelé Dieu « Mon Père » (Jn 5,17) fait-il scandale ? Les Juifs disaient chaque jour à Dieu « Notre Père »[3]. Le roi pouvait le dire à titre individuel. Jésus indique le lien tout particulier qu’il possède avec Dieu, à titre personnel.

            Le contexte immédiat sur l’œuvre un jour de Shabbat éclaire encore davantage ce qu’il y a d’étonnant dans la relation de Jésus au Père.

            Lorsque l’on connaît le Targum et les traditions juives sur le Shabbat, on découvre quelle est l’activité de Dieu le jour du Shabbat[4] et on comprend pourquoi la guérison opérée par Jésus le jour du Shabbat suscite une polémique contre Jésus. Jésus non seulement travaille le jour du Shabbat comme son Père, mais il prétend exercer la même activité que lui : « Mon Père travaille jusque maintenant et moi aussi j’agis. » (Jn 5, 17)

            Or, selon certaines traditions, les œuvres du Père, les œuvres qui lui sont réservées le jour du Shabbat sont : la vie, le pardon et le jugement.[5] Or c’est justement ce que Jésus prétend faire. Jésus, dans le temple, dit à l’homme guéri « ne pèche plus », ce qui résonne comme un parole de pardon. De plus, le discours parle plusieurs fois de jugement et de donner la vie aux morts. Nous lisons notamment : « Car, comme le Père ressuscite les morts et donne la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut. » (Jn 5, 21) : Jésus revendique le jugement et le don de vie à la première mort. « Car, comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. Et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu’il est Fils de l’homme. » (Jn 5, 26-27), il s’agit du jugement sur la terre en tant que Fils d’homme, et du jugement final en tant que Fils de l’homme, selon la prophétie de Daniel 7,13.

 

            En Jn 7, 19. 25. 30 : On veut tuer Jésus à cause de la question de son origine mystérieuse, et de ses affirmations qui ont scandalisé (Jn 5 et Jn 6). « Vous me chercherez et en me trouverez pas » (Jn 7, 34) : Jésus se retire comme Dieu se retire lorsqu’il n’est pas aimé : Os 5 ; cf. aussi Is 55. Ceci fait partie de la théologie juive « ouverte »[6] où l’on comprend que Dieu respecte le refus de l’homme au point qu’il puisse y avoir des péchés qui entraînent le retrait de la gloire de Dieu hors du temple. Ensuite (Jn 8, 59), Jésus, comme Yahvé en Ez 10 et 11, quitte le Temple et Jérusalem, et il va au-delà du Jourdain.

 

            Le fait que Jésus soit condamné par le sanhédrin, et le fait supplémentaire que Dieu ne vienne pas délivrer Jésus, voilà ce qui semble signifier que Jésus est un imposteur, et c’est bien la conclusion que les scribes et les chefs font (Mt 27, 41-43 ; Lc 23, 35 ; Mc 15,29-32). Le monde considère Jésus comme un pécheur (blasphémateur) dont le langage n’est pas vrai et qui mérite le jugement. Jésus meurt et sa mort semble donner raison au sanhédrin qui l’a jugé.[7]

            Quand Jésus ressuscite, le jugement qu’on a porté contre lui se retourne donc contre ses accusateurs, et Jésus apparaît comme celui qui est Juste et sans péché. « Et lui [l’Esprit Saint], une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement. » (Jn 16,8).

           

            Jésus est donc progressivement jugé, et l’acte de jugement commence très tôt dans sa vie publique. On ne veut pas lui reconnaître son origine mystérieusement « d’en haut ». On ne veut pas admettre que les guérisons qu’il opère procèdent de l’amour du Père, honorent le Père, expriment la miséricorde du Père.

            Le procès qui commence contre Jésus jette l’opprobre sur Jésus, et sur le royaume de Dieu qu’il est venu apporter.

           

12. 3 Marie face au procès de Jésus selon saint Jean

            Marie est debout en silence et Marie est la mère. C’est tout simple, et éloquent.

 

            Marie avait porté Jésus, elle l’avait accueilli en son sein par la foi en la Parole divine : L’Incarnation est la venue du Verbe (Jn 1, 1-4), et donc la maternité de Marie est un accueil du Verbe, de la Parole de Dieu (cf. LG 53.56). Marie avait ensuite non seulement gardé sa parole (Lc 2, 51), mais elle avait encouragé les hommes à l’écouter et à la mettre en pratique (Jn 1, 4)…

            Au moment de la Passion de son Fils, Marie pourrait dire à Jésus ce que Jérémie dit à Dieu :

« Reconnais que je subis l’opprobre pour ta cause. Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais: ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur. Car c’est ton Nom que je portais, Yahvé, Dieu Sabaot.[…] Pourquoi ma souffrance est-elle continue, ma blessure incurable, rebelle aux soins ? Vraiment tu es pour moi comme un ruisseau trompeur aux eaux décevantes ! » (Jr 15, 15-18).

Or elle connaît la réponse que Dieu fit à Jérémie :

« Alors Yahvé répondit: Si tu reviens, et que je te fais revenir, tu te tiendras devant moi. Si de ce qui est vil tu tires ce qui est noble, tu seras comme ma bouche. Eux reviendront vers toi, mais toi, tu n’as pas à revenir vers eux ! Je ferai de toi, pour ce peuple-là, un rempart de bronze fortifié. » (Jr 15, 19-20).

Et de fait, Marie ne dit rien, mais elle met en pratique ce conseil que Dieu fit à Jérémie : elle se tient devant le Seigneur, « debout au pied de la croix » (Jn 19, 25), sans se soucier du sanhédrin et sans se ranger à leurs conclusions. Et, comme Dieu l’avait promis pour Jérémie, Marie est devenue pour le peuple (l’Eglise) « Sainte Marie, rempart de la foi », selon le titre liturgique[8].

            Marie, rempart de la foi, soutient la foi du peuple de Dieu.

 

°°°°°°°

            Jésus est rejeté de son peuple, il est emmené hors des murs de la cité et il est crucifié. Son procès était injuste. Ses amis, presque tous, l’ont abandonné. Il est là tout tremblant de froid. Il a perdu son sang sous les tortures, il a soif, il est fiévreux. Il est maintenant crucifié. Il étouffe. Chaque mouvement pour se soulever et respirer élargit les plaies des pieds, et les plaies des mains, et les plaies de la couronne d’épine, et celle du dos flagellé. Jésus roi.

            Il voit sa mère, une femme pauvre, les yeux rougis. L’humanité rejette l’amour de Dieu. Marie en est directement blessée. Marie est atteinte personnellement par la passion de Jésus au titre de sa maternité humaine. Le 20ème siècle, un siècle de martyrs du Christ. Avec tant de mères de martyrs. La destinée de ces mères est douloureuse mais aussi glorieuse, dans la lumière de la croix de la mère de Dieu. Marie partage les souffrances des mères, elle les éclaire avec la bénédiction céleste. Marie encourage les futures mères, en acceptant les souffrances, elles participeront à sa joie, la joie parfaite.

            Marie, la mère de Dieu. Elle est atteinte au titre de l’amour divin auquel elle a participé par cet événement unique au monde : l’Incarnation. Dans l’Evangile de Jean, Marie n’est jamais appelée « Marie », mais « La mère de Jésus » (Jn 2,1 et Jn 19, 25-27). C’est l’indice que pour l’évangéliste, tout ce qui concerne Marie se comprend dans la perspective de l’Incarnation, qui est un mystère d’amour : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16). La grandeur de la mère de Dieu ouvre, à l’heure de la passion de Jésus, un abîme.

 

12. 4 L’unité du Royaume : prendre Marie chez soi et ne pas déchirer la tunique sans couture

            Rappelons, dans l’ordre, les événements au calvaire rapportés par  saint Jean :

 

1°) L’écriteau mentionne la royauté de Jésus (Jn 19, 19-22)

2°) Les soldats se partagent les vêtements mais refusent de déchirer la tunique du Christ (Jn 19, 23-24)

3°) Jésus fait un testament à sa mère et au disciple (Jn 19, 25-27)

4°) Jésus remet l’Esprit et meurt (Jn 19, 28-30)

5°) Le coup de lance, le sang et l’eau (Jn 19, 31-37)

 

            Le geste de déchirer les vêtements peut symboliser le schisme d’une communauté (cf. 1 R 11,29-39). Le verbe grec utilisé en Jn 19, 24 (schizô = déchirer) ne signifie pas seulement l’action de déchirer des vêtements, mais peut exprimer le schisme du peuple de Dieu (cf. Ac 14,4 ; 23,7). Jésus meurt pour rassembler dans l’unité les fils de Dieu dispersés (Jn 11,51-52) : sa tunique ne sera pas déchirée.

            Nous l’avons dit, il y a un rapport de style entre les deux paragraphes : Jn 19, 23-24 (les soldats et la tunique) et Jn 19, 25-27 (la Mère et le disciple), reliés par la conjonction grecque « mèn… de » (d’une part… d’autre part). Il y a donc entre eux un rapport d’analogie : la tunique du Christ que les soldats n’ont pas déchirée est un signe de cette unité de l’Eglise qui est sur le point de se créer grâce à l’union d’amour entre la mère de Jésus et le disciple fidèle.

           

            Il y a une dimension toute simple : la mère console, aime, apaise et rassemble les enfants. Lorsque l’on est comblé d’amour, les divisions font horreur et on veut la paix. Il y a, et c’est en même temps, une dimension forte, théologale, extrêmement puissante. Ce rassemblement et cette unité dépassent les expériences ordinaires.

            Jésus remet l’Esprit. Le Fils de Dieu remet l’Esprit de Dieu. L’unité est celle de Dieu Trinité. Cette unité existe. Dieu Est.

            Cette unité n’est pas facile. Jésus souffre atrocement à l’heure dont nous parlons. Il veut cette unité pour l’humanité. Le don de Marie n’est pas neutre. La mère de Jésus a porté le lien vivant entre l’humanité et la divinité.

 

12. 5 L’unité du Royaume : prendre Marie chez soi et non pas vivre chacun pour soi

« Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit comme sienne (ta idia). » (Jn 19,27)

            Nous avons expliqué précédemment ce verset et toutes les significations de « ta idia ». Mais nous n’avons pas encore montré le contraste entre ce verset et cet autre verset :

« Voici venir l’heure -- et elle est venue -- où vous serez dispersés chacun de votre côté (ta idia) et me laisserez seul. » (Jn 16,32).

            Prendre Marie chez soi et non pas vivre chacun pour soi, c’est important pour la paix et l’unité. En abandonnant Jésus qui est leur lien d’unité, les disciples vont chacun de leur côté, dans leurs affaires et ils se dispersent : c’est une dispersion géographique et spirituelle : chacun se replie sur ses propres intérêts et les disciples ne sont plus rassemblés dans l’unité ; chacun perd le lien avec Jésus et se disperse intérieurement : sans la foi on ne peut pas unifier la vie et la mort, le passé et le futur, l’existence devient dissolue, il n’y a plus d’harmonie intérieure. Qui disperse ? Le loup, Satan (Jn 10,12) et Judas qui est venu là où Jésus se réunissait avec ses disciples (Jn 18,2) provoquant la dispersion.

            L’Evangile oppose au fait de se disperser chacun de son côté (in ta idia) le fait de prendre Marie comme sienne (ta idia). Accueillir Marie produit l’unité des disciples entre eux et l’harmonie intérieure. Accueillir Marie permet d’édifier le royaume de Dieu, l’unité, dans la communauté, l’Eglise, les nations, l’humanité.

12. 6 Marie, nouvelle Jérusalem où se rassembleront les fils de Dieu dispersés[9]

            Jésus meurt pour rassembler les fils de Dieu. Ce sujet est très actuel car le défi aujourd’hui n’est pas seulement la globalisation mais l’unité de l’humanité.

 

« Caïphe, étant grand prêtre cette année-là, […] prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation -- et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. » (Jn 11, 47-52)

 

            Selon la doctrine de l’Ancien Testament, les enfants de Dieu sont les membres du peuple d’Israël, et les dispersés sont les exilés. Par le serviteur souffrant, le Seigneur rassemble son peuple, en le reconduisant de l’exil à la terre promise (Is 49,5-6). Le Seigneur conclut avec eux une alliance nouvelle, et non seulement avec eux mais avec aussi avec tous les autres peuples. Dans le cadre de cette restauration grandiose, Jérusalem et le temple acquièrent un relief singulier. Jérusalem est saluée comme Mère de ces fils innombrables que le Seigneur a acheminés vers elle.[10]

 

            Saint Jean fait allusion à cette doctrine lorsqu’il raconte l’entrée de Jésus à Jérusalem, et qu’il cite Za 9,9: « Ne crains pas, Sion ! Voici ton roi qui vient, assis sur un petit d’ânesse. » (Jn 12,14-16). Mais il y a une nouveauté dans le Christ :

- Les enfants de Dieu ne sont pas uniquement Israël mais toute l’humanité, tous sont appelés à accueillir le Christ et sa parole (Jn 1, 12 ; 1 Jn 3,1.2.9.10 ; 5,1.2)

- Les dispersés sont tous les hommes, victimes du « loup », c’est-à-dire du Malin qui « s’en empare et les disperse » (Jn 10,12). Leur dispersion sera recomposée dans l’unité même du Père et du Fils (Jn 11,52 ; cf. 10,30).

- Le serviteur souffrant est le Christ, l’Agneau de Dieu (Jn 1,29.36) qui rassemble l’humanité dispersée.

- Le Temple de Jérusalem est la personne du Christ ressuscité (Jn 2,19-22), il attire et rassemble : « une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,32). Les fils de Dieu dispersés sont rassemblés dans le Christ-Temple. Et cette unité s’épanouit dans la Trinité (Jn 10,30 ; 17,22-23).

- Marie qui se tient debout au pied de la croix est associée à cette œuvre de rassemblement. Si Jésus avait voulu simplement se préoccuper de l’avenir de Marie, il aurait été suffisant de dire au disciple: « Voici ta mère ». En se tournant d’abord vers sa mère, Jésus souligne la mission qu’il va lui laisser. Marie est la mère de Jésus, la mère de tous les disciples de Jésus (Jn 19,25-27), la nouvelle Jérusalem, mère universelle de tous les hommes, de tous les fils de Dieu dispersés, rassemblés dans le Christ-Temple (Jn 19,25-27).[11]

 

            Jérusalem, la cité de Dieu, peut donc signifier Marie, qui joue un rôle dans le rassemblement des fils de Dieu, des peuples et des nations :

      « Le temple du vrai Salomon et la mystique cité de Dieu, c’est-à-dire la Très Sainte Vierge, appelée par les Saints Pères le temple de Salomon et la cité de Dieu […]. Cette ville autour de laquelle les hommes tournoieront à la fin du monde pour se convertir, et pour rassasier la faim qu’ils auront de la justice, est la Très Sainte Vierge qui est appelée par le Saint-Esprit ville et cité de Dieu [Cf. Ps 58] »[12]

             

            C’est la réalisation des prophéties mûries par l’exil à Babylone et qui annoncent que la « Fille de Sion » reçoit une maternité universelle (Is 54,1 ; 55,3 ; Za 2,15 ; 9,9), attirant des peuples étrangers à partager les privilèges du peuple saint. « Tout le monde » y est appelé. Ce sujet est très actuel et Marie y participe.

            Ce qui est dit de Marie doit être harmonisé avec ce qui est dit du Christ et de l’Esprit : les fils de Dieu sont ceux qui renaissent de l’Esprit Saint (Jn 3,5) ; l’unité de l’Église se fait autour du Christ, unique pasteur (Jn 10, 16), sous la poussée de l’Esprit (Jn 14,26 ; 16, 13-14).

 

12. 7 L’unité en Jésus le nouveau temple, et en Marie

            Comme Jésus est déjà mort, on ne lui brise pas les os (Jn 19, 31-37). C’est le fait historique. 

            Or, c’est aussi le propre de l’agneau pascal. Dans sa Passion, Jésus a le rôle du Temple et de sa liturgie, ce que confirme par l’attitude générale de Jésus vis-à-vis du temple. Jésus est le nouveau temple. Et le temple est dans le sein de Jérusalem… En s’identifiant au nouveau temple, Jésus identifie Marie à la nouvelle Jérusalem. Or, nous l’avons vu, les prophéties ont annoncé un rassemblement des exilés dans le temple et en Sion.

            Nous sommes donc au cœur de notre sujet. Mais il est nécessaire de prendre du recul, en parcourant rapidement tout le récit de l’Evangile de Jean.

                                  

           

            Saint Jean dit de Jésus : le Verbe a « habité », mot à mot « campé, planté sa tente » (Jn 1, 14), c’est une allusion à la tente de la rencontre, ce premier temple au temps de la marche de l’Exode dans le désert, avant qu’Israël soit un royaume.

            Jésus manifeste du zèle, de l’amour pour le temple, il souligne que c’est la maison de son Père (Jn 2, 16). L’expulsion des vendeurs et des changeurs accomplit Zacharie 14 qui annonce qu’il n’y aura plus de vendeurs dans le temple et que toute marmite dans le pays sera sacrée, et par conséquent il n’y aura plus de frontière ni de changeurs de monnaie entre le temple et le reste du pays. Jésus dit ensuite : « Détruisez ce Temple, et dans trois jours je le relèverai. » (2, 19), « il parlait du Temple de son corps » (2, 21) : dans la lumière de la résurrection (2, 22) saint Jean est convaincu que Jésus lui-même, dans son propre corps, est un nouveau Temple. En outre, quand Jésus a dit « Détruisez ce Temple » (2, 19), il suggère que le nettoyage qu’il opère est une sorte de parabole, l’annonce de sa destruction !

            Un peu plus tard Jésus dit : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. » (Jn 4, 21). Jésus prédit que ces emplacements deviendraient bientôt non pertinents, sans importance. Il veut un profond élan du cœur.

            La fête des Tentes commémore le temps où le peuple cheminait dans le désert avec Moise. Chaque jour de l’eau est montée au temple et versée sur l’autel, en souvenir de Moise qui donna de l’eau au désert, en frappant le rocher (Ex 17, 17; Nm 20, 8-13). C’est aussi un symbole de l’eau dont Dieu a promis qu’elle sortirait de Jérusalem et de son Temple[13]. Or voici que Jésus reprend ces images pour lui-même ! Au lieu de l’eau qui coule de Jérusalem ou de son Temple, l’eau coule de Jésus et/ou de ceux qui croient en lui (Jn 7, 37-39). De plus, pendant la fête, quatre grands candélabres éclairaient le temple, et, disait-on, la ville entière. Or Jésus, pendant cette fête, prétend être la lumière du monde entier (Jn 8, 12). Le débat très tendu qui suit (Jn 8, 13-59) se termine par la révélation de Jésus : « avant qu’Abraham fût, je suis » (8, 58). « Je suis » est le nom divin, un nom liturgique. Jésus utilise encore le rituel du Temple pour décrire son identité.

            Le chapitre suivant (Jn 9) n’est pas localisé dans le Temple, mais ailleurs à Jérusalem. L’aveugle guéri adore Jésus, une adoration véritable envers celui qui a été jeté hors du Temple !

            En Jn 10, 22-39 Jésus revient au Temple, mais brièvement, sous la colonnade. C’est la dernière fois.

           

            Comme le bain de purification avant d’entrer au temple, le lavement des pieds (Jn 13,3) purifie les disciples avant l’expérience du nouveau Temple. Les disciples apprennent qu’ils vont vers le Temple céleste (14, 2) où Dieu leur a préparé une place. Les disciples sont mis à part, différents du monde extérieur (Jn 15,10,18s ; 16,8-11, 33 ; 17,18). Jésus parle de la vigne dont il est le cep et les disciples les branches (Jn 15, 1-5) ; cette image reflète aussi la vigne qui décore la porte du temple. Salomon avait prié Dieu d’écouter les prières faites dans le Temple (1 Rois 8, 29-30). Les disciples sont maintenant assurés qu’ils peuvent tout demander dans le nom de Jésus (Jn 14,14; 15,16; 16,24).

            Le temple dans Jérusalem est le lieu de la prière qui monte comme l’encens. Jésus en Marie est le lieu de la prière, lumière, chaleur, vie. Il est le parfum qui enchante.

 

            Si Jésus joue le rôle du Temple, il est aussi le lieu du « Yom kippour », le lieu du pardon de Dieu et le lieu de la communion avec Dieu.

            Le fait que Marie soit au pied de la croix signifie que Marie est aussi dans « ce lieu ». Marie se trouve là où se trouve le pardon de Dieu et la communion avec Dieu. Le fait qu’elle soit debout et participe activement signifie que Marie participe à la construction de cet espace de communion et de pardon.

           

            Non seulement Jésus est Temple, mais les disciples aussi sont le Temple, la demeure de Dieu. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui. » (Jn 14, 23). Et comme le temple, ils sont sanctifiés : « Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » (Jn 17, 19)

            Après la Résurrection, Jésus demande aux Douze de remettre les péchés, ce qui était une fonction du temple.

            Ainsi non seulement Marie se trouve dans ce nouveau temple et participe à sa construction, mais l’Eglise avec les disciples et les douze sont aussi constitutifs du temple. Marie éclaire l’être de l’Eglise et l’Eglise éclaire l’être de Marie. Il faudra nous en souvenir.

 

12. 8 Un règne de Paix

            Les enseignements sont déjà très denses. Approfondir le lien entre Marie et le royaume de Dieu en tant que règne de Paix, je vous propose de le faire simplement sous forme de deux exercices spirituels personnels.

 

            Marie a enfanté Jésus, prince de la Paix.

            Mère de Jésus, elle est présente au calvaire où se refait l’unité.

            La foi donne une espérance inébranlable, irrésistible. La Paix est acquise, Dieu, le Dieu de Paix est celui qui est, qui était et qui vient ; il s’est incarné, il s’est réconcilié le monde, il est proche. La tunique du Christ est sans couture et elle restera non déchirée (Jn 19, 23-24).

            L’exercice consiste à regarder cette réalité de foi. A la regarder longtemps, jusqu’à sentir en soi monter une source d’espérance. Ensuite, laissez-vous inspirer pour votre situation.

 

            Nous avons vu Marie angoissée, qui ne comprend pas et qui pourtant avance (Lc 2, 51 ; Mc 3). Nous avons contemplé la croix, si cruelle, mais qui est en même temps une vision de rassemblement et d’unité !

            L’exercice consiste à accepter un certain paradoxe dans nos vies : une paix qui n’est pas de ce monde. La Paix de Jésus laisse à l’extérieur de l’âme toutes les tentations (de colère, de dispute, d’inquiétude angoissante etc.), mais Jésus ne supprime pas les tentations. Regardez le chemin qui s’ouvre et la paix en vous, tout le reste qui s’agite est seulement en dehors de vous.

 

12. 9 La prière de Jésus pour l’unité et nos prières de consécration

            Jésus prie pour l’unité. La source de l’unité est la gloire que Jésus donne au disciple (Jn 17, 10), c’est-à-dire sa présence, son amour. L’unité des disciples est comme celle du Père et du Fils dans la Trinité (Jn 17, 21) :

« 11 Je ne suis plus dans le monde; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. […]

19 Pour eux je me sanctifie [consacre] moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés [consacrés] dans la vérité.

20 Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi,

21 afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.

22 Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un:

23 moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » (Jn 17, 11.19-23)

 

            Jésus se consacre (Jn 17, 19), à la fois pour la mission de vérité (contexte immédiat) et pour le sacrifice (contexte de la passion Jn 13-19). Cette consécration nous permet nous aussi de nous consacrer, en lui. Jn 17 est donc un texte de référence pour toutes les prières dites de consécration. C’est judicieusement que Jean Paul II s’est fondé sur ce texte pour renouveler les consécrations faites par ses prédécesseurs. Dans chacune d’elles (13 mai 1982, 16 octobre 1983, 24 mars 1984), il commence par citer ce texte biblique (Jn 17, 19) qu’il fait suivre de ce commentaire :

 

      « En vertu de cette consécration, les disciples de tous les temps sont appelés à se dépenser pour le Salut du monde et à ajouter quelque chose aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église (cf. 2 Co 13,15 ; Col 1,24).

      Devant toi, Mère du Christ, devant ton Cœur immaculé je veux aujourd’hui, avec toute l’Église m’unir à notre Rédempteur en sa consécration pour le monde et pour les hommes, car c’est seulement dans son Cœur divin qu’elle a le pouvoir d’obtenir le pardon et de procurer la réparation.

      La puissance de cette consécration dure dans tous les temps, elle embrasse tous les hommes, peuples et nations, elle surpasse tout mal que l’esprit des ténèbres est capable de réveiller dans le cœur de l’homme et dans son histoire, et que, de fait, il a réveillé à notre époque. A cette consécration de notre Rédempteur, s’unit l’Église corps mystique du Christ, par le service du successeur de Pierre.

      Combien profondément nous sentons le besoin de consécration, pour l’humanité et pour le monde, pour notre monde contemporain, dans l’unité du Christ lui-même ! […] » [14]

 

            Dans cette même perspective, mais sans le vocabulaire spécifique de la consécration, voici cette prière de Jean Paul II adressée à Marie mère de l’unité :

 

« Aide-nous dans le grand effort que nous allons faire pour rencontrer de manière toujours plus mûre nos frères dans la foi, auxquels nous unissent tant de choses bien qu’il yen ait qui nous divisent. Fais que, à travers tous les moyens de la connaissance, du respect réciproque, de l’amour, de la collaboration en divers domaines, nous puissions découvrir progressivement le dessein divin de cette unité dans laquelle nous devons entrer nous-mêmes et introduire tous les hommes, afin que l’unique bercail du Christ reconnaisse et vive son unité sur la terre. O Mère de l’unité, enseigne-nous toujours les chemins qui conduisent à elle. » (Jean Paul II, homélie à Jasna Gora, 4 juin 1979)

 

Assimilation

 

            Reprenons la récente homélie du pape Benoît XVI, à Ephèse en Turquie, le 29.11.06, durant la messe au sanctuaire marial « Meryem ana Evi ». Vous lisez cette homélie. Vous reprenez les phrases qui vous semble importantes en les mettant en relation avec ce que vous venez d’apprendre dans le précédent apport (l’exercice fera une page, ou deux).

 

« […] Mère de Dieu - Mère de l'Eglise

Nous avons écouté le passage de l'Evangile de Jean qui invite à contempler le moment de la Rédemption, lorsque Marie, unie au Fils dans l'offrande du Sacrifice, étendit sa maternité à tous les hommes et, en particulier, aux disciples de Jésus. Le témoin privilégié de cet événement est l'auteur du quatrième Evangile lui-même, Jean, le seul des Apôtres qui resta sur le Golgotha avec la Mère de Jésus et les autres femmes. La maternité de Marie, qui commença avec le fiat de Nazareth, s'accomplit sous la Croix. S'il est vrai - comme l'observe saint Anselme - qu'"à partir du moment du fiat, Marie commença à nous porter tous dans son sein", la vocation et la mission maternelle de la Vierge à l'égard des croyants en Christ commença de manière effective lorsque Jésus lui dit:  "Femme, voici ton fils!" (Jn 19, 26). En voyant sa Mère du haut de la Croix et le disciple bien-aimé à ses côtés, le Christ mourant reconnut les prémisses de la nouvelle Famille qu'il était venu former dans le monde, le germe de l'Eglise et de la nouvelle humanité. C'est pourquoi il s'adressa à Marie en l'appelant "femme" et non "mère"; un terme qu'il utilisa en revanche en la confiant au disciple:  "Voici ta mère!"  (Jn  19,  27).  Le  Fils de Dieu accomplit ainsi sa mission:  né de la Vierge pour partager en tout, hormis le péché, notre condition humaine, au moment de son retour au Père, il laissa dans le monde le sacrement de l'unité du genre humain (cf. Const. Lumen gentium, n. 1):  la Famille "rassemblée par l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint" (Saint Cyprien, De Orat. Dom. 23:  PL 4, 536), dont le noyau primordial est précisément ce lien nouveau entre la Mère et le disciple. Ainsi, la maternité divine et la maternité ecclésiale demeurent soudées de manière indissoluble.

Mère de Dieu - Mère de l'unité

La première Lecture nous a présenté ce que l'on peut définir comme l'"évangile" de l'Apôtre des nations:  tous, même les païens, sont appelés en Christ à participer pleinement au mystère du salut. Le texte contient en particulier l'expression que j'ai choisie comme devise de mon voyage apostolique:  "Le Christ, qui est notre paix" (Ep 2, 14). Inspiré par l'Esprit Saint, Paul affirme non seulement que Jésus Christ nous a apporté la paix, mais qu'il "est" notre paix. Et il justifie cette affirmation en se référant au mystère de la Croix:  en versant  "son  sang"  -  dit-il  -,  en offrant "sa chair" en sacrifice, Jésus a détruit l'inimitié "en lui-même" et il a créé "en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau" (Ep 2, 14-16). L'Apôtre explique dans quel sens, vraiment imprévisible, la paix messianique a été réalisée en la Personne même du Christ et de son mystère salvifique. Il l'explique en écrivant, alors qu'il est emprisonné, à la communauté chrétienne qui habitait ici, à Ephèse:  "au peuple saint qui est à Ephèse, fidèles dans le Christ Jésus" (cf. Ep 1, 1), comme il l'affirme dans l'adresse de la Lettre. L'Apôtre leur souhaite "que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur" (Ep 1, 2). La "grâce" est la force qui transforme l'homme et le monde:  la "paix" est le fruit mûr de cette transformation. Le Christ est la grâce; le Christ est la paix. Or, Paul sait qu'il est envoyé pour annoncer un "mystère", c'est-à-dire un dessein divin qui, uniquement dans la plénitude des temps, dans le Christ, s'est réalisé et révélé:  c'est-à-dire que "les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Evangile" (Ep 3, 6). Ce "mystère" se réalise, sur le plan historique et salvifique, dans l'Eglise, ce Peuple nouveau dans lequel, une fois abattu le vieux mur de division, se retrouvent unis les juifs et les païens. Comme le Christ, l'Eglise n'est pas seulement un instrument de l'unité, mais elle en est également le signe efficace. Et la Vierge Marie, Mère du Christ et de l'Eglise, est la Mère de ce mystère d'unité que le Christ et l'Eglise représentent et construisent inséparablement dans le monde et au cours de l'histoire.

Demandons la paix pour Jérusalem et le monde entier

L'Apôtre des nations remarque que le Christ "des deux, [il] a fait un seul peuple" (Ep 2, 14):  une affirmation qui se réfère au sens propre à la relation entre les juifs et les païens en ce qui concerne le mystère du salut éternel; une affirmation qui peut cependant également s'étendre, sur le plan de l'analogie, aux relations entre les peuples et les civilisations présentes dans le monde. Le Christ "est venu annoncer la paix" (Ep 2, 17) non seulement parmi les juifs et les non juifs, mais entre toutes les nations, car tous proviennent du même Dieu, unique Créateur et Seigneur de l'univers. Réconfortés par la Parole de Dieu, d'ici, d'Ephèse, ville bénie par la présence de la Très Sainte Vierge Marie - que nous savons également aimée et vénérée par les musulmans - nous élevons au Seigneur une prière spéciale pour la paix entre les peuples. De cette partie de la péninsule d'Anatolie, pont naturel entre les continents, nous invoquons la paix et la réconciliation, tout d'abord pour ceux qui vivent sur la Terre que nous appelons "sainte", et qui est considérée comme telle par les chrétiens, les juifs et les musulmans:  c'est la terre d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, destinée à accueillir un peuple qui deviendra une bénédiction  pour  toutes  les  nations (cf. Gn 12, 1-3). Paix pour l'humanité tout entière! Que cette prophétie d'Isaïe puisse se réaliser au plus tôt:  "Ils briseront leurs épées pour en faire des socs / et leurs lances pour en faire des serpes. / On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, / on n'apprendra plus à faire la guerre" (Is 2, 4). Nous avons tous besoin de cette paix universelle; l'Eglise est appelée à être non seulement l'annonciatrice prophétique de cette paix, mais, plus encore, à en être "le signe et l'instrument". C'est précisément dans cette perspective de pacification universelle, que devient plus profonde et intense l'aspiration vers la pleine communion et la concorde entre tous les chrétiens. Les fidèles catholiques de divers Rites sont présents à la célébration d'aujourd'hui, et cela constitue un motif de joie et de louange à Dieu. En effet, ces Rites sont l'expression de l'admirable variété dont l'Epouse du Christ est ornée, à condition qu'ils sachent converger vers l'unité et le témoignage commun. C'est dans ce but que l'unité entre les Evêques au sein de la Conférence épiscopale, dans la communion et le partage des efforts pastoraux, doit être exemplaire. […] » (Benoît XVI)

 

 

 

[1] Les Actes des Apôtres dont l’auteur est aussi saint Luc.

[2] Nous allons largement suivre Jacques Bernard, La guérison de Bethesda un jour de Sabbat, Mélanges de Science Religieuse n° 1. Lille, 1977, pp 13-44.

[3] Prière du « Shemone Esré » ou Dix huits bénédictions : « accordes-nous Notre Père, une connaissance venant de toi… » (4ème bénédiction) et « Pardonnes-nous Notre Père… » (6ème bénédiction)

[4] En Gn 2,2-3 le 7ème jour est marqué d’une ambiguïté : Dieu « acheva » et « se reposa ». Les commentaires du Targum oscillent. Dans le Targum Onkelos (targum officiel du Pentateuque), Dieu se réjouit et se reposa le 7ème jour. Dans le Targum Jonathan (targum officiel des prophètes) : Dieu acheva et se reposa le 7ème jour. Dans le Targum Néofiti I : La Parole de Yahvé acheva et il y eut Shabbat et repos en sa présence le 7ème jour.

Dans la Septante, et chez les Samaritains : Dieu acheva le 6ème jour et se reposa le 7ème

Dans le Livre des Jubilés (Inter-testament, 2ème siècle avant J-C) : ce sont des anges inférieurs qui font le travail de providence qui dure même le 7ème jour.

[5] Dans la Mekilta de rabbi Ismaël sur Ex 31,17 : Dieu cesse le travail mais il ne cesse pas le jugement ni la miséricorde. Jugement et miséricorde sont donc des œuvres qui ne peuvent cesser ni être confiées à d’autres, pas même aux anges.

Le traité Ta’anit 2 a.b évoque trois clés : celle des pluies, celle de la stérilité, celle de la résurrection. Elie a eu celle de la pluie (il fait pleuvoir), et celle de la résurrection (il ressuscite le fils de la veuve), mais il ne les a pas eu en même temps afin de ne pas avoir en main plus de clés que Dieu (Sanhédrin 113a).

[6] Cf. J. Bernard, Torah et culte chez les Rabbins, confessions divergentes, dans Mélanges de science Religieuse, Lille, Janvier-mars 1997 pp. 38-71

[7] Cf. Talmud Babylone, Traité sanhédrin

[8] Congrégation pour le culte divin, Messes en l’honneur de la Vierge Marie, Desclée Mame, p. 237

[9] A.Serra, “Segno operante di unità dei dispersi figli di Dio (Jn 11,52)”, in E c’Era la Madre di Gesù (Jn 2,1). Saggi di esegesi biblico-mariana (1978-1988), ed. Cens Marianum, Milano-Roma 1989, pp. 285-321.

[10] Is 60,1-9 ; 49,19-20 ; Tb 13,12-13 ; Ps 87… Is 49,18-23 ; 54,1-3 ; 60,1-22 ; 66,7-13 ; Bar 4,36-37 ; 5,5-6…

[11] Les prophéties concernant Jérusalem et le temple sont accomplies en Marie et Jésus, mais cela ne refuse pas au peuple Juif le droit de revenir aujourd’hui sur la terre de ses ancêtres et d’y prier, dans le respect du droit international.

[12] Saint Louis-Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion, dans œuvres complètes, Seuil, Paris 1966, § 48

[13] par exemple Ez 47, 1 ; Za 14,8

[14] Dans R.Laurentin, Retour à Dieu avec Marie, OEIL, Paris 1991, p. 87-88

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