Entrer dans la Sainte Famille

Les parents de Marie

Il n’y a pas de récit dans les Evangiles.

“Le Seigneur se souvient de nous, il bénira. Il bénira la famille d’Israël, il bénira la famille d’Aaron, il bénira tous ceux qui craignent le Seigneur du plus grand au plus petit.” Psaume 115, 12-13

Il est bon de commencer ce mois de Marie avec ceux qui, les premiers, ont accueilli Marie dans leur vie : ses parents.

La première fois que les Ecritures nous présentent Marie, c’est à l’épisode de l’Annonciation. Elle est alors fiancée. Dans la Bible, rien ne nous est dit ni de son enfance, ni de sa famille, ni de sa généalogie.

C’est un texte du 2 ème siècle, le Protévangile de Jacques, qui rapporte que les parents de Marie s’appelaient Joachim et Anne. Ce texte raconte que ce couple qui désirait tant donner la vie était, hélas, stérile. Nous sommes en terre d’Israël environ 15 ans avant la naissance du Christ, et dans la mentalité de l’époque la stérilité était signe de malédiction. Accablé par cette tristesse, Joachim partit au désert 40 jours et 40 nuits, priant et suppliant pour qu’une descendance lui soit accordée comme à Abraham. De son côté, Anne faisait monter vers Dieu sa prière dans les larmes pour recevoir sa bénédiction, comme Sarah[1]. Alors Dieu répondit à leur acte de foi pour leur joie et celle du monde entier. Il envoya à chacun un ange messager de bonne nouvelle. A Joachim il annonça : « Anne va concevoir ». Et à Anne : « On parlera de ta progéniture sur toute la terre ». L’iconographie aime représenter le couple qui se retrouve à la Porte Dorée de Jérusalem pour s’annoncer l’un à l’autre cette bonne nouvelle. Ils sont mûris par l’épreuve, fortifiés par la prière, préparés à leur mission. Joachim, qui était berger, vint alors au Temple et offrit en sacrifice le meilleur de son troupeau pour sceller avec Dieu une nouvelle alliance. Ils revinrent à la maison, s’unirent, et Marie fut conçue. En réponse à leur confiance, ils furent exaucés, et tellement au-delà de toutes prévisions ! En effet, comment auraient-ils pu seulement s’imaginer que Dieu leur confiait celle qui deviendrait…sa Mère !

Les prénoms de ce récit ont été conservés. Joachim signifie : « Dieu accorde » et Anne (Hannah), signifie : « Grâce ». Eux qui furent élevés à la dignité d’être « les parents de la Mère de Dieu » sont honorés comme des saints et fêtés ensembles le 26 juillet.

Ils sont considérés comme des saints surtout parce que l’expérience montre que tous ceux qui accueillent Marie dans leur vie sont sanctifiés par sa présence ; combien plus ses parents ! Ils l’ont intimement connue au quotidien, cela les a modelés, profondément transformés. Ils ont tant reçu mutuellement.

Etant les grands-parents de Jésus, ils sont vénérés comme modèles et patrons des grands-parents. Ils conduisent à Marie, qui conduit à Dieu. C’est dans leur famille que le Christ a enraciné son humanité, et « c’est par eux que nous est venue la bénédiction promise à tous les peuples »[2]. /C’est pourquoi on représente souvent sainte Anne portant Marie-enfant dans les bras ou sur les genoux, Marie elle-même portant Jésus-Enfant, qui porte lui-même le monde dans sa main.

Saint Anne est très aimée en Bretagne (France)[3] Là, à Auray, une grande basilique lui est dédiée et ne désemplit pas de pèlerins ! Les missionnaires bretons ont répandu son culte au Canada, elle est devenue patronne du Québec, où désormais le sanctuaire Saint Anne de Beaupré fait le pendant de celui d’Auray.

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Il n’y a pas de récit dans les Evangiles.

« Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune » Cantiques des Cantiques 4, 7

Dans leur bonheur d’attendre un enfant, Joachim et Anne étaient pourtant loin d’imaginer à quel grand projet de Dieu ils étaient en train de participer.

Le projet de Dieu : c’est de se faire homme, de s’incarner. Il voulait vivre notre vie humaine : preuve de son inimaginable valeur. Il voulait aussi par-là rétablir la communion avec l’humanité coupée de lui par le péché.

Il lui fallait donc une mère, comme pour tout homme. Et c’est cette enfant, qu’il tisse dans les entrailles d’Anne, qu’il a choisie pour cette extraordinaire mission.

Dieu créa donc la petite Marie, mais il le fit de manière unique. Au moment de sa conception, il la préserva entièrement du péché originel auquel nous sommes tous enchaînés depuis la désobéissance d’Adam et Eve. Quelle grande miséricorde de Dieu, plus grande encore que d’être pardonné. Car Marie fait partie elle aussi de l’humanité qui a besoin d’être sauvée, mais son Fils la sauve par anticipation[4] ! Elle est ce qu’on appelle « l’Immaculée Conception ».

Cette caractéristique est tellement essentielle de sa personne que c’est devenu son nom…Aux apparitions de Lourdes, en 1858, lorsque sainte Bernadette lui demande son nom, elle commence par étendre ses mains ouvertes vers le sol, puis elle les joint sur le cœur en levant les yeux au ciel et elle répond : « Je suis l’Immaculée Conception ». Le geste signifiant : c’est un grand don de Dieu, pour moi et pour vous. Elle confirmait ainsi une intuition qui se faisait de plus en plus vive dans le peuple chrétien et que le pape venait d’établir comme dogme 4 ans auparavant[5].

Cette initiative de Dieu était nécessaire pour qu’elle puisse réaliser sa mission : dégagée de toute attache avec le mal, Marie est la créature la plus libre qui soit et donc la plus parfaitement capable de coopérer au projet de Dieu, d’accueillir son amour et ses dons, et d’y répondre totalement. L’Esprit Saint pourra former Jésus en elle en y trouvant un amour véritable, sans aucun obstacle.

Reprenant une prophétie du livre de la Genèse (Gn 3,15) on la représente souvent debout écrasant avec son pied la tête d’un serpent. Ce serpent c’est le démon dont elle triomphe : il n’a sur elle aucune prise. Le péché n’a rien abîmé en elle, rien déformé, rien défiguré ; c’est pour cela que nous pouvons aller à elle sans crainte d’être induit en erreur.

A Paris, rue du Bac en 1830, elle a demandé à sainte Catherine Labouré qu’on la prie ainsi : «  O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».

La liturgie célèbre la fête de l’Immaculée Conception le 8 décembre, et c’est donc 9 mois après que l’on célèbre celle de la Nativité de Marie, le 8 septembre.

 

Prière : Comme moi, Marie, tu es créature de Dieu. Comme moi, tu as été tissée et modelée au creux de ta mère. Pourtant, tu es exceptionnelle, car en vue de ta mission, Dieu t’a créée sans le péché originel. Comme tu es belle, Marie : en toi rien n’est défiguré ! Entièrement dégagée de tout lien avec le mal, tu es la personne la plus libre, la plus vraie. Aussi je viens vers toi sans crainte : avec toi je désire aimer Dieu, mon créateur et mon Père. Là où tu es, le démon s’enfuit : donne à notre monde de retrouver sa beauté première.

Réjouis-toi, Marie, comblée de grâces, le Seigneur est avec toi,

Tu es bénie entre toutes les femmes, toi l’Immaculée Conception, dont la beauté nous attire

Et Jésus ton enfant, qui fait pour toi des merveilles, est béni ;

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

 

 

 

 

La naissance et la petite enfance de Marie

Il n’y a pas de récit dans les Evangiles.

« Viens donc, ma bien- aimée, ma belle, vient ! Ma colombe cachée dans le creux du rocher...Montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce et ton visage est beau. » Ct 2, 13-14

Où la Mère de Jésus est-elle née ? Les Ecritures ne le disent pas. Selon certains savants, ses parents seraient de Sepphoris en Galilée, à 4km de Nazareth, à 100 kms (à vol d’oiseau) au nord de Jérusalem. Cependant la tradition orientale, à quelques très rares exceptions, est constante à affirmer la naissance de Marie au cœur de Jérusalem. Peut-être lors d’une des fêtes de pèlerinages où ses parents se rendaient. Sur le lieu présumé de sa naissance, non loin du Temple, une belle église romane est dédiée en l’honneur de sainte Anne. Anne et Joachim ont peut-être été surpris que cet enfant soit une fille. En effet, dans l’histoire du peuple d’Israël, les enfants obtenus par la prière suite à la stérilité sont des garçons ! La naissance d’une fille était plutôt accompagnée d’indifférence, voire même de tristesse. Cependant, famille et amis ont dû se réjouir de cette naissance tant désirée, marquant la fin de la honte de la stérilité. Et sans pouvoir connaître l’extraordinaire projet de Dieu sur cette fillette, ils ont dû s’émerveiller devant cette enfant magnifique, parfaite, pleine de vitalité, toute rayonnante d’une exquise beauté. Ils portaient dans leurs bras le chef d’œuvre de la création. 

Joachim prononça sur elle les bénédictions d’usage. Il nomma l’enfant «Mariam», en araméen, sa langue maternelle (c’est ainsi que nous la nommerons dans ce livre). Ce qui correspond à Myriam en hébreu, la langue de la Bible : et Marie en français. Ce prénom était très répandu à l’époque, certainement en l’honneur de Myriam, sœur et collaboratrice de Moïse en Egypte. Moïse qui a sauvé le peuple hébreu de la servitude d’Egypte préfigure le Christ qui nous délivre du péché et de la mort.

Il est intéressant de scruter le sens de ce prénom que nous prononçons si souvent dans le « Je vous salue Marie ». Selon que l’on parte de la racine araméenne, hébraïque ou égyptienne les chercheurs trouvent plusieurs dizaines de sens ! Le sens le plus immédiat serait de rapprocher ce prénom de la myrrhe (parfum d’orient, un des principaux composants de huile d'onction sainte), ou bien il signifierait : « goutte de la mer » (en hébreu  mar : goutte et yàm : mer) ce qui donne en latin Stilla Maris, déformé en Stella Maris : étoile de la mer (repère pour le navigateur).

Mais voici d’autres étymologies qui vont nous réjouir :

« Souveraine », « Princesse » ou « Dame » : ce qui a donné « Notre Dame » au Moyen Age, et « La Madone ».

« Celle qui voit » ou « Celle qui fait voir »… Dieu.

« Chérie de Dieu », « Aimée de Dieu » comme dans la Bible, la Bien-Aimée du livre du Cantique des Cantiques.

 « Celle qui élève » ou : « Elévation », « Hauteur », « Montagne » : repris dans l’hymne Acathiste byzantin comme « Montagne inaccessible aux pensées des hommes » et st Louis-Marie reprendra l’idée en disant : Marie est l’écho admirable de Dieu qui ne répond que « Dieu » quand on lui crie « Marie »[6].

Enfin, avec joie, nous constatons qu’en français les mots : « Marie » et « Aimer » sont formés des mêmes lettres.

En l’an 2000, le pape Jean Paul II a rétabli la fête du Saint Nom de Marie au 12 septembre. Nous aimons le nom de Marie non pas tant à cause de sa signification mais parce qu’il nous renvoie à celle qui est la Mère de Jésus et notre Mère. Avec affection, on aime multiplier à l’infini ses vocables dans les litanies et nous savons qu’elle sourit à son nom et s’empresse de répondre.

Anne s’occupe elle-même de l’enfant. Dans certains pays, France ou Italie par exemple, on vénère parfois Marie bébé, couchée et emmaillotée comme l’Enfant-Jésus : « la Bambina »[7]. Il faut l’avouer, ce n’est pas notre habitude de la considérer ainsi ! Pourtant, comme nous tous, elle fit ses premiers pas, ses premières découvertes et conversations enfantines. Sur les genoux d’Anne elle apprit à se tourner vers Dieu et balbutia ses premières prières. Enveloppée de la prière familiale, au cœur de son peuple Israël, elle commença son itinéraire de foi.

L’enfant grandit et se développe, et quelle gaité dans la maison en sa présence ! Par son Immaculée Conception, aucun des défauts de l’enfance n’a prise sur elle : égoïsme, caprice, peur, jalousie. Non, cette enfant lumineuse, qui est toute présente à chacun, rayonne de paix et de simplicité. Elle est pétillante d’intelligence et de joie de vivre. En elle, tout est Oui à l’œuvre de Dieu.

 

Il n’y a pas de récit dans les Evangiles.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force ». Dt 6, 5

 

Lorsque leur fille eut 3 ou 4 ans environ, Joachim et Anne vinrent au Temple de Jérusalem pour la présenter au Seigneur. La petite Mariam adhéra de tout son cœur à la prière de ses parents et fit joyeusement à Dieu le don d’elle-même. Cet épisode appelé «  la Présentation de Marie » est fêté le 21 novembre. Il n’est pas mentionné dans les Ecritures, mais s’enracine dans la tradition de l’Eglise et on le célèbre depuis des siècles en Occident comme en Orient. [8] Les icones orientales montrent le geste de ses parents qui la « donnent » et le pas déterminé de la fillette qui gravit les marches vers le grand prêtre, représentant de Dieu, qui l’accueille. Bien que très jeune, elle le fit en toute conscience; en effet, de par son Immaculée Conception, elle était intérieurement pleinement éclairée. Ce fut son premier oui « public » à Dieu. Elle ignorait bien-sûr les projets du Père sur elle, mais elle lui dit tout simplement son amour et son entière disponibilité. Cette offrande de soi fut totale, sans calcul et sans retour, comme seuls les enfants en sont capables… et combien plus un oui jaillit d’un cœur Immaculé !

Comme à nos premiers parents Adam et Eve, Dieu a donné à Marie sa grâce et, comme pour eux, il attend la réponse de sa créature bien-aimée. A l’inverse d’Eve, Marie réalise le but pour lequel Dieu a créé les êtres humains en correspondant à la grâce, et cela en aimant Dieu jour après jour, de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force comme le rappelle quotidiennement la prière juive (Cf. Dt 6, 5). Son Fiat à l’Annonciation et au pied de la croix ne sera que l’émergence du oui de sa vie entière.

Pendant très longtemps, la fête de la Présentation de Marie a été choisie pour célébrer la fête de la vie consacrée et le renouvellement des vœux religieux. Puis en 1997, le pape Jean-Paul II a déplacé la fête de la vie consacrée au 2 février, fête de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple. (En effet, la Présentation  de Jésus au Temple trouve appui sur un texte d’Evangile et c’est d’abord le Christ qui est le modèle et la cause de la vie consacrée).

L’Eglise d’Orient appelle aussi cet épisode  « l’Entrée de Marie dans le Temple » car il est de coutume de penser que la petite Mariam soit restée vivre à l'intérieur du Temple. Historiquement, nous n’en savons rien. A propos de l’enfance de Marie dans le Temple, des récits anciens se veulent si édifiants qu’ils en deviennent invraisemblables. Cependant, ils gardent toujours une trace de véracité. Marie a certainement été pétrie et formée dans cette atmosphère du Temple, ou du moins en aurait été familière, soit en habitant dedans ou à proximité, soit en étant présente aux fêtes de pèlerinages.

Dans le Temple comment ne pas être saisi par la présence de Dieu, la ferveur, la splendeur de la liturgie, la prière des psaumes, et la beauté des chants auxquels elle joignit sa voix d’enfant. Elle y apprit aussi les rituels, la loi, les sacrifices, l’histoire de son peuple. Pour s’y rendre, elle parcourait quelques ruelles marchandes, jamais seule. Puis elle entrait dans l’immense esplanade accessible à tous et animée : le Parvis des Gentils. Sous les portiques couverts de lambris en cèdre du Liban, les rabbins enseignaient. Ensuite elle passait par la « Belle Porte » pour monter prier dans la « cour des femmes » réservée aux juifs, là où se trouvaient les troncs (le trésor). Ni les femmes, ni les enfants n’étaient autorisés à aller au-delà. Les fêtes de pèlerinage avaient lieu 3 fois par an. La ville était alors envahie de pèlerins venus de nombreux pays, régions proches ou lointaines, pour célébrer Dieu ; il y avait « des foules de toutes nations, races, peuples et langues » (Ap 7,8). La fillette apprend à les reconnaître à leur costume ou à leur langue.

Ainsi, même si à l’époque femmes et fillettes sortaient peu, la mère de Jésus a acquis à Jérusalem, dès l’enfance, une large vision du monde au cœur du judaïsme. Les joies, peines et désirs des foules qu’elle côtoie résonnent en elle, ainsi que les déviances et contradictions d’un monde où tout n’est pas sainteté. Le pays est sous domination romaine et elle ne peut en ignorer, à son niveau d’enfant, ses répercussions, ses injustices et violences… Avec tous, elle prie pour que soit hâtée la venue du Messie libérateur.

 

 

 

La vie quotidienne et spirituelle de Marie enfant

Il n’y a pas de récit dans les Evangiles.

« L’enfant grandissait, se développait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu reposait sur lui. » Lc 2, 40.[9]

Il ne nous est pas familier de contempler la Sainte-Vierge à l’âge de 5 ans, 7 ans, 10 ans. Pourtant Marie a grandi elle aussi au milieu des siens, entourée de l’affection de ses parents. Sa vie quotidienne était celle de tous les enfants de son pays et de son époque. Elle joue auprès de sa mère ou avec d’autres enfants  Jeux de créativité et d’imagination, jouets de chiffons ou de bois, animaux à roulettes, cerceaux et toupies ou même de jeux de société, comme l’ancêtre de notre jeu de dames. Comme toute maman, Anne l’éduque à son futur rôle d’épouse et de mère. Elle la forme peu à peu aux tâches diverses d’une maison : préparer les repas en respectant les prescriptions juives, moudre le grain, pétrir et cuire le pain, s’occuper du four, de l’eau, des lampes à huiles, des olives et des poules etc… Elle lui apprend à confectionner les vêtements : carder, filer et tisser (la laine ou le lin), c’était aussi une affaire de femmes. En Galilée, elle apprendra aussi le travail de la terre et le soin du petit bétail. Et, comme dans chaque famille juive pratiquante, la jeune Mariam se rend avec ses parents au Temple ou à la synagogue et, plusieurs fois par jour, se joint à la prière familiale. Le vendredi soir elle allume avec sa mère la lumière du shabbat et reçoit la bénédiction de son père. La jeune Mariam a donc vécu cette vie ordinaire, au rythme des fêtes et des saisons, participant à l’activité de son peuple, comme un trésor caché au monde et à elle-même.

Etant l’Immaculée Conception, elle avait une manière bien à elle de vivre cette vie quotidienne. Puisqu’elle n’avait aucune complicité avec le mal, on imagine facilement combien elle devait être agréable à vivre. Ce qu’elle fait est beau, efficace et soigné. Enfant toujours joyeuse et sans complications, rayonnante d’une grande bonté et d’un inlassable dévouement, elle encourage au bien. Discrète, mais jamais repliée sur elle-même, la fillette est attentive et va vers les autres et, très sensible à leur moindre souffrance, elle les comprend : sa charité inventive a l’art de consoler. Comme on devait apprécier sa manière bien personnelle de rejoindre chacun droit au cœur par un geste ou une parole vraie, délicate, parfaitement à propos et jamais blessante ! Sa douce amitié devait être désirée des autres enfants : peut - être aussi que certaines des femmes que l’on retrouvera à ses côtés bien plus tard dans les Evangiles sont des amies d’enfance. Sa générosité envers les malades et les plus pauvres a dû parfois décontenancer sa famille et on a bien remarqué sa beauté, tout comme l’intensité inhabituelle de sa prière. Mais les éventuels éloges ne l’atteignent pas, elle est bien trop humble.

Cependant, il nous faut réaliser que la petite Mariam-Immaculée, si édifiante, aurait très bien pu pécher, car elle était libre ! Mais elle n’a jamais fait ce choix. Comme nous, elle a été éprouvée en tout, nous le verrons, mais jamais par son propre péché. Pensons qu’en grandissant il a dû lui être bien difficile, et douloureux, de vivre dans notre monde obscurci, inconstant et pécheur, souffrant aussi probablement de la jalousie des cœurs mesquins.

     On représente souvent Sainte Anne apprenant à lire à sa fille dans les Saintes Ecritures (la Bible). L’enfant est debout à ses côtés, un rouleau dans les mains. En effet, même si dans ce domaine la formation était moins poussée que pour un garçon, les filles aussi avaient accès aux Saintes Ecritures par leur famille. La « Toute Pure » les découvre avec émerveillement, et, les méditant, il est certain qu’elle les connait par cœur : bientôt, son « Magnificat » en sera tout imbibé. Peu à peu, elle approfondit sa connaissance de Dieu, et en réponse, elle brûle d’amour pour lui, le priant sans cesse « par des psaumes, des hymnes et de libres louanges » (Cf. Col 3,16), chantant et dansant pour lui, dans toute sa fraicheur. La fillette sait aussi se retirer dans la solitude, profiter du calme de la nuit. Là, dans le silence, tout en elle est accueil à la tendresse de Dieu et goûte à sa présence. Elle parle cœur à cœur à ce Père du Ciel dont elle se sait la fille bien-aimée. Elle lui rend amour pour amour et lui offre son être de manière toujours renouvelée. Elle attend tout de lui et intercède longuement. « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu de vie, quand viendrai-je et verrai-je le visage de Dieu? » (Ps 42, 3). Sa prière, venant d’un cœur Immaculé, attire avec puissance la bonté de Dieu qui ne manquera pas de l’exaucer.

Un jour dans l’ardeur de sa prière, répondant à l’appel de Dieu, elle fait vœu de virginité, se donnant à lui toute entière, comme son épouse sans réserve et pour toujours[10]. Toute sa vie elle restera vierge dans son corps. Vierge aussi dans son âme, c'est-à-dire entièrement réservée pour Dieu et intacte de tout ce qui ne vient pas de Dieu.

Ses 12 ans approchent et avec eux, le temps des fiançailles. Marie le sait. A cette époque rester vierge était presque inconcevable. Le célibat (consacré ou non) rare chez les hommes, n’existait quasiment pas pour les femmes: il fallait se marier, donner la vie, participer à l’œuvre du Créateur ! La jeune Mariam prie pour que Dieu lui donne un époux en accord avec cet appel de virginité, et qui fasse, lui aussi, ce choix et cette promesse qu’elle vient de faire.

Enfin, bien qu’on en ignore la date, c’est au cours de l’enfance de Marie que l’on situe généralement la mort de l’un puis l’autre de ses parents[11]. La jeune Myriam aurait connu la détresse de devenir orpheline et aurait alors été prise en charge par de la famille, proche ou lointaine, à Nazareth, petit village de Galilée, situé à 4 kms de Sepphoris. C’était avant qu’elle n’ait atteint l’âge de 12 /15 ans. En effet, lorsque que l’Evangile nous présente Marie pour la première fois, c’est à Nazareth, au temps de ses fiançailles.

 

 

Les fiançailles de Joseph et Marie

Il n’y a pas de récit dans les Evangiles.

 « …Une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David. Et le nom de la Vierge était Marie. » Lc 1, 27

Mariam va atteindre 12 ans, ou 14 ans[12]: l’heure de ses fiançailles est venue. Depuis longtemps déjà Joachim et Anne y avaient pensé ! Ils avaient prié pour être éclairés dans la décision du choix du fiancé. Marie aussi. Certains textes anciens (dont l’authenticité n’est pas établie) aiment raconter que, les parents de Marie étant morts, c’est le grand prêtre du Temple qui s’occupa de la marier. Il aurait alors choisi plusieurs hommes,  dont Joseph, et leur demanda d’offrir un rameau dans le Temple de Jérusalem. Or celui de Joseph fleurit, ou encore : une colombe s’en envola…et c’est ainsi que Dieu le désigna. Au long des siècles, les artistes ont souvent présenté Joseph comme un homme âgé, ou veuf : c’était dans le but de préserver la virginité de Marie. En réalité, un jeune homme pouvait être fiancé dès l’âge de 13 ans, plus généralement entre 18 et 25 ans.

Joseph était de Nazareth mais originaire de Bethléem, en Judée, village proche de Jérusalem. Il était de la tribu royale de David (Lc 1, 27). Marie elle, était de la tribu sacerdotale d’Aaron par l’un de ses parents tout comme sa cousine Elisabeth (Lc 1,51) et donc certainement de la tribu royale de David par l’autre de ses parents car selon la loi de Moïse on se mariait dans la même tribu[13], ainsi Jésus sera par sa famille à la fois de lignée royale et sacerdotale : Tel était bien le Messie que l’on attendait.

Le prénom de Joseph signifie : « celui qui augmente, qui fait grandir », ou encore : « qui rassemble ». Saint Matthieu nous dit que c’était un « homme juste » (Mt 1,19) : c’est-à-dire un saint ! En effet au temps où les évangiles ont été écrits le mot saint s’appliquait seulement à Dieu. Ce simple mot "juste" en dit très long sur sa personne : il a l’art d’être homme avec justesse, car il y a une manière juste d’assumer son humanité. Mais surtout, Joseph, Fils de David, est à l'écoute de Dieu. Il est ouvert à son amour, s'ajuste et s'accorde à sa volonté et obéît à ses projets, rempli de la sagesse divine. Il avait déjà une certaine autorité spirituelle. Quel bonheur pour Joseph de recevoir comme fiancée cette adolescente qui lui correspond si bien ! Toute aussi accordée que lui à la volonté de Dieu, pétillante de vie et de fraîcheur, respirant la bonté et l’intelligence, la pureté et la modestie. De son côté, la jeune fille avait le droit de refuser l’époux qu’on lui propose…mais quelle joie pour Mariam de découvrir qu’il s’agit de l’humble Joseph ! Joie de le recevoir de la part de Dieu par ses parents en se disant : c’est lui que Dieu a préparé pour moi ! Elle sait bien que Joseph est artisan, charpentier précisément. Il construisait l’armature de bois des maisons et fabriquait aussi tous les objets de la vie courante, meubles et coffres, outils et charrues. C’était une profession bien considérée. Peut-être aussi participait-il aux grands chantiers de la région, par exemple celui qu’Hérode engageait à Sépphoris tout proche.

Vient le moment des rencontres. Chacun fait connaissance avec la famille de l’autre, ceux de Nazareth se connaissent déjà, mais dans la perspective d’un mariage l’approche est si différente ! Marie fait donc connaissance avec le père de Joseph[14] et son épouse, puis chacun de ses frères et sœurs et leurs enfants qui deviendront ses neveux et nièces : les futurs cousins de Jésus. Les familles établissent alors un contrat de mariage, la famille de Marie fixe ce que Joseph doit apporter à sa fiancée. Puis on choisit la date des fiançailles. Selon la coutume, Marie devait consentir à tout ce qui se déciderait, elle s’en remet à Dieu avec confiance.

Le jour des fiançailles arrive, décisif. Les deux familles se réunissent avec quelques témoins étrangers. Au cours de la petite cérémonie, sobre, Joseph offre à l’Immaculée une alliance en or, à moins qu’il n’ait choisi un autre objet de prix, et il lui dit : « Voici, par cet anneau (ou cet objet) tu m'es consacrée selon la loi de Moïse et d'Israël »[15]. Il est possible aussi qu’il ait seulement fait un écrit par lequel il s'engageait à l'épouser. Puis on partage un bon repas. L’émotion est vive dans les cœurs, car désormais leurs vies sont liées pour toujours.

Ce soir-là, Marie retourne chez elle, dans la maison de sa famille. Elle y restera encore quelques mois, un an tout au plus, jusqu’à leur mariage. Le temps de préparer le matériel nécessaire à la vie du jeune couple. Mais pendant ce temps de fiançailles, Marie est bien l’épouse de Joseph. Les époux se fréquentent et leur amour se construit mais le mariage n’est pas consommé. Ce serait une faute très grave que l’épouse soit enceinte pendant cette période-là. Elle méritait la mort par lapidation. Or c’est à ce stade là qu’eut lieu l’Annonciation…. ! C’est là que Dieu fait irruption….

 

 

 

 

 

[1] Sarah est l’épouse d’Abraham, le Père des croyants. Dieu lui avait promis une descendance nombreuse. Ils étaient très âgés lorsque leur fils promis est né.

[2] Antienne d’ouverture de la messe de sainte Anne et saint Joachim, Missel Romain.

[3] En effet, elle s’est montrée plusieurs fois à un paysan à Auray entre 1623 et 1625. Elle portait un flambeau (qui serait Marie ?) et demandait qu’on rebâtisse une petite chapelle oubliée qui lui était dédiée depuis le 6ème siècle.

[4] Concile Vatican II - Constitution dogmatique sur l'Eglise : Lumen Gentium § 53

[5] Ce dogme a été définit par le pape Pie IX le 8 décembre 1854. « Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. »

[6] ST LOUIS-MARIE GRIGNION, le secret de Marie, chap.1, §1.

[7] Une reproduction se trouve dans la basilique du Rosaire à Lourdes.

[8] Il est mentionné dans le Prot-évangile de Jacques au 2 ème siècle

[9] Dans l’Evangile, cette citation concerne Jésus.

[10] C’est dans le texte de l’Annonciation que l’on peut, comme l’ont fait les Pères de l’Eglise, supposer cet engagement. ”Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ?” (Luc 1,34)

[11]  Les tombeaux d’Anne et Joachim sont vénérés à Jérusalem dans « la maison natale » de Marie qui est un sanctuaire de l’Eglise orthodoxe.

[12] Selon la manière de faire de l’époque, une fille avait entre 12 ans et 12 ans ½ lors de ses fiançailles. Mais cet âge pouvait aller jusqu’à 16 ans et beaucoup s’accordent à dire que Marie en avait 14.

3  Saint Paul dit : « Jésus, issu de la tribu de David selon la chair » (Rm, 1,3). Et le livre des Nombres « Toute fille qui possède une part dans l’une des tribus des enfants d’Israël devra se marier dans un clan de sa tribu paternelle » Nb 36, 8.

[14]Il s’appelait Jacob selon Mathieu 1, 16 ; ou Eli selon Luc 3,23.

[15] Cette cérémonie se fait encore chez les Israélites modernes, mais seulement au mariage. 

Extrait de : Marie-Monique Breynaert, Connaître et aimer Marie. Un mois avec la mère de Jésus. EdB 2014

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